Le politique entre banditisme et oligarchie financière Une République à repenser et à reconstruire.

jeudi 3 août 2017.
 

L’État de droit ne doit pas être une fiction.

La chaîne publique France 5 a diffusé récemment un documentaire précisant les liens pouvant exister entre les pouvoirs politiques et le banditisme (voyoucracie) de la seconde guerre mondiale à nos jours.Ce documentaire révèle une IVème et une Vème République où le légal et l’ illégal s’interpénètrent.

A été diffusé sur France 5 le lundi 09/10/2016 à 20h55 un documentaire intitulé : Les gangsters et la république. De quoi s’agit-il ?

"Quels sont les liens qui unissent les malfrats et l’Etat ? Dans leur documentaire, Frédéric Ploquin, spécialiste du banditisme, et Julien Johan explorent les dessous d’une association vieille comme le monde. Nous avons cuisiné le premier, il s’est mis à table" (source : Télérama)

On peut revisionner en replay le documentaire.

Cliquez sur les numéros pour accéder aux vidéos et articles.

Page d’accueil des quatre vidéos.(1)

Vidéo 1 :Introduction – 2 minutes (2) Depuis 1945, les liaisons dangereuses entre caïds, police et politiques ont marqué l’histoire française. Elles continuent aujourd’hui à façonner le banditisme français. Braqueurs de banque, as du chalumeau, proxénètes, dealers, inventeurs du go-fast ou banquiers de cercle...

Vidéo 2 : Au nom du drapeau. 50 minutes. (3) Gangstérisme et pouvoir politique, Collaboration pendant la deuxième guerre mondiale. Compromissions en tout genre pendant la IVème Républiquee.

Vidéo 3. Petits arrangements entre amis. 50 minutes. (4) Proxénétisme et pouvoir politique

Vidéo 4 : La loi de la drogue 55 minutes . (5) Trafiquants de drogue et pouvoir politique.

On peut se demander quel peut être l’impact d’un tel documentaire sulfureux : il est très limité si l’on en juge de l’audience qu’il a obtenue.

Ce documentaire a été regardé par 833 000 téléspectateurs, soit 3,2% de parts d’audience. Quel était l’état de l’audience télévisuellle pendant cette soirée ?

Le documentaire apparaît au sixième rang des audiences, largement devancé.

"Alors que son nouveau film Radin ! cartonne en salles, Dany Boon a assuré un succès d’audience à TF1 grâce à la comédie Supercondriaque, qui a amusé 6 653 000 téléspectateurs, soit 27,7% d’entre eux.

Sur M6, le magazine politique Une ambition intime démarre bien : il a attiré 3 125 000 curieux, soit 13,6% du public.

Cinéma sur France 2 qui proposait Avis de mistral avec Jean Reno, pour le plaisir de 3 293 000 personnes, l’équivalent de 13,1% de l’audimat. 3 045 000 fans des

Enquêtes de Murdoch ont pu suivre la série sur France 3, qui totalise 11,6% des parts de marché.

Joli coup pour Arte : le thriller de Bertrand Tavernier Dans la brume électrique a captivé 1 792 000 Français, soit 7,1% du public.

Vient ensuite le documentaire de France 5 Les gangsters et la République, plébiscité par 833 000 téléspectateurs, soit 3,2% ." Lire la suite en cliquant ici (6)

Compte tenu du caractère inédit et particulièrement spectaculaire de ce documentaire exceptionnel où l’on peut notamment voir interviewés des ex– parrains de mafias étendues (après avoir été emprisonnés durant plus de 25 ans ), compte–tenu aussi de nombreuses révélations à peine croyables, on aurait pu s’attendre à un taux d’audience beaucoup plus élevé. Probablement que la promotion de ce documentaire par les médias n’a pas été à la hauteur de son contenu tout à fait accessible à un large public souvent friand de séries policières.

