26 février 1906 Grève des transbordeuses d’oranges.

mercredi 28 février 2018.
 

Au début du XXe siècle, en gare de Cerbère, dans les Pyrénées-Orientales, débute la première grande grève ouvrière exclusivement féminine.

A l’époque, un écart entre voies françaises et espagnoles nécessite le transbordement des marchandises à la frontière. C’est aux femmes que le déchargement et le chargement des agrumes, notamment des oranges, est confié. Une opération éreintante, que les ouvrières doivent exécuter d’autant plus rapidement qu’elles sont payées à la tâche (75 centimes par wagon chargé). Mais en 1906, la pénibilité de leurs conditions de travail ou encore les inégalités entre employées générées par l’inique système mis en place par les transitaires, les poussent à se mobiliser.

Le 26 février, elles sont 175 à se mettre en grève afin de réclamer une augmentation de salaire. Unies, elles obtiennent rapidement satisfaction. Une hausse de 25 centimes par heure leur est accordée. Cette mobilisation victorieuse pousse les ouvrières à fonder le Syndicat des transbordeuses d’oranges afin de pouvoir peser davantage dans de futurs rapports de force. Mais quelques semaines plus tard, l’annonce du renvoi de deux d’entre-elles, en raison d’une altercation avec leur employeur, fait de nouveau monter la tension au sein de la gare de Cerbère. Des rixes entre grévistes et non-grévistes sont à déplorer mais une nouvelle mobilisation d’ampleur permet la réintégration des ouvrières renvoyées.

Au cours de l’été, la création d’un « syndicat jaune », favorable aux employeurs et rassemblant près de 90 ouvrières, vient cependant jeter un froid. Pour le patronat, c’est une aubaine. Il voit alors l’opportunité de prendre sa revanche et décide de donner la priorité de l’emploi aux ouvrières issues de cette organisation. Face à cette véritable provocation, une nouvelle grève se déclenche. Mais cette fois, le conflit s’enlise. Déterminées, les grévistes bloquent les entrées de la gare et des heurts les opposent régulièrement aux forces de l’ordre. Elles vont même jusqu’à s’allonger sur les voies pour stopper un train transportant des briseurs de grève. Début décembre, un consensus est finalement trouvé. La priorité de l’emploi pour les « jaunes » est maintenue, mais seulement pour le matin. Le résultat de ces deux mois de lutte laisse cette fois un goût amer. Cependant, après une année de mobilisation, le chemin parcouru par les transbordeuses est considérable.

Matthieu Lépine


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message