La professionnalisation de la vie politique en question

jeudi 24 novembre 2016.
 

Question de la professionnalisation de la politique : un enjeu majeur de la démocratie

Notre système de représentation dans le cadre de la Vème République est arrivé en bout de course.

Cumul des mandats dans l’espace et dans le temps, rémunérations pouvant être considérés comme excessives ; marketing politique ; scandales multiples et corruption, absentéisme parlementaire, vote de lois antisociales, promesses non tenues et inefficacité pour résoudre les problèmes sociaux conduisent plus de la moitié de l’électorat à ne plus voter et une fraction à voter pour le FN pensant ainsi pouvoir donner un bon "coup de balai" dans les salons royaux et princiers de la république.

L’absence de conscience de classe au sein de ce type d’électorat les empêche de lire et d’adhérer aux propos du livre de Mélenchon "Qu’ils s’en aillent tous !".

Car le fonds de l’histoire n’est pas le dysfonctionnement du système parlementaire mais la toute-puissance de l’oligarchie financière sur la vie économique, sociale et politique.

Il n’en reste pas moins vrai, et l’Histoire planétaire nous le montre, que la nature des institutions d’un pays est absolument fondamentale. Il ne faut donc pas laisser au FN l’exclusivité de la critique des abus et des dysfonctionnements institutionnels d’autant que, par ailleurs , celui s’est prononcé pour la conservation de la Ve République !

Le Front de gauche et en particulier le Parti de gauche sont d’autant plus à pour faire cette critique qu’ils considèrent qu’il est plus qu’urgent de changer de république et de fonder une sixième république démocratique au service de l’intérêt général et non pas au service d’une caste de puissants possédants qui dictent leurs lois aux politiques censés représenter la République.

Autre raison qui leur permet d’avoir toute leur liberté de critique : aucun parlementaire du Front de gauche n’a été l’objet de poursuites judiciaires pour abus de biens sociaux ou autres.

Néanmoins, la question de la professionnalisation de la vie politique concerne tous les partis et il est souhaitable d’aborder la question avec distance et sans a priori : ce que fait Daniel Gaxie.

Cliquez sur les liens numérotés pour avoir plus de détails et accès aux sources.

Ce politiste a été professeur à l’université Paris-Sorbonne, département sciences politiques et a été président du jury de l’agrégation de sciences politiques. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Danie...)

On constatera toute l’actualité des observations qu’il faisait en 2001.

Il faut aussi que le FDG ait un regard critique sur lui-même, raison pour laquelle nous publions en annexe l’ancienneté des parlementaires du Front de gauche.

Les enjeux citoyens de la professionnalisation politique parDaniel Gaxie

Source : revue Mouvements mai 2001. No 18 Revue numérisée .CAIRN (1)

Faut-il se résoudre à ce que la politique soit fondamentalement un métier dans lequel on « enfile » un profil de carrière ? Cette question n’est pas dissociable du fait de savoir si on doit concevoir la politique dans les limites de la délégation.

La plupart de ceux que nous appelons « hommes politiques » consacrent toute leur énergie et toute leur vie à la politique, dont ils tirent aussi leurs moyens de subsistance. À la suite du sociologue Max Weber, on appelle « professionnels de la politique » ceux qui vivent ainsi pour et de la politique. Dans la plupart des systèmes occidentaux, le plus grand nombre des membres des gouvernements, des parlementaires et des dirigeants élus des institutions territoriales (Régions, grandes villes, Départements) sont, en ce sens, des professionnels de la politique. Beaucoup sont engagés depuis de longues années dans une carrière politique. Un petit nombre d’entre eux n’a connu que ce seul métier. La plupart ont abandonné une activité professionnelle antérieure pour se lancer dans la politique à temps complet et progresser dans une hiérarchie de postes, par exemple depuis la mairie d’une petite ville jusqu’au gouvernement. Sauf en cas d’échec, ceux qui entrent ainsi dans l’univers de l’activité politique tendent, en l’état actuel des choses, à y reste