Remarquons que le film diffusé par Arte "dans la brume électrique" avait été primé en 2009 au Festival international du film policier_de_Beaune Il arrive au cinquième rang devançant le documentaire.

Articles de presse sur le documentaire.

Marianne. 24/09/2016. (7)

L’Obs 09/10/2016. (8)

Article de Télérama (10)

Télé loisirs (11)

Livre sur le documentaire.

Les gangsters et la république. De Frédéric Ploqin Édition Fayard..352 pages. 20 €

Sujet connexe qui reprend de l’actualité : Réponse de Frédéric Ploquin,sur la station Europe 1 à la question : faut-il légaliser le cannabis ? (avril 2016). Réponse instructive… Écouter l’interview sur YouTube ici (12)

Un thème fondamental n’est pas abordé dans le documentaire pourtant déjà bien fourni : la criminalité économique et financière. Mais ne peut faire de reproches à l’auteur compte tenu du nombre déjà considérable de sujets traités et de l’ampleur du simple sujet de la criminalité financière.

Voici une table ronde sur cette question publiée dans le journal l’Humanité.

Criminalité financière ou crime de classe  ?

Entretiens réalisés par Stéphane Aubouard Vendredi, 28 Juin, 2013 L’Humanité Source Internet de l’article : http://www.humanite.fr/politique/cr...

Table ronde avec Jean-François Gayraud, commissaire divisionnaire de la police nationale et criminologue (*). Noël Pons, ancien inspecteur des impôts, fonctionnaire au service central de prévention de la corruption (SCPC) (**). Pierre Lascoumes, directeur de recherche au CNRS, docteur en droit et diplômé en sociologie et criminologie (***).

Rappel des faits Affaire Karachi, affaire Woerth-Bettencourt, affaire Sarkozy-Kadhafi, et bien sûr affaire Cahuzac, la Ve République croule sous les affaires politico-financières qui mettent à mal jusqu’à la démocratie même 
de notre pays…

Derrière l’avalanche de ces crimes financiers, une autre vérité s’impose peu à peu au regard du tout-venant  ; derrière un système de plus en plus opaque, une sorte de superclasse diluée dans les sphères économiques, médiatiques, financières et politiques semble détenir les dés pipés du Monopoly national et international dont ils détiennent seuls les règles du jeu. Cette accumulation des affaires, de plus en plus mal vécue par les citoyens, a une double conséquence immédiate  : la tentation du «  tous pourris  » relayée par une extrême droite aux aguets, et pire encore un désintéressement à la vie politique en elle-même. Telle est la conséquence de ce que l’on doit bien appeler aujourd’hui la corruption des élites.

Avec l’affaire Cahuzac, le concept de crime 
en col blanc est au cœur de l’actualité. Comment définiriez vous ce concept  ?

Pierre Lascoumes. La notion de «  white collar crime  » a été inventée par le sociologue américain Edwin Sutherland, en 1939. Le terme est ambigu, dans la mesure où, à l’origine et dans beaucoup de travaux ultérieurs, il s’agit de désigner les formes de transgression commises par les élites sociales dans le cadre d’entreprises. C’est l’objet initial de Sutherland. Il vise des organisations (des systèmes de pouvoir, de prise de décision) déviantes ou délinquantes et non une catégorie de personnes. Mais la criminologie classique nous a tellement inculqué que la dangerosité est générée par des individus que c’est surtout le sens individualisant de «  criminel en col blanc  » qui est, à tort, le plus souvent repris. Jérôme Cahuzac entre dans cette catégorie en tant que membre de l’élite sociale et politique. S’il est mis en cause, à ce jour, en tant que fraudeur fiscal individuel, les enquêtes en cours montreront s’il appartenait ou pas à des réseaux ayant fourni des capitaux pour exercer de l’influence et facilité leur dissimulation par des opérations de type blanchiment d’argent.

