Modélisation des formations politiques, syndicales, associatives et des réseaux citoyens

dimanche 27 novembre 2016.
 

Vincent Lemieux est décédé en juillet 2014 mais sa pensée reste toujours vivante.

Ce travail est rarement réalisé car il est courant de considérer que les adhérents de ces groupes obéissent à des règles de conduite rationnelles dictées par des orientations idéologiques où la part de subjectivité individuelle et où les interactions intersubjectives ont très peu d’importance. Par ailleurs, la manière dont les interrelations entre les individus – acteurs se structurent ne sont pas l’objet d’une attention particulière. Les choses se font : ainsi soit-il !

Autre évitement : l’absence de prise en compte de l’incidence de la dimension économique de la vie de ces groupes sur les orientations idéologiques ou stratégiques. L’analyse marxiste des idéologies nous enseigne que les conditions matérielles d’existence d’un individu ou d’un groupe social ont une forte influence sur l’idéologie des individus et des groupes.

I – Première approche.

1 – Groupe social

Une définition d’un groupe social.

Un groupe social est un ensemble d’individus en relations directes ou indirectes et qui se reconnaissent comme membres d’un collectif, en opposition à ceux qui n’en sont pas membres.

Un groupe social est un ensemble d’individus caractérisé par deux éléments : – L’existence d’interactions, directes ou indirectes, entre ses membres – La conscience d’une appartenance commune.

Un groupe social peut se caractériser par une filiation ou originecommune. Ce groupe est doté de normes, croyances parfois mythiques, pouvant se distinguer par l’affranchissement des règles communes.

2 – Définition d’un clan.

Un clan est un ensemble de familles associées par une parenté réelle ou fictive, fondée sur l’idée de descendance d’un ancêtre commun

Selon le pays, les clans peuvent être des regroupements très formels : ayant une personnalité juridique, un patrimoine et des institutions politiques qui varient d’une civilisation à l’autre, et obéissant à des règles précises : chef, conseils, assemblées, fêtes, coutumes, symboles, sanctions, etc. Un clan peut être aussi considéré comme un sous-ensemble d’une tribu.

3 – Groupe sectaire.

Exemples d’attitudes dénoncées comme sectaires ou caractéristiques du sectarisme : – dogmatisme,

– culte du secret,

– n’admettre aucun compromis,

– refuser d’admettre les opinions différentes de celles que l’on professe,

– proclamer détenir LA Vérité et connaître le seul système valable pour expliquer le monde,

– raisonner de manière binaire : tout est blanc ou noir, bien ou mal...

II – Essai de modélisation

Étant donné un groupe social G muni d’un organe directeur ou coordinateur D. Ce peut être par exemple une association, un parti politique, un syndicat

Il possède : un système de normes, de valeurs et de croyances V Ce système le conduit à mettre en œuvre un ensemble d’actions A par rapport à des objectifs fixés par le groupe

Ces ensembles V et A disposent d’une "valeur perçue" P par son environnement social. Cela constitue son capital symbolique S générateur de prestige ou de répulsion.

Il possède aussi un patrimoine économique E qui se décompose en deux parties :

– celle E1 du groupe en tant qu’institution

– et celui E2 des revenus avantages matériels divers (salaire ou indemnités, avantages en nature, emploi, etc.) reçus par les membres du groupe du fait de l’appartenance à ce groupe.(des conséquences à cette appartenance).

E= E1+E2. Les ressources budgétaires peuvent être d’origine publique ou privée. Les cotisations et apports des adhérents constituent la totalité ou une partie des ressources privées. Pour bien connaître un groupe politique, il faut avoir une connaissance détaillée de ses ressources budgétaires et donc de son cas patrimoine économique. Malheureusement, la connaissance exacte de ce patrimoine se révèle souvent difficile En nommant S le capital symbolique du groupe, on notera K le capital total du groupe : K = E + S

(S peut se quantifier par des sondages, des résultats de vote auprès de différentes couches sociales par exemple)

La direction D exerce son influence sur le reste B du groupe (base) par la voie symbolique (respect des normes, règlements, modification de V, réduction des états d’incertitude idéologique par pression de conformité du groupe) et aussi par la voie économique en raison de son pouvoir de répartition du patrimoine économique. (Par exemple permettre à un adhérent d’être éligible sur une liste électorale pouvant conduire à une rémunération).

