5 octobre 1972 2017 Le Front National campe à l’extrême droite

samedi 7 octobre 2017.
 

5 octobre 1972 Lancement du Front National

Le 5 octobre 1972, en vue des élections législatives de 1973, le mouvement Ordre nouveau initie un « rassemblement de la droite nationale ». Ce « Front national pour l’Unité française », devenu ensuite « Front national », va des anciens poujadistes aux franges pétainistes ou néo-nazies les plus extrêmes. Il se compose d’une poignée de militants de l’extrême droite néo fasciste (François Duprat), d’ex collaborateurs (François Brigneau) dont certains venus du Parti Populaire Français de Doriot (Victor Bathélémy) et de membres de l’OAS. Il sera rejoint au fil des ans par tous les groupuscules de la galaxie de l’extrême droite (Jean-Pierre Stirbois). Il s’inspire du parti néo-fasciste italien MSI fondé en 1946 par des proches de Mussolini en fusionnant avec les monarchistes avec une ligne de « droite nationale » (Destra nazionale). Le FN en reprend même le symbole de la flamme tricolore qui devient son emblème. Jean-Marie Le Pen prend la tête du mouvement qui s’engage dans l’élection législative avec un programme intitulé « Défendre les français ».

Anticommunisme, anti-immigration, anti-syndicalisme sont des marqueurs forts de ce nouveau parti qui se définit comme une « droite populaire ». Clairement d’extrême droite dès l’origine, il joue vite à brouiller les lignes en se proclamant hostile au « système » qu’il contribue pourtant si bien à préserver. Les questions économiques ou sociales sont traitées de manière secondaire et leurs options ne sont jamais clairement définies. Ses hésitations économiques lui font prôner un libéralisme extrême dans les années 80 sur le modèle de Reagan, avant de se raviser pour défendre un pseudo protectionnisme.

S’il euphémise son discours, rien ne change quant à l’identité fasciste du Front national. La reprise du parti par la fille cadette de la dynastie ne fait que renforcer cette stratégie masquée. De la « préférence nationale » des années 80 à la « priorité nationale » de 2012, les théories racistes fondées sur un fantasme migratoire sont les mêmes. C’est ce fond identitaire qui constitue réellement l’idéologie du FN. En 40 ans il a contaminé une partie du paysage politique, à commencer par la droite sous l’égide de Nicolas Sarkozy.

Aigline de Causans, Parti de Gauche

B) Octobre 1972 2015 Le Front National campe toujours à l’extrême droite (Alexis Corbière)

On connaissait les grosses ficelles de Jean Marie Le Pen, voici les câbles de Marine. Depuis aujourd’hui, la voilà qui menace même d’attaquer en justice « tous ceux qui diront qu’elle est d’extrême droite ». Incroyable et loufoque. On aurait presqu’envie de lui dire "Non mais allo quoi !" C’est presque risible tellement c’est ridicule. Elle ose même dire que « les origines du FN ne sont pas d’extrême droite ».

Connaît-elle l’histoire de son parti fondé le 5 octobre 1972 par une poignée de militants de l’extrême droite néo fasciste (comme François Duprat), ex collaborateur (comme François Brigneau), ex PPF (comme Victor Bathélémy), OAS ou autres groupuscules de la galaxie de l’extrême droite de l’époque (tel Jean-Pierre Stirbois) ? Ou, peut être, se moque-t-elle tout simplement de nous ?

Ne soyons pas étonnés toutefois par cette astuce. Elle n’est pas originale. Depuis toujours l’extrême droite ne veut pas qu’on l’appelle extrême droite. Jamais elle n’a assumé ce terme et surtout depuis l’horreur de la seconde guerre mondiale. A quelques exceptions près, les fascistes français des années 30 refusaient aussi qu’on les appelle fascistes. Toujours, cette famille politique a cherché à camoufler sa véritable identité. Elle prospère dans la confusion. Son slogan, c’est « ni droite, ni gauche ». Moins les frontières politiques sont nettes, plus l’extrême droite est en forme. Parlant de lui, Jean Marie Le Pen, refusait systématiquement ce qualificatif et disait même parfois : « je suis, dans le fond, un démocrate churchillien ». Dans les années 80 et 90, personne ne le croyait bien sûr et cela ne faisait pas de doute qu’il était d’extrême droite (et même un vieux facho) pour la très grande majorité de notre pays.

