23 juillet 1943 : Le Résistant Marcel Langer est guillotiné à Toulouse

lundi 23 juillet 2018.
 

Marcel Langer « L’ouvrier métallo, héros de la 35e brigade FTP-MOI »

Immigré polonais et militant communiste, ancien lieutenant des Brigades internationales, 
il est guillotiné par 
les autorités de Vichy, condamné à mort 
par la section spéciale de la cour d’appel de Toulouse à l’issue d’un procès qualifié de « monument d’iniquité » (1) 
par les historiens.

Sortant de sa cellule pour être guillotiné, rapporte le procès-verbal d’exécution, il s’écrie  : « Vive la France  ! À bas les Boches  ! Vive le Parti communiste  ! » Au même moment, les détenus des cellules voisines entonnent la Marseillaise. C’est au petit matin du 23 juillet 1943, à 5 h 40 précisément, que Marcel, Mendel de son prénom polonais, Langer est guillotiné dans la prison Saint-
Michel à Toulouse.

Cinq mois plus tôt, le 5 février 1943, il est arrêté gare Saint-Agne, à Toulouse, alors qu’il réceptionne une valise remplie de dynamite portée par une jeune étudiante résistante, Marie, arrivant d’Ariège. Durement interrogé, torturé, il ne fournit aucun nom et ne donne aucun renseignement à la police française sur l’origine et la destination de ces explosifs.

Lors du procès intenté par les services de Vichy, le procureur Lespinasse demande la peine de mort à l’issue d’un réquisitoire scandaleux de sévérité contre l’origine et les engagements de l’inculpé. L’accusateur français ajoute du zèle dans sa soumission à l’égard de l’occupant allemand. Ce Lespinasse insiste sur la nécessité de punir ce « sans-patrie » pour l’exemple. Pour « éviter » soi-disant des prises d’otage par les nazis. « Vous êtes juif, étranger et communiste, trois raisons pour moi de réclamer votre tête », aurait même déclaré le magistrat. Les frères de combat de Marcel Langer le vengent quelques mois plus tard en exécutant le procureur collabo. Jusqu’à la Libération, plus aucun magistrat toulousain ne va demander la peine de mort pour motif politique. Les autorités de Vichy restent sourdes aux demandes de grâce formulées par Me Arnal. L’avocat choisi par les membres de la MOI (Main-d’œuvre immigrée) assure une défense courageuse et tenace.

Dans une lettre de prison rédigée dans les derniers jours de mars 1943 à ses camarades, Marcel Langer indique que son moral est bon, qu’il est bien traité. « Sachez que 95 % du personnel pénitentiaire me manifeste ouvertement leurs sentiments anti-hitlériens. » Il sait que l’exécution approche. « Si je dois mourir, écrit-il, je saurai dans mes derniers instants prendre une attitude digne d’un ouvrier révolutionnaire. » L’ouvrier antifasciste poursuit  : « N’oubliez pas que le 1er mai qui approche est pour moi une date historique. Il y aura vingt ans que j’ai adhéré au mouvement révolutionnaire prolétarien. Toujours actif, dans les premiers rangs au combat, je n’ai jamais reculé devant aucun danger. Cela me donne à penser que je pourrais être un exemple pour d’autres. »

« Marcel Langer est le représentant exemplaire de ces combattants qui ont consacré une vie à la défense des libertés menacées par le fascisme », souligne Rolande Trempé en ouverture de la biographie consacrée au héros combattant de la MOI. Après l’exécution de son chef, la 35e brigade prend le nom de brigade Marcel-Langer. Elle va s’honorer par de très nombreux et courageux actes de résistance contre l’occupant à Toulouse et dans toute la région. Une cinquantaine de jeunes résistants communistes – pour la plupart juifs d’Europe centrale et orientale, antifascistes italiens, guérilleros espagnols – renforcent ses rangs jusqu’en avril 1944, avant que le groupe ne soit démantelé par la police française.

Retour sur un itinéraire de combat à travers le Proche-Orient et l’Europe pour l’émancipation humaine, pour la liberté, et contre le fascisme.

Mendel Langer naît en Pologne, à Szezucin, le 13 mai 1903. Il est le fils d’Alter Langer et de Rosa Eiger ; les persécutions antisémites marquent sa jeunesse.

La famille émigre en Palestine en 1920. Le père est membre du Bund, parti socialiste juif. Le frère aîné devient un militant actif du mouvement sioniste. Mendel adhère au Parti communiste palestinien. Arrêté puis emprisonné pour activité communiste par les Britanniques, il vient en France, à Paris, puis à Toulouse, à partir de 1931, où il travaille comme fraiseur-ajusteur. Militant communiste, il adhère à une section de la MOI, organisation alors créée au sein de la CGTU (Confédération générale du travail unitaire) pour réunir les travailleurs immigrés.

En 1936, c’est l’engagement en Espagne dans les Brigades internationales. D’abord dans une brigade polonaise, puis dans la 35e division de mitrailleurs, dans laquelle il est nommé lieutenant après un passage au quartier général d’Albacète.

Il épouse en juin 1937 une jeune Espagnole, Cecilia Molina. De cette union naît seize mois plus tard une petite Rosa. Avec la défaite des républicains, il retourne en France. Il est interné dans les camps d’Argelès puis de Gurs d’où il s’évade pour rejoindre Toulouse.

De nouveau ouvrier métallo aux Ateliers de construction mécanique du Midi, il reprend contact avec ses anciens camarades de la MOI, entrés dans la clandestinité. Avec l’occupation en 1942 de la zone Sud par les Allemands, la MOI devient un mouvement de résistance militaire affilié aux FTP (francs-tireurs et partisans). Marcel Langer dirige, le premier, la 35e brigade formée dans la région toulousaine et nommée ainsi en souvenir de la 35e division des Brigades internationales.

Marcel Langer a été un pionnier, souligne Serge Ravanel, ancien commandant des FFI de la région de Toulouse et compagnon de la Libération, pour le 40e anniversaire de la 35e brigade. « Son sang, que la guillotine française avait répandu, fut le levain qui fit germer dans la région de Toulouse des générations de résistants. Gloire à ces hommes audacieux qui surent créer l’espoir à une époque où le pays se trouvait dans une situation dramatique, ayant non seulement perdu la guerre et se trouvant occupé, mais ayant perdu son moral et doutant de lui-même, ils surent l’aider à relever la tête. »

Aujourd’hui, après des années de mobilisation du comité de quartier Saint-Michel et d’associations d’anciens résistants, la station de métro située à Toulouse devant la prison où il fut guillotiné porte désormais le nom de Marcel Langer.

(1) Sources  : une biographie de Marcel Langer par l’historienne Rolande Trempé. Hommage à la 35e brigade FTP-MOI, Marcel Langer, ouvrage collectif édité par le Comité de quartier Saint-Michel à Toulouse. Toulouse, 1940-1944, de Jean Estèbe, Éditions Perrin.

Comité de quartier Saint Michel Toulouse

Par Alain Raynal, 
Journaliste.


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