Les relations entre l’Angleterre et l’Inde ou l’annonce de la colonisation moderne

jeudi 2 novembre 2017.
 

L’Inde constitua un cas exemplaire. Non seulement parce que l’Inde fut la partie la plus importante et la plus riche de l’Empire britannique, ou plus exactement la partie dont les Britanniques extrayaient le plus de richesses. C’est dans une large mesure grâce au pillage de l’Inde que la Révolution Industrielle a pu se dérouler en Grande-Bretagne d’une façon aussi précoce et aussi profonde.

Mais aussi parce que, conquise progressivement par les Anglais durant le XVIIIe siècle, et demeurée colonie durant le XIXe siècle et jusqu’à la moitié du XXe siècle, l’Inde a donc pu connaître les diverses phases de la colonisation, celle de la période préindustrielle, comme celle du capitalisme moderne : le pillage pur et simple du début sous la direction de la Compagnie anglaise des Indes Orientales, l’importation forcée des marchandises industrielles britanniques, et la mainmise par les trusts impérialistes sur les plantations, les mines et les moyens de transport enfin.

On pourrait même dire que l’Inde redémontra aux capitalistes modernes l’intérêt pour eux des colonies et que, premier pays à être mis au pillage par une nation industrielle, elle put servir d’exemple et leur donner l’idée, s’il en était besoin, de se lancer dans la grande aventure coloniale.

A l’origine, tout d’abord, au XVIIIe siècle, l’Inde était encore un pays prospère à l’artisanat développé et qui exportait des épices, des soieries, et surtout des cotonnades.

Ces richesses furent mises en coupe réglée par la Compagnie des Indes qui avait le monopole du commerce avec l’Inde, et qui prit le contrôle du pays.

Mais quand la Grande-Bretagne se couvrit en quelques années d’usines, de voies ferrées, le problème ne fut plus seulement de piller l’Inde - le pillage continua de toute façon - mais d’y exporter des marchandises.

En 1813, sous l’assaut conjugué des industriels et des négociants concurrents, ce fameux monopole de la Compagnie des Indes fut supprimé. N’importe quel fabricant de Manchester ou du Lancashire pouvait dorénavant vendre des cotonnades en Inde. Et, de fait, si en 1814 la Grande-Bretagne vendit un million de yards de cotonnades, en 1835, une vingtaine d’années plus tard, on était déjà passé à 51 millions de yards, et en même temps les exportations indiennes de cotonnades s’effondraient et s’arrêtaient complètement.

Ce ne fut pas seulement à cause de la supériorité de la grande usine sur l’artisanat que les capitalistes anglais purent inonder l’Inde de cotonnades. Au début, à l’aube de l’industrialisation, la production des artisans indiens revenait encore beaucoup moins cher que celle des industriels britanniques. Il fallut donc quelque peu « aider » ces derniers. Et c’est pourquoi les cotonnades anglaises n’étaient frappées, à leur entrée en Inde, que de droits de douane très modiques de 3,5 % alors que les cotonnades indiennes, à leur entrée en Angleterre, étaient frappées, elles, de droits atteignant 40 % à 60 %. De plus, à l’intérieur des Indes qui étaient divisées en territoires de statuts différents, colonies ou protectorats, il y avait des droits de douane internes qui atteignaient 6 % à 18 % pour les cotonnades indiennes et auxquels échappaient les cotonnades anglaises.

C’est ainsi que la mainmise politique sur l’Inde, le fait qu’elle soit une colonie, se révélait du plus haut intérêt pour les capitalistes industriels anglais.

Et la construction de chemins de fer, le développement des plantations de coton, puis celles de café, d’indigo, de caoutchouc, de thé, de jute, etc... marquèrent l’apparition d’une nouvelle période, celle de l’impérialisme.

Il ne s’agissait plus seulement du pillage, qui continuait toujours, ne serait-ce que par les impôts, il ne s’agissait plus seulement de considérer l’Inde comme un marché pour l’industrie britannique, encore que cette fonction n’ait pas cessé, mais il s’agissait d’investir en Inde une partie des masses de capitaux qui s’accumulaient en Grande-Bretagne, et qui ne trouvaient plus sur place, dans la métropole, des conditions aussi favorables qu’en Inde même.

Encore faut-il préciser que ces capitaux qui s’investirent ainsi en Inde, s’ils étaient britanniques en ce sens que leurs détenteurs étaient britanniques, ne faisaient en réalité que provenir de l’Inde elle-même.

Pour pouvoir faire parvenir les marchandises anglaises dans les provinces les plus reculées de cet immense pays, pour des raisons militaires également (car une terrible révolte avait éclaté en 1857-58 que les Anglais avaient noyée dans le sang), pour pouvoir également faire venir le coton et d’autres produits des plantations, les Anglais entreprirent la construction d’un réseau de voies ferrées relativement important. Il était en effet en 1914 le premier d’Asie. La construction des chemins de fer aurait pu servir à aider le démarrage d’une industrie indienne de l’acier et du matériel ferroviaire. Mais les commandes furent passées à l’industrie britannique.

On ne peut donc dire que l’impérialisme britannique a développé l’Inde, sinon de façon tout à fait marginale. Le secteur moderne était très réduit, puisqu’en 1911 il occupait 2 millions de personnes sur une population totale de 300 millions d’habitants.

Et en particulier les Britanniques ont construit très peu d’usines, quelques entreprises textiles ou métallurgiques seulement.

e siècle il était relativement prospère et pourvu d’un grand nombre d’artisans et de marchands qui auraient peut-être permis, avec le temps, une évolution vers l’industrie. Lorsqu’on fait la comparaison avec le Japon de la même époque, celle-ci est en faveur de l’Inde. Pourtant c’est le Japon qui s’est industrialisé et qui est devenu une grande puissance mondiale, alors que l’Inde végète dans le sous-développement. Mais le Japon n’a pas été colonisé...

Article original :

http://www.lutte-ouvriere.org/docum...


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