La champ de force de cohésion F du groupe est d’autant plus puissant que le nombre d’interactions positives (coopératives) entre les membres du groupe est élevé.

Il peut apparaître une connectivité plus grande entre certains acteurs pour diverses raisons qui peut faire émerger des pôles. En particulier, si les interactions entre D et B sont en nombre insuffisant ou de caractère négatif, le champ se bipolarise et le groupe risque de se scinder. Ces interactions peuvent être inter–individuelles ou se réaliser dans des réunions diverses pouvant avoir un caractère institutionnel.

Chaque membre du groupe dispose d’une capacité d’influence i . La somme de ces nfluences pour les membres de D constitue l’influence directrice I. Là encore l’intensité des influences dépend du nombre d’interactions entre acteurs.

Dans le cas où par leur caractère bilatéral et équilibré (équi répartition approximative des influences individuelles,) le champ de force F s’exerce normalement n’est pas menacé. De même, s’il apparaît différents pôles, la cohésion et préservée si l’interaction entre ces pôles est de nature collaborative

Les égos surdimensionnés.

On appelle influence égocentrée une influence excessive émanant d’un individu égocentrique ou sectaire ou paranoïde. (monopole de la parole, de l’écrit, insuffisance de l’écoute, peu de prise en compte de l’avis des autres,…).Selon le système de valeurs du groupe (culte du chef ou non) le champ de force F est plus ou moins perturbé ou affaibli par ces influences égocentrées. En cas d’existence de plusieurs émetteurs d’influence égocentrée, peut apparaître des conflits de leadership et dans ce cas la cohésion du groupe est en péril. Si plusieurs acteurs de D sont égocentriques ce sous – groupe peut se disloquer ou bien se séparer de la base B.

Ainsi, l’ensemble des émetteurs d’influence égocentrées crée un champ parasite F’. Il dépend des acteurs du groupe d’identifier la nature de ce champ parasite et de l’éliminer car, en effet si le champ F’ devient supérieur à F, le groupe implose. Apparaît alors des fractions. Un émetteur d’influence égoconcentré qui quitte ou est expulsé d’un clan peut devenir un attracteur de réseau : il crée alors autour de lui un nouveau clan.

Mais il peut exister d’autres causes de dislocation que nous allons examiner plus loin.

Le système de représentation R du groupe.

On utilise ici le mot représentation au singulier mais il peut être aussi au pluriel. Au niveau individuel, le système de représentations à des caractéristiques voisines de celles de représentations sociales. "Selon Jean-Claude Abric, la représentation sociale se structure en éléments organisateurs, stables et non négociables (formant le noyau de la représentation) autour duquel des éléments périphériques instables et négociables exercent le rôle de tampon à la réalité." Voir Wikipédia, représentations sociales)

Le système de valeurs V s’objective textuellement dans un système de représentation idéologique R. Par exemple les motions de congrès d’un syndicat ou d’une association, les résolutions de congrès d’un parti, une charte d’orientation, etc. Ce système constitue une véritable base de connaissances et de reconnaissance pour les adhérents du groupe qui y trouvent aussi un principe identitaire les distinguant d’autres groupes qui, eux, sont pourvus d’autres systèmes de représentations plus ou moins proches ou lointains. Ainsi, R joue une fonction distinctive.

Si l’on veut aller plus loin dans l’analyse pour un groupe politique, on peut distinguer 4 strates :

– La plus profonde est le système de valeurs relevant de la philosophie politique : par exemple, l’Homme est-il, par nature, un loup pour l’Homme, un être égoïste ou au contraire, l’Homo sapiens est-il de nature collaborationniste ? Accepte– t– on ou non la déclaration universelle des droits de l’Homme ?

– La seconde strate est constituée d’une analyse critique de la société dans ses différentes dimensions : économique, sociale, politique, culturelle.

– La troisième strate constitue le projet de société alternative souhaitée,

– La quatrième est un programme de gouvernement.

Le clanisme exacerbe cette fonction distinctive jusqu’à déformer le système de représentations d’un autre groupe.(voir plus loin).

Chaque adhérent du groupe G a son propre système de représentation r qui présente évidemment beaucoup de points communs avec celui du groupe R. Néanmoins, du fait que R n’est quasiment jamais approuvé à l’unanimité, il existe forcément des différences plus ou moins grandes et plus ou moins conscientes entre chaque représentation individuelle r et le système de représentations R du groupe. (Comme dit plus haut, cette représentation r a les caractéristiques d’une représentation sociale dont la modification est résistante.)