Les dirigeants des institutions de l’État n’ont pas toujours été des professionnels de la politique. Jusqu’à la fin du xixe siècle, ils étaient souvent issus des cercles de notables. Ils ne vivaient pas que pour la politique puisque leur rang social leur commandait de se prêter à d’autres activités honorifiques et ils ne vivaient pas de la politique puisqu’ils exerçaient souvent leurs fonctions à titre bénévole et que leur fortune leur permettait de vivre sans en attendre de revenus. L’activité politique professionnelle apparaît progressivement avec les premiers partis politiques, l’ascension politique d’hommes moins fortunés, en particulier dans le mouvement ouvrier, L’instauration d’indemnités versées aux élus et l’élargissement des interventions de l’État. Elle est encouragée par la logique même de la concurrence politique. Elle est devenue un élément central de la politique « moderne » dans les démocraties représentatives et tend à se renforcer. On l’observe par exemple de plus en plus au niveau local avec la décentralisation, le développement des politiques des administrations territoriales et l’augmentation de la charge de travail des élus. La professionnalisation s’impose désormais à l’ensemble du milieu politique. La prétention de certains groupes de « faire de la politique autrement » ne résiste généralement pas aux pressions du milieu, de la concurrence et de la pratique. Ceux qui s’engagent avant les élections à céder leur siège à mi-mandat à leurs suivants sur la liste de candidats sont souvent portés à dénoncer ce principe du « tourniquet » comme démagogique et inefficace et à refuser de l’appliquer.

Les hommes politiques professionnels tendent à monopoliser les activités politiques. L’existence d’agents politiquement actifs suppose et favorise la passivité de ceux qui s’adonnent à d’autres activités. Le permanent, celui qui est présent sur le terrain politique en permanence, s’impose aisément aux occasionnels. Il y a désormais des spécialistes des questions politiques et du même coup, nécessairement, des non-spécialistes. Du fait de leur spécialisation, les premiers font autorité dans leur domaine et les seconds se trouvent dépossédés de la possibilité d’une intervention autonome.

À partir du moment où la politique devient professionnelle, celui qui souhaite peser sur l’orientation des décisions publiques doit, en l’état actuel des choses, s’en remettre aux professionnels ou devenir lui-même un professionnel. La politique suppose un apprentissage et une initiation. Elle est du même coup réservée à des « initiés ». Ceux qui ne le sont pas sont objectivement des « profanes », à la fois « ignorants » (relativement aux initiés et inégalement) et éloignés du « sacré », même s’ils ne sont pas constitués comme tels du fait de leur statut de « citoyens » officiellement (et, dans une certaine mesure, de manière variable selon les caractéristiques sociales des individus, effectivement) habilités à désigner les gouvernants et à se prononcer sur les affaires de la cité à travers cette désignation. De fait, leur intervention est souvent jugée indésirable et profanatrice, sauf quand elle est recherchée et conduite par les professionnels. On le voit par exemple dans les enceintes parlementaires où le public est tenu à distance et au silence, ou dans les émissions publiques des médias où il est parfois convoqué pour assister au spectacle, poser une question ou exprimer un avis, mais dont la parole est contenue dans des limites étroites et rapidement réprimée quand elle les dépasse.

La politique a donc été touchée par la division du travail qui caractérise nos sociétés. Les activités politiques sont devenues distinctes des autres activités sociales. Alors que leur gestion était un élément de la domination sociale du notable, elle est devenue l’apanage d’une « profession » particulière. Cette profession est particulière notamment en ce sens qu’elle n’est pas pleinement reconnue comme une profession. Ce caractère est l’objet d’un travail de dénégation – peut-être déclinant – des élus et sa perception se heurte aux attentes normatives des citoyens (quand ils font valoir que « la politique ne devrait pas être une profession »). Il reste que la politique est désormais ou est davantage que par le passé une activité différenciée, spécialisée, permanente et rémunérée. La professionnalisation des activités politiques périphériques

