LA GAUCHE A BESOIN D’UNE FORCE NOUVELLE (6 ème partie de la résolution votée par la Convention nationale de PRS les 29, 30 juin et 1er juillet 2007)

mardi 30 juin 2020.
 

On le voit, les expériences de réinvention de la gauche ne manquent pas. Toutes convergent sur un point. La réinvention de la gauche commence avec la constitution d’une force politique nouvelle se donnant comme objectif la résolution de la crise de nos sociétés provoquée par la mondialisation libérale à travers la conquête démocratique du pouvoir grâce à la conviction du plus grand nombre.

Ce qui nous manque en France, c’est bien ce lieu politique de la mise en mots partagée et en programme. Un tel lieu est la condition pour que se fabrique la nécessaire synthèse des gauches permettant sa réinvention. Un tel lieu est aussi indispensable pour que les idées de gauche deviennent une force matérielle : celle des millions de consciences qui la prendront en charge.

La rénovation de la gauche aujourd’hui revendiquée par tous ne peut se mener dans le huis‐clos des organisations existantes. Elle appelle le dépassement des partis qui constituent aujourd’hui la gauche et des frontières qui la divisent depuis près d’un siècle. Car nulle part les nouvelles forces qui émergent pour remplir le vide laissé à gauche par le double échec du communisme d’Etat et de la social‐démocratie ne se définissent comme la continuité d’un de ces modèles.

Partout c’est une force véritablement nouvelle qui est à l’ordre du jour.

A) LA FORME PARTI N’EST PAS DEPASSEE

Disons le clairement : nous ne croyons pas à la thèse à la mode selon laquelle l’énergie populaire spontanée de la « gauche d’en bas » serait entravée par les organisations politiques omnipotentes de la « gauche d’en haut ». La gauche n’est pas victime de l’hégémonie de ses partis, mais de leur faiblesse. Certes, la gauche ne manque pas d’organisations politiques jouant leur rôle de sélection des candidats admis à participer aux joutes électorales. Mais elle manque cruellement de partis en situation d’assurer l’éducation politique du plus grand nombre face au bourrage de crâne de l’idéologie dominante et de ses chiens de garde médiatiques.

C’est donc un même raisonnement qui nous conduit à penser que la forme parti n’est pas dépassée et qui nous fait dire que les formes et pratiques des partis existants à gauche doivent l’être. On doit se méfier des discours rarement concrets qui mettent en cause la forme partidaire de l’activité politique au motif que les partis existants ne sont pas satisfaisants de bien des façons. Il ne s’agit certainement pas de nier l’importance et l’efficacité des formes modernes du militantisme faites de réseaux, listes de diffusion, associations de missions. Mais de telles formes peuvent parfaitement s’inscrire dans le cadre d’une action partidaire. Il s’agit donc bien de ne pas accepter de démanteler nous‐mêmes les seuls outils réellement à notre disposition pour mener un combat politiquement coordonné à la mesure des problèmes à traiter.

Ce rappel vaut aussi contre la thèse à la mode selon laquelle le Parti n’aurait pas de légitimité à vouloir autre chose que ce que veut l’opinion. Il est temps de comprendre que c’est la responsabilité et la mission spécifique des militants des organisations politiques de tracer un cap, d’étudier les étapes du chemin qui s’y dirige et de mettre noir sur blanc le programme qui prévoit les transitions pour s’y avancer.

C’est aussi leur tâche de mener un travail d’éducation populaire méthodique. Les citoyens doivent être dotés d’outils pour comprendre les enjeux que la mise en oeuvre du programme soulève. Il faut également leur permettre de trouver leur mode d’implication dans l’action non seulement pour la conquête du pouvoir mais aussi pendant qu’il s’exerce. Bien sûr, tout cela doit se faire en lien étroit avec ce que formulent les mouvements de la société dans tous les domaines. Mais c’est une honteuse démagogie très significative de l’état de la gauche que de vouloir faire croire que l’apprentissage des luttes du passé, la mémoire, l’expérience et la capacité d’anticipation de la lutte à mener pour appliquer un véritable programme de transformation sociale seraient disponibles par génération spontanée du moment que l’on « donne la parole aux gens » pendant que les « politiques les écoutent ».

