Le pillage du livret A : une spoliation des petits épargnants s’élevant à plusieurs milliards d’euros.

lundi 1er avril 2019.
 

On parle de la hausse de la CSG les retraités, de la hausse du prix des carburants, de la hausse des loyers, etc. et plus généralement de la détérioration du pouvoir d’achat.

Mais ce dont on ne parle pas, c’est la perte massive de pouvoir d’achat des différents comptes d’épargne populaires : livret A, assurance-vie et plus généralement de l’épargne dite réglementée.

Nous avons évalué à environ 10 milliards d’euros la ponction réalisée sur ces deux types de comptes. On est bien au-delà de la hausse des prix du carburant.

L’article qui suit ne concerne pas une poignée d’ultra riches mais trois Français sur quatre. On compte plus 55 millions de livrets A.

1– Le pillage du livret A

La somme globale déposée n’est pas marginale : 251 milliards d’euros.

Cette somme varie chaque année : 244 à 268 milliards comme fourchette pour ces dernières années. On retiendra le chiffre indicatif de 250 milliards d’euros.

L’encours moyen par livret est de 4576 € avec évidemment de grandes variations selon l’âge de l’épargnant.

On trouvera beaucoup plus de détails techniques dans les articles sélectionnés ci-dessous.

Selon l’INSEE, l’indice des prix à la consommation entre octobre 2017 et octobre 2018 a augmenté de 2,3 %.

Source INSEE : http://leparticulier.lefigaro.fr/jc...

Or la rémunération du livret A s’élève à 0,75 %.

La perte sur une année n’est pas négligeable.

Ainsi, ce taux est loin de protéger l’épargne de l’inflation.

Le manque-à-gagner est donc de : 2,30 % -0,75 % = 1,55 %

Si l’on supposait une simple rémunération du livret à un taux de 1 % au-dessus de l’inflation, c’est-à-dire nette de l’inflation, le manque-à-gagner serait de 2,55 %.

Une épargne servant à terme à acheter, on peut donc parler d’une perte de pouvoir d’achat du livret A.

Pour fixer les idées, examinons quelques exemples de pertes : d’abord par rapport au taux d’inflation puis par rapport à une rémunération de 1 % nette d’inflation (2 ème chiffre). On obtiendrait sur une année :

Pour 1000 € placés : 15 € ; 25 €

Pour 2000 euros placés : 30 € ; 50 €.

Pour 3000 € placés : 45 € ; 75 €

Pour 4000 € placés : 60 € ; 100 €

Pour 10 000 € placés : 150 € ; 250 €.

Pour 20 000 € placés : 300 € ; 500 €.

Sur l’ensemble des épargnants, quelle est alors le montant global ponctionné ?

Pour un encours global de 250 milliards d’euros, la perte globale de pouvoir d’achat s’élève donc à 3,75 milliards d’euros par rapport à l’inflation et s’élève à 6,25 milliards pour un taux de rémunération nette d’inflation de 1 %

Bref,, le montant du pillage s’élève donc à environ quatre ou 6 milliards d’euros selon ces deux modes de calcul.

Mais ce type de raisonnement pourrait s’appliquer à d’autres comptes populaires rémunérés en dessous du taux d’inflation dont les taux seront indiqués dans les articles ci-dessous.

2–Le pillage des assurances-vie à fond euros

Quelques mots sur l’assurance-vie :

Rappelons qu’il existe deux grands types d’assurance vie : l’une sur fonds en euros avec capital garanti mais taux d’intérêt relativement faible et assurance-vie sur unité de compte sans capital garanti mais avec un taux de rémunération plus élevée.

Le taux moyen de rémunération des assurances-vie s’élevait à 1,8 % (il s’agit d’une moyenne qui ne préjuge pas du taux proposé par une banque particulière).

Source : Journal du Net https://www.journaldunet.fr/patrimo...

Les intérêts acquis qu’ils soient ou non fiscalisés sont soumis à un prélèvement social de 15,5 %. Le taux de 1,8 % n’est donc pas un taux net.

Sur la dernière année, même sur ce type de placement censé être quelque peu rémunérateur, le manque à gagner par rapport à l’inflation 0,5 % s’élève à : 2,3 % -1,8 % = 0,5 %.

Prenons trois exemples concrets.

Pour un dépôt de 10 000 €, le manque-à-gagner est de : 50 €

Pour un dépôt de 20 000 €, le manque à gagner s’élève à 100 € sur l’année.

Pour 50 000 €, la perte par rapport à l’inflation s’élève à 250 €.

Et on n’a pas pris en compte ici les prélèvements sociaux.

L’assurance-vie concerne-t-elle beaucoup de monde ?

37 % des Français en possèdent un (alors que trois Français sur quatre possèdent un livret A). Mais le montant global des dépôts est largement supérieur puisqu’il s’élève à 1700 milliards d’euros. Source : C Banque https://www.cbanque.com/assurance-v...

Indiquons que le taux moyen mentionné ci-dessus de 1,8 % qui émanent de la Fédération française des assurances est contestée : en 2017, cette moyenne des taux d’assurance-vie s’élevait à 1,67 %, ce qui aggrave encore nos calculs précédents.

