La rigoureuse cohérence de la démarche politique de Jean-Luc Mélenchon

lundi 18 janvier 2016.
 

Le Verbe véhicule l’émotion mais aussi un contenu de pensée.

Bon nombre d’électeurs ne sont pas informés des raisons pour lesquelles Mélenchon a présenté sa candidature aux présidentielles. En spéculant sur cette ignorance, un certain nombre de responsables politiques et de médias font croire que Mélenchon "joue perso".

D’autre part, un certain nombre d’électeurs sont d’accord avec l’essentiel des propos tenus par Mélenchon mais son comportement au travers les médias leur pose question : cet homme n’est-il pas dangereux pour la démocratie, pour la liberté d’expression ?

L’objet de cet article est de répondre à ces questions

Lorsqu’il était au Parti Socialiste, Jean-Luc Mélenchon a toujours participé à des courants situés à gauche de ce parti pour essayer d’infléchir l’orientation politique du PS. La dureté des débats politiques contre la direction, par exemple contre François Hollande, est peu connue.

Sa collaboration avec François Mitterand s’explique par les apports du programme commun de la gauche et des acquis sociaux obtenus : abolition de la peine de mort, loi des 39 heures, retraite à 60 ans...

A – Le Parti de Gauche (PG)

Constatant l’échec de 2002 puis le tournant franchement libéral du PS en 2005 à l’occasion du référendum sur le TCE et de l’impossibilité d’infléchir vers la gauche le PS, en raison de la réalité sociologique de ce parti il démissionna et fonda avec d’autres en 2008 le Parti de Gauche, ce qui a constitué alors rien d’autre qu’une scission du Parti Socialiste.

L’objectif est alors de fonder un "parti – creuset" ouvert à différents courants de pensée progressistes (socialisme jaurèssien, marxisme non dogmatique, altermondialisme, écologie, féminisme, républicanisme). Bref, un parti ouvert mais enraciné sur des bases anticapitalistes. Par constitution, le PG a donc une base relativement hétérogène.

Le deuxième objectif est que ce parti soit indépendant du PS et puisse constituer une alternative à celui– ci, c’est-à-dire proposer une alternative éco socialiste au social libéralisme ou à une social-démocratie en décomposition.

Il est donc parfaitement cohérent selon cette ligne politique, que le PG et notamment Jean-Luc Mélenchon, défendent une autonomie du Front de gauche par rapport au PS.

B – Le Front de Gauche. (FG). Divergences avec le PCF.

Pour éviter toute confusion, indiquons que les divergences dont il s’agit ici ne sont pas essentiellement d’ordre idéologique (même si elles existent concernant l’écologie) mais d’ordre stratégique puisque cela concerne l’alliance électorale avec le PS.

Dans un contexte sans précédent de droitisation du PS, cela implique de présenter des candidats sans alliance avec le PS, particulièrement au premier tour des élections voire même si possible au second tour. (ce qui n’est pas évident compte tenu des contraintes institutionnelles imposées par la Ve République.)

Cette stratégie doit permettre aux électeurs de savoir que la gauche ne se réduit pas au PS comme le rabâchent les médias, mais qu’il existe une gauche alternative différente défendant les intérêts des classes populaires et tout simplement l’intérêt général.

Cela permet aussi de neutraliser un argument fort du FN consistant à dire que le FG est un satellite du PS.

Être de gauche ne se réduit pas à être un bon gestionnaire municipal ou territorial mais consiste aussi à se donner les moyens nécessaires pour faire évoluer les consciences afin de pouvoir transformer la société.

L’effondrement du communisme municipal depuis 30 ans a montré les limites de la stratégie localiste.

La décision prise par les militants et la majorité de la direction du PCF de choisir comme candidat aux élections présidentielles de 2012 une personnalité n’appartenant pas à leurs rangs a pu laisser espérer à l’ensemble des militants des composantes du Front de Gauche que le clanisme identitaire de parti pouvait être dépassé et que ce dépassement pouvait permettre la mutation du FG d’un cartel de partis en un mouvement politique fédéré unitaire.

