15 mars 1907 : Vote des femmes en Finlande

mercredi 18 mars 2020.
 

Une foule silencieuse frissonne dans le froid matinal en attendant que le scrutin s’ouvre. Les gens se regardent et sourient, les femmes se mêlent aux hommes et attendent leur tour pour aller voter. C’est 1,2 millions de personnes qui se présentent ces jours là dans leurs bureaux de vote pour désigner leurs représentants au nouveau Parlement. Rien de bien anormal, en somme, si ce n’est la date. Nous sommes le week-end du 15 et 16 mars 1907, en Finlande. Pour la première fois en Europe, les femmes sont appelées aux urnes. C’est également la seconde fois, à l’échelle de l’humanité, qu’elles peuvent être candidates aux législatives. La première place revient à la colonie britannique d’Australie-Méridionale. La première fois, d’ailleurs, que ce droit leur est accordé sans distinction raciale ou sociale, et la première fois, également, que des femmes sont élues au Parlement.

Autant dire que le moment est historique. Mais cette déflagration ne permet pas de considérer tout à fait la Finlande comme une démocratie éclairée et éclairante. Et cela même si la tradition parlementariste finnoise est l’une des plus anciennes au monde. Elle a en effet toujours été soumise au diktat plus ou moins coercitif d’une puissance étrangère. En 1634, la Finlande est soumise à l’autorité suédoise, lorsque, pour la première fois, une nouvelle Constitution permet aux quatre « Etats » finlandais – équivalents des « Ordres » français, la Noblesse, le Clergé, la Bourgeoisie et la Paysannerie – d’envoyer des députés à la Diète (Le Parlement) de l’Empire Suédois. Autant dire que ce système représentatif n’a que peu de poids sur la politique menée tant les Suédois sont supérieurs en influence et en nombre.

En 1809, coup de tonnerre : la Finlande passe sous pavillon russe. Les Russes semblent, dans un premier temps du moins, disposés à accorder plus d’autonomie et de souveraineté au pays, et permettent à la Finlande d’avoir sa propre Diète. Mais, dans les faits, cette promesse démocratique n’est que moyennement suivie d’effets, et il faudra attendre les années 1860 pour qu’enfin cette chambre parlementaire soit régulièrement convoquée et consultée. Mais, en 1907, donc, le système constitutionnel finlandais qui tombe en désuétude est remanié de fond en comble et, réputé austère, il devient aux yeux du monde entier un système ambitieux et innovant. Bien que l’Empereur de Russie, également Duc de Finlande, conserve l’essentiel des pouvoirs législatifs, la nouvelle chambre parlementaire – unique, dans un système dit monocaméral – l’Eduskunta, révolutionne les systèmes de vote. Composée de 200 membres élus à la proportionnelle au suffrage universel direct, c’est dans cette Assemblée que des femmes ont siégé pour la première fois. Plus d’un siècle ensuite, c’est une femme de 34 ans qui en est la première ministre, dans un gouvernement constitué de 12 femmes pour 7 hommes. Révolutionnaire ?

Sacha Mokritzky


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