La professionnalisation touche également d’autres catégories de spécialistes de la politique. Dans un passé encore récent, les candidats aux élections aux divers niveaux définissaient eux-mêmes leurs thèmes de campagne et faisaient appel à quelques militants de leur parti ou à quelques amis personnels pour rédiger les tracts, coller les affiches, organiser leurs réunions publiques ou préparer leur passage à la radio ou à la télévision. Pour les mêmes tâches, les hommes politique s’adressent désormais à des spécialistes des sondages, de la communication ou du marketing politique. Le passage à la télévision se prépare avec un « media trainer ». Une partie importante et sans doute croissante de l’activité politique est ainsi sous-traitée à des entreprises spécialisées. Ce sont des professionnels de la communication qui conseillent les hommes politiques à propos des thèmes de campagne, de l’opportunité d’engager une réforme, de l’attitude à adopter dans une affaire, du discours qu’il convient de tenir ou de leur manière de s’habiller. Les hommes politiques ne sont bien sûr nullement obligés de suivre ces avis mais, dans ce domaine également, la spécialité donne une autorité qui en impose.

Les journalistes politiques se sont également professionnalisés. Nombre d’entre eux étaient dans le passé membres ou proches d’un parti ou d’un entourage politique. Ils tendent désormais à prendre davantage d’autonomie par rapport aux milieux politiques. Ils ont plus souvent reçu une formation spécialisée dans une école de journalisme, ils sont davantage recrutés sur des critères de « compétence » (telle qu’elle est définie par le milieu journalistique) et leur carrière dépend plus que par le passé de la reconnaissance de leurs mérites par leurs pairs.

On voit que la notion de professionnalisation possède deux sens. Dans un premier sens elle désigne l’exercice d’une activité rémunérée à temps plein. C’est en ce sens que les hommes politiques sont des « professionnels ». Dans un second sens, la notion de professionnalisation désigne une forme particulière d’organisation des métiers (on peut penser aux professions libérales) avec une formation spécifique dans des écoles spécialisées, des savoir-faire particuliers, une déontologie, une représentation corporative, éventuellement des instances de régulation également corporatives et/ou publiques. C’est aussi dans ce second sens que les activités politiques périphériques (journalisme, communication, sondages) tendent à se professionnaliser.

Certains spécialistes de communication, sondeurs et journalistes vivent eux aussi pour et de la politique. Certes, ils ne participent qu’indirectement et en quelque sorte par procuration à la compétition politique. Ils ne sont que des auxiliaires rémunérés pour leurs services et ils n’ont pas vocation à accéder aux positions de pouvoir politique, même si certains d’entre eux peuvent devenir des conseillers de personnages politiques importants. Bien que ces auxiliaires ne soient pas socialement considérés comme des « hommes politiques », leurs activités pèsent de diverses manières sur les pratiques politiques et contribuent à les orienter. C’est toutefois de manière relativement autonome, en s’investissant dans des enjeux propres à leur milieu et en poursuivant des fins qui leurs sont propres – à commencer par la profitabilité économique de leur entreprise et la recherche de la reconnaissance de leurs pairs –, et non principalement pour des raisons immédiatement politiques, qu’ils influent sur le jeu politique. Leur professionnalisation (dans le second sens) est un élément et un facteur de cette autonomisation.

Les journalistes apprennent par exemple dans leurs écoles à traiter les sujets politiques en trouvant des angles susceptibles d’attirer les fractions du public auxquelles ils s’adressent tacitement. La préoccupation de la forme (simplicité, accessibilité, concision, rythme, mise en valeur des aspects perçus comme intéressant le public, introduction de touches humoristiques) tend à l’emporter sur le fond. Le traitement des sujets politiques sous l’angle de l’analyse des problèmes et de l’exposé du contenu et des résultats des politiques publiques est par exemple facilement écarté comme trop « sérieux » et trop éloigné des intérêts et des capacités de réception « du public ». De robotsLes préférences iront aux comptes-rendus qui privilégient les luttes de personnes, les considérations tactiques et stratégiques, l’évolution des cotes de popularité, les préoccupations de carrière et les à-côtés de la vie des grands personnages. Ces apprentissages vont dans le sens des attentes des grands médias généralistes (à commencer par les principales chaînes de télévision et de radio et les journaux « populaires »), dont les modes d’information constituent les modèles de la profession. Les enseignants de ces écoles sont dans l’ensemble recrutés parmi les pairs et ceux qui ne sont pas membres du milieu journalistique sont rapidement marginalisés s’ils n’en respectent pas les habitudes. De la même manière, les journalistes qui n’ont pas été formés dans le sérail sont obligés de se plier à ses us et coutumes et ceux d’entre eux qui ont reçu une formation exclusivement universitaire comprennent rapidement qu’ils doivent corriger leurs dispositions intellectualistes.