Et voici que pour sa fille, les choses semblent moins nettes pour beaucoup de nos concitoyens, de journalistes ou observateurs. Où est né ce changement de perception ? Pourtant, Marine Le Pen s’est toujours revendiquée de la continuité de son père. Il n’existe aucune déclaration de sa part qui prendrait des distances avec les 60 ans d’engagement politique de papa (ici en photo dans un des premiers meetings du FN avec François Brigneau ancien militant du parti collabo RNP de Marcel Déat, que Mme Le Pen ne qualifiera peut être pas d’extrême droite, qui sait ?). Elle a également été élue présidente du FN en 2011 avec le soutien actif de son père et non contre lui ni ses idées. Elle l’a ensuite toujours défendu, affirmant qu’il "avait toujours eu raison". Toujours, avec une belle constance et fidélité, elle s’est placé dans son sillage. Sans cela, sa carrière politique n’aurait d’ailleurs jamais existé. Elle est une pure héritière, qui a essentiellement bénéficié de son nom pour faire de la politique. Un précision toutefois, il existe bien une chose politique sur laquelle elle a pris ses distances avec son géniteur, c’est l’antisémitisme et les propos négationnistes. Tant mieux. Je ne sous estime pas la chose.

Il faut dire que nous sommes désormais 70 ans après la seconde guerre mondiale. Les vieux collabos antisémites ne représentent plus une clientèle à flatter. Pour l’essentiel ils sont morts. Mais, pour autant, l’antisémitisme n’est pas la seule caractéristique de l’extrême droite. Le fascisme italien de Mussolini dans ses premières années n’était pas antisémite et de manière générale, les dictatures fascistes militaires qui ont saigné l’Amérique latine dans les années 70, n’étaient pas antisémites. Il existe d’autres exemples. Et puis, la présidente du Fn a remplacé le juif cible de toutes les abjections, par un autre bouc émissaire : l’immigré de confession musulmane. Depuis 2011,Marine Le Pen a substitué la rage antisémite de papa et de beaucoup des fondateurs du FN, en une rage contre nos concitoyens musulmans, ce qui ne change pas fondamentalement la nature de ce courant politique ni de ce parti. Pour le reste, elle a toujours affirmé avoir « les mêmes idées que mon père ». Une autre fois, elle a déclaré « Mon père a créé le parti, il a débroussaillé. Moi, mon objectif, c’est d’arriver au pouvoir. », ce qui ne peut être considéré comme une prise de distance politique avec lui. Une autre fois, toujours sur son père : « les idées sont les mêmes et c’est tout à mon honneur ». Et ainsi de suite…

Donc, c’est clair. Si quelqu’un affirme sérieusement que le FN de Marine Le Pen n’est pas d’extrême droite, il doit immédiatement soutenir la même chose concernant son père. Ridicule. Tout dans le FN, même "marinisé" reste d’extrême droite. Les termes qu’elle emploie, les thèmes qu’elle développe. Le ciblage systématique des étrangers comme responsables de la crise et du chômage. Sa haine des syndicats et du mouvement ouvriers organisé, c’est l’extrême droite. Sa haine des mouvements sociaux aussi. Le faux discours anticapitaliste mais qui jamais ne propose une autre répartition des richesses, c’est typique de l’extrême droite. Sa vision d’une histoire de France uniquement tournée vers "ses racines chrétiennes" perpétuellement exaltées et la baptême de Clovis vu comme l’acte de naissance de la France, c’est encore l’extrême droite. Son refus de condamner le gouvernement de Vichy et l’action du Maréchal Pétain, encore et toujours. Sa nostalgie d’une France coloniale idem. Ses amitiés internationales, en Italie par exemple, ce sont des forces clairement d’extrême droite.Tout cela, et bien d’autres choses encore, ce sont les thématiques de l’extrême droite depuis plus de 60 ans… Par exemple, dans son dernier discours à Marseille, lors de l’Université de rentrée du FN à la mi septembre, Marine Le Pen a répété 22 fois les mots "immigration", "étrangers", "clandestins", mais n’a jamais dit une seule fois les mots "retraite", "60 ans", "SMIC" ou "loyers" . Ce vocabulaire est typique de l’extrême droite. Finalement, ce qui a changé, ce n’est pas tant le FN que le marigot politique dans lequel il patauge et ceux qui l’observe.