Mais l’une des raisons de ces différences peut être tout simplement la méconnaissance par chaque adhérent du système R L’une des missions de de D est de favoriser cette connaissance de R par chaque membre du groupe. Cela fait partie de l’initiation et de la formation des adhérents.

Soit R’ l’ensemble des représentations individuelles r . La force de cohésion F du groupe est d’autant plus élevé que R et R’ se superposent. Et là encore, la richesse des interactions au sein du groupe favorise cette coïncidence.

Il se peut qu’un certain nombre de représentations individuelles se distinguant de R soient semblables : il se forme alors un sous – système de représentation R1 voire même plusieurs : R1, R 2, R3,…(Cette formation de plusieurs pôles dépend de la connexité structurelle du groupe : voir plus loin les travaux de Vincent Lemieux) .On obtient alors des tendances ou des fractions, si ces sous – systèmes restent relativement stables. Ils peuvent alors conduire à la constitution de sous-leaderships D1, D2, D3,… qui peuvent cohabiter au sein de D. On peut trouver de multiples exemples dans les syndicats ou les partis.

Le contrôle du patrimoine E par D joue un rôle décisif dans le niveau de tolérance des écarts entre chaque Ri et R.

Lorsque l’écart est trop grand, il se constitue un sous –groupe qui est expulsé du groupe ou qui abandonne de lui-même le groupe. Il constitue alors un nouveau groupe pouvant devenir rival du groupe initial. Les exemples pullulent : voir les fractionnements du FN,et la constellation d’extrêmes droite, l’exemple du PS, , des partis d’extrême gauche, etc.

L’Action.

Nous avons indiqué plus haut qu’un ensemble d’actions A était associées à un système de valeurs V. Il est plus précisément associé au système de représentation R du groupe G. Ce programme d’actions A (pouvant évoluer en fonction des circonstances internes et externes) conditionne notamment la stratégie de lutte contre le Pouvoir et les alliances syndicales, associatives ou politiques.

De même que chaque acteur adhérent a son propre système de représentation r, il possède sa propre vision de l’action a qui peut coïncider ou différer de A Soit A’ l’ensemble des propositions d’actions a des acteurs. Évidemment, il existe de nombreux éléments communs entre A et A’ mais il peut survenir des divergences dans les actions à mener et notamment dans le domaine stratégique.

Il serait simpliste de déduire univoquement A de R. En effet, des considérations économiques concernant le patrimoine E du groupe ou des considérations relatives à son capital symbolique S peuvent avoir une incidence non négligeable sur la conduite de l’action. Il est donc possible qu’au sein d’un groupe qu’il existe une communauté de représentation R mais que des divergences apparaissent au niveau de l’action pouvant aller jusqu’à rendre difficilement conciliables A et A’. [On reconnaît ici le fameux problème au sein du Front de Gauche partageant le même programme "L’humain d’abord" et où les conceptions d’alliance avec le PS divergent pour des raisons essentiellement économiques (PCF qui veut sauvegarder des sièges) et symboliques (PG, qui affirme la nécessité d’une cohérence politique à tous les niveaux)]. Lorsque A et A’ sont trop contradictoires, le groupe peut se scinder.

L’une des raisons de l’apparition d’une programmatique d’actions A’ se différenciant largement de A est l’insuffisance de cohérence entre R et A. Par exemple, si l’anticapitalisme est une ligne directrice de R et que l’action fait trop de concessions aux agents de la classe dominante, cela peut provoquer au sein du groupe une remise en cause de A.

Le positionnement de classe de la direction du parti (voir plus loin) à l’égard de la classe dominante dont le système dominant de représentation peut avoir un surcroît d’impact sur R peut être une cause de divorce entre A et A’. [On reconnaît ici par exemple la situation actuelle du PS avec l’action menée par François Hollande et son gouvernement et les oppositions que celle-ci provoque au sein du PS.]

Comme pour R, la richesse des interactions entre les acteurs peut diminuer les dissonances entre A et A’. Comme pour R, des communautés de vision d’action entre acteurs peuvent provoquer la formation de pôles pouvant conduire à la constitution de sous groupes proposant des actions alternatives.

L’organisation O du groupe.

L’organisation d’un groupe G peut être régulée en totalité ou en partie par – les statuts ou le règlement intérieur (aspect institutionnel).