Ce spontanéisme de confort est en effet dorénavant un argument permanent de la bureaucratie des partis et des groupuscules pour se défausser de leur responsabilité : ne s’engager jamais sur rien et n’organiser aucune préparation d’amont à la mise en oeuvre d’un programme. Or sans ce travail, l’action populaire de masse est dépourvue d’outils de pensée et d’action. Elle retourne aux jacqueries sans perspective.

B) UNE SYNTHESE VERITABLE

A la tribune du Congrès constitutif de Die Linke à Berlin, Gregor Gysi, l’un des principaux fondateurs de ce parti et co‐président avec Oskar Lafontaine de son groupe parlementaire, s’est interrogé ainsi : « Qui sommes‐nous ? ». Puis il répondit, se tournant vers le slogan de son nouveau parti « Die Linke. », « nous sommes la gauche, point. » Quelques instants plus tard, Oskar Lafontaine répondit autrement encore à la même question : « nous sommes les héritiers des sociaux‐démocrates emprisonnés à l’Est, des communistes emprisonnés à l’Ouest, des militants de gauche martyrisés par le nazisme ». Dès le premier jour d’existence du nouveau parti, celui‐ci fonctionnait déjà comme un lieu de synthèse, de fabrication d’une culture commune, de mise en mots de références partagées.

Bien sûr, il ne s’agit pas ici d’une synthèse factice produite par une commission nocturne dans l’arrière‐salle d’un Congrès. Il s’agit d’une synthèse honnête, respectueuse des histoires de chacun, constituant l’aboutissement d’un débat réel et d’une conviction véritable. Parvenir à une telle synthèse implique des conditions politiques préalables.

La première de celles‐ci est la reconnaissance des identités et des histoires de chacun. La force nouvelle ne peut s’accommoder de la négation d’aucune de ses composantes. Dès lors qu’elle le souhaite, chacune d’elle doit pouvoir exister en tant que telle. Car tout processus qui apparaîtrait pour l’une des composantes engagées dans ce nouveau regroupement comme une liquidation ou un ralliement serait privé dès son origine de l’élan nécessaire.

La deuxième condition est que la force nouvelle ait l’ambition de s’adresser à toute la gauche. Si la volonté de travailler au dépassement des frontières qui divisent la gauche depuis près d’un siècle doit conduire à rechercher prioritairement la synthèse entre les traditions communiste, socialiste et trotskyste, celle‐ci doit se donner comme objectif d’entraîner la gauche toute entière. Elle doit donc être d’abord tournée vers la société.

Et notamment vers la gauche telle qu’elle est, dans sa richesse et sa diversité. Cela implique que la force nouvelle fasse toute sa place, dans ses orientations comme dans ses structures, aux militants de gauche qui ne se reconnaissent à l’heure actuelle dans aucune organisation politique, aux militants écologistes, aux apports des mouvements altermondialiste, féministe, antiraciste, aux syndicalistes, aux intellectuels, aux militants de la culture. En travaillant à une synthèse en son sein, la force nouvelle travaillera à la synthèse avec la société.

C) QUATRE IMPERATIFS POUR LA FORCE NOUVELLE

Dans les mois décisifs qui viennent, PRS engagera le débat avec tous ceux, sans exclusives, qui sans partager l’ensemble des orientations exposées dans cette résolution, se déclareront disponibles pour réinventer la gauche, dépasser le double échec du communisme d’Etat et de la socialdémocratie, formuler la République sociale comme alternative au capitalisme de notre époque, poser les jalons d’une force politique nouvelle candidate à l’exercice du pouvoir dans le sens des intérêts du plus grand nombre. Celle‐ci devra à notre sens répondre à quatre impératifs.