Voir notre article 2013 : "Le Front de gauche devient un mouvement politique"

C’est la raison pour laquelle le PG et Jean-Luc Mélenchon ont adopté la stratégie suivante :

– Avoir un logo commun Front de Gauche– marque déposée par le PG à l’INPI – marqueur symbolique qui n’a rien d’un gadget

– Avoir une charte de fonctionnement éthique commune pour le FG de manière à préserver la cohérence du mouvement (notamment par exemple refuser le cumul des mandats)

– Avoir la possibilité d’ adhérer au FG sans être titulaire d’une carte de parti.

– Donner à chaque élection une dimension symbolique nationale en faisant par exemple référence à un collectif de dirigeants du FG (Laurent, Mélenchon, Autain,…).

Jean-Luc Mélenchon n’a cessé de répéter à chaque élection la nécessité d’une telle stratégie unitaire assurant à la fois la cohérence politique et la visibilité médiatique et faire comprendre à l’électorat de gauche que celle-ci ne se réduit pas au PS.

Mais Mélenchon n’est pas dogmatique et sectaire : conscient de la complexité de certaines situations locales, il a fait quelques concessions au PCF concernant les alliances au niveau local.

Malheureusement, cette stratégie cohérente de bon sens n’a pas été acceptée et suivie, sauf exceptions, par le PCF alors que la politique ultra droitière du PS, le confusionnisme politique ambiant entretenu par les médias et le FN auxquels s’ajoute le rejet croissant par une majorité d’électeurs des combines d’appareils, imposaient une telle stratégie d’unité et de visibilité.

Aux dernières élections régionales, des accords locaux à géométrie variable se sont déclinés en cinq configurations d’alliances. Voir article du magazine Regards en cliquant ici.

Heureusement, il y a eu des cas où le PCF a réellement joué la carte de l’unité. Voir par exemple l’article de Toulouse actu titrant : "Les communistes rejoignent EELV et le parti de gauche" sous la conduite de la conseillère régionale sortante Marie-Pierre Vieu (région Midi-Pyrénées). Cliquez ici pour accéder à l’article

Le PCF n’est pas un parti monolithique. Des milliers de militants communistes étaient d’accord avec une telle stratégie Il ne s’agit pas ici de faire des procès d’intention au PCF et de le taxer de noms d’oiseaux, mais simplement de se référer à son comportement réel, à des faits qui se sont réalisés au cours des quatre élections qui ont suivi les élections présidentielles de 2012.

L’analyse des causes d’un tel comportement relève de la sociologie politique et non d’une prise de position partisane. . Voir notre article PCF : l’inexorable déclin ? Ce n’est pas l’objet de notre article ici.

Force est de constater que l’espoir de dépassement du cartel de partis envisagé en 2013 a volé en éclats.

Restons-en ici aux faits. Les faits ont montré en effet que :

– le PCF a fait cavalier seul ou s’est allié avec le PS au premier tour dans de nombreuses situations allant jusqu’à présenter un candidat contre l’un de ses partenaires du FG. On a donc assisté à un éparpillement incroyable des forces en des alliances différentes !

– Le PCF a utilisé le logo du FG en dépit du bon sens : parfois seul, parfois en y incluant des socialistes ! N’importe quel apprenti en techniques de communication sait combien un tel brouillage peut avoir un effet dévastateur. C’est la raison d’ailleurs pour laquelle les firmes commerciales sont particulièrement vigilantes sur l’usage de leur marque et de leur logo allant jusqu’à entamer des procès très coûteux contre des concurrents utilisant leur logo ou un logo trop proche.

– Le PCF s’est opposé dans de nombreux cas à la constitution d’une liste unique FG

– Le PCF s’est opposé dans la majorité des cas à la constitution d’une charte éthique (non cumul des mandats notamment) concernant l’utilisation du logo et les alliances contractées avec d’autres forces que celles du FG.