Mais la structure organisationnelle et son fonctionnement sont régis par la connexité des liens informationnels et de pouvoir existant entre les membres du groupe.

On peut distinguer selon Vincent Lemieux : – les structures anarchiques, les structures hiérarchiques, les structures stratarchiques et les structures coarchiques du pouvoir sur le planet de la connexité,

– et les structures non polaires, les structures omnipolaires, les structures pluripolaires et les structures unipolaires du pouvoir sur le plan de la cohésion.(Voir Vincent Lemieux en annexe).

La structure en réseau, aux contours plus flous ont des caractéristiques différentes. Voir annexe.

Le lecteur peut se référer à l’annexe 4 pour avoir plus d’explications sur ce vocabulaire.

La quasi-totalité des organisations syndicales et des partis politiques est de nature hiérarchique (appareils). Une mauvaise organisation (confusion des rôles, mauvaise communication, connectivité inadaptée aux tâches, relations de pouvoir inadaptées, etc.) peut porter atteinte au champ de force de cohésion F

Une mauvaise connectivité de D et de B peut provoquer des dissensions internes pouvant aller jusqu’à la démission de certains acteurs. L’élaboration de R, la mise au point de A et sa mise en œuvre impliquent une bonne organisation.. Il y a donc interdépendance entre ces différents facteurs

Les interfaces C de communication du groupe G.

Interface interne.Ci

Le groupe dispose d’un ensemble de moyens de communication et de formation internes permettant à chacun des membres du groupe d’être informé des résolutions relatives à R, des actions envisagées ou prises par D ou un pôle du groupe, permettant aussi à chacun des membres du groupe de communiquer avec d’autres membres de ce groupe. Un journal interne, les différents moyens de communication modernes sont utilisés.

Interface externe Ce.

Le groupe dispose de moyens de communication et de formation permettant de communiquer avec son environnement social notamment avec d’autres organisations et les citoyens mais aussi avec les médias. Il peut utiliser pour cela des sites Internet, des tracts, des journaux, etc. L’efficacité de cette interface conditionne le niveau d’audience du groupe G et par conséquent influent sur son capital symbolique S .

Cette interface C dépend de la qualité de l’organisation O et du patrimoine économique E du groupe G.

Concernant la communication et l’influence, le lecteur peut se reporter à un ouvrage cité en annexe.

Concernant l’organisation, d’un point de vue synthétique, on pourrait reprendre la distinction de Vincent Lemieux entre forme et substance de l’organisation. La forme est constituée de l’ensemble des interconnexions véhiculant influence et pouvoir entre acteurs du groupe(visualisable en utilisant la théorie des graphes) et la substance véhiculant le contenu informationnel de l’interface C (incluant le contenu des messages véhiculés et les supports matériels utilisés pour transmettre l’information).

Au final, un groupe social G est donc défini par son système de représentation R, sa programmatique d’actions A, son patrimoine économique et symbolique K, son organisation O, son interface de communication et d’information C. On peut donc écrire : G = (R, A, K, O, C)

On considéra le groupe G comme un parti ou mouvement politique.

Les comportements claniques.

On considère, par exemple deux partis définis par la donnée de : G = (K, R, A, O, C) et G’ = (K, R, A’, O, C’).

Voici les caractéristiques d’un comportement clanique de (ou d’un adhérent) G à l’égard de G’.

L’encapsululement.

G n’a qu’une connaissance extrêmement approximative de R’ et A’. En effet, à quoi bon connaître le système de représentation des autres puisque l’on considère que le sien est suffisant pour expliquer le monde et que seul son système d’action A été efficace. Cette déficience de connaissances rend très difficile une collaboration entre les deux organisations. Elle est aussi cause de préjugés.

La caricature projective.

La connaissance de R’ et A’ étant souvent perçue au travers les grands médias qui en donne une vision déformée ou tronquée. G est alors amené à attribuer à G’ des représentations qui ne sont que la projection des préjugés que G peut avoir à l’égard de G’. C’est par exemple le cas de certains responsables de EELV à l’égard du PG considérant la planification écologique proposée par ce parti comme colbertiste et techniciste ce qui ne repose sur aucun élément du système de représentation R du PG.

La rivalité à visée distinctive.