Jean-François Gayraud. En créant le concept de crime à col blanc, Edwin Sutherland affirme d’abord que les élites, qu’elles soient politiques, économiques ou financières, ont une criminalité. Ensuite, il affirme que la criminalité ne peut s’identifier seulement aux «  basses classes sociales  » – ou perçues comme telles –, c’est-à-dire les «  cols bleus  », qui commettent surtout des crimes de rue, violents. Enfin, il définit la criminalité des élites  : elle est opportuniste et en lien direct avec leur profession  ; elle est quasi invisible socialement et judiciairement  ; les criminels en col blanc ne se perçoivent pas comme des déviants. Cependant, Edwin Sutherland a été mal lu et parfois pas du tout, seul l’expression de white collar crime ayant été retenue. J’en veux pour preuve qu’il classait certaines formes de criminalité des élites dans la catégorie du «  crime organisé  », alors qu’habituellement l’«  organized crime  » était un concept «  réservé  » aux gangsters traditionnels. Sutherland a donc l’intuition que les cols blancs sont capables de commettre leurs crimes n’ont pas seulement de manière isolée et occasionnelle, mais de manière associative et pérenne. En reprenant le fil historique de cette pensée, je crois qu’il y a aujourd’hui une hybridation ou une convergence croissante entre le crime organisé traditionnel et le crime en col blanc. C’est pourquoi j’ai proposé le concept de «  criminalité organisée en col blanc  » pour rendre compte des comportements criminels de plus en plus systématiques et associatifs des élites économiques et financières, souvent en coopération avec des politiques et avec le milieu criminel traditionnel.

Noël Pons. Parler de «  crime en col blanc  » fait prendre conscience d’un glissement d’une prédation entre affairistes vers une prédation des États et des populations, grâce au développement professionnalisé de la fraude fiscale et des spéculations. La présence d’«  entrepreneurs politiques  », qui accompagnent cette dérive par leurs propres connivences dans une sorte de «  corruption douce  », a fortement contribué à cette prise de conscience. L’affaire Cahuzac fait de nous les témoins d’une invraisemblable litanie de scandales bancaires, industriels ou politiques qui n’ont pratiquement jamais de trêve  ; elle constitue le point d’orgue de ces manipulations, en attendant la suivante  ! Elle touche un ministre du Budget qui a eu une activité dans des cabinets ministériels, concerne la fraude fiscale, met en évidence les liens entre l’industrie et le politique, tout cela étant parfaitement camouflé. Elle pointe les paradis fiscaux et le savoir-faire des avocats, comptables et banquiers qui accompagnent ces dérives. En fait, elle éclaire ce qui semble être le quotidien d’une élite sans conscience. Cette affaire est le symbole des «  années fric  », des années de mépris de la part d’une élite. Ne nous y trompons pas, Jérôme Cahuzac ne doit pas être la victime expiatoire, à l’instar de Madoff, c’est le système qui est en cause, c’est lui qu’il faut recadrer.

Le capitalisme ne porte-t-il pas en soi les racines de la corruption des élites  ?

Jean-François Gayraud. Le capitalisme est par nature changeant, évolutif, adaptatif  : il a eu et aura encore de nombreux visages de prédation au cours de l’histoire et dans l’avenir. Ce que je constate, c’est que le monde post-guerre froide fait émerger une forme spécifique de capitalisme – à la fois mondialisé, financiarisé et dérégulé à l’excès –, qui me semble particulièrement criminogène, pas «  criminel  », c’est-à-dire porteur d’incitations et d’opportunités inédites à la commission de crimes par les élites. Il y a dans cette forme particulière de capitalisme des dynamiques prédatrices redoutables, et même frauduleuses. Je sais que les économistes, par positivisme étroit, se refusent souvent à intégrer les considérations pénales et criminologiques dans leur observation «  objective  » des faits. Ils ont tort, car ils se coupent ainsi d’une partie du réel. Afin d’explorer les dynamiques criminelles d’une partie de ce capitalisme, il faut interroger le «  système de formation des élites  », en particulier le mode de financement des campagnes électorales, le rôle des lobbys et la pratique du pantouflage en France. Comment et par qui toutes ces lois de dérégulation criminogènes sont-elles votées  ? Telle est la question de fond qui est au cœur de la crise des subprimes apparue aux États-Unis. La crise financière, qui a muté en brutale crise économique et sociale, fonctionne comme une mise à nu d’un pouvoir oligarchique. Passons, par exemple, au tamis la crise grecque et que verrons-nous, sous la loupe de la criminologie  ? Des élites politiques corrompues  ; une banque d’investissement, Goldman Sachs, qui truque des comptes publics et une bourgeoisie pratiquant la fraude et l’évasion fiscales à grande échelle.

