Scolarisation précoce et aide à la réussite scolaire par la consolidation des savoirs de base en élémentaire

dimanche 5 avril 2020.
 

Un livre et un rapport remettent le couvert sur la scolarisation précoce et l’aide à la réussite scolaire par la consolidation des savoirs de base en élémentaire. L’un et l’autre donnent à réfléchir.

« L ‘école a 2 ans : est-ce bon pour l’enfant ? » (édition Odile Jacob, août 2006)

Autour de Claire Brisset et Bernard Golse, un aéropage de chercheurs se penche sur la scolarisation précoce, question récurrente, éternelle polémique.

Il faut se souvenir qu’en 2003, dans son rapport annuel de défenseure des enfants, Mme Brisset, nommée en 2000 à ce poste par Lionel Jospin, préconisait de cesser de développer, en l’état, l’accueil en maternelle des enfants âgés de deux à trois ans, en dépit des effets positifs de cette scolarisation sur la réussite scolaire ultérieure démontrés par plusieurs études initiées par le ministère de l’EN, au motif de l’ inadaptation de l’école aux besoins spécifiques de ces jeunes élèves et de citer à l’appui psychologue, pédiatre, linguiste, pédopsychiatres.

Mais le rapport précisait, page 84 : « la tendance actuelle du ministère de l’Education nationale serait de répartir autrement les moyens en affectant les enseignants d’abord à l’encadrement d’élèves de CP dédoublés, afin de renforcer les acquisitions fondamentales , plutôt qu’à l’accueil des enfants de 2 ans » Cette inadaptation n’est donc pas intrinsèque : elle est le fruit de pénuries délibérément créées . A la rentrée 2002, la presse s’en était fait l’écho : « L’Education nationale à rude épreuve », « Vaches maigres », « Les recettes pour tailler dans le gras » et enfin : « Les tout-petits à l’école, un luxe » titrait « Libération » du 31-08-02

Le titre patelin de l’ouvrage pourrait laisser supposer quelque résipiscence .Il n’en est rien. L’ouvrage est hostile à ce type de scolarisation qui « peut avoir » des conséquences problématiques dans le développement des enfants. Mais la preuve n’en est pas apportée. Le livre reprend dans ses grandes lignes et développe le rapport de 2003 dans sa partie « repenser l’accueil des enfants de 2-3 ans » Il donne la parole aux mêmes spécialistes et à quelques autres venus en renfort .En somme il « enfonce le clou » selon le procédé de répétition dopé au savoir de la science. Ce livre « explique » que la scolarité précoce est néfaste, car les parents, une majorité, aussi têtus ou avisés que les électeurs du « non » , y sont favorables, en connaissance de cause.

Chacun est conscient que les paramètres suivants : des espaces adaptés autant extérieur qu’intérieur, le respect des rythmes biologiques, un encadrement de qualité et des contenus d’enseignement, sont très spécifiques dans une section de tout petits, incontournables et indissociables . Personne ne le conteste et sur le terrain, les conseils d’école en témoignent car les équipes pédagogiques, complètement occultées par ces prestigieux détracteurs, ne restent pas passives et ne contemplent pas, inertes, les dysfonctionnements .

Ce livre donne LA solution : création de Maisons de la petite enfance, à l’initiative des municipalités, regroupant des structures collectives existantes, éparses, (pour lesquelles on notera qu’ aucun questionnement de type : « est ce bon » n’est posé) : crèches, haltes garderies, ludothèques, bibliothèques, relais d’assistantes maternelles, CLAE, CLSH , etc .... et classes passerelles, c’est à dire des classes crèches/école, beaucoup de crèche et peu d’école, concept réchauffé, inventé par S Royal alors ministre de la famille.

En somme une centralisation et une mise en réseau associatif pour l’enfant, l’une et l’autre forcément diverses selon l’approche déclinée dans les programmes électoraux des candidats et forcément inégalitaires au final . Il faut souligner que la structure prônée est payante et urbaine.

On pourra toujours poser la question « La Maison de l’enfance à 2 mois : est ce bon pour l’enfant ? »

Mais le questionnement doit être plus large Si « le destin linguistique, culturel et social de nos enfants est en jeu » comme l’affirme Bentolila, pour ne citer que le premier co-auteur, il est impératif d’examiner avec attention la scolarisation, mais pas seulement.

Les modes de garde de l’enfant pendant toute sa scolarité primaire sont à prendre en compte. Les temps de travail des pères et mères ne correspondent pas au temps scolaire. Le chômage et la précarité posent le problème financier. La structure « maison de l’enfance » est coûteuse et reste traditionnelle par les modes de garde qu’elle rassemble ; brasser les genres n’est pas forcément gage d’avancée sociale. A l’élasticité subie des temps de travail, au parcours du combattant des chercheurs d’emploi, doit ou doivent répondre un ou des modes de gardes atypiques. Bien souvent c’est le « bricolage » des gardes qui handicape fortement une scolarisation harmonieuse et pas seulement celle des 2 ans, les élèves de CP sont tout autant concernés.

Et ce n’est pas le tout récent « Plan petite enfance » présenté le 7 novembre par le ministre délégué à la famille qui va apporter des réponses neuves . C’est plus de places en crèches, en microcrèches, plus de nounous. C’est : « plus », mais pas : « autrement » Autre bricolage : celui des études, accompagnements scolaires, aides aux devoirs, cours de rattrapage qui aiguisent des appétits de toute sorte, caritatifs, marchands, voire idéologiques et le récent rapport intitulé

« Evaluation de l’action menée par l’Association Pour favoriser une Ecole Efficace (APFEE) » commandé conjointement par le ministère de l’Education nationale et celui de l’Emploi ne fournit guère de motifs de satisfaction ou d’espoir...

Aider à la réussite scolaire est un noble objectif mais commencer par sélectionner qui en bénéficiera, et ce ne sont pas curieusement les plus en difficultés qui le sont , faire procéder à cette sélection par les enseignants (volontaires) eux-mêmes puis les rémunérer comme animateurs dans les séances post scolaire se déroulant dans les locaux scolaires et privilégiant les fonds publics fait sérieusement douter du bien fondé de ce type d’action pour ne rien dire des méthodes . On peut se demander s’il est judicieux d’économiser sur la scolarisation précoce et subventionner largement, dans le même temps, une association (parmi d’autres ) qui prétend à l’excellence et dont l’aspiration à une institutionnalisation vient en concurrence avec les réseaux « Ambition réussite » mis en place par le ministère de l’Education nationale.

Il serait opportun d’ouvrir un débat national et pas seulement une conférence de consensus, comme le réclamait Mme Brisset en 2003, pour la scolarisation précoce , ou encore une fois un nouveau plan.... planplan

Dans l’immédiat il serait intéressant de connaître les positions de PRS ?

Rodez le 7 novembre 2006 S.Rioux


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