Lorsque les systèmes R et R’ ont de nombreux points communs, G accentue les points de divergence et d’autre part déforme certains éléments de R’ pour faire apparaître des différences qui n’existent pas. Cette attitude clanique peut avoir sur le plan interne une fonction de conservation des adhérents et une fonction externe électoraliste justifiant par exemple certaines alliances électorales et une sauvegarde du patrimoine E.

Des manipulations témoignant d’un esprit sectarisme.

G considère alors son système de représentation R (et son programme d’actions A) comme le seul valable et n’hésite pas pour défendre cette thèse paranoïaque à tronquer, isoler de son contexte, déformer les propos tenus ou les actions d’un représentant de G’. Cette technique est aussi couramment utilisée par les grands médias défendant le système Tina pour neutraliser la progression de Mélenchon.

Rappel : le positionnement de classe des partis politiques.

Nous ne développerons pas ici en détail cette question qui a été traitée dans un précédent article. (Cliquez ici pour y accéder) Le positionnement par rapport à la classe dominante figure, d’une manière ou d’une autre, dans le système R et le programme d’actions A. Cela permet de déterminer si le parti est par exemple un parti de la gauche élitaire ou un parti de la gauche populaire.

La robustesse du positionnement dépend du niveau d’indépendance du patrimoine E du parti par rapport à la classe dominante, notamment de ses représentants politiques qui peuvent être des membres de la gauche élitaire.

Le problème politique majeur à résoudre pour les forces défendant les intérêts des classes populaires et l’intérêt général est de confronter leurs différents systèmes de représentation R et programmes d’actions A pour construire une synthèse unitaire. Le mot "force" ne se réduit pas ici aux seuls partis de la gauche radicale ou aux syndicats et associations ayant une structure d’appareil mais aussi aux différents réseaux citoyens

Il s’agit aussi de trouver une organisation O stable, démocratique, conciliant horizontalité et verticalité coordinatrice et possédant des interfaces de communication C permettant l’information et l’éducation populaire, la conscientisation politique de la classe dominée.

Annexes

1) Textes de Hervé Debonrivage en rapport avec cet article.

Notre article sur le pouvoir dans les organisations utilisant notamment les travaux de Vincent Lemieux . Voir notre article Le Front de Gauche doit améliorer sa puissance organisationnelle (1ère partie) http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Sans organisation, formation et communication de qualité , le Front de Gauche est condamné à stagner ou à disparaître. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Partis politiques et classes sociales. Gauche élitaire et gauche populaire. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

2) Quelques ouvrages de Vincent Lemieux

LA STRUCTURATION DU POUVOIR DANS LES SYSTÈMES POLITIQUES. (1989) http://classiques.uqac.ca/contempor...

Systèmes partisans et partis politiques. (1985) http://classiques.uqac.ca/contempor...

Les cheminements de l’influence. Systèmes, stratégies et structures du politique. (1979) http://classiques.uqac.ca/contempor...

“Les partis politiques et les élections.” (1994) http://classiques.uqac.ca/contempor...

“Réseaux et appareils. Logique des systèmes et langage des graphes” (1991) http://classiques.uqac.ca/contempor...

Liste des ouvrages de Vincent Lemieux téléchargeables http://classiques.uqac.ca/contempor...

3) Autres documents.

a) Théorie des organisations (appliquée aux entreprises). Cours universitaire niveau Master.

http://docslide.fr/documents/cours-... Le cours est téléchargeable en format Word ou OpenOffice. Cours univ complet pensant en revue les différentes écoles concernant la théorie des organisations. De nombreux éléments peuvent être communs à l’organisation des mouvements syndicaux et politiques. Cela permet aussi de comprendre sur un plan technique ce qui fait la puissance du pôle organisation de la classe dominante.

b) Communication et influence..

Cours universitaire de psychologie sociale http://olivier.issaurat.free.fr/psy...

c) Psychologie des minorités actives par Serge Moscovici (livre)

http://classiques.uqac.ca/contempor...

ou directement, en copiant– collant si nécessaire le lien suivant :

http://www.google.fr/url?sa=t&r...

4) Les relations de pouvoir dans un groupe social selon Vincent Lemieux

Voici quelques extraits issu des ouvrages précédemment cités.

Les systèmes sociaux sont des ensembles d’acteurs interdépendants, généralement individuels mais parfois collectifs. Que les acteurs soient individuels ou collectifs, ils désignent des sources ou des « noeuds » de matière-énergie et d’information qui sont le siège de l’action. Ces noeuds sont reliés entre eux par ce que nous nommerons des connexions et des liens, pour éviter le terme plus général de relation

Proposition 1  : Les relations de pouvoir renvoient l’une à l’autre, et c’est pourquoi nous choisissons de les considérer dans une perspective systémique.