À partir du moment où le nombre des catégories de spécialistes de la politique s’accroît, la notion de responsabilité politique et de mise en jeu de cette responsabilité doit, d’un point de vue citoyen, être élargie. La démocratie représentative est officiellement un régime ou les représentés ont le droit d’être informés des actions de leurs représentants, de les critiquer et éventuellement de les sanctionner. Les autres catégories de spécialistes, dont l’activité produit pourtant des effets politiques non négligeables, ne sont pas soumis à un tel régime de responsabilité. Rares sont ceux qui se soucient des conséquences induites par la spectacularisation de l’information politique, le rôle croissant des sondages et le zèle envahissant des spécialistes de communication. Nul entrepreneur de cause, association ou parti politique ne s’est à ce jour sérieusement préoccupé de ces éléments devenus centraux de notre système politique. Il faut pourtant souhaiter que le « débat citoyen » s’empare de ces questions. Il est urgent de discuter de la manière dont les médias nous informent, du contenu de la formation des journalistes ou de l’idéologie implicite de la communication.

La professionnalisation de l’activité politique (stricto sensu) est également un autre élément des démocraties représentatives qui mérite réflexion et vigilance. Les sciences sociales ont souligné de longue date que la division du travail, la différenciation, la spécialisation et la professionnalisation favorisent l’apparition d’intérêts particuliers dans les nouveaux univers sociaux qu’elles constituent. Par position et par disposition, l’homme politique est conduit à prendre en charge divers intérêts sociaux. Par exemple ceux de certains de ses électeurs ou ceux des milieux dont il est proche. Mais, en tant que professionnel, il a également des intérêts propres qu’il est facilement tenté de privilégier. On pense bien sûr au souci des hommes politiques de conserver leur place dans l’univers politique, d’être réélus, de progresser dans le cursus honorum ou d’améliorer leur popularité.

Plus largement, le milieu politique est le plus souvent tout entier affairé autour des enjeux spécifiques qui le structurent. Il s’agite à propos des alliances, des candidatures, des relations entre les partis et les chefs de partis, de la préparation ou du résultat des élections, de la perspective d’un remaniement gouvernemental, des rivalités interpersonnelles, des réactions des électeurs ou de tout ce qui peut affecter la popularité des partis, des dirigeants et du gouvernement. C’est dans cette logique et dans ces limites qu’ils prennent en charge les problèmes et les intérêts « externes ». Les hommes politiques sont pris par les jeux et les enjeux d’un monde à part. Ces investissements (au double sens) s’accompagnent de croyances dans la portée de l’activité politique corporativement perçue comme l’instance de régulation de tous les jeux sociaux [2][2] 

Au-delà des bénéfices individuels ou collectifs qu’ils peuvent en retirer et qu’ils recherchent, c’est le jeu lui-même qui leur importe.

Une division du travail qui repose sur la délégation

Dans ce jeu, la force dépend de la capacité à mobiliser des soutiens (pas seulement électoraux) au sein du public. En même temps, on l’a dit, les hommes politiques sont engagés dans des pratiques particulières, sont pris par des enjeux spécifiques et ont des intérêts (au sens de ce qui leur importe) distincts de ceux de leurs mandants qu’ils sont officiellement et normativement chargés de défendre. Ils ont donc contradictoirement tendance à représenter (dans tous les sens du mot) et à oublier le monde extérieur. Marx parlait à ce sujet de « crétinisme parlementaire ». Les citoyens représentés que nous sommes ont l’expérience de cette tendance du monde politique à se replier sur lui-même, à privilégier ses enjeux et ses intérêts, souvent au prix de divers renoncements à ce qui nous importe. Mais si les processus sont connus – au moins sur le mode pratique – la réflexion citoyenne sur la possibilité et les moyens de les endiguer fait singulièrement défaut.

