Le téléphone sonne de France Inter : une arme de la guerre idéologique et cognitive contre la France Insoumise.

dimanche 16 septembre 2018.
 

Oui, on vous écoute M Macron ! M.Macron va vous répondre !

L’émission de France Inter « le téléphone sonne » du mercredi 22/09/2018 s’intitulait : « L’ An II du quinquennat peut-il être celui du réveil de l’opposition ? » On peut écouter l’émission en cliquant sur le lien suivant :

https://www.franceinter.fr/emission...

Ah bon ? L’opposition dormait-elle ?

Nous ne ferons pas d’analyse complète ici de l’émission, ce qui n’offrirait que peu d’intérêt compte tenu des banalités de la plupart des propos tenus et du caractère à l’évidence partisan et masqué de la plupart des intervenants au téléphone.

On assiste tout d’abord à une remarque introductive : « nous ne traiterons pas dans cette émission de l’affaire Benalla. »

Et pourtant, à deux reprises, d’abord en début d’émission puis vers la fin, des auditeurs évoquent cette affaire pour la minimiser, la banaliser et affirmer que ce n’est pas une affaire d’État et par là même, insuffler l’idée que l’opposition est ridicule. En bref : circulez, n’y a rien à voir ! On remarquera alors l’insistance avec laquelle ces 2 interventions sont présentées comme étant représentatives de l’opinion de tous les Français.

L’un des invités n’explique la critique de l’opposition que par un simple souci politicien de trouver un point faible dans la politique de Macron. Ce faisant, tout problème de fond est éludé et effectivement, on ne parlera pas du fond de l’affaire Benalla si ce n’est pour accréditer l’idée que ce n’est qu’un détail sans grande importance.

La ficelle est tellement grosse, qu’on peut se demander dans quelle mesure les coups de téléphone ne sont pas soigneusement triés et s’il ne s’agit pas ici d’une émission de commande.

Mais le plus intéressant à relever est ce qui est « traité » vers la vingtième minute de l’émission. Les oppositions ont-elles des idées ?

Le journaliste de France Inter se fait le relais d’un article du journal Le Parisien 5 août 2018. Voici ce que dit le journaliste en prétendant citer cet article, après la question de l’auditeur à 19h37 : « Opposition : Toujours rien ou presque sur le front des idées. »

On retrouve l’article du Parisien sur le site de Boursorama https://www.boursorama.com/actualit... dont le titre est : « PS–LR, toujours rien ou presque sur le front des idées »

On constate ainsi que le journaliste déforme sciemment, (puisqu’il éprouve le besoin d’insister sur le détail de formulation : « presque ») le titre de l’article du Parisien qui n’incriminait pas LFI et le RN.

Or, le titre de l’article supposait que ces 2 organisations politiques avaient des idées et des propositions contrairement au PS et au LR. Mais cela devait être, semble-t-il, insupportable pour le journaliste de France Inter.

Pour infléchir une telle affirmation, le représentant du CEVIPOF indique pourtant que LFI a fait de nombreuses propositions à l’Assemblée nationale.

Comment expliquer une telle distorsion entre une perception supposée du public (qui est censée être celle du Parisien après correction du titre !) et le travail des parlementaires ? Evidemment, l’Avenir en commun n’est jamais cité !

La représentante de l’institut de sondages Odoxa explique ce phénomène par le manque de clarté et de crédibilité des représentants « des extrêmes ». On reconnaît ici la signature sémantique macronienne ou sociale libérale.

Par ailleurs, elle fait référence à la personnalité de Mélenchon, jugé trop agressif pour de nombreux Français, à son comportement « à éclipse », et à sa présence discontinue dans les médias due au fait qu’il en censure un certain nombre (dont France Inter). Ce serait donc Mélenchon qui déciderait de toutes ses apparitions dans les médias !

Alors il faudrait expliquer comme l’a indiqué une étude du magazine Marianne à partir des données du CSA, pourquoi Mélenchon a été le plus maltraité en temps de parole et temps d’antenne (et de loin !) par les médias. « Présidentielle : à temps de parole égal, un second tour aurait pu opposer Mélenchon à Macron »

https://www.marianne.net/politique/...

