La charte des Nations unies (26 juin 1945) au poing

dimanche 29 janvier 2017.
 

Alerter les peuples sur leur propre pouvoir et leur responsabilité par Roland Weyl Vice-président de l’Association internationale des juristes démocrates.

Le sort de la Syrie se discute entre la Russie et les États-Unis  ; l’Arabie saoudite a bombardé au Yémen, avec des armes fournies par la France  ; la Chine veut étendre son domaine au-delà de ses eaux territoriales, et les États-Unis menacent d’y faire leur police… Et on se désole de l’impuissance de l’ONU, à qui il faudrait donner plus de pouvoirs, en abolissant aussi le droit de veto.

Et dans tout cela, un grand oublié  : le droit international. Comme si on investissait la sécurité routière que dans les gendarmes et pas dans le Code de la route.

Il n’y a pourtant pas plus d’organisation miracle que de sauveur suprême, car tout dépend de qui y a l’influence dominante. Il est vrai que, jusqu’en 1945, la vie du monde dépendait des rapports de forces entre puissances. Mais, depuis 1945, il y a la charte des Nations unies qui interdit à tous les États le recours à la force ou à la menace de la force, seul le Conseil de sécurité en ayant le pouvoir et seulement pour le maintien ou le rétablissement de la paix, le veto étant destiné à l’empêcher d’excéder ce pouvoir. Et il est chargé d’établir un programme général de désarmement « pour ne détourner vers les armements que le minimum des ressources humaines ». Même la défense préventive, qui a souvent déguisé des agressions, est exclue. Et parce que les peuples sont les premières victimes des guerres, la paix est fondée sur leur souveraineté, chacun sur son territoire, sans intervention étrangère, même de l’ONU, dans leur respect mutuel et l’égalité des nations grandes et petites, leur État étant leur instrument d’exercice de cette souveraineté et de leurs relations entre eux. L’ONU y est définie comme le lieu où ils unissent leurs efforts pour la faire appliquer et respecter  ; pourtant dans le Pacifique Ouest, les bases militaires états-uniennes narguent la charte, comme la Turquie et tous les autres en Syrie, et que dire de la Palestine, et aussi du Sahara occidental  ! Partout où des conflits prospèrent, où les droits des peuples sont violés ou même mis à sang, tout se passe comme si la charte n’existait pas. Même l’ONU la viole, comme ce fut le cas pour la Libye, où la Russie et la Chine auraient dû user du veto.

La raison est que la charte n’a donné aux peuples que le pouvoir politique, tandis que les Occidentaux s’étaient réservé le pouvoir économique en créant à Bretton Woods le FMI, la Banque mondiale et l’OMC. Ainsi, les puissances financières confisquent les États aux peuples, y compris pour faire de l’ONU leur instrument de gouvernance mondiale.

C’est dire combien la bataille ne doit pas être de tout focaliser sur une délégation de pouvoir à une ONU idéale, mais d’alerter les peuples sur leur propre pouvoir, et donc leur responsabilité, pour imposer à leur État d’œuvrer à l’ONU au respect de la charte. Cela suppose aussi qu’on ne détourne pas leur attention sur des attentes d’une organisation miracle, mais qu’on leur fasse connaître la charte, dont la défense et le respect relèvent du volet international de leur citoyenneté nationale, et mériteraient de figurer dans les programmes scolaires.


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