Espagne : l’Académie royale au service du fascisme

mardi 6 juin 2017.
 

1) Polémique en Espagne : Franco “autoritaire”, mais pas “totalitaire” (article du Journal du Pays basque)

La publication d’un article qui qualifie Franco d’“autoritaire” mais pas “totalitaire” dans un dictionnaire biographique officiel fait polémique en Espagne et provoque un malaise au sein du gouvernement socialiste qui en a financé l’édition.

Le Dictionnaire biographique espagnol, une œuvre en 50 volumes dirigée par l’Académie royale d’histoire, explique dans son article sur Francisco Franco qu’il “a mis sur pied un régime autoritaire mais non totalitaire”.

Le franquisme a permis “d’unifier” au sein de l’Etat espagnol les “forces politiques qui l’appuyaient, Phalange, Traditionalisme et Droite”, et le Généralissime “a dû se lier” avec les régimes fascistes de Mussolini et nazi d’Hitler face à “l’hostilité de la France et de la Russie”, indique l’article. Son auteur, Luis Suarez, est décrit comme “ouvertement sympathisant” de Franco, qu’il ne nomme jamais “dictateur” mais “Généralissime” ou “Chef d’Etat”, par le journal de centre-gauche El Pais.

“Le résultat est un article aimable et hagiographique sur le dictateur”, par un historien qui ignore “la répression” menée par le régime de Franco contre les Républicains à l’issue de la Guerre civile (1936-39), ajoute le journal.

Cet article et d’autres entrées litigieuses dans un dictionnaire officiel financé par le ministère de l’Education ont suscité un malaise au sein du gouvernement socialiste, le premier à avoir légiféré, fin 2007, pour la réhabilitation des victimes oubliées du franquisme.

La ministre de la Culture, Angeles Gonzalez Sinde, a appelé l’Académie à corriger les biographies “qui ne correspondent pas à la réalité”.

Mais des voix se sont élevées pour un retrait des volumes incriminés, notamment au Sénat où le sénateur de gauche Joan Saura a déposé une motion pour réclamer une “rectification publique” de l’Académie “pour avoir manipulé l’histoire” et “exalté le Caudillo”.

Pour l’universitaire française Eve Giustiniani, spécialiste de l’Espagne, il ne fait “aucun doute” que le régime franquiste fut, de 1936 jusqu’à la fin de la Seconde guerre mondiale en 1945, “totalitaire”.

Mais à partir de cette date, Franco, “à la recherche de nouveaux appuis internationaux, a redéfini le régime comme essentiellement catholique et anticommuniste”, écrit-elle dans une tribune publiée mercredi par le quotidien Publico.

Le plus grave oubli dans l’article est “l’absence de mention de la répression” qui a suivi la Guerre civile, ajoute l’universitaire.

Source : http://www.lejpb.com/paperezkoa/201...

2) Espagne : l’Académie royale d’histoire, godillot du caudillo

Tollé après la publication du dictionnaire biographique 
de la très célèbre et réactionnaire institution.

En Espagne, les raisons de s’indigner ne manquent pas. Dernière en date  : le dictionnaire biographique de la très élitiste et réactionnaire Real Academia de Historia (RAH — Académie royale d’histoire). Près de 50 tomes où certains auteurs se vautrent avec complaisance dans le révisionnisme. Exemples. La dictature franquiste  ? Tout au plus un « régime autoritaire » mais surtout pas « totalitaire ». À croire que les centaines de milliers d’Espagnols emprisonnés, fusillés, torturés, exilés, n’ont pas existé. Franco d’ailleurs n’est jamais décrit comme un dictateur. L’auteur de sa biographie, Luis Suarez Fernandez, est directeur général des universités et de la recherche du ministère de l’Éducation.

« En travaillant sur des matériaux et documents de Franco, il se consacre de manière hagiographique à la figure du dictateur et de l’histoire récente », rappelait hier El Pais. Les généraux qui ont fomenté, dirigé et mené à bien le coup d’État pour renverser la République démocratiquement élue sont tout simplement légitimés dans leur entreprise. Leur conspiration  ? « Un soulèvement national ». Leurs actes répressifs  ? « Une guerre de libération », « une véritable croisade » pour « libérer le pays de la terreur rouge », auraient pu rajouter les auteurs qui ont fait leur le champ lexical et idéologique du franquisme. Au passage, le gouvernement de la République de Juan Negrin, sous la plume de Carlos Seco Serrano, est taxé de « pratiquement dictatorial ». Continuons. Les résistants qui, les armes à la main, ont tenté d’organiser les maquis  ? « Des bandits et des terroristes », relève le très officiel dictionnaire. Mot pour mot ceux qu’employaient les membres de la garde civile – les tristement célèbres tricornes, adeptes des coups de feu et de matraque – pour décrier et assassiner les guérilleros…

Les nombreuses associations pour la récupération de la mémoire ont manifesté leur colère, jeudi, devant le siège de la RAH, et sur la place Del Sol. Celle-là même qu’elles 
occupent depuis un an, tous les jeudis, pour dénoncer l’impunité des crimes franquistes. Cette insulte aux victimes de la dictature, mais également à 
la déontologie et à l’éthique de la profession, ne semble pas émouvoir la très royale académie. « Bien sûr que j’ai tout révisé, mais pour que l’édition soit bonne et sans erreur, et non pour altérer le moindre contenu », a osé déclarer Gonzalo Anes, le directeur, cette institution prompte à exalter le franquisme. Des erratum seront toutefois ajoutés, a promis la RAH, croyant là s’acquitter. Démonstration est faite, une de plus, qu’il est encore impossible en Espagne de solder les comptes du passé, et de rendre justice à qui de droit. « Une vraie démocratie », réclament les indignés de Sol. Qui peut encore s’en étonner ?

Cathy Ceïbe, L’Humanité


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