12 ET 13 MAI 2007 (résolution du CN DE PRS) "La nécessité d’une force politique nouvelle"

dimanche 14 mai 2017.
 

Ce texte est un premier regard collectif de PRS huit jours après le vote du deuxième tour de l’élection présidentielle. Il participe au travail de préparation de la prochaine Convention Nationale de PRS qui se tiendra les 30 juin et 1er juillet.

I. Admettre

La présidentielle est l’élection centrale sous la Cinquième République. Elle domine le calendrier politique et institutionnel. Mais l’importance du scrutin qui vient d’avoir lieu va encore au-delà. Le scrutin présidentiel de 2007 s’inscrivait dans un cycle d’état d’urgence social et politique. Il ouvre une nouvelle période politique.

Cette élection se place dans un contexte de confrontation sociale aiguë.

C’est la première présidentielle après le coup de tonnerre de 2002 qui avait vu la qualification de l’extrême-droite pour le second tour aux dépens de la gauche. Elle clôt cinq années de pouvoir de droite marquées par des confrontations sur le terrain social et électoral qui ont pris des formes et une ampleur largement inédites, constituant souvent de véritables phénomènes d’insurrection citoyenne fondés sur l’implication populaire.

Cette élection débouche sur une nouvelle donne politique.

C’est la première fois depuis trente ans qu’un pouvoir sortant a été renouvelé par les urnes.

C’est la première fois depuis trente ans qu’un candidat de droite obtient un score aussi élevé au premier tour, avec près d’un suffrage sur trois.

C’est la première fois depuis plus de trente ans que la droite en France assume son identité libérale-sécuritaire et la propose sans fard au pays comme issue à la crise sociale qui le ronge et à la crise de sa représentation politique collective.

Rien d’utile ne peut être entrepris à gauche qui ne parte d’une analyse lucide de la défaite et de ses causes. Avant de se relever, il faut admettre que l’on est à terre. Avant de se remettre en marche, il faut comprendre ce qui vous a fait chuter.

L’analyse des résultats n’est pas tournée vers le passé : elle dessine les lignes d’action pour l’avenir.

II. Comprendre

A. La France en 2007 : un pays exaspéré, une attente politique immense

Quel est l’état de la France au moment où débute la campagne présidentielle ? Certains estiment que le pays était alors en train de glisser à droite - l’issue de l’élection était dès lors écrite-, d’autres que le balancier faisait au contraire mouvement vers la gauche - l’élection était dès lors imperdable.

Aucune de ces approches n’est réellement convaincante. Car la thèse du glissement à droite ne rend pas compte des mouvements de la période passée (victoire historique de la gauche aux élections de 2004, référendum de 2005, mouvements sociaux de 2003 et 2006) tandis que celle de la poussée à gauche n’explique pas le résultat du vote de 2007 (le candidat de droite obtient tout de même deux millions de voix d’avance !).

Il serait plus juste de dire que la France de 2007 est en plein état d’urgence politique. Ce qui caractérise le mieux notre peuple est son exaspération. Les principes censés produire le consentement à l’autorité ne sont soit plus perçus, soit plus admis. Cette crise de légitimité se constate dans toutes les catégories sociales, des émeutes urbaines dans les quartiers à l’incivisme fiscal revendiqué comme un comportement légitime par les plus riches. Ce qui nous avait d’ailleurs frappé au début de la campagne, ce n’était ni une dynamique à gauche ni un glissement à droite. C’était l’existence d’une grande masse de désemparés ne sachant pas de quel côté se tourner. Cela nous avait conduit à dire que la campagne présidentielle de la gauche ne devait pas chercher à agglomérer des cheptels électoraux largement fictifs mais devait viser un travail d’éducation populaire en direction du plus grand nombre.

Le déroulement de la campagne a confirmé la force des attentes accumulées. Déjà la fin d’année 2006 avait connu un très grand nombre de nouvelles inscriptions sur les listes électorales. Par rapport à 2002, on dénombre 3,5 millions d’inscrits supplémentaires ! Tous les candidats, à l’exception de Le Pen, ont vu une affluence historique à leurs réunions publiques. L’intérêt pour le débat ne s’est jamais démenti. L’urgence sociale a continué de travailler le pays : des mobilisations sociales se sont produites dans le cours même de la campagne, notamment dans le secteur privé, comme à PSA Aulnay. Le jour venu du premier tour, la participation a atteint un niveau exceptionnel.