D’autre part, les prélèvements sociaux vont prochainement passer de 15,5 % à 17,2%.

Source : Mieux Vivre https://www.mieuxvivre-votreargent....

Peut-on avoir une idée de la ponction de 0,5 % sur l’ensemble des assurances-vie à fond euros ?

Oui. Le montant total des dépôts d’assurance-vie en fond euros s’élève à 1300 milliards d’euros en 2017.

Source : le blog du patrimoine https://www.leblogpatrimoine.com/as...

La ponction réalisée est donc de 6,5 milliards d’euros.

Ainsi, la perte de pouvoir d’achat pour le livret A et l’assurance-vie s’élève à environ 10 milliards d’euros.

Évidemment, ces chiffres sont approximatifs et pourraient être calculés d’une manière plus exacte, mais ils donnent un ordre de grandeur de la perte de pouvoir d’achat sur les deux principaux placements des ménages en France.

Qui a parlé de ce scandale sur l’ensemble des médias ?

Ainsi, un épargnant qui ne veut pas spéculer avec son patrimoine financier est pénalisé et est incité à faire des placements risqués alimentant la bulle financière pouvant conduire à un effondrement systémique.

Cette spoliation massive des épargnants par le capitalisme financier est rarement abordée et analysée.

Cette spoliation frappe toutes les couches sociales salariées et travailleurs indépendants quel que soit leur niveau de revenu.

Il est bien évident que le programme L’Avenir en commun devrait mettre fin à un tel pillage des classes populaires et des classes moyennes par le capitalisme financiarisé.

3– Trois articles sur le livret A

Premier article : Taux du Livret A et Inflation Livret A : le taux aurait dû passer à 1,50% au 1er août 2018

Par Benoît LETY| mis à jour le jeudi 2 août 2018

https://www.cbanque.com/actu/69142/...

Avec le retour de l’inflation, le taux du Livret A aurait dû remonter à 1,50% si l’ancienne formule de calcul avait été appliquée. Mais sa rémunération est figée à 0,75% jusqu’en janvier 2020 !

Habituellement, le taux du Livret A est un « marronnier » de l’actualité estivale. Car les 1er août et 1er février sont les deux échéances majeures à laquelle le taux du produit d’épargne le plus répandu en France peut évoluer. Ces dernières années, le schéma était le suivant : plusieurs médias guettaient l’évolution de l’inflation, principal élément de détermination du taux, puis la Banque de France livrait sa recommandation, que le gouvernement choisissait de suivre, ou non.

Mais, ces derniers temps, le gouvernement a systématiquement dérogé à la règle de calcul, soit pour ralentir une baisse de rémunération politiquement sensible, soit pour éviter un rebond trop soudain. Cet été, le débat n’a pas lieu d’être : le sort de la rémunération du Livret A est connu depuis décembre dernier et la publication d’un arrêté fixant les taux des livrets d’épargne réglementée jusqu’au 31 janvier 2020 ! Figé, le taux du Livret A ne pollue donc plus le débat politique estival.

Les taux des livrets d’épargne réglementée jusqu’en janvier 2020

•Livret A et Livret Bleu du Crédit Mutuel : 0,75%

•LDDS (Livret de développement durable et solidaire) : 0,75%

•LEP (Livret d’épargne populaire) : 1,25%

•CEL (Compte d’épargne logement) : 0,50%

1,50% avec l’ancien mode de calcul, 0,50% avec la future formule

Cette stabilisation forcée du rendement du Livret A est-elle défavorable aux épargnants ? Tout dépend si l’on compare les 0,75% actuels avec l’ancienne ou avec la future formule de calcul du taux du Livret A.

Si la précédente règle de calcul était encore à l’ordre du jour, le taux du Livret A aurait pu grimper à 1,50% ce 1er août ! Avec cette formule, lorsque l’inflation est significativement supérieure au taux interbancaire Eonia (-0,363%), c’est la moyenne semestrielle de l’inflation (1) qui sert de base au calcul : soit 1,40% sur le premier semestre 2018. C Europe e taux est, dans la situation actuelle, arrondi au quart de point le plus proche, soit 1,50%. Voilà pour le « rendement théorique » ancienne version, où l’inflation constatée constitue une rémunération « plancher ».

Dans la « version 2020 » du Livret A, le « plancher inflation » a été supprimé et remplacé par un « plancher fixe », de 0,50%. Avec ce mode de calcul, publié en juin au Journal officiel, la base de calcul sera la moyenne entre l’inflation semestrielle et l’Eonia, arrondie au dixième de point : soit 0,50% à ce jour. Résultat : avec la règle « version 2020 », le taux du Livret A aurait été abaissé à 0,50% au 1er août. En attendant l’entrée en vigueur de cette nouvelle formule, la rémunération du Livret A est inférieure à l’inflation depuis 1 an, la hausse de prix ayant même dépassé les 2% en juillet !

Deuxième article : Chute spectaculaire du nombre de livrets A fin 2016

Source : La Tribune https://www.latribune.fr/entreprise...

