Phalange espagnole, un mouvement fasciste

samedi 18 février 2017.
 

A) La Phalange, un mouvement fasciste

Dans les années 1930, tous les pays d’Europe sont concernés par l’apparition et le développement d’organisations fascistes dont la fonction essentielle consiste, avant la prise de pouvoir, à terroriser et même assassiner des militants politiques de gauche et des syndicalistes.

Fréquemment, des ouvrages de référence (par exemple le Dictionnaire des fascismes et du nazisme, Wikipedia...) présentent la Phalange espagnole comme ayant des origines diverses : nationalistes et anarcho-syndicalistes en particulier. Ce n’est guère raisonnable.

- Le petit Parti Nationaliste Espagnol de José Maria Albina s’affirmait depuis plusieurs années comme une organisation fasciste dans la tradition de Mussolini et d’Hitler.

- Le courant intégriste catholique proche ou même se réclamant du fascisme est présent dans l’Eglise espagnole bien avant la création de la Phalange. Onesimo Redondo est caractéristique de ce milieu. Venu de l’Action Catholique, influencé par l’Allemagne hitlérienne, il crée la revue Libertad en réaction à l’avènement de la 2ème République. Sa violence anti-socialiste, son opposition irréductible à la démocratie, son antisémitisme, son recours à l’action directe, son admiration pour les régimes fascistes le classent sans aucun doute à l’extrême droite. L’aspect national-syndicaliste correspond bien à la fonction donnée par les milieux réactionnaires aux premières organisations fascistes : disputer la classe ouvrière au socialisme, y compris par des syndicats et des tirades anticapitalistes. En août 1931, il fonde les Juntas Castellanas de Actuación Hispánica qui prônent la conquête du pouvoir par l’action directe et rejette toute démocratie, tout système électoral.

- Après la proclamation de la République en août 1931, se développe aussi un phénomène intellectuel élitiste réactionnaire symbolisé par Ramiro Ledesma Ramos ; sa valorisation de l’Espagne éternelle, royaliste et conquérante comme ses références intellectuelles (Heidegger, Max Scheler...) le classent à l’extrême droite, d’un type proche des futuristes fascisants italiens.

- En octobre 1931, les catholiques intégristes des Juntas Castellanas de Actuación Hispánica animés par Onesimo Redondo fusionnent avec le réseau de Ramiro Ledesma Ramos pour fonder le premier mouvement fasciste espagnol significatif, les Juntas de Ofensiva nacional sindicalistas (JONS).

- un premier groupe portant le nom de Falange est fondé le 29 octobre 1933 par José Antonio Primo de Rivera. Celui-ci est-il moins fasciste que les précédents ? La réponse est NON en raison de son fond politique "totalitaire" mais aussi parce qu’il est payé cher (50000 lires mensuels) par l’Italie mussolinienne pour développer un grand mouvement fasciste.

Le 4 mars 1934, Onesimo Redondo, Ledesma Ramos, José Antonio Primo de Rivera... se regroupent dans la Falange española de las Juntas de ofensiva nacional. Cette Falange se positionne aussitôt en force paramilitaire souvent complémentaire de l’armée face aux syndicats ouvriers, face aux grèves, face au mouvement républicain, fonction classique des fascistes. Comme l’écrivent Serge Berstein et Pierre Milza "elle avait apparemment tout d’un mouvement fasciste (la chemise bleue, les slogans nationalistes, les défilés, la vénération de l’Italie et de l’Allemagne)".

De 1934 à 1936 et surtout après la victoire électorale du Frente Popular, la Phalange voit ses effectifs gonfler. Elle contribue lourdement à la montée d’un climat de pré-guerre civile, assassinant des militants antifascistes, imposant très souvent des combats de rue aux organisations ouvrières et républicaines.

Après le coup d’état militaire de juillet 1936, elle voit affluer des milliers de nouveaux adhérents enrôlés militairement dans le camp de la réaction de façon autonome puis au sein des structures militaires nationalistes.

Parmi les massacres perpétrés par des membres de la Phalange, nous avons déjà publié un article sur ce site :

18 août 1936 : Federico Garcia Lorca, grand poète, est assassiné par de sales merdes franquistes

Francisco Franco se prévaut dès sa prise de fonction à la tête du "Movimiento nacional" d’une idéologie proche de la Phalange (voir ci-dessous).

« Dès 1936, Franco avait officiellement adopté son programme. » (Dictionnaire des fascismes et du nazisme, Pierre Milza et Serge Berstein)

Dans le Mouvement national, seule force politique autorisée à partir de 1937, la Phalange joue un rôle important du point de vue idéologique même si c’est l’Eglise catholique qui devient le relai principal de l’Etat franquiste.

En avril 1937, Franco décrète la fusion de la Phalange et de la Comunión Tradicionalista Carlista (tenants de la monarchie absolue) dans la Falange española tradicionalista y de las JONS.

Obligation du travail sans droit du travail, "conception totalitaire de l’Etat", "régime hiérarchique", nation, refus du suffrage universel, corporations à la place des syndicats, le court extrait ci-dessous symbolise l’influence de la Phalange dans le franquisme. Il résume même parfaitement le projet fasciste, bien mieux même que les textes de Mussolini ou d’Hitler avant leur accession au pouvoir.

B) Franco prend à son compte l’idéologie de la Phalange (extrait de son discours sur l’identité nationale)

Le franquisme est un fascisme

"Tous les Espagnols devront travailler, le nouvel État ne pouvant admettre de citoyens parasites...

« …L’Espagne s’organisera à l’intérieur d’une large conception totalitaire, à travers ses institutions naturelles qui assureront sa nationalité, son unité et sa continuité.

L’implantation, principe d’autorité le plus sévère qu’implique ce mouvement n’a pas un caractère exclusivement militaire, mais il est l’instauration d’un régime hiérarchique dont l’harmonieux fonctionnement doit abriter le développement de toutes les capacités et des énergies de la Patrie.

La personnalité des régions sera respectée dans ses particularités, répondant à la vieille tradition nationale dans ses moments de plus grande gloire, mais sans que cela suppose une diminution ou une détérioration de l’unité nationale la plus absolue. La municipalité espagnole, d’origine historique revêtira toute la puissance dont elle a besoin, pour l’accomplissement de sa mission d’organisme public.

Le suffrage inorganique ayant échoué par la faute des caciques nationaux et locaux d’abord, et plus tard de l’oppression tyrannique des syndicats mis au service des intérêts politiques, la volonté nationale se manifestera en son temps à travers des organismes techniques et des corporations qui, enracinés dans les entrailles mêmes du pays, représenteront de façon authentique son idéal et ses besoins. »


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