En outre, comme cela a été thématisé dans cette émission, elle indique que Mélenchon ne peut pas être considéré comme leader de l’opposition . Selon Céline Bracq, c’est plutôt Marine Le Pen qui serait la mieux perçue comme représentante de l’opposition. La deuxième mission de cette émission était en effet de contredire les résultats d’un institut de sondages concurrent paru en avril 2018 indiquant que Mélenchon était considéré par la majorité des français (51 %) comme le principal opposant, Marine Le Pen arrivant en second avec un score honorable de 47 %.

Source : http://www.europe1.fr/politique/jea...

Mais la situation devient franchement comique lorsque l’on sait qu’un sondage de l’institut Odoxa daté du 17 mai 2018 indiquait que Mélenchon était considéré comme le premier opposant pour 42 pour 42 % des sondés, Marine Le Pen venant largement derrière avec 29 %.

Source : https://francais.rt.com/france/5076...

Une fois de plus, la personnalité de Mélenchon est invoquée pour expliquer cette soi-disant distorsion. Ce serait un personnage perçu par une majorité de Français comme agressif et en outre, c’est une « personnalité à éclipse » dont la visibilité médiatique serait irrégulière du fait de sa propre responsabilité : Mélenchon « censure » certains médias ! (dont France inter).

S’il est vrai que Mélenchon a été contraint de ne pas rendre visite à certains médias, encore faudrait-il expliquer pourquoi. Chose impossible pour un média qui est utilisé comme instrument de guerre idéologique. On pourrait alors croire que c’est Mélenchon qui choisit sa visibilité médiatique et que les médias seraient à son service.

Lorsqu’il est question de la représentativité à l’Assemblée nationale, il est indiqué que les élections de 2017 ont particulièrement déformé les résultats comme en 1993, ce qui est exact, mais n’a aucune signification pour les auditeurs faute d’exemples précis. Rappelons qu’il a fallu 5 fois plus de voix pour élire un député LFI que pour élire un député de LRM. Avec plus de voix que les socialistes, LFI obtient beaucoup moins de députés, etc.

D’autre part, il est inexact de dire qu’il y a autant de députés communistes que de députés LFI. Au lendemain des élections, selon les résultats du ministère de l’intérieur, le nombre de députés communistes était de 11. Ils ont pu constituer un groupe grâce à des arrangements avec d’autres élus non affiliés à leur parti. Rappelons qu’il a fallu 2 fois plus de voix pour élire un insoumis que pour élire un communiste.

En résumé, la feuille de mission de cette émission était :
-  1)L’affaire Benalla n’en est pas une.
-  2)Mélenchon n’est pas celui qui incarne le mieux l’opposition à Macron

3)Le RN constitue la première force d’opposition à Macron.

4)Il n’y a pas d’alternative à la politique de Macron : pas de propositions alternatives crédibles + pas de bloc unitaire à gauche

Replaçons maintenant cela dans un contexte médiatique plus vaste que nous avons traité par ailleurs : comment fonctionne ici la manipulation ? 1) l’appareil médiatique censure pendant les campagnes électorales et depuis des mois l’alternative programmatique de La France Insoumise l’Avenir en commun.

2) Le temps passant, l’appareil médiatique matérialise sa censure par une fausse information : il n’existe pas d’alternative crédible à celle de Macron ni à la politique gouvernementale.

3) Troisième étape, pour ne pas nommer explicitement la force politique nouvelle que constitue LFI (contrairement au FN depuis 1972) on ne la nomme pas directement explicitement : on l’intègre LFI au sein de 3 autres partis : deux qui ont gouverné depuis plus de 30 ans (UMP–LR- PS) et un autre parti (le FN) qui a servi de repoussoir et d’épouvantail pour l’élection de Sarkozy puis Hollande et pour aujourd’hui celle de Macron.

On aura donc bien compris une fois de plus comment la devise « il n’y a pas d’alternative » est encore mise en application dans ce cas particulier. On voit sur cet exemple comment un appareil médiatique comme France Inter, qui n’est pas réductible à un simple appareil de reproduction de l’idéologie dominante, contient un certain nombre de modules, comme cette émission, qui sont des appareils de l’action idéologique pour la reproduction de la classe dominante.

Hervé Debonrivage


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