La grande coalition Macron, des hollandistes à la droite (mai 2015)

lundi 13 mai 2019.
 

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La loi Macron dite « pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques » a été adoptée par le Sénat avec les amendements de la droite majoritaire. La CMP (commission mixte paritaire) qui doit se tenir le 3 juin s’annonce mal puisque le Gouvernement a demandé au Sénat la ”sagesse” sur plusieurs amendements de la droite et pas des moindres, à tel point que sur 110 sénateurs PS, cent se sont abstenus sur le vote final et seulement 7 ont voté contre. Voilà qui assombrit le tableau lorsque l’on sait le poids électoral de ces “barons” socialistes qui figurent tous sur la motion majoritaire votée le 21 mai 2015. On comprend que le cap stratégique du Gouvernement est sérieusement entaché par une alliance avec la droite.

Les sénateurs de droite devaient boire du petit lait en entendant Macron répliquer à des sénateurs communistes et frondeurs. Et aggraver encore la loi sur le travail du dimanche ou la réduction des droits d’information et d’intervention des salariés et des syndicats dans l’entreprise. Cela est transparent pour le sénateur UMP Francis Delattre : « Monsieur le ministre, j’ai un peu d’expérience politique, et j’ai l’impression que nous venons de vivre votre moment de vérité. Sachez que nous le respectons, d’autant que nous partageons bien des orientations de votre projet de loi et que votre analyse de la situation de notre pays est assez voisine de la nôtre ».

Cette grande coalition Macron est cohérente avec les appels répétés de Valls à l’Union nationale pour gouverner le pays. Pas seulement depuis les attentats du 11 janvier : car l’union nationale était déjà au cœur de sa déclaration de politique générale en septembre. La loi Macron est donc pour ce gouvernement un laboratoire politique. Celui de l’alignement sur les grandes coalitions austéritaires qui dirigent une majorité de pays européens, selon le modèle initié en Allemagne.

Ceux qui expérimentent ainsi en France l’alliance avec la droite seront les plus mal placés pour invoquer l’union de la gauche dans les prochaines élections.

Le Sénat de droite adopte un projet de loi Macron encore plus libéral (AFP)

La droite a notamment adopté des amendements remettant en cause les 35 heures.

Le Sénat, à majorité de droite, a adopté ce mardi le projet de loi Macron sur la croissance, après avoir adopté des mesures encore plus libérales que celles défendues par le ministre de l’Économie à l’issue d’un débat marathon de 135 heures.

Quarante-quatre sénateurs ont voté contre, essentiellement communistes et écologistes, mais aussi socialistes comme Marie-Noëlle Lienemann et plusieurs de ses collègues qui défendent la motion B au futur congrès de leur parti à Poitiers. Ceux-là ont dénoncé « de graves mesures libérales et anti-sociales ». Les autres socialistes et une grande partie du groupe RDSE, à majorité PRG, se sont abstenus.

Le texte doit à présent faire l’objet d’une commission mixte paritaire (CMP, 7 sénateurs, 7 députés) chargée de trouver une version commune aux deux chambres. Elle est prévue le 3 juin. En cas d’échec, c’est l’Assemblée nationale, dont la version n’avait été votée qu’après l’utilisation de l’article 49.3 de la Constitution par le gouvernement, qui aura le dernier mot. Le gouvernement avait demandé la procédure accélérée sur ce projet de loi, c’est-à-dire une lecture par chambre.

« Nous formons tous beaucoup d’espoirs sur le vote de ce texte en commission mixte paritaire », a souligné Emmanuel Macron à l’issue des débats. « La crédibilité de nos débats dépendra ensuite de notre capacité à traduire concrètement, dans le réel, les avancées que ce texte contient. Nous y veillerons et c’est l’objet du travail qui s’engage à présent », a-t-il dit. Il a reconnu que le nouveau texte contient des ajouts qu’il n’a pas appréciés.

« Nous avons musclé le texte pour en faire un accélérateur de croissance en lui apportant ce qui lui manque, de la souplesse, en particulier en ce qui concerne le droit du travail, et de la simplification », a dit le patron des sénateurs UMP, Bruno Retailleau. « Le ministre va être devant un choix, le choix de l’audace, et il trouvera en CMP des sénateurs constructifs, ou le choix politique qui est celui des députés frondeurs ».

« Nous étions partis en août dernier d’un texte très idéologique, qui faisait de plusieurs professions les comptables et boucs-émissaires des échecs de la politique économique du gouvernement », a déclaré le président du groupe UDI-UC François Zocchetto. « Maintenant, nous avons un texte complétement remanié et qui répond aux attentes de nos concitoyens, des professionnels, des entreprises et donc de la majorité sénatoriale », s’est-il félicité. « Les reculs sont nombreux »

« A l’heure des comptes, le groupe socialiste a considéré que le texte du Sénat pouvait s’améliorer dans la navette », a déclaré pour sa part la chef de file socialiste Nicole Bricq. « Certes, il y a des mesures de droitisation », a-t-elle affirmé. « Mais elles ne survivront pas à la navette ».

En revanche, pour la présidente du groupe Communiste, républicain et citoyen (CRC) Eliane Assassi, « un accord en CMP parait invraisemblable et constituerait une violence inadmissible à l’égard de la majorité de gauche de l’Assemblée nationale et des sénateurs de gauche qui ont combattu ce projet de loi ». « Remise en cause des 35 heures, atteintes supplémentaires aux droits des salariés et à l’environnement : les reculs sont nombreux et le groupe écologiste du Sénat vote contre ce texte remanié », a souligné Jean Desessard (EELV).

« Si dans le Macron tout n’est pas bon, tout n’est pas mauvais non plus », a relativisé Jean-Claude Requier (RDSE). « Nous constations une amélioration par rapport au texte initial mais il nous est impossible de le voter en l’état », en particulier en ce qui concerne les professions réglementées et la ruralité », a-t-il dit.


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