Voisins-vigilants : La délation organisée dans les Vosges

mardi 12 janvier 2016.
Source : Sélection 37
 

Il y a déjà cette dérive qui consiste à vouloir placer des caméras de vidéosurveillance partout et la paisible commune de Contrexéville installe des caméras pour éviter que les jeunes ne jouent au foot et cassent des carreaux ou écoutent de la musique trop fort… selon les dires du maire et d’une commerçante lors d’un reportage de la télévision locale. Désormais, il y aura aussi un système de délation organisée « conjointement avec la gendarmerie » dixit les différents panneaux placés aux entrées de villages ou quartiers vosgiens. Thaon-les-Vosges, Sanchey, maintenant Saint-Nabord…

Le dispositif voisins-vigilants s’étend et menace les libertés individuelles, exacerbe le communautarisme, l’entre-soi, la peur de l’autre, la méfiance. Ainsi cet officier de gendarmerie qui, sans rire, explique qu’à Dogneville – paisible village proche d’Epinal, où le combat de quelques syndicalistes est parvenu à faire abandonner pour le moment le projet –, il n’y a pas moins d’un cambriolage par semaine… renseignements pris, il y en a eu 4 en 2008… dont trois dans des commerces…

A chaque fois, c’est la même histoire.

Un petit village, ou mieux un lotissement tranquille où il ne se passe jamais rien, et des gendarmes transformés en VRP de choc, invitant après un petit discours de circonstance, à s’inscrire pour être référent voisins-vigilants comme on s’inscrirait à un tournoi de belote… Pour protéger… et soi-disant renforcer le lien social !!!

Ensuite, c’est l’apposition de « jolis » panneaux… certains, comme à Sanchey, jouent sur l’aspect tranquillité : une maison qui dort sereinement… mais d’autres rappellent des heures noires ou l’œuvre d’Orwell : un œil qui vous observe sous la mention « voisins-vigilants »… Comme ce petit panneau de Saint-Nabord : un œil noir, aux aguets, sur fond jaune foncé, « en collaboration directe avec la gendarmerie et la police municipale ».

Contacté par l’association de lutte contre les dérives sécuritaires – qui rassemble de nombreux syndicalistes, des militants du PG, du NPA, du PCF, des Verts et même du PS – le préfet considère ce dispositif comme « sans danger », et estime que nos craintes de dérives sont injustifiées.

Ne parler ni de milice, ni de délation… surtout pas… le politiquement correct préfère appeler cela du « civisme », des « rapports de bon voisinage », ou même évoquer voisins-vigilants comme créateur de solidarité…

En un mot, il faudra attendre que nos craintes se réalisent… pour qu’elles soient jugées potentielles… allez comprendre.

Quelle sera la prochaine étape ?

Romain Mathieu, « Vosges : La délation organisée », Vie de gauche, n°51, 30 octobre 2010, page 7.


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