Pauvreté et obésité : plus on est riche, moins on risque d’être obèse

jeudi 31 août 2017.
 

De 1997 à 2012, le tour de taille moyen des Français est passé de 85,2 cm à 90,5 cm. L’enquête publiée en octobre 2012 par ObEpi-Roche souligne le lien entre obésité et pauvreté "En 2012, l’écart entre classes sociales face à la fréquence de l’obésité se confirme : elle atteint 30% des personnes confiant « ne pas y arriver sans faire de dettes » alors qu’elle est en dessous de la moyenne nationale dans les foyers financièrement aisés. Le diabète s’ajoutant par ailleurs à l’obésité chez les moins fortunés." De même, les régions les plus touchées par la crise économique sont celles où le taux d’obésité est le plus fort.

A) Entretien avec Nicole Darmon, chercheur en nutrition à l’INSERM/INRA

Quel lien établir entre santé et inégalités sociales ?

La France est l’un des pays européens les moins touchés par l’obésité, mais c’est aussi un de ceux où les inégalités sociales d’obésité sont les plus prononcées. L’étude Obépi-Roche, conduite par le docteur Marie-Aline Charles (Inserm-U780, Villejuif) et le professeur Arnaud Basdevant (hôpital Pitié-Salpêtrière) a été la première à attirer l’attention sur les inégalités sociales d’obésité en France et à permettre d’en suivre l’évolution, à l’aide d’enquêtes répétées tous les trois ans depuis 1997. Elle montre que l’obésité a fortement progressé chez les adultes français, passant de 8,5 % en 1997 à 14,5 % en 2009, et que d’importantes différences se cachent derrière ces moyennes, en fonction de la catégorie socioprofessionnelle, du niveau d’éducation et du revenu. Ces différences se sont accentuées avec le temps. Ainsi, en 2009, il y avait 22 % d’obèses chez les plus pauvres et 6 % chez les plus riches, soit un risque 4 fois plus élevé chez les personnes les plus défavorisées, alors qu’en 1997 le risque était « seulement » 2,5 fois plus élevé. Cette relation inverse entre statut socio-économique et obésité est présente dès l’enfance, et chez l’enfant comme chez l’adulte, ce qui frappe, c’est son aspect linéaire et très régulier  : le pourcentage d’obésité augmente de façon progressive à chaque fois que le niveau de revenu diminue. C’est pourquoi cette relation est dénommée « gradient social de l’obésité », ce qui suggère une relation de cause à effet entre statut socio-économique et obésité.

Alors, est-ce bien vrai  ? Avoir de faibles revenus, n’avoir pas fait d’études ou être dans une situation défavorable vis-à-vis de l’emploi peut-il conduire à l’obésité  ?

Oui, car tous les facteurs connus pour favoriser l’obésité, depuis la conception jusqu’à l’âge adulte, sont amplifiés dans les populations défavorisées. Tout d’abord, le fait d’avoir un parent obèse, facteur de risque d’obésité, arrive plus souvent aux enfants défavorisés puisqu’ils ont des parents défavorisés, eux-mêmes plus souvent obèses que les autres parents. Ensuite, le tabagisme maternel, le petit poids de naissance et l’absence d’allaitement maternel sont des facteurs favorisant l’obésité qui sont plus fréquents dans les populations défavorisées. On sait que les laits adaptés pour nourrissons ont un prix excessif, pouvant conduire les parents ayant un petit budget à ne pas les utiliser aussi longtemps qu’il le faudrait.

Enfin, pendant l’enfance et tout au long de la vie, avoir une alimentation déséquilibrée expose à la prise de poids. Or si les moyens financiers manquent, il est difficile d’acheter des aliments recommandés pour la santé (fruits, légumes, poisson, produits céréaliers complets), ceux-ci étant délaissés au profit d’aliments qui apparaissent plus réconfortants, plus pratiques et plus économiques (pâtes, chips, snacks, biscuits, boissons sucrées, viennoiseries…). D’où un risque accru d’être obèse, mais aussi de déficiences nutritionnelles et de maladies chroniques liées à l’alimentation, diabète, hypertension et maladies cardiovasculaires notamment. La sédentarité prédispose aussi à l’obésité. Or, la précarité est associée à plus de temps passé devant la télé et à moins d’occasions de pratiquer des activités sportives de loisir.