– Le PCF s’est opposé à transformer le FG d’un cartel de partis en un mouvement politique unitaire comprenant les partis mais ayant la capacité de recruter des adhérents non encartés à un parti.

Toujours le réflexe identitaire de la peur de la dissolution… et de la perte de contrôle du mouvement.

C – L’élargissement à des mouvements citoyens.

Le troisième étage stratégique de Mélenchon est l’intervention des citoyens eux-mêmes issus de divers horizons pour constituer à terme un mouvement de masse enraciné dans les classes populaires. Mais un tel mouvement de masse ne peut se construire que progressivement.

C. 1 – Au niveau local,

Le PG et Mélenchon, à l’occasion de diverses élections locales ont favorisé la constitution de listes dites citoyennes en relation avec le FG autant que possible sur des bases programmatiques.

La difficulté est double :

- d’une part pour gérer la complexité de la situation afin que les citoyens non encartés constitués parfois en comités locaux, non habitués aux us et coutumes des partis, puissent avoir une représentativité qui ne soit pas marginale

- et d’autre part éviter les tendances opportunistes sans exigence programmatique et oubliant l’existence de "L’humain d’abord" conduisant alors un conglomérat électoraliste sans identité politique claire et conduisant alors être répertorié comme "Divers gauches"

Là encore, pourtant partisan "sur le papier" d’un élargissement citoyen, le PCF n’a pas eu de position cohérente au niveau national et a adopté des attitudes variables pouvant même aller jusqu’à s’opposer à de tels élargissements.

C 2 – Le mouvement pour la 6ème République.

Dans le cadre de la campagne présidentielle de 2012 le projet d’une sixième république figurait dans "L’humain d’abord".

Jean-Luc Mélenchon a prolongé en toute cohérence ce projet en fondant le mouvement pour la sixième république (M6r). On peut accéder aussi en cliquant ici

Certains l’on accusé, à ce propos, de vouloir "court-circuiter" contourner le FG. C’était oublier encore une fois que cette idée était incluse dans le programme du FG de 2012 et que d’autre part Mélenchon considère que l’action politique concernant la sixième république concerne tous les citoyens et pas seulement le FG et ses sympathisants.

Par ailleurs, constatant la vassalisation du PS par le patronat et les divisions persistantes de l’Autre gauche, c’était une raison de plus à ne plus se référer uniquement au FG mais au Peuple.

D’où la sortie de son livre : "L’ère du peuple" où l’on peut lire dans la note de l’éditeur : "…Mais si les puissants n’ont plus peur de la gauche édentée par Hollande, ils ont plus peur que jamais du peuple. Sa révolution citoyenne peut tout changer, en commençant par faire entrer la France dans la 6e République."

Même si un certain nombre de militants communistes ont participé à l’organisation de ce mouvement, le PCF est resté en retrait.

C 3 – La démarche jlm 2017 de la France insoumise.

Dans la continuité de sa référence à la démocratie citoyenne sur un plan national, dans la perspective d’une "révolution citoyenne", Jean-Luc Mélenchon lance au printemps 2016 sa plate-forme jlm2017.fr non seulement pour soutenir sa candidature mais pour donner aux citoyens la possibilité de contribuer directement à l’élaboration d’un programme de gouvernement de transformation sociale.

Non, Mélenchon n’est pas responsable de la brisure du FG

Bref, alors que Jean-Luc Mélenchon, gardait le même cap simple et clair défini par la stratégie cohérente ci-dessus, le PCF a adopté une tactique à géométrie variable en fonction des desideratas de ses cadres territoriaux locaux (et de leurs réseaux locaux) qui jouent maintenant un rôle important dans le financement du parti compte-tenu de la diminution considérable du nombre de cotisations émanant des simples adhérents. (passant de 700 000 dans les années 60 –70 à 70 000 environ actuellement). Ce n’est pas une insulte que de parler ici d’opportunisme.

Jean-Luc Mélenchon a tiré les leçons avec le PG d’une telle situation dont ils ne portent pas la responsabilité, d’autant que le PG a fait des concessions considérables concernant la constitution des listes électorales.