Noël Pons. Marx avait pressenti que ce système mourrait de ses contradictions et de ses exagérations. Ce ne sont pas les règles du capitalisme qui posent problème, c’est l’absence de règles qui entraîne l’éclatement du système. Plusieurs faits concomitants dans une période courte ont accéléré l’évolution vers un capitalisme financier bâti sur la connivence et la corruption de l’élite. Les dérégulations engagées au cours des années Reagan et Thatcher ont ouvert des opportunités illimitées à des personnes obnubilées par la recherche du «  fric  ». Dans nombre de formations et d’écoles de commerce, les élèves apprenaient que «  greed is good  » (l’avidité est bonne), et le principe de Mandeville suivant lequel «  les vices privés font le bien public  ». La mondialisation constitue un accélérateur conséquent, qui développe les échanges dans un cadre de législations asymétriques, de paradis fiscaux et réglementaires et en l’absence de tout contrôle efficace. De plus, les montages s’apprennent au contact des pairs délinquants. Par ailleurs, la complexité des opérations a déjà absorbé la finance, le négoce financier algorithmique et la manipulation des algorithmes la rendent incontrôlable et dangereuse, le système est devenu si complexe que ce sont les programmes qui prennent les décisions dans une logique impénétrable. Dans ce capitalisme de connivence, l’accaparement des richesses au plan personnel au détriment de toute notion d’intérêt général est devenu le but ultime.

Pierre Lascoumes. Le capitalisme ne fait que maximiser des pratiques qui s’observent sous presque tous les régimes politiques. Les régimes «  de type communiste  » ont aussi montré que l’accaparement du pouvoir et les fonctionnements sociaux basés sur des clans, de quelque nature qu’ils soient, suscitent aussi diverses formes d’atteinte à la probité  : enrichissement personnel, détournement de biens publics, trafic d’influence sur les décisions.

Ce qui est en cause, ce n’est pas l’idéologie, mais les conditions de l’exercice du pouvoir, l’existence de contre-pouvoirs et le degré de contrôle exercé sur les dirigeants.

De quels outils dispose aujourd’hui la République pour lutter contre 
ce genre de crime  ?

Noël Pons. La République française ne disposait, jusqu’à la fin 2011, que de moyens peu efficaces. Les réponses aux demandes internationales d’informations étaient plus qu’aléatoires, il n’existait pas, au plus haut niveau politique, de volonté réelle de lutter contre ce fléau et les outils n’étaient pas conçus pour cette lutte. Mais l’installation d’un cadre international d’échange automatique de données fiscales sur les ouvertures de comptes et les avoirs détenus à l’étranger est positive, même si elle ne concerne encore pas les trusts. Les pays qui ne se conformeraient pas à cette obligation seraient inscrits sur la liste noire synonyme de contrôles approfondis des opérations effectuées. Un changement des règles permettant aux entreprises de déplacer leurs profits semble acquis. La diffusion de données par le système OffshoreLeaks et les travaux des ONG peuvent également entraîner un réflexe de crainte susceptible de pousser à une régularisation volontaire des avoirs. Le Parlement français a voté un certain nombre de textes en complément de ceux qui ont déjà été adoptés en 2012. Ils permettent de poursuivre les fraudeurs de manière plus aisée  : des techniques spéciales d’enquête pourront être pratiquées, certaines prescriptions ont été allongées, les sanctions sont plus dissuasives. Des poursuites contre l’évasion fiscale des grandes entreprises ont été engagées dans plusieurs pays. Des actions de lobbying majeures seront initiées pour bloquer ces avancées et la formation au contrôle des montages novateurs est incontournable.