Proposition 2. Une relation de pouvoir consiste dans le contrôle, par un acteur, d’une décision qui concerne ses moyens d’action ou ceux d’autres acteurs, et par là leur autonomie ou leur dépendance dans d’autres relations de pouvoir." Cette définition a un caractère systémique en ce qu’on y retrouve chacune des cinq notions fondamentales de Le Moigne (1984) : les activités de pouvoir des acteurs ont pour projet de contrôler les décisions qui concernent des moyens d’action dans un environnement fait d’autres acteurs dont les positions de pouvoir sont structurées, mais aussi structurantes de transformation et donc d’évolution. Plus particulièrement, le pouvoir n’est pas défini de façon atomiste, puisqu’il est posé qu’une décision concerne les moyens d’action des acteurs : une relation de pouvoir renvoie à d’autres relations de pouvoir.

Les relations de pouvoir dans les collectivités humaines sont soumises à une loi générale de coordination, de nature dialectique, faite de deux exigences plus particulières, celle de la connexité et celle de la cohésion. D’où la proposition suivante

Proposition 3  : Les relations de pouvoir dans une collectivité sont soumises à une loi générale de coordination qui intègre deux exigences plus particulières, celle de la connexité, qui veut que des connexions de pouvoir conductibles rejoignent tous les participants de la collectivité, et celle de la cohésion, qui veut que les participants soient regroupés en pôles dont les liens internes de pouvoir sont positifs et les liens externes, négatifs.

L’exigence de la connexité renvoie au cheminement des pouvoirs d’un participant à l’autre, tandis que l’exigence de la cohésion renvoie au regroupement des participants au pouvoir, d’un pôle à l’autre. Les deux exigences agissent entre elles. Le cheminement des pouvoirs influe sur le regroupement des participants et celui-ci, sur le cheminement des pouvoirs. La connexité comme la cohésion dépendent des formes que prennent les relations de pouvoir entre les acteurs, qu’il s’agisse du pouvoir sur les décisions particulières ou du pouvoir sur les décisions conjointes. Le pouvoir réflexif des acteurs sur eux-mêmes, est une condition de la connexité.

Proposition 4  : Étant donné les quatre modalités du pouvoir particulier, il y a huit formes de connexions de pouvoir d’un acteur à l’autre ; et, étant donné les quatre modalités du pouvoir conjoint, il y a seize combinaisons possibles des connexions de pouvoir entre deux acteurs.

Proposition 5 : On peut distinguer les structures anarchiques, les structures hiérarchiques, les structures stratarchiques et les structures coarchiques du pouvoir sur le plan de la connexité, et les structures non polaires, les structures omnipolaires, les structures pluripolaires et les structures unipolaires du pouvoir sur le plan de la cohésion.

L’anarchie, qu’elle soit totale ou partielle, se caractérise par l’absence de poste prédominant. Il n’y a pas, dans la structure, de poste qui domine, directement ou indirectement, chacun des autres postes. Le passage d’un courant de pouvoir n’est pas possible, ce qui fait que la structure n’est pas connexe.

Les trois autres structures sont connexes, mais avec des caractéristiques différentes.

Dans la hiérarchie, il y a au moins un poste prédominant (il n’y en a qu’un dans une triade)

Dans une stratarchie, il y a aussi un poste prédominant mais, cette fois, de tout poste de la structure à tout autre, il y a domination, dont une au moins est unilatérale.

Dans une coarchie, tous les postes sont prédominants et la domination entre eux est toujours bilatérale.

Les réseaux.

(Un exemple récent parmi d’autres : Nuit debout)

Les réseaux représentent un certain type de systèmes, dont les modalités d’interdépendance, et plus généralement d’organisation, les distinguent d’autres types de systèmes. On peut identifier trois différences principales entre les réseaux et les systèmes qui leur sont opposés, que nous nommerons les appareils. Ceux-ci sont en quelque sorte les archétypes des organisations constituées, comme les réseaux sont les archétypes des organisations non constituées.