Il y avait 55,8 millions de détenteurs de Livret A fin 2016, soit 5 millions de moins que l’année précédente, selon l’’Observatoire de l’épargne réglementée.

Sous l’effet de la loi Eckert sur les comptes inactifs, le nombre de livrets A a diminué de plus de 5 millions, selon les chiffres de l’’Observatoire de l’épargne réglementée.

C’est un recul spectaculaire : le nombre de Livrets A détenus par des particuliers a chuté de 5,3 millions l’an passé en France. A fin 2016, il y avait 55,8 millions de ces livrets détenus par des personnes physiques, selon le rapport annuel de l’Observatoire de l’épargne réglementée, publié mercredi par la Banque de France. La cause n’est pas la faible rémunération (0,75%) du livret d’épargne le plus populaire, même si le nombre d’ouvertures est en légère baisse (2,4 millions de nouveaux livrets) : c’est dû à une accélération des clôtures liée à l’entrée en vigueur au 1er janvier 2016 de la loi Eckert, qui a renforcé les obligations des banques à l’égard des comptes inactifs.

"La première année d’application de la loi dite "Eckert" [...] explique en effet près de 90 % de la diminution de comptes constatée sur l’année" affirme l’observatoire.

Livret A solde net baisse 2014 à 2016

Baisse de la part de la Poste et des Caisses d’épargne

Sur quatre ans, la baisse du nombre de Livrets A détenus par des particuliers est de 15,2%. Le taux de détention moyen a reculé en un an de 91,7% à 83,4%.

Outre les clôtures de livrets inactifs, cette baisse s’explique par "la mise en place de la procédure de lutte contre la multidétention depuis le 1er janvier 2013" souligne l’observatoire. Toute personne majeure ou mineure peut posséder un Livret A mais il est en effet interdit de posséder plus d’un livret par personne.

La baisse vient des réseaux "historiques", à savoir la Poste et les Caisses d’épargne, qui avaient le monopole jusqu’au 1er janvier 2009 (et le Crédit mutuel pour le livret "bleu"), "sous l’effet des livrets inactifs" (solde net négatif de 5,6 millions de comptes) fait valoir le rapport annuel de l’observatoire.

Même tendance en termes de collecte, laquelle est en légère baisse chez les réseaux historiques, mais positive chez les "nouveaux réseaux" (+4,4 milliards d’euros). La part de marché de la Poste et des Caisses d’épargne dans les encours diminue progressivement, à 64,6% fin 2016 contre 67,8% il y a trois ans, au profit des autres banques.

L’encours total des Livrets A détenus par les particuliers est en léger repli, à 244,1 milliards d’euros (- 400 millions), sur un total de 259,4 milliards (y compris les personnes morales, telles que les associations, les syndicats de copropriétaires et les organismes de HLM), en légère augmentation (+3,6 milliards).

Le niveau moyen de l’encours d’un Livret A détenu par un particulier a augmenté à 4.375 euros contre 4.003 euros en 2015. Moins de 10% des livrets ont un solde proche du plafond légal de 22.950 euros mais ils pèsent 45% des encours, tandis que les petits comptes (moins de 150 euros) représentent 41% des livrets (et 0,3% des encours).

Si les Français sont très attachés à ce compte d’épargne, le Livret A ne représente que 5,2% de l’ensemble du patrimoine financier des ménages résidents, estimé à 4.764 milliards d’euros, dominé par l’assurance-vie et les placements en actions.

Commentaire : on peut comparer l’épargne en livret A par rapport à 2014 en se reportant à l’article de Wikipédia :

À fin avril 2014, l’épargne déposée sur le livret A et le livret de développement durable et solidaire (LDDS) atteignait 371,1 milliards d’euros (268,7 milliards d’euros pour le livret A)2.

Troisième article : Livret A : l’encours moyen augmente fortement avec l’âge

Source :https://argent.boursier.com/epargne...

La détention de Livrets A et la répartition des encours ont-elles un rapport avec l’âge des épargnants ? Le dernier rapport de l’Observatoire de l’épargne réglementée apporte un éclairage intéressant à ce sujet

Des livrets uniformément répartis

Premier constat, la répartition du nombre de Livrets A est conforme à celle de la population. Les moins de 25 ans (30% de la population) détiennent 28% des 55 millions de livrets aux mains des particuliers. Les 25-45 ans regroupent 26% des livrets, tout comme les 45-65 ans. Enfin, les plus de 65 ans possèdent 20% des livrets (un pourcentage identique à leur poids dans la population).

Le grand écart des encours

En matière d’encours, les choses sont en revanche différentes. Bien qu’ayant 30% des livrets, les moins de 25 ans ne possèdent que 11% des encours (soit 27,69 milliards d’euros sur un total de 251,7 milliards).

Ainsi, selon nos calculs, l’encours détenu par un jeune sur un Livret A est en moyenne de 1.798 euros, soit bien moins que la moyenne globale des livrets (de 4.576 euros).

Le livret moyen des 25-45 pèse quant à lui 3.696 euros, tandis que celui d’un 45-65 ans recueille en moyenne 5.808 euros.

La palme revient