Pierre Lascoumes. La France ne manque ni de règles ni d’institutions pour lutter contre la délinquance des élites dirigeantes politiques et économiques. Ce qui fait défaut, c’est, tout d’abord, la volonté politique et, ensuite, l’attribution de moyens pour mettre en œuvre les dispositions légales. Cela reste un non-dit, mais ces formes de transgression sont considérées comme des atteintes mineures à l’ordre public, comme des transgressions de second rang. Les élites sociales bénéficient en pratique d’une présomption d’honnêteté. Il faut des circonstances bien spécifiques pour qu’elles soient mises en cause publiquement. Et l’accusation est vite retournée contre ceux qui prennent l’initiative des révélations.

Ensuite, les fonctionnaires en charge de la surveillance et de la sanction des comportements sociaux (de la sécurité au travail au financement de la vie politique) et surtout ceux qui sont à des postes hiérarchiques décisionnaires sont peu formés et peu sensibilisés au traitement des formes complexes de transgression. Démonter une organisation frauduleuse est toujours une activité coûteuse en temps, incertaine quant à ses résultats et risquée par la confrontation aux réseaux de pouvoir

Jean-François Gayraud. La France a la chance historique de posséder un État digne de ce nom, certes imparfait, mais globalement compétent, disposant de normes sophistiquées et de fonctionnaires honnêtes. Il s’agit d’un bien précieux, fruit de siècles de construction patiente. La question des outils est cruciale, mais il y a un préalable  : la prise de conscience. Il faut donc avoir l’énergie et le courage d’identifier les problèmes, de les analyser sans détours ni conformisme ou crainte révérencielle. Sans un diagnostic honnête, il ne peut exister de guérison durable. L’État doit donc s’interroger sur ses priorités stratégiques réelles  : non pas celles diffusées par la presse sous le coup de l’émotion ou de la routine, mais celles, parfois invisibles et dérangeantes, venant durablement perturber nos sociétés. A-t-on compris que la finance – légale et illégale – représente désormais un enjeu stratégique majeur pour la souveraineté nationale  ? Là est la question.

Notes.

(*) Auteur de la Grande Fraude. 
Crime, subprimes et crises financières, 
Odile Jacob, 2011.

(**) Coauteur de la Corruption des élites, 
Odile Jacob, 2012.

(***) Auteur d’Une démocratie corruptible, arrangements, favoritisme et conflits d’intérêts, Seuil, 2011.

Fin de l’article

Rappelons que Jérôme Cahuzac a été condamné à 3 ans de prison ferme en septembre 2016. Voir article du Figaro du 14/09/2016 pour plus de détails ici. (13)

D’une manière globale, la fraude fiscale en France en 2013 était évaluée à un montant compris entre 60 et 80 milliards d’euros. Source : Europe 1 (note de synthèse) (14)

Pour compléter cet article, mentionnons 2 livres parus récemment.

Le nouveau capitalisme criminel par Jean-François Gayraud Éditions Odile Jacob, 2014, 359 p., 24,90 euros.

Pour présenter ce livre, voici un court article de la revue Alternatives Economiques n° 333 - mars 2014, par Christian Chavagneux Source : http://www.alternatives-economiques...