Non seulement la constitution d’une primaire à gauche incluant le PS est absurde mais dans un tel contexte la constitution d’une primaire à gauche du PS, comme a pu le préconiser Clémentine Autain, n’a aucun sens à moins de se référer à des rêves plutôt qu’à la réalité des faits.

Jean-Luc Mélenchon n’avait donc pas d’autre choix que de se présenter seul (voir annexe) et de dépasser le cadre des partis déjà fortement discrédités par une grande majorité d’électeurs d’autant que les comportements anti partidaires du PCF ne peuvent que renforcer cette image négative. Évidemment il va être maintenant facile de l’accuser de "bonapartisme"…

Sa cohérence est totale, puisqu’il inscrit son programme dans la continuité de "L’humain d’abord" qu’il compte améliorer par l’apport de milliers de contributions sur sa plate-forme JLM 2017.fr et aussi dans la continuité de sa proposition d’une sixième république. Continuité enfin avec ses propositions résultant de la charte sur l’éco socialisme adoptée par le PGE au niveau européen et rejetée par… Pierre-Laurent au nom du PCF…

Cette cohérence politique tient aussi sa solidité à l’intégrité morale de Jean-Luc Mélenchon qui mérite le respect.

Il possède une qualité assez rare dans le monde politique : sa loyauté envers ses partenaires et ses adversaires politiques.

Jamais Mélenchon n’a utilisé les grands médias pour critiquer ou discuter la position de ses partenaires politiques sauf dans le cas exceptionnel où il se trouve obligé de répondre à une attaque calomnieuse de ceux-ci via les médias.

Sa loyauté va de pair avec sa franchise qui exclut toute fourberie. Sur son blog, il a dit ce qu’il pensait de l’attitude d’un certain nombre d’élus locaux communistes ouverts à toutes les combines. pour conserver leur siège. Cette franchise brutale lui a valu probablement de nombreuses ? Inimitiés dans les rangs des élus communistes.

Il n’a jamais utilisé des affaires judiciaires en cours et même passées concernant ses adversaires politiques pour les discréditer considérant que la bataille politique doit toujours rester sur le terrain des idées et des actions politiques et qu’il ne faut pas s’immiscer dans le travail de la justice.

D) Répondons maintenant à quelques attaques ou reproches.

1) Jean-Luc Mélenchon n’aurait pas prévenu ses partenaires de ses intentions de se présenter aux élections présidentielles de 2017.

Ceci est faux. Mélenchon s’en est expliqué dans un article intitulé : "Mes camarades, au moins le respect à défaut de fraternité". Cliquez icipour accéder à l’article de son blog

2) Il se serait autoproclamé candidat "de droit divin" (Chassaigne) sans consulter personne.

C’est encore faux. Voir le même article.

3) Mélenchon "joue perso" et il est seul.

Toujours faux. C’est en se référant à l’intérêt général et notamment de ceux des classes populaires et non à des intérêts partidaires locaux ou nationaux que Mélenchon a arrêté sa stratégie unitaire.

Il n’a pas été suivi par le PCF : il en a tiré les conclusions.

Plusieurs milliers de communistes soutiennent sa candidature, les composantes du Front de gauche excepté le PCF, ont rejeté l’idée de primaire à gauche, NGS (Nouvelle gauche socialiste) soutient sa candidature . Il a reçu 98 000 signatures de soutien ou 24/04/2016.

D’autre part, plusieurs sondages lui attribuent des scores bien supérieurs à ceux obtenus en 2012.

4) Mélenchon serait autoritaire et aurait le goût du pouvoir.

Par définition, la politique implique le pouvoir. Existe-t-il des personnalités politiques qui ont des prétention de gouverner une ville, une région ou un état qui refuserait tout pouvoir ? Évidemment non.

Mélenchon milite pour une sixième république à l’opposé du présidentialisme et de tout pouvoir personnel. Il est partisan d’une démocratie parlementaire, contributive et participative impliquant l’action continue des citoyens dans la définition des politiques publiques locales et nationales.