Car, en fait, la déclaration de Marine Le Pen se situe dans une offensive idéologique du FN, qui avance ses pions l’un après l’autre, et où le terrain sémantique est de première importance. Elle vole les mots pour des maux, les uns après les autres. Dernièrement, elle a sali le beau mot de laïcité en le rendant plus que suspect à l’oreille de beaucoup de nos concitoyens. Personne ne semble lui tenir tête, alors elle continue sa besogne. Les facilités dont bénéficie le FN pour faire ses méfaits ne cessent de m’étonner. Des inconscients lui soufflent dans les voiles et marchent au bord du précipice. Ce parti a bien compris désormais que pour construire sa petite entreprise, et diffuser son poison, il dispose à grande échelle d’alliés précieux et sournois. A une telle dimension, c’est nouveau. Pas un jour ne passe sans qu’un grand média ne fasse un article avantageux sur Marine Le Pen et le FN. Sitôt qu’un sondage bricolé annonce un hypothétique résultat lors de prochaines élections, parfois même en retrait de scores électoraux déjà atteint par le passé pour le Front national, des manchettes de journaux annoncent à coup de trompettes et sans recul de « fortes progressions » et des « poussées historiques ».A ce titre, la situation à Paris en est un exemple flagrant. A l’occasion des prochaines municipales, le FN est estimé exceptionnellement dans un sondage à 8 % et voilà le Parisien qui s’enflamme et interroge son candidat aux élections municipales en affirmant qu’ « à Paris, c’est assez nouveau, jusqu’ici votre parti n’a jamais réalisé de bons scores » … alors qu’un 1995 le FN avait obtenu plus de 10 % aux élections municipales…En écrivant cela, je ne cherche pas à nier que le FN dispose d’un contexte qui lui est très favorable et que cela se ressent, mais est-ce une raison pour en faire le personnage central de la période ? Je dis non.

Et ce n’est pas tout, sur le plan politique, pour son grand plaisir, de faux adversaires, sans consistance réelle, se mettent sur son chemin, dans le seul but de lui regonfler les pneus et lui dégager la route. On assiste ainsi au spectacle lamentable d’un Ministre de l’intérieur, totalement instrumentalisé par les mêmes média qui s’enthousiasmait pour DSK, qui veut nous faire croire qu’il lutte contre le FN… en parlant comme le FN. Sarko avait essayé la même recette, avec le résultat que l’on sait. Ainsi, depuis quelques semaines 15 000 à 20 000 roms présents sur le territoire national, en situation de grande pauvreté, sont montrés du doigt aussi bien par des responsables PS que UMP et leur difficulté sont montrées comme le quasi problème majeur du pays.