"Le capitalisme a toujours eu sa part d’ombre et d’illégalismes. Mais du fait de la domination de la finance, notre capitalisme contemporain offre un caractère criminogène inédit. Telle est la thèse de ce livre. Il s’ouvre sur un chapitre bienvenu renvoyant dos à dos économistes et criminologues, dont les cloisonnements disciplinaires les empêchent de traiter le sujet. Jean-François Gayraud fait partie de ces quelques passeurs qui tentent de bâtir les ponts nécessaires entre ces disciplines.

La suite tient un peu du patchwork, mais dans une écriture toujours limpide. L’auteur décrypte le rôle des criminels dans les crises financières japonaise, albanaise, mexicaine et même espagnole. Après un bilan sur la pathétique lutte anti-blanchiment, il propose, d’HSBC à la BBCI en passant par Wachovia, une typologie des narcobanques. Quatre chapitres sont ensuite consacrés aux aspects criminogènes du trading haute fréquence. Curieusement, les paradis fiscaux ne font pas l’objet d’une étude particulière.

Conclusion : "La finance contemporaine fonctionne à partir d’un nouveau business model implicite : se servir. " Et aucun des garde-fous traditionnels ne joue son rôle : la régulation est insuffisante, la répression des financiers quasi nulle et même les enjeux de réputation ne jouent plus. Est-ce si typique de notre capitalisme ou de toutes les périodes d’euphorie financière ? Comment s’organisent les rapports de force politiques qui amènent ces situations ? Comment y remédier ? Des questions pour un prochain livre…"

Fin de l’article

Voici un deuxième livre ne traitant pas exclusivement de comportements illégaux mais en faisant mention dans un certain nombre de chapitres.

Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours. Ouvrage collectif. Informations sur les auteurs ici (15)

Éditions La Découverte. 700 pages . 23 €

Présentation par l’éditeur . (16) "Des Trente Glorieuses au capitalisme mondialisé d’aujourd’hui, en passant par le choc pétrolier de 1973, les nationalisations de 1981 et les privatisations de 1986 : derrière ces étapes bien connues de l’histoire récente de l’économie française, s’en cache une autre, plus secrète. Celle des hommes qui ont réellement fait le capitalisme français de l’après-guerre. C’est cette histoire que raconte ce livre : le rôle des anciens cadres de Vichy dans la Reconstruction, les liens du patronat avec le monde de la pègre, le financement secret des partis politiques, les dessous du paritarisme, les caisses noires des syndicats patronaux… Il plonge le lecteur dans les arcanes d’un véritable « système » né dans les années 1950 et toujours actif depuis… Au gré des révélations qui rythment l’ouvrage, le lecteur découvrira des lobbyistes capables de se tailler des réglementations sur mesure au mépris de la santé des citoyens, un patronat qui a su mobiliser médias et intellectuels pour convertir les élites politiques aux « mérites » de la finance dérégulée. Ou le rôle central de personnages aussi puissants que discrets, au cœur de réseaux politiques et économiques méconnus. Enfin, cette somme remarquablement informée révèle les vraies origines de nombre de grandes fortunes françaises, d’hier et d’aujourd’hui : subventions extorquées à l’État, entreprises publiques bradées, rachats de sociétés dans des conditions obscures, affaires troubles dans la « Françafric » ou dans l’immobilier, montages financiers aux marges de la légalité, fraude fiscale, espionnage, etc. La légende de patrons conquérants, prenant tous les risques pour faire leur fortune à la force du poignet sort sérieusement écornée de ce magistral livre-enquête".

Table des matières détaillée ici (17) http://www.editionsladecouverte.fr/...

Nous n’avons pas traité ici des condamnations de nombreux élus et des phénomènes de corruption qui ont été l’objet d’autres articles sur ce site.

Un aussi sombre panorama des deux dernières républiques donne des arguments de plus pour décider de changer de république.

Avec M6R, la France insoumise et Jean-Luc Mélenchon construisons une sixième république sur des bases saines, démocratiques au service de l’intérêt général où le Commun reprenne toute sa place.


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