Il se prononce pour l’intervention des associations et syndicats au niveau des entreprises et des collectivités territoriales..

Il appelle de ses vœux la réunion d’une assemblée constituante chargée de rédiger la constitution , assemblée à laquelle il ne participerait pas. Il est partisan du non-cumul des mandats, de la révocation en cours de mandat, etc. Est-ce ici le projet politique d’un homme à la recherche d’un pouvoir autoritaire ? Certainement pas.

5) Mélenchon serait autoritaire et agressif si l’on en juge de son comportement lors de certains interviews.

Il peut être intéressant de citer un extrait d’un interview du magazine Regards de Pablo Castaño Tierno qui est doctorant en sociologie et militant de Podemos. On accède l’interview complet en cliquant ici

"…Un autre élément problématique du leadership de Mélenchon est son agressivité. Le fondateur du Parti de gauche est devenu célèbre par ses fréquentes dénonciations de la complaisance des journalistes avec les politiques d’austérité et avec le Front national. Il a tout à fait raison quand il dénonce le fait que les médias donnent plus de place au parti de Marine Le Pen qu’à la gauche alternative, devenant des complices du progrès du parti xénophobe. Ce qui est questionnable dans sa stratégie, c’est qu’il attaque personnellement les journalistes, ce qui produit du rejet dans une partie des citoyens et rend plus facile la stratégie de diabolisation menée par certains médias. Il y a peu, il s’est adressé à nouveau d’une façon agressive aux journalistes qui l’interviewaient et il a publié la vidéo sur son compte Facebook. https://www.youtube.com/watch?v=JSU... La colère du candidat contre les médias est compréhensible, mais il serait plus intelligent d’assumer que les entreprises médiatiques sont structurellement hostiles aux options politiques qui peuvent menacer leurs privilèges. Malheureusement, il n’y a pas d’autre alternative que d’aller à la télé et utiliser le peu de temps accordé pour se diriger aux spectateurs et non pour attaquer les journalistes. Mélenchon – comme Pablo Iglesias il y a quelques mois – commet la fréquente erreur de confondre un leadership charismatique et contestataire avec un leadership agressif. Ada Colau et Manuela Carmena, les maires de Barcelone et Madrid, ont démontré que cette association de charisme et d’agressivité, typique des leaders masculins, n’est pas nécessaire. Les deux se trouvent parmi les personnalités les plus populaires de la scène politique espagnole et toutes deux se caractérisent par une politesse qui ne les empêche pas de faire passer des messages aussi rudes que nécessaires.…"

Bien que j’aie relevé deux inexactitudes factuelles dans l’interview, les critiques formulées par Pablo Castaño Tierno sont dignes d’intérêt , car elles se veulent constructives d’autant que ce militant de Podemos est favorable à la candidature de Mélenchon.

Si l’on examine l’exemple avancé par Pablo Castaño Tierno que l’on peut revisionneren cliquant ici , on constate en effet que Mélenchon a certes raison sur le fond mais que le ton qu’il utilise fait transparaître une certaine passion, une charge émotionnelle qui peut prendre, à certains moments, une couleur agressive envers les journalistes auxquels il attribue des manières de voir qui ne sont pas forcément les leurs même si ces manières de voir peuvent être très répandues dans le monde journalistique en général.

Ce qui peut faire peur à certains téléspectateurs, c’est un manque de contrôle émotionnel. On peut en effet attendre de quelqu’un qui postule à la fonction de chef d’État d’avoir un meilleur contrôle émotionnel.

Mais à l’inverse, pour d’autres, Mélenchon sera perçu comme quelqu’un de familier au "tempérament méditerranéen" et sincère dans ses convictions par la passion qu’il investit dans ses propos. Il apporte un caractère vivant pour ne pas dire mouvementé aux interviews souvent bien polis et policés

Un autre facteur pouvant aussi influencer la manière de percevoir ces pointes d’agressivité est la manière dont le récepteur se représente le monde journalistique en général. Si l’auditeur est convaincu que la plupart des journalistes sont des vecteurs malfaisants de l’idéologie ultralibérale dominante, voire des bonimenteurs, cette agressivité ne l’inquiétera pas mais le fera plutôt sourire ou rire.