Ainsi, loin d’être paradoxale, la relation inverse entre obésité et statut socio-économique est en fait logique. De plus, elle fait l’objet d’un cercle vicieux puisque les relations causales entre obésité et pauvreté existent dans les deux sens (en France, les femmes obèses ont un risque plus élevé que les autres de perdre leur emploi *).

Il est donc essentiel dans les campagnes de prévention de l’obésité de prendre en compte les dimensions économiques et sociales. Les choses évoluent cependant et il y a une petite raison d’espérer du côté des plus jeunes. En effet, plusieurs études montrent que le pourcentage d’enfants obèses n’a pas augmenté en France depuis 2001, année de mise en place du Programme national nutrition santé (PNNS) par le ministère de la Santé. De plus, cette stabilisation moyenne de l’obésité infantile ne semble pas cacher (alors que c’est le cas en Grande-Bretagne) d’aggravation des inégalités socio-économiques, qui restent stables elles aussi et doivent maintenant être combattues avec force en vue de les faire régresser. Mais ceci ne risque-t-il pas de rester lettre morte si le PNNS n’est pas reconduit en 2010  ?

Entretien dans L’Humanité

(*) « Job Loss From Poor Health, Smoking and Obesity  : a National Prospective Survey in France », de Jusot F., Khlat M., Rochereau T. et al. 2008, J. Epidemiol Community Health 62, 332-337.

B) Malnutrition 2012 : un tiers des SDF américains sont obèses

Selon la Harvard Medical School et Oxford, les SDF américains ne souffrent plus de maigreur, mais au contraire d’obésité, le nouveau fléau de malnutrition qui les touche. Ce taux d’obésité est très élevé chez les femmes : 42,8% chez les femmes SDF, 35,3% chez les femmes non-SDF.

La première raison avancée par les chercheurs des deux prestigieuses universités est la qualité de la nourriture dont les SDF se nourrissent. « L’alimentation peu chère, offrant une satisfaction immédiate, contient un taux élevé de graisses et de sucres », précise le site SciTechDaily, qui rapporte la nouvelle.

Autre facteur, les conditions de vie des sans-domiciles fixes : un mode de vie extrêmement sédentaire, le manque de sommeil, le stress, qui sont des éléments aggravants de l’obésité.

Cette étude, menée conjointement par les deux universités anglo-saxonnes, est celle de plus grande ampleur jamais menée sur les SDF. En revanche, le lien entre pauvreté et obésité est depuis longtemps étudié.

Dès 2004, l’American Journal of clinical nutrition donnait déjà à lire une liste de faits expliquant le lien entre la pauvreté et l’obésité. Il y a par exemple « une relation inversemement proportionelle entre la densité énergétique d’un produit et son coût, à tel point que les aliments riches en énergie, composés de grains raffinés, de sucres ajoutés, ou de graisses, représentent souvent l’option la moins onéreuse pour le consommateur ».

Un important facteur est aussi psychologique : « la densité en énergie et la saveur des douceurs et des graisses sont associées à des doses caloriques importantes ». L’envie de nourriture réconfortante et que l’on croira plus riche en énergie pousse donc à manger des aliments très caloriques.

Dans un article de Slate publié en 2009, Daniel Engber écrivait :

« Ce qu’il faut retenir ici, c’est que les relations entre pauvreté et obésité sont à la fois étroites et complexes. Les obèses ont tendance à être pauvres et malades. Les pauvres ont tendance à être obèses et malades. Les malades ont tendance à être pauvres et obèses. C’est ce que les sociologues appellent le "gradient social de santé", c’est-à-dire la règle qui fait qu’en général plus vous êtes riches, plus vous avez de chance d’être en bonne santé ».

Source : http://www.slate.fr/lien/56773/maln...


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