Premièrement elle devra être une force de gauche. Et seulement de gauche. Car l’union à gauche est incompatible avec l’alliance au centre. Et la gauche n’a pas besoin du centre pour être majoritaire, pour peu qu’elle parvienne à convaincre politiquement le bloc sociologique majoritaire dans notre pays que constituent les ouvriers, employés et travailleurs des secteurs publics et privés, qui partagent un intérêt commun au changement.

Deuxièmement, la force nouvelle devra se donner comme objectif la reconquête d’une hégémonie culturelle face à l’idéologie dominante du capitalisme de notre époque en menant le combat des idées autour d’un projet politique républicain. Elle s’impliquera dans les luttes sociales qui sont souvent à la fois le premier moment de formation d’une conscience de classe et des événements qui donnent à voir une alternative possible à l’ordre actuel des choses, en cherchant à les relier à un horizon global de transformation politique et sociale conforme à l’intérêt général du pays. La force nouvelle s’efforcera en cela d’être cet instituteur du peuple, civique, émancipateur, à ses côtés dans ses combats, dont parlait Jean Jaurès.

Troisièmement, la force nouvelle devra avoir une vocation majoritaire et gouvernementale. Elle s’efforcera de proposer à nos concitoyens un « autre vote utile » pour gouverner à gauche. Nous avons l’ambition de changer la vie vraiment. C’est pourquoi nous sommes candidats au pouvoir.

Quatrièmement, la force nouvelle sera unitaire. Elle sera par elle‐même un facteur de regroupement de la gauche des ruptures aujourd’hui dispersée.

Mais elle contribuera aussi à l’union des gauches, toutes les gauches, rien que les gauches. C’est ce que nous avons appelé l’union dans l’union. Elle respectera le choix des électeurs de gauche au premier tour et se rassemblera derrière le candidat le mieux placé au second.

Bien sûr elle exigera la même attitude de la part de ses partenaires de gauche.

CONCLUSION

La gauche française ne manque pas d’atouts pour prendre sa place dans la réinvention de la gauche.

Elle s’appuie sur une histoire féconde, qui lui permet d’inscrire son combat dans la continuité de la grande révolution qui ouvrit l’ère moderne et fit résonner sous toutes les latitudes le message de l’émancipation humaine.

Elle dispose de forces organisées capables d’impulser un tel processus pour peu qu’elles décident de s’engager dans ce sens.

Elle dispose de l’expérience d’un peuple qui refusa à de nombreuses reprises de considérer l’ordre injuste du monde comme un horizon indépassable.

La gauche d’après est donc possible. Mais elle ne naîtra pas sans la volonté consciente d’hommes et de femmes déterminés. Dès lors c’est à chacun de ceux qui se reconnaissant dans le combat séculaire de la gauche pour l’émancipation d’écrire cette nouvelle page de son histoire. Les militants de PRS sont prêts à s’y engager de toutes leurs forces.

Liens vers les autres parties de ce texte :

La gauche d’après ... le 6 mai 2007 (1ère partie de la résolution votée par la Convention Nationale de PRS des 30 juin et 1er juillet 2007)

La gauche d’après ... le 29 mai 2005 ( 2ème partie de la résolution votée par la Convention Nationale de PRS des 30 juin et 1er juillet 2007)

LA GAUCHE D’APRES... LE 21 AVRIL 2002 (3ème partie de la résolution votée par la Convention nationale de PRS du 1er juillet 2007)

LA GAUCHE D’APRES... LE 9 NOVEMBRE 1989 ( 4ème partie de la résolution votée par la Convention nationale de PRS du 1er juillet 2007)

UNE AUTRE GAUCHE EST POSSIBLE ( 5ème partie de la résolution votée par la Convention nationale de PRS du 1er juillet 2007)


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