Un autre exemple plus spectaculaire peut être trouvé récemment dans l’émission "C à vous" de France 5 du 14/04/2016 où Jean-Luc Mélenchon traite le journaliste Patrick Cohen de menteur. l’accuse de ne jamais quitter son bureau et de ne rien connaître à Podemos ! Trois pics qui n’ont pas laissé indifférente la journaliste Lapix !

On peut revisionner ce passage entre la 15e et 16e minute dans la vidéo accessible encliquant ici.

La situation abordée est relativement confuse car se superposent plusieurs événements. Mélenchon aurait été plus efficace, me semble-t-il, en parlant d’amalgame ou du manque de précision dans la manière de relater les événements plutôt que de mensonge. En outre, accuser Patrick Cohen de ne jamais sortir de son bureau est non seulement inutile mais contre-productif car le propos devient alors totalement polémique et donc peu crédible. Évidemment cet incident a été repris par de nombreux autres médias. Mais existerait-il une cohérence derrière ces excès de langage ?

Mélenchon n’a-t-il pas voulu en l’occurrence se mettre à la place des jeunes manifestants pacifistes qui auraient été probablement très irrités par les propos du journaliste ?

N’oublions pas que Mélenchon se place toujours du côté des manifestants, des grévistes, des opposants, des résistants, de ceux et de celles qui sont en colère contre un système injuste, bref du côté de celles et ceux qui sont insoumis– es, même, comme il le rappelle, s’il est toujours opposé à l’utilisation de la violence physiques contre les personnes et les biens.

Du point de vue de l’efficacité de la communication à un niveau global, il faut prendre en compte une réalité idéologique : la majorité des Français ne sont pas des insoumis, y compris une partie de ceux qui votent à gauche ! On peut alors se demander si Mélenchon vise vraiment le siège d’un président de république en prenant le risque de se rendre impopulaire par ses excès de langage auprès notamment des classes moyennes.

Mais qu’importe le siège, ce qui compte c’est la conviction, le parti–pris d’être du côté des insoumis. On retrouve cette même cohérence dans sa stratégie électorale générale considérant que la conservation ou l’obtention d’un siège, quel qu’il soit, ne justifie pas de sacrifier ses convictions et son engagement aux côtés de ceux qui souffrent et protestent, ne justifie pas une alliance avec ceux qui sont en partie responsables de ces souffrances sociales. Une cohérence donc qui bouscule les codes habituels de la communication au service de l’efficience électorale..

6) Une autre question se pose : "en clouant le bec" de certains journalistes, Mélenchon est-il réellement pour la liberté d’expression lorsque celle-ci l’indispose ?

Rappelons que Mélenchon est pour un changement des conditions de travail des journalistes dont il dénonce souvent la précarité et leur dépendance économique, et donc salariale, des groupes financiers. Il propose un statut professionnel assurant la stabilité de l’emploi des journalistes et une protection renforcée du secret des sources leur permettant ainsi d’avoir une réelle liberté d’expression et de ne pas être inquiété lorsque ceux-ci sortent du système Tina.

7) Sans parler nécessairement d’agressivité, Mélenchon n’adopte-t-il pas souvent une posture autoritaire ?

Ceci est vrai mais encore faut-il mettre cette posture en relation avec ses ambitions politiques : neutraliser la toute-puissance de la finance, tenir tête aux exigences du gouvernement allemand, changer le traités européens, quitter l’OTAN, plafonner les hauts revenus, etc.

Il est clair que pour assumer un tel programme il faut faire preuve d’autorité et avoir l’esprit non seulement d’un insoumis mais aussi d’un combattant.

Alors évidemment on peut se poser la question : Mélenchon adopte-t-il volontairement une telle posture fréquemment autoritaire et parfois agressive ?