La division du travail politique repose sur la délégation. Ceux qui ne sont pas spécialisés dans les affaires politiques s’en remettent tacitement aux professionnels pour leur gestion. Dans certains cas, d’autant plus souvent par exemple que le niveau culturel et social s’abaisse et aussi plus souvent en moyenne chez les femmes que chez les hommes, cette délégation prend la forme d’un abandon et d’une abdication. L’indifférence pratique, le sentiment d’incompétence, l’impression de se « faire avoir », l’incompréhension génèrent alors une hostilité à l’égard de la politique aussi véhémente que désarmée. Dans d’autres cas (notamment quand le niveau scolaire et social s’élève), la délégation est plus retenue et s’accompagne d’un droit subjectif de suivre les affaires, de se faire une opinion personnelle, de contrôler les représentants et de les sanctionner si nécessaire. Pour des raisons complexes (élévation du niveau de formation, transformations du contexte politique, attentes politiques déçues), les dispositions critiques se sont développées dans ces segments du public au cours des dernières années. Elles conduisent à une certaine remise en cause de la division du travail et de la délégation.

Dans certaines circonstances, des voix se font entendre qui réclament une participation plus importante à la prise des décisions et qui refusent de s’en remettre aux professionnels. Ces velléités ne doivent pas être surestimées. Ceux qui réclament en parole un rôle plus actif sont souvent bien contents en pratique de se décharger du fardeau des affaires courantes sur leurs représentants, tout en gardant la satisfaction de les critiquer vertement de vouloir tout monopoliser. Mais l’humeur critique du public, notamment de ses fractions les plus concernées, est peut-être le signe que la division du travail politique et la professionnalisation sont devenues davantage problématiques. Il ne faut pas trop compter sur les milieux politiques pour inventer des voies nouvelles. Il revient là encore aux citoyens de s’approprier ces enjeux pour travailler au dépassement de la représentation.

Le moment est peut-être venu de poser de nouvelles questions politiques. Faut-il se résoudre à concevoir la politique dans les limites de la délégation ? Convient-il de réduire l’emprise de la politique représentative et d’institutionnaliser un domaine où les citoyens interviendraient directement ? Quels seraient les contours de ces compétences reprises par les citoyens et quelles seraient les modalités de leurs interventions plus approfondies dans la vie de la cité ? Comment organiser leur information et le débat public ? Un univers politique non professionnalisé est-il imaginable et souhaitable ? Faut-il chercher à limiter la professionnalisation ? Peut-on imaginer des dispositifs en ce sens. Faut-il, par exemple, chercher à élargir le débat sur le cumul des mandats en réclamant la limitation du cumul dans le temps et la non-rééligibilité de ceux qui ont déjà été investis d’un mandat électoral ? Il ne faut pas attendre du milieu politique qu’il innove dans ce domaine. Il est ainsi symptomatique que la question du cumul du mandat dans le temps – par exemple la possibilité d’être député à l’Assemblée nationale pendant plusieurs dizaines d’années – soit pratiquement absente des débats sur le cumul des mandats. Il ne faut pas trop croire non plus à ces entreprises politiques qui nous annoncent périodiquement une « politique autrement » et qui finissent par disparaître ou par faire la politique professionnelle comme les autres. Il existe en économie des mouvements de consommateurs. L’analogie comporte bien sûr des limites, mais il faudrait en politique des mouvements de représentés pour examiner ces questions. La première difficulté serait de s’assurer qu’ils ne se transforment pas en mouvements de représentants. •

Notes

[*] Centre de recherches politiques de la Sorbonne.

[1] On a pu observer récemment quelques cas de départs volontaires vers le secteur privé. Ces cas sont jusqu’à présent exceptionnels en France. Ils sont plus fréquents dans d’autres pays comme les États-Unis. S’ils se confirmaient, ils traduiraient une réévaluation en baisse de la portée de l’action politique.

[2] La place manque ici pour analyser la variation de ces croyances selon la période historique, la conjoncture, la position dans l’univers politique ou les orientations idéologiques.

Fin de l’étude de Daniel Gaxie

Voir aussi dans "La lettre du cadre" du 18/08/2014 : Professionnalisation de la politique : un danger pour la démocratie ? Par Roger Morin ( 2) En cas de désactivation du lien, recopier le titre de l’article dans votre moteur de recherche

Autres informations concernant la professionnalisation de la vie politique.

