Il avait voté Macron ! Et maintenant …

vendredi 21 septembre 2018.
 

Il avait voté Macron ! Et maintenant …

La vague d’espoir des électeurs d’Emmanuel Macron se meurt sur la grève des illusions.

Je m’installais à une table du bar des « Trois faisans » et commandait une bière d’abbaye. À proximité, une autre table occupée par deux hommes d’une trentaine d’années dont le langage, le style vestimentaire, la coiffure et l’aspect des mains m’indiquaient qu’ils étaient l’incarnation de deux cadres moyens, probablement de niveau III (code INSEE), du secteur tertiaire.

Atteints probablement d’une légère déficience auditive, qui, comme chacun sait, est souvent inconsciente chez les personnes qui en sont atteintes, ces deux hommes parlaient avec un haut niveau sonore (70 décibels environ) de sorte que je n’eus aucune difficulté à suivre leur conversation.

Hector : En ce moment tu as la forme ?

Daniel : Non ! Je ne pourrais dire cela : je reprends des somnifères pour dormir.

H : Ah bon ? Parce que tu avais arrêté d’en prendre ?

D : Oui, toujours travailler sous pression, avec une exigence de résultats sans en avoir forcément la possibilité, c’est angoissant et fatiguant. En plus, un salaire un peu trop maigre pour finir les fins de mois avec sérénité…

H : Oui, je suis au courant. Par contre je ne sais pas pourquoi tu avais arrêté d’en prendre…

D : Alors je t’explique : lorsque Macron a été élu en mai 2017, j’ai vu le soleil se lever, le ciel s’éclairer, j’ai entendu les oiseaux rechanter : enfin un jeune élu président, seulement 2 ans de plus que moi, près des gens avec son mouvement citoyen et sa prospection de terrain pour savoir ce que désiraient les Français ! J’avais lu son livre « Révolution » et je pensais vraiment qu’il voulait transformer notre pays, le faire évoluer vers la modernité, avancer, en s’arrachant aux vieux archaïsmes religieux, syndicaux, corporatistes…

H : Et sans avoir peur des nouvelles technologies numériques, en se préparant à la transformation du travail due a l’intelligence artificielle,…

D : Oui, c’est ça ! Un homme moderne, un homme qui n’a pas peur d’affronter l’avenir. C’est vrai qu’il est très intelligent, un vrai surdoué qui a d’ailleurs été un disciple de Paul Riker !

H : Et d’ailleurs, Jacques Attali l’avait remarqué !

D : Et pas seulement Attali, qui se trompe rarement, mais aussi Alain Mike, dont la compétence est indiscutable !

H : Il me semble que tu commets quelques petites erreurs, mais passons…

D : Il avait promis de libérer le travail et les énergies des contraintes horaires, de toutes ces rigidités inscrites dans un code du travail beaucoup trop épais. Enfin, restaurer la liberté d’embauche et de licenciement devait provoquer un véritable big-bang de l’emploi.

H : Et tu pensais qu’Emmanuel devait tenir bon face à tous ceux qui sont hostiles aux réformes ?

D : Oui, bien sûr !

H : Et nous libérer aussi des contraintes d’un état étouffant comme celui qui met en déficit la SNCF,…

D : Et pas seulement la SNCF : il se met en déficit lui-même avec son trop-plein de fonctionnaires !

Il a voulu promouvoir une nouvelle solidarité intergénérationnelle : les nantis de retraités allaient pouvoir enfin nous aider !

H : Et maintenant, Daniel, tu n’y crois plus ?

D : C’était un conte de fées pour enfants de 5 ans…

H : et 5 ans, c’est la durée d’une législature…

D : j’ai encore plus de travail qu’avant, puisque l’entreprise a licencié, avec plus de facilité qu’autrefois, l’un de mes collègues. Et mes heures supplémentaires sont maintenant payées moins chères !

H : donc tu travailles plus et tu gagnes moins !

D : c’est à peu près ça. Comme c’était souvent le cas, j’ai demandé à mon père, qui est à la retraite, de me donner un peu d’argent pour nous payer un petit resto une fois par mois avec les enfants. Il m’a répondu : non ! Avec la ponction CSG de Macron, il m’a volé 50 euros par mois que je ne peux donc plus te donner !

H : Donc si je comprends bien, maintenant les vieux peuvent moins aider les jeunes !

D : Oui : et c’est là que j’ai compris, que ce Macron était un super menteur ! Et du coup, j’ai commencé à déprimer et j’ai repris des somnifères.

H : Ce n’est pas forcément une bonne idée ! Tu t’es trop attaché à Macron !

D : Comment ai-je pu être aussi naïf ? Aussi crédule ?

H : Par ignorance !

D : Mais je ne suis pas ignorant ! Je me fais mon opinion en lisant la presse, en écoutant la télé…

je lis l’express, le point, Le Monde, j’écoute la radio, je regarde les JT de TF1 et de France 2, j’écoute des matinales de France Inter ou d’Europe 1.

H : Sans oublier BFM TV je suppose ?

D : Oui, bien sûr : un média sérieux objectif, très informatif….

H : Et à qui appartient cette presse ? Les médias privés ?

D : Je n’en sais rien !

H : Aux milliardaires qui ont soutenu Macron dans sa campagne ! Quant aux chaînes publiques, les postes-clés de l’information politique sont confiés à des gens qui pensent comme Macron à quelques variantes près.

D : Mais non, tu exagères un peu là non ?

H : Malheureusement non…et tu peux le vérifier par toi-même !

D : Donc je crois me faire une opinion par moi-même et finalement l’information que j’utilise est choisie de telle sorte que je vote Macron ?

H : Bravo ! Si tout le monde comprenait aussi vite que toi… ! Tout est fait pour que les gens ne votent pas Mélenchon.

D : Ah oui ! je l’avais vu à la télé 2 fois, aux émissions électorales où étaient réunis les candidats : je dois reconnaître qu’il était vraiment convaincant mais la durée pendant laquelle j’ai pu le voir pendant la campagne était beaucoup trop bref pour que je puisse me faire une opinion…

H : Tu n’avais qu’à lire son programme l’Avenir en commun !

D : C’est quoi ça ?

H : Achète le : il coûte 3 euros. Et après lecture, tu n’auras plus besoin de somnifères !

D : Et pourquoi donc ?

H : Tu te suicideras pour ne pas avoir voté Mélenchon !

D : Ah ! La belle blague ! Tu m’as donné envie de le lire !

Là s’interrompt la conversation puis Hector se lève et se dirige vers le juke- box du bar, qui est d’ailleurs devenu de nos jours une véritable pièce de musée. Il choisit un morceau, puis revient vers la table en riant puis dit alors à Daniel : écoute ça, tu vas reprendre le moral !

Le lecteur de cet article, comme s’il était accoudé au comptoir, peut écouter la chanson en cliquant sur le lien suivant :

https://www.bing.com/videos/search?...

ou encore :

https://www.bing.com/videos/search?...

Hervé Debonrivage


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