Eh bien, la réponse me semble être dans la photo de Mélenchon prise sur le perron de l’Élysée le 1er février 2016 que l’on peut voir en cliquant ici http://www.rtl.fr/actu/politique/je...

Je ne sais pas si Mélenchon sera habillé dans une tenue de karatéka lors du défilé du 5 juin 2016 !

Ceci étant dit, le comportement qui vient d’être décrit n’a rien de systématique et reste fortement minoritaire quand on a visionné l’ensemble des interviews et débats où intervient Mélenchon.

La psychologisation des rapports sociaux comme outil de domination.

N’accorde–t– on pas trop d’importance, comme le font d’ailleurs les médias , au comportement et au caractère de Mélenchon ? Devrait – on déterminer notre vote à partir d’un comportement réel ou d’un jeu d’acteur comme le voudrait la société du spectacle ?

Un candidat calme et souriant serait-il plus digne de confiance qu’un candidat plus nerveux et au visage contracté ? l’un serait par nature un sage démocrate et l’autre un futur dictateur ?

Les médias présentent la politique essentiellement à partir de comportements relevant de la psychologie de l’affectivité, à partir de rivalités, d’ambitions personnelles et non pas essentiellement à partir de débats d’idées.

Réduire l’essentiel de la politique à un théâtre de comportements relève de la psychologistation des rapports sociaux. Cela est un moyen de méconnaissance des idées dont sont porteurs les acteurs de la vie politique ainsi que des intérêts qu’ils servent.

La psychologistation des rapports sociaux est un outil de domination. Voir "La psychologie station des rapports sociaux comme thématiques sociale." Chapitre 2. Cliquez ici pour accéder au texte.

Or, en l’occurrence, ce qui compte essentiellement c’est le programme et la démarche politiques adoptés par Mélenchon

C’est aussi la nature des institutions qu’il défend : or selon sa conception, ces institutions doivent rendre impossible l’instauration d’un quelconque pouvoir autocratique et autoritaire, Il défend l’idée d’un pouvoir qui ne soit pas au service des intérêts particuliers de la finance et de la classe dominante mais qui soit au service de l’intérêt général.

A-t-il l’intention de garder les clefs de la sixième république ?

"… Et si elle peut tenir ses objectifs c’est-à-dire être le moteur qui rend progressivement majoritaire dans le pays une idée révolutionnaire : convoquer une assemblée constituante pour fonder une nouvelle république. C’est-à-dire refonder la France elle-même. Je rends donc toutes les clefs de ce réseau de 86 000 personnes à ceux qui ont été élus désignés ou tirés au sort pour cela. Ce moment est partie intégrante du projet lui-même."

Source : blog de Mélenchon . Cliquez ici pour le texte complet

Ainsi, de mon point de vue, Jean-Luc Mélenchon ne constitue en aucune matière un danger pour la démocratie comme voudrait le faire croire insidieusement un certain nombre de médias.

Sa cohérence politique, notamment depuis 2005, reste exemplaire.

Sa candidature et sa plate-forme jlm2017.fr s’inscrivent dans cette cohérence.

Annexe.

Source : Regards http://www.regards.fr/web/article/d... Extrait de l’interview de Pablo Castaño Tierno , dirigeant de Podemos

"… Le choix de Mélenchon de ne pas attendre le PCF est une bonne nouvelle : il était inconcevable de construire un projet politique de changement, ayant vocation à gagner, subordonné à un parti qui est toujours allié au PS de Hollande et Valls dans un nombre important de villes, et qui paraît plus préoccupé de garder ses postes municipaux et régionaux que de présenter une alternative progressiste à l’austérité et l’autoritarisme du gouvernement. Bien sûr, les communistes ont réagi avec colère à l’annonce de Mélenchon, l’accusant de promouvoir la personnalisation de la vie politique et réclamant de nouvelles façons de faire de la politique – mais sans proposer aucune alternative précise.…"

Hervé Debonrivage


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