Depuis les années 80, le FN est le diable de confort, l’instrument utile du système politique, de cette oligarchie qui en réalité, en a fait sa chose. 40 ans après sa fondation, il est en passe de devenir sa dernière roue de secours en période de crise. L’utile repoussoir pour effrayer ceux qui tenteraient de s’éloigner du troupeau. Un décor de carton pâte se met en place pour faire croire que la seule opposition, à la politique du PS qui ressemble tant à celle de l’UMP, c’est le FN. C’est si commode. L’utilité du FN est une analyse partagée dans tous les états-majors. Tant ceux au service du retour de Nicolas Sarkozy que dans ceux de la rue de Solférino. En 2017, tout porte à croire que François Hollande rêve d’un second tour face à Marine Le Pen pour assurer une réélection et Nicolas Sarkozy voit l’existence de la Présidente du FN comme un caillou dans la chaussure de l’actuelle direction de l’UMP, empêchant que le leadership soit stabilisé à droite et permettant qu’il revienne, avec Patrick Buisson à la manœuvre, sur une ligne politique permettant « la fusion des deux droites », comprenez l’alliance avec le FN. Pour qu’elle soit possible sur le plan électoral demain, il faut qu’au plus vite elle existe sur le plan culturel. Dans ce jeu de dupe, la direction actuelle du FN pense qu’elle sortira vainqueur et que c’est sous son hégémonie que cette union verra le jour. A l’UMP on croit l’inverse. L’avenir dira qui mangera l’autre. Mais l’Histoire nous enseigne que ceux qui jouent avec l’extrême droite ont été de dangereux apprentis sorciers.

Alors, oui, Marine Le Pen et le FN sont d’extrême droite. C’est une évidence politique et historique. Ces menaces de plainte contre ceux qui affirmeraient l’inverse ne doivent effrayer personne. Il serait scandaleux qu’un juge ose condamner quelqu’un qui ne ferait que dire cette vérité. Mais gare. Après avoir porté plaintes contre Jean-Luc Mélenchon et son avocate Raquel Garrido (cliquez ici pour signer la pétition de soutien), coïncidence des calendriers, la voilà qui aujourd’hui a porté également plainte contre mon camarade François Delapierre. Son délit ? Avoir publiquement dénoncé la proximité entre elle et l’avocat d’affaire, ami de Jérome Cahuzac, le dénommé Philippe Péninque qui organise l’évasion fiscale. Je vous retranscris ici intégralement le communiqué que François a immédiatement envoyé à la presse : " Des fascistes en porcelaine ? Les services de police m’ont informé ce matin d’une nouvelle plainte de la dirigeante d’extrême-droite Mme Le Pen et de son vieux compagnon d’extrême-droite Philippe Péninque dirigée cette fois contre moi. Ce dernier me reproche d’avoir souligné sa responsabilité dans le système de fraude fiscale passant par la Suisse dont a profité son ami Cahuzac. Mme Le Pen instrumentalise à nouveau la police et la justice au service de sa réputation. Nos fonctionnaires de police et nos magistrats ont pourtant autre chose à faire. D’autant que ce harcèlement procédurier ne nous fera pas taire."

Honte à Marine Le Pen ! Et solidarité avec mes camarades Mélenchon, Garrido et Delapierre. Peu de journalistes se sont intéressés à ces honteuses et minables plaintes. Il y a quelques années, elles auraient fait scandale. Aujourd’hui, elles passent presque inaperçues. Elles montrent pourtant le visage d’une extrême droite qui veut faire taire ceux qui lui tiennent tête. Et quand elle triche aux élections, avec des faux tracts à Hénin-Beaumont, la presse garde le silence ou presque.

Ce qui change, je le répète, ce n’est pas le FN, ce sont surtout les forces politiques qui l’instrumentalisent et les journalistes qui l’observent. Et ce qui permet au FN de dire qu’elle n’est pas d’extrême droite, sans être immédiatement décrédibilisé tellement c’est idiot, c’est que des partis politiques, en première ligne duquel se situe le PS, ont fait exploser les anciens qualificatifs, ont sali le mot de « gauche » et ont rendu quasi incompréhensible pour des millions de gens la différence entre la droite et la gauche. L’extrême droite progresse toujours quand fasse à elle, il n’y a que confusion et incohérence.

La tâche du Front de Gauche, c’est dans ce brouillard idéologique, de faire oeuvre de clarté. C’est la condition pour lutter contre l’extrême droite : c’est à dire le FN présidé par Marine Le Pen.


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