« Massacres coloniaux » ou l’Histoire occultée de la colonisation

mardi 28 novembre 2023.
 

L’Insoumission.fr publie un nouvel article de sa rubrique « Nos murs ont des oreilles – Arts et mouvement des idées ». Son but est de porter attention à la place de l’imaginaire et de son influence en politique, avec l’idée que se relier aux artistes et aux intellectuels est un atout pour penser le présent et regarder le futur.

Cinq têtes coupées. Si vous souhaitez aller au-delà de ce que les livres d’histoire vous enseignent sur la colonisation française en Afrique subsaharienne, l’Insoumission.fr vous recommande le dernier livre de Daniel Schneidermann : Cinq têtes coupées. Un titre accrocheur dont le sous-titre en dit plus sur la démarche de l’auteur : Massacres coloniaux : enquête sur la fabrication de l’oubli.

Colonisation : retour sur un passé sombre et sur la fabrication du déni à grande échelle

Journaliste, Daniel Schneidermann s’est spécialisé dans l’étude de la restitution (banalisation, minimisations, omissions) par la presse d’évènements importants mais peu glorieux. Il est l’auteur de Berlin 1933 : La presse internationale face à Hitler (Seuil) qui a obtenu en 2019 le prix des Assises du journalisme.

L’envie de se pencher sur le passé colonial français lui est venue, explique-t-il, en découvrant au musée de l’Armée, une photo montrant une personne racisée assise par terre, tenant une calebasse, avec, exposées devant elle, cinq têtes d’autres personnes racisées. Cette image, publiée le 13 avril 1891 dans le magazine L’Illustration, est accompagnée de la légende : « Indigène venant d’apporter à Bakel (Sénégal) des têtes de prisonniers capturés parmi les fuyards des bandes d’Ahmadou. »

Elle fait partie d’un reportage titré sans aucun humour « L’œuvre de la civilisation en Afrique » s’ouvrant sur une gravure montrant des cadavres de prisonniers, certains décapités et se fermant sur la photo d’un groupe d’officiers blancs posant sur leur bateau. Un parti pris qui, souligne Daniel Schneidermann, « suggère l’implication des officiers dans les décapitations ».

L’aventure journalistique commence alors pour mon confrère qui se plonge dans des documents d’époque, rencontre des écrivains et historiens. Il découvre des personnages inconnus pour le plus grand nombre d’entre nous, mais qui commirent l’inimaginable au nom d’une prétendue supériorité des blancs sur les personnes racisées, des « civilisés » sur les « sauvages ».

Quelques colonisateurs refusèrent cependant d’utiliser la violence. Le premier d’entre eux : Pierre Savorgnan de Brazza, un Italien naturalisé français. Il fut le premier explorateur à arriver sur la rive droite du Congo, devançant de peu le triste Henry Morton Stanley qui colonisa avec une incroyable férocité la rive gauche au nom et avec la caution du roi des Belges Léopold II.

Sa réputation l’ayant précédée, Brazza obtint que le roi Makoko signe en 1880 un traité plaçant son royaume sous la protection de la France. Il mourut en 1905, peu de temps après avoir rédigé un rapport dénonçant les exactions criminelles de colons français en Oubangui Chari. Il a été inhumé dans la ville qui porte son nom Brazzaville.

Par Christiane Chombeau


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