1. Contrairement aux systèmes sociaux que sont les appareils, les réseaux n’ont pas de frontièr précise

2. La spécialisation des acteurs est moins grande dans un réseau que dans un appareil, en ce sens que les acteurs dans un réseau sont généralement appelés à jouer plusieurs rôles, alors que les acteurs d’un appareil tendent à se limiter à un rôle ou à quelques rôles

3. Les connexions dans un réseau se font plus ou moins au hasard et ont pour cela un fort degré de redondance, alors que dans les appareils (les grands, tout au moins), elles sont généralement organisées de façon plus « économique », avec un moins grand degré de redondance.

Ces trois différences entre les appareils et les réseaux manifestent, à propos des systèmes sociaux, les différences plus générales entre deux grands types de systèmes qui ont été posées par René Thom. Le premier type, auquel appartiennent les réseaux, aurait, selon Thom, les propriétés suivantes :

1.Le système ne régule pas sa frontière. Par exemple, un « gaz parfait » adopte la forme du récipient qui le contient.

2. Il n’y a pas de morphologie intermédiaire entre le système total et les composantes individuelles : dans un gaz chimiquement pur toutes les molécules sont qualitativement semblables.

3. Dans un système de ce genre, l’élimination d’une composante est sans effet sur son comportement global. Il y a une énorme redondance morphologique 1.

D’un point de vue systémique, il semble bien que la différence principale entre ces deux types de systèmes, et plus spécifiquement entre les appareils et les réseaux, réside dans la notion de constitution d’une organisation, ou encore dans la métacoordination, c’est-à-dire dans la coordination de la coordination, celle-ci étant entendue comme un ensemble de contrôles exercés selon certaines finalités. Dans les appareils, la coordination se fait par régulation, c’est-à-dire au nom de règles spécialisées, prévues à cette fin, dont sont responsables les autorités de l’appareil.

Non seulement un appareil cherche à réguler ses publics, mais il cherche à réguler cette régulation elle-même. Des règles constitutionnelles pour la métarégulation se superposent aux règles institutionnelles pour la régulation. Dans un réseau, au contraire, il y a bien coordination « par voisinage » des acteurs et de leurs connexions, mais personne n’est chargé officiellement ou officieusement de la coordination de cette coordination. On voit bien cette différence quand un réseau se constitue en appareil. Généralement, il se donne une constitution, c’est-à-dire des règles qui cherchent à contrôler surtout ce que nous avons nommé les prémisses de l’action, soit les finalités des acteurs, leurs statuts, et les principaux contrôles qu’ils exercent. On a justement nommé « groupes constitués » (corporate groups) ces systèmes d’organisation, contraires aux réseaux. D’un point de vue systémique, il semble bien que la différence principale entre ces deux types de systèmes, et plus spécifiquement entre les appareils et les réseaux, réside dans la notion de constitution d’une organisation, ou encore dans la métacoordination, c’est-à-dire dans la coordination de la coordination, celle-ci étant entendue comme un ensemble de contrôles exercés selon certaines finalités. Dans les appareils, la coordination se fait par régulation, c’est-à-dire au nom de règles spécialisées, prévues à cette fin, dont sont responsables les autorités de l’appareil.

Non seulement un appareil cherche à réguler ses publics, mais il cherche à réguler cette régulation elle-même. Des règles constitutionnelles pour la métarégulation se superposent aux règles institutionnelles pour la régulation. Dans un réseau, au contraire, il y a bien coordination « par voisinage » des acteurs et de leurs connexions, mais personne n’est chargé officiellement ou officieusement de la coordination de cette coordination. On voit bien cette différence quand un réseau se constitue en appareil. Généralement, il se donne une constitution, c’est-à-dire des règles qui cherchent à contrôler surtout ce que nous avons nommé les prémisses de l’action, soit les finalités des acteurs, leurs statuts, et les principaux contrôles qu’ils exercent. On a justement nommé « groupes constitués » (corporate groups) ces systèmes d’organisation, contraires aux réseaux.

À bien y regarder, les trois propriétés des réseaux qui ont été signalées, à la suite de René Thom, semblent découler de cette caractéritique fondamentale : l’absence de métacoordination. La coordination se faisant par voisinage, sans qu’elle soit métacoordonnée, un système de réseau à l’état pur n’a pas de frontières précises. Quant au peu de spécialisation et à la redondance des connexions, elles semblent tenir elles aussi à l’absence de constitution et d’organisation hiérarchique ou stratifiée, deux traits par où s’exprime la métacoordination.

Fin des citations

Hervé Debonrivage


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