27 juillet 1953, fin de la guerre de Corée

mercredi 6 novembre 2019.
 

Il y a 60 ans, le Nord communiste envahissait son voisin du Sud afin, par la force, de réunifier la Corée divisée au lendemain de la seconde guerre mondiale (1).

Le 25 juin 1950, les troupes militaires nord-coréennes franchissent la frontière du 38e parallèle ­ ligne de démarcation entre la République de Corée (Sud) et la République démocratique et populaire de Corée (Nord). L’invasion décidée par le leader Kim Il-sung est un succès. Le 28 juin, la capitale du Sud, Séoul, est prise. Trois jours ? Syngman Rhee, dictateur en chef de la Corée du Sud, soutenue par les Etats-Unis, avait estimé le 21 octobre 1949 qu’il était « en mesure de prendre Pyongyang (capitale du Nord, ndlr) en trois jours ». La guerre en Corée prendra fin en juillet 1953, impliquant d’une part, les Etats-Unis à la tête d’un corps expéditionnaire international sous mandat de l’Onu, et d’autre part la Chine populaire. Cela constituera l’affrontement armé le plus important de l’après-Yalta. L’Urss se bornera, de son côté, à fournir du matériel militaire aux troupes chinoises et coréennes. Pourtant ce conflit demeure un avatar de l’affrontement des deux « grands ».

Le contexte

L’invasion de la Corée du Sud ne relève pas d’une décision prise à la légère par les Nord-Coréens ; elle est tributaire de plusieurs facteurs et éléments d’analyse du contexte international. Le 1er octobre 1949, la République populaire de Chine est proclamée, les troupes de Tchang Kai-Shek sont refoulées dans l’île de Formose. La RPC est aux frontières de l’Indochine française et accroît la vigueur combattante du Viêt-Minh. Le 18 janvier 1950, la République démocratique du Viêt-Nam, sous la houlette de Hô Chi Minh, marque la première défaite de la France coloniale.

De 1948 à 1950, les forces communistes (en Birmanie et en Malaisie) dans tout l’Extrême-Orient se lancent dans une offensive générale contre les pouvoirs en place. Les puissances coloniales (France, Angleterre, Pays-Bas) et les Etats-Unis se considèrent menacés par « l’expansionnisme communiste ». Le 19 juin 1950, Foster Dulles déclare à Séoul que « la Corée du Sud est sur la ligne de front de la liberté, soutenue dans cette bataille par le peuple américain ». Cinq mois auparavant, le secrétaire d’Etat américain à la Défense, Dean Acheson, considérait à l’opposé que la Corée du Sud et Formose se trouvaient « en dehors du périmètre défensif des Etats-Unis dans le Pacifique ».

Le déroulement

Si les déclarations contradictoires de la part des Américains ont certainement joué leur rôle dans la détermination nord-coréenne à envahir son voisin du Sud, le refus de la partition n’en reste pas moins la raison première. Certes, le 9 septembre 1948, Kim Il-sung est « élu » président de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), quelques semaines après que la République de Corée (Sud) a été proclamée sous l’autorité de Syngman Rhee, le 15 août 1948. Au Sud, l’autoritarisme du dictateur proaméricain provoque grèves et foyers de « guérillas communistes » qui contestent son pouvoir. Pour Kim Il-sung, c’est une situation qui concourt à légitimer auprès de la population du Sud l’invasion qui prendrait dès lors l’apparence d’une libération nationale. Les entretiens du leader nord-coréen avec Staline l’engagent à prendre l’initiative des hostilités. Du 25 juin au mois d’août 1950, l’offensive du Nord est victorieuse et repousse les forces terrestres américaines et sud-coréennes jusqu’à la ville portuaire de Pusan (au sud-est de la péninsule). Le 15 septembre, le général MacArthur, gouverneur militaire du Japon et commandant en chef du contingent onusien, débarque derrière les lignes ennemies et entame la reconquête du territoire. Le 28 septembre Séoul est reprise, et le 30 septembre les Nord-Coréens sont repoussés au-delà du 38e parallèle.

Docteur Folamour

Le général américain, partisan d’une guerre totale contre « le communisme », poussera son avantage sur le terrain militaire jusqu’à la frontière entre la Chine et la Corée du Nord, sur les rives du fleuve Yalou. Le monde est au bord d’une 3e guerre mondiale. L’Assemblée générale des Nations unies, séduite par le point de vue américain, opte pour la réunification de la Corée dans l’orbite du « monde libre ». MacArthur, pour l’obtenir, envisagera la guerre contre la Chine et l’Urss s’il le faut. Des frappes nucléaires sur les sites industriels de la Mandchourie (nord-est de la Chine) sont même envisagées.

La Chine de Mao réagit et engage 700 000 hommes dans le conflit. MacArthur doit reculer jusque derrière le 38e parallèle, les forces sino-coréennes reprennent Séoul le 4 janvier 1951, puis sont de nouveau repoussées. En mars-avril 1951, le front se stabilise. Le général MacArthur est destitué et remplacé par le général Ridgway. Des négociations s’ouvrent mais ne débouchent pas sur de réelles avancées. L’élection à la présidence des Etats-Unis du général Eisenhower, partisan de la fin des hostilités en Corée, et la mort de Staline le 3 mars 1953 relancent celles-ci. Le 27 juillet 1953, un armistice est signé à Panmunjon, sur la ligne même de démarcation des deux Corée. La partition du territoire coréen est entérinée.

Bilan d’une guerre

Le nombre des victimes varie selon diverses estimations. Celles des Nations unies tournent autour de 2 500 000 morts, d’autres parlent de 4 millions de victimes. Côté américain, on compte 34 000 morts, pour 200 000 Chinois. Reste que les pertes les plus lourdes sont du côté coréen, et plus encore parmi les Nord-Coréens (300 000 victimes). Quant aux « accusations fallacieuses » concernant l’utilisation de l’arme bactériologique par les Américains, elles se révèlent aujourd’hui étayées par plusieurs types de sources(2). Les Américains auraient, par voie aérienne, pulvérisé à la frontière sino-coréenne des germes de contamination et auraient diffusé des insectes contaminés provoquant différentes épidémies.

Les deux Corée sortent dévastées de ce conflit de trois ans. Néanmoins, la Corée du Nord, sous la férule de Kim Il-sung, pourra prétendre à une certaine réussite économique. En 1960, le PIB par habitant est 2 fois plus élevé qu’en Corée du Sud. Le 19 avril 1960, Syngman Rhee est poussé à la démission par les manifestations étudiantes. La république est rapidement renversée par des juntes militaires (en 1961 et en 1979) ; une certaine « libéralisation » intervient en 1987. En 1997, le dissident démocrate Kim Dae-jung est élu président de la République de Corée. Quant à Kim Il-sung, il meurt en 1994 après avoir inventé le « communisme dynastique », nommé comme successeur son fils Kim Jong-il et réalisé le rêve de « beaucoup de dictateurs malades (…) : isoler physiquement et mentalement du reste de l’humanité son bout de territoire et la population soumise à sa toute-puissance »(3).

1. L’émission de Marc Ferro, « Histoire parallèle » du 24 juin à 19 heures, est consacrée au 25 juin 1950.

2. voir le Monde diplomatique, « Les armes biologiques de la guerre de Corée », juillet 1999.

3. voir Libération, éditorial de Gérard Dupuy du 19 avril.


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