1) Le problème du cumul des mandats.

"En 2012, 476 députés sur 577 (82%) et 267 sénateurs sur 348 (77%) exerçaient au moins un autre mandat électif. Ces parlementaires étaient le plus souvent à la tête d’un exécutif local : 261 députés (45%) et 166 sénateurs (48%) étaient soit maire, soit président de conseil général, soit président de conseil régional. Ces chiffres font de la France une exception en Europe, où la proportion d’élus en situation de cumul ne dépasse pas 20%"

On n’examinera pas en détail les différents textes de loi sur la limitation du cumul des mandats qui ont été voté depuis janvier 2000. Le dernier texte en date du 14 février 2014 prendra effet à partir de 2017. Plus de détails sur le site Vie publique (3)

Texte de la loi organique n° 2014-125 du 14 février 2014 interdisant le cumul de fonctions exécutives locales avec le mandat de député ou de sénateur (4)

Voir le dossier du Parti de gauche : En finir avec l’accumulation des mandats.(5)

2) Un aspect de la professionnalisation : la prolifération des micro – partis.

En France, il existait 402 formations politiques en 2013 (28 en 1990) dont 285 partis politiques agrés en 2013 dont 56 donnant droit à subventions publiques. Ces micros partis n’ont généralement pas l’ambition d’avoir des élus et d’obtenir des subventions de l’État mais tout simplement de recevoir des dons pour les reverser aux grands partis. Source : Le Figaro (6)

Concernant ces micro–partis, on remarquons que : "Ceux-ci n’ont pas pour objectif d’obtenir des élus, et donc du financement public. Le plus souvent, ils servent à recueillir des dons de sympathisants pour apporter un financement complémentaire aux grands partis. La législation interdit en effet à une personne de verser plus de 7 500 euros par an à un parti" ( Source : Le Monde (7))

3) Peut-on accéder au rapport des comptes de campagnes des partis politiques ? Oui. Mais bon courage !

Rapport des comptes de campagnes électorales en 2014 (816 p) (8)

3) Liste des partis politiques en 2014 Wikipédia (9)

Annexe : Ancienneté des députés PCF ou du Front de gauche.

Pour les dernières élections : on a compté l’ancienneté jusqu’en 2017

Députés FDG non réélus en 2012

Patrick Braouezec 1993-2012 : 20 ans ; 4 mandatures

Martine Billard 2002-2012 : 10 ans ; 2 mandatures

Jacques Desallangre 1997-2012 : 15 ans ; 3 mandatures

Marie-Hélène Amiable 2007-2012 : 5 ans ; 1 mandature

André Gerin 1993-2012 : 20 ans ; 4 mandatures

Pierre Gosnat 2007-2012 : 5 ans ; 1 mandature

Jean-Paul Lecoq 2007-2012 : 5 ans ; 1 mandature

Roland Muzeau 2007-2012 : 5 ans ; 1 mandature

Daniel Paul 1997-2012 : 15 ans ; 3 mandatures

Jean-Claude Sandrier 1997-2012 : 15 ans ; 3 mandatures

Michel Vaxès 1997-2012 : 15 ans ; 3 mandatures

Jean-Pierre Brard 1988-2012 : 25 ans ; 5 mandatures

Députés PCF ou FDG réélus en 2012

François Asensi : 1981- 35 ans ; 7 mandatures

Jacqueline Fraysse : 1997- 20 ans ; 4 mandatures

Marc Dolez 1997- : 20 ans ; 4 mandatures

Alain Bocquet 1978- : 40 ans ; 8 mandatures

Marie-George Buffe 2002- 15 ans ; 3 mandatures

Jean-Jacques Candelier 2007- : 10 ans ; 2 mandatures

André Chassaigne 2002- : 15 ans ; 3 natures

Nicolas Sansu 2012- : 5 ans ; 1 mandature

Gaby Charroux 2012- : 5 ans ; 1 mandature

Patrice Carvalho 1997-2002 ; 2012- : 10 ans ; 2 mandatures

Source : Wikipédia : la gauche démocratique républicaine (10)

Hervé Debonrivage


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