Par rapport à 2002, 8,2 millions de votes supplémentaires ont été exprimés. Un continent civique oublié a refait surface. La loi d’airain selon laquelle la participation électorale enregistre une baisse à chaque nouvelle présidentielle (84,2% au premier tour de 1974, 81,1% en 1981, 81,4% en 1988, 78,4% en 1995, 71,6% en 2002) a été pulvérisée. En se hissant d’un coup à 85%, le niveau de participation est revenu à celui de la première élection présidentielle de la Cinquième République, en 1965. Il y avait donc une attente politique considérable. Force est de constater que la droite a su y répondre tandis que la gauche n’est pas parvenue à l’orienter. Il faut s’efforcer de comprendre pourquoi.

B. Comment la droite a gagné

Une chose est sûre : Nicolas Sarkozy n’a pas gagné en écoutant les rengaines à la mode qui proclament la fin des idéologies et des organisations collectives. Pour emporter l’élection présidentielle, il a reconstruit un projet idéologique assumé et un parti de combat pour le porter.

1°) Les droites idéologiquement réunifiées

Sarkozy s’est vanté d’être le premier homme de droite à avoir lu Gramsci. En réalité, Le Pen l’avait fait avant lui, L’un comme l’autre se sont abreuvés à une source commune : les travaux de la Nouvelle Droite du début des années 80, qui annonçait déjà que pour préparer un « mai 81 de droite », il fallait ramener le débat politique sur les thèmes « des trois i » : insécurité, immigration, identité.

Tout au long de la campagne, on a vu Sarkozy travailler à reconstruire une hégémonie culturelle, dont les thèses libérales importées des pays anglo-saxons n’avaient jamais bénéficié durablement dans notre pays. Sarkozy était sans doute aussi conscient que Chirac des difficultés du discours néolibéral à entraîner la société. Mais à l’inverse de celui-ci, il n’a pas cherché à l’emporter en gommant le projet de la droite. Il a au contraire incarné une droite clairement assumée et extrêmement idéologisée, allant jusqu’à ressusciter des débats théoriques et philosophiques sur la place respective de l’inné et de l’acquis. Sa stratégie a été de réaliser une synthèse politique réunifiant idéologiquement les droites (ce qui lui a permis de réduire fortement le vote FN au premier tour) et de s’appuyer sur cette force pour gagner le plus grand nombre de nos concitoyens à son projet.

Quels ont été les ressorts de cette victoire idéologique ?

La force de Sarkozy a été de renoncer en apparence à vanter la société telle qu’elle est, comme bien des conservateurs avant lui. Il a choisi à l’inverse de reconnaître la crise et d’en rendre les plus pauvres responsables, au terme d’une vision du monde extrêmement construite et construite sur deux piliers idéologiques. Il a en effet travaillé à concilier idéologie libérale et discours sécuritaire, comme Bush avant lui aux Etats-Unis ou Berlusconi en Italie, avec les succès électoraux que l’on sait. L’idéologie libérale rend d’abord les pauvres responsables de leur sort (avec au bout l’idée que les inégalités sociales ne font qu’exprimer les différences génétiques). La pensée sécuritaire les rend en plus responsables des difficultés des autres. On peut dire que dans cette vision du monde, les mauvais éléments n’ont que ce qu’ils méritent mais que les bons, alourdis par les liens de solidarité sociale, n’ont pas en revanche ce qu’ils méritent.

En imposant cette représentation des difficultés de la société, Sarkozy a réussi à susciter en faveur de la droite un vote « petit-bourgeois » et « petit-blanc » qui se sont avérés décisifs.

Convaincus d’être du même côté que les très riches, des pauvres et des pas bien riches se sont mis à voter à droite. L’analyse des votes bureau par bureau est éclairante. Les quartiers populaires d’habitat collectif, cités et grands ensembles, ont largement voté à gauche. Mais les quartiers populaires composés de pavillons ont donné des succès inattendus à la droite. C’est une frontière purement culturelle quand on sait que le statut social est souvent identique d’un côté ou de l’autre de la rue. Mais c’est une barrière extrêmement solide. Le mépris du peuple populaire déversé chaque jour par les médias a produit ses effets dévastateurs aux deux bouts de l’électorat de gauche. D’un côté des bobos ont jugé plus moderne de ne pas voter avec le bas peuple, apportant leur voix au « novateur » Bayrou, qui triple son score de 2002 exclusivement aux dépens de la gauche . De l’autre une fraction de l’électorat populaire a choisi de voter Sarkozy, se rangeant derrière ses maîtres contre les assistés, les étrangers et tous « ceux qui ne paient pas leur billet de train ».

La droite a bénéficié dans cette bataille culturelle des moyens considérables de l’idéologie dominante, qui incite le peuple à copier dans la mesure de ses moyens (au moins le bulletin de vote, c’est gratuit) les peoples en papier glacé, acclimatant chacun à trouver l’inégalité sociale extrêmement « fashion ». Sarkozy ne s’y est pas trompé et ce n’est pas un hasard si ses premiers pas de futur président s’apparentent à un reportage dans Voici : dîner au Fouquet’s avec Johnny puis yacht privé à Malte avec la famille recomposée.

2°) Un parti comme instrument

Mais Sarkozy a aussi construit sa victoire grâce à un parti dédié à cette cause. Là encore fidèle aux enseignements de Gramsci, il a accordé la plus haute importance au rôle des partis politiques pour construire une adhésion majoritaire à son projet. On se souvient qu’il a même préféré quitter le gouvernement plutôt que de renoncer à briguer la présidence de l’UMP.

Arrivé à la tête du principal parti de la droite, il l’a transformé de fond en comble. Dix-huit conventions thématiques se sont succédées pour refonder sa doctrine, élaborant ce qui allait devenir les thèmes principaux de sa campagne. Un travail systématique de renouvellement et de formation des cadres a été mené (ce qui lui a ensuite permis de mettre en place une équipe de porte parole de campagne à la fois nouveaux et formés).

Un renforcement militant de l’UMP a été entrepris, avec un soin minutieux apporté à la formation et à la mise en situation militante des nouveaux adhérents. Les formes d’organisation du parti ont été repensées : pendant la campagne, Nicolas Sarkozy a mis en place un réseau national « d’équipes de supporters » comprenant 5 à 10 membres, maillage de militants personnellement actifs sur tout le pays.

Dans son discours à Paris à la Halle Carpentier, le 6 février 2007, Ségolène Royal déclarait : « En politique comme dans la vie, il n’y a guère de hasard et jamais de miracle : la chance se construit, la victoire va à ceux qui l’ont voulue avec le plus de force et le plus de détermination. » Faute d’instrument de mesure capable de pénétrer leur cerveau, il est impossible de dire lequel des deux candidats a le plus « voulu » la victoire. Mais on peut hélas mesurer le contraste entre ce que Nicolas Sarkozy a déjà construit lorsque la campagne commence et le dispositif politique qui est au même moment celui de la gauche.

C. Comment la gauche a perdu

Le paradoxe est frappant. En 2002, la droite remporte l’élection présidentielle. Mais les conditions extrêmement fragiles de sa victoire conduisent ses principaux dirigeants à des remises en cause fondamentales. L’UMP est créée à la demande de Chirac et le RPR disparaît.

Nicolas Sarkozy commence sans tarder à construire une stratégie de « rupture » pour 2007. A l’inverse, la gauche, pourtant battue dès le premier tour, se refuse aux remises en cause. Elle confirme doctrines et dirigeants. Et commet l’erreur de croire, comme Strauss-Kahn à l’époque, que la défaite de 2002 n’est rien de plus que l’effet du « balancier de l’alternance », ce qui la conduit à penser qu’il lui suffit d’attendre une victoire mécanique en 2007.

1°) Le discours de gauche inaudible

La direction du parti socialiste et les responsables de la campagne de Ségolène Royal ont misé sur un rejet mécanique de la droite. La désignation interne acquise, l’essentiel de leur stratégie a été de faire apparaître la candidate socialiste comme le seul « vote utile » pour battre la droite. Ce discours a été efficace pour réduire brutalement l’espace politique de ses concurrents à l’investiture socialiste puis l’espace électoral de l’autre gauche, ramenée à un niveau historiquement bas. Mais il n’a pas permis d’entraîner la société. Car le ressort de la diabolisation de l’adversaire sur lequel il a fonctionné s’est avéré tout à fait limité.

Dans l’éditorial de A Gauche du 4 octobre 2006, nous faisions déjà remarquer que « Tout miser sur le rejet de l’adversaire est une stratégie totalement hasardeuse. Car le « tout sauf Sarkozy » contient une limite radicale. Pour qu’il fonctionne, il faut que Sarkozy soit le candidat unique de la droite classique. » Ainsi, François Bayrou a été largement bénéficiaire de cette stratégie de diabolisation de l’adversaire. Il s’en est même fallu de peu qu’il ne capte à son profit l’argument du vote utile et l’on peut penser que sans les réactions de quelques dirigeants socialistes dénonçant son programme et sa stratégie, il aurait pu passer devant la candidate socialiste dans les sondages.

Mais plus essentiellement, le « Tout sauf Sarkozy » n’a pas suppléé l’absence de travail politique pour développer et populariser des réponses de gauche à la crise du pays. On pourrait faire la liste des thèmes mis en débat et portés à large échelle par la droite qui sont restées de fait sans réponse. Qu’a-t-il été répondu à ceux qui disent que tout irait mieux si chacun était propriétaire ? A l’idée qu’il faut alléger l’imposition des successions pour permettre à chacun de transmettre un patrimoine à ses descendants ? A l’idée que la fiscalité française, en faisant partir les riches, augmente le nombre de pauvres ?

Face à la thèse sarkozienne rendant les plus pauvres responsables de la crise du pays, il aurait fallu une orientation reconnaissant de la même manière l’urgence sociale et politique, mais désignant clairement les véritables responsables et « profiteurs » du système. La gauche n’a pas su pointer la responsabilité des puissants, l’enrichissement scandaleux de quelques-uns, dévoiler le scandale d’une répartition toujours plus injuste des richesses. Ségolène Royal avait pourtant compris qu’il lui fallait porter une grille d’analyse globale de la crise pour se faire entendre. Mais nombre de ses prises de position ont apporté de l’eau au moulin de ceux qui disent que la France est malade d’un manque d’autorité plutôt que d’un manque d’égalité.

La gauche a manqué d’un projet cohérent, constant et combatif face à celui de la droite. Elle s’est donc avérée globalement moins convaincante. Le très discutable thème de « l’ordre juste » n’a pu servir d’alternative globale au projet libéral-sécuritaire. Sans horizon traçant fermement une alternative gouvernementale au capitalisme de notre temps, aucun programme présidentiel ou législatif de gauche n’est réellement intelligible.

2°) L’échec des partis de gauche

Autant Sarkozy a bénéficié de l’existence d’un parti en ordre de bataille, autant les partis de gauche se sont montrés incapables d’entraîner la société.

Jamais dans une campagne électorale la crise des organisations de gauche n’a été aussi patente. Elle touche chacune d’elles sans exception. La crise du Parti socialiste s’est notamment manifestée par la manière dont sa candidate a été désignée, à partir d’une association extérieure, et sur les bases d’une contestation des identifiants fondamentaux du PS. Le Parti communiste a vu une partie de ses dirigeants soutenir un candidat concurrent à la secrétaire nationale du parti. L’explosion de l’autre gauche n’a pas permis l’émergence d’une nouvelle construction politique. Ce paysage a réduit dramatiquement la capacité de la gauche à entraîner la société. Au final, la gauche totalise une proportion historiquement faible des suffrages, 36%.

Fragilisée dans ses organisations, la gauche ne disposait pas non plus d’un programme commun minimal autour duquel tirer dans le même sens. C’est une différence essentielle avec la droite, dont les trois candidats principaux Sarkozy, Bayrou et Le Pen, bien qu’opposés sur le terrain électoral, ont défendu des idées communes avec parfois les mêmes mots, comme le « travailler plus pour gagner plus » ou encore la réduction des impôts.

Le manque d’outils politiques à gauche pour entraîner la société a été d’autant plus dramatique que de nombreux citoyens se sont engagés dans cette campagne pour faire gagner la gauche.

On a ainsi assisté à une radicalisation du « peuple de gauche », particulièrement visible dans les derniers jours de la campagne. Mais si rien ne se fait sans l’énergie des individus, celle-ci peut s’avérer impuissante faute d’instruments politiques pour entraîner le plus grand nombre : grille d’analyse, mots d’ordre, stratégie et force constituée pour le porter. La candidate socialiste, réduite en fin de campagne à inviter chacun des participants du meeting de Charléty à être un « messager mystérieux de l’espérance » et à proposer aux Français de se rassembler autour d’un amour partagé, a cruellement souffert de cette absence que la mythologie gaullienne du rapport direct entre le candidat et le peuple ne permet pas de suppléer, en tout cas à gauche.

De même, l’échec de l’autre gauche renvoie principalement à l’incapacité de celle-ci à construire une force politique nouvelle lui permettant de dépasser sa division en groupes concurrents.

Jean-Luc Mélenchon ne se trompait lors de son intervention au meeting antilibéral de Montpellier, le 17 novembre 2006, au lendemain de la désignation de Ségolène Royal, lorsqu’il déclarait : « En conscience, je crois qu’il est de mon devoir de dire de la même manière que je souhaite l’unité de toute la gauche pour battre la droite, que je la souhaite de toutes mes forces (parce que je ne sais pas comment on peut sans cela battre la droite), je dis avec la même clarté, tout socialiste que je suis : je souhaite de toutes mes forces le succès de la démarche que vous avez entreprise . Je souhaite le rassemblement de la gauche représentée ici. Je souhaite qu’il aboutisse à une candidature commune car il est absolument inenvisageable, irresponsable de croire qu’un seul parti pourrait avoir à lui tout seul, la majorité ! Et j’ajoute que si vous vous laissez transformer en poussières additionnées, vous aurez dans les conditions mêmes avec lesquelles vous serez entrés dans le débat réglés la sortie par laquelle vous passerez ensuite. »

III. Réinventer

Les semaines qui viennent seront marquées par les élections législatives. Le moment n’est donc pas très favorable à mener à son terme les inévitables controverses que la discussion sur la campagne et son résultat appelle. Mais l’heure est encore moins à poursuivre ce qui a échoué. Dans l’immédiat, elle est à redresser le cap. A très court terme, c’est la réinvention de la gauche qui est à l’ordre du jour.

La droite ne nous laisse en effet aucun répit, aucun échappatoire. Des confrontations fondamentales s’annoncent dès les prochains mois. La droite va rapidement chercher à transformer sa victoire politique en victoire sociale. Or, l’indispensable et décisive résistance sociale aura besoin d’un point d’appui politique cohérent et efficace. Elle va aussi chercher à accroître son hégémonie politique en achevant de réduire et de désorganiser politiquement le dispositif de la gauche.

A. Dissiper l’illusion sociale-démocrate

Depuis 1978 avec Michel Rocard, dès 20 heures, les soirées de défaites électorales voient surgir de l’horloge socialiste un coucou familier. Il chante la chanson désormais traditionnelle de l’appel à la rénovation et à la conversion sociale-démocrate de la gauche. Hier surprenante, l’antienne est aussi obsolète que son objet après trente ans d’usage. On pouvait y réfléchir au siècle dernier. Mais en 2007, comment le navrant naufrage de la social-démocratie européenne, suivant de près celui du communisme d’Etat, pourrait-il encore servir de modèle ?

Au Royaume-uni ou en Allemagne, seule ou en alliance avec la droite elle démantèle l’Etat social qu’elle avait construit. En Espagne ou en Italie, tranquillement ou dans les combinaisons, les réformes sociétales remplacent les conquêtes sociales. Sans même parler du bilan effrayant de la social-démocratie latino américaine qui ruine des pays, pille la caisse et fait tirer sur la foule. La social-démocratie qu’idéalisent d’aucuns, faute d’imagination, n’est pas un avenir souhaitable. Nous ne pouvons échapper au devoir de remiser au rayon des archives toutes les formules dorénavant épuisées. La modernité n’est pas un prêt à porter mais une création à accomplir. Cette réinvention de la gauche a lieu en ce moment même en Amérique latine, au Brésil, Vénézuéla, Bolivie, Equateur, Argentine parmi d’autres pays. Evidemment, aucune ne nous fournit de modèle transposable. Mais l’énergie, l’audace et la persévérance qui les ont rendues possibles doivent impérativement nous servir de référence.

B Une gauche décomplexée Face à une droite décomplexée, une gauche tout aussi décomplexée doit enfin s’affirmer pour construire une nouvelle conscience citoyenne. Assez rasé les murs pour parler du partage de la richesse, pour assumer le rôle de l’Etat stratège dans l’économie, maître du temps long, gardien de l’intérêt général, acteur de première ligne face à l’urgence sociale. Assez de litote pour rejeter la monarchie patronale, affronter la tyrannie de la dictature de l’actionnariat sur l’économie productive.

Tout tourne autour d’une question : quelle attitude avoir face à la mondialisation libérale, ce nouvel age du capitalisme ?

L’adopter : c’est la droite.

L’accompagner : c’est l’illusion sociale-démocrate.

Faire bifurquer le système au profit de priorités sociales et écologiques : c’est notre devoir d’invention. Comment faire ? Avec qui ?

Dans quelle forme d’institution républicaine en France et en Europe ? Qui oserait dire que la gauche ne possède aucune réponse après tant d’années de colloques, de luttes, de forums sociaux et d’expériences sous toutes les latitudes ? Le Manifeste de PRS s’efforce de tracer une orientation globale. Nous proposons, à la suite de Jean Jaurès, le projet d’une République Sociale comme horizon du combat pour la transformation civique et sociale de la société.

Mais il reste une clé indispensable à réunir si l’on veut que la reformulation d’un projet global commence pour de bon et que débutent les travaux pratiques de la réinvention de la gauche.

C. La nécessité d’une force nouvelle

Ce qui manque c’est le lieu politique de la mise en mots partagée et en programme. Un tel lieu est la condition pour que se fabrique la nécessaire synthèse des gauches permettant sa réinvention. Un tel lieu est aussi indispensable pour que les idées de gauche deviennent une force matérielle : celle des millions de consciences qui la prendront en charge.

La rénovation de la gauche aujourd’hui revendiquée par tous ne peut se mener dans le huisclos des organisations existantes. Elle appelle le dépassement des partis qui constituent aujourd’hui la gauche.

Ce débat est d’ores et déjà ouvert.

Certains au sein du PS évoquent la remise à plat des fondamentaux du Parti créé à Epinay en 1971, et qui tenaient dans le tryptique orientation de rupture avec le capitalisme, programme commun avec les communistes et création d’un parti pluraliste ouvert à toute la gauche et à elle seule. Ils proposent ainsi d’en finir avec la spécificité du PS français dans la socialedémocratie européenne. Faut-il au contraire tirer les leçons de l’impasse sociale-démocrate et chercher à dépasser le clivage né du Congrès de Tours en construisant un nouveau parti ouvert à toute la gauche ? L’expression de telles alternatives ouvre une discussion fondamentale dans le Parti socialiste. Ses issues possibles changeraient profondément la nature du PS et, partant de là, le paysage de toute la gauche.

L’autre gauche aussi est au défi. Comme pour la candidature à la présidentielle va-t-elle maintenir sa fragmentation si désespérante et si nuisible à la gauche toute entière ? Alors il faudra admettre que l’avenir de la gauche est dans le parti unique que préfigure le Parti socialiste. Au contraire saura-t-elle proposer un dépassement de ses structures ouvrant ainsi un autre choix à gauche ? Celui d’une alternative prête à la conquête des pouvoirs plutôt qu’à l’adjuration, à des alliances plutôt qu’à l’ostracisation de ses voisins et cousins de gauche ?

Partout en Europe, de nouvelles forces se lèvent à gauche, qui cherchent à construire une autre voie que la ligne d’accompagnement de la mondialisation libérale, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas... Ces questions seront sans doute présentes dans les débats du congrès anticipé convoqué par le Parti Communiste Français dont l’ordre du jour sera défini au lendemain des élections législatives. De leur côté, plusieurs sensibilités de l’autre gauche impliquées dans la démarche des collectifs unitaires antilibéraux se posent aussi la question d’une nouvelle construction politique.

IV. Agir

Pour PRS aussi, une nouvelle période politique commence.

Nous avons fondé l’association il y a trois ans autour de trois directions de travail :

* l’élaboration d’un projet alternatif à la mondialisation libérale capable de redonner un horizon global aux luttes pour l’émancipation,

* l’éducation populaire

* une activité de trait d’union entre les différentes composantes de la gauche.

Le résultat de la présidentielle confirme que ces trois piliers sont bien les principaux défis que la gauche doit relever. Elle ne peut faire l’économie d’aucun d’eux. Sans projet capable d’entraîner l’adhésion du plus grand nombre, sans stratégie unitaire pour le porter, sans activité militante consciente et organisée pour le faire partager, il est vain de croire que la gauche pourrait résister efficacement aux projets de Nicolas Sarkozy, ni qu’elle serait en mesure de reconquérir durablement une majorité dans le pays.

Les militants de PRS contribueront à ce travail nécessaire partout où ils sont engagés. Leur objectif ne sera pas de mettre au pied du mur tel ou tel, mais d’être utiles à la gauche dans la discussion fraternelle et l’action concrète.

Nous affirmons donc notre volonté de continuer à oeuvrer dans ce sens. Comment agir dans les conditions difficiles du pouvoir de droite qui s’annonce ? Cette ambition sera l’enjeu de notre Convention nationale des 30 juin et 1er juillet à Artigues-près-Bordeaux. Nous invitons dès à présent tous ceux qui le souhaitent à rejoindre PRS pour prendre leur part dans la préparation de ces journées et agir utilement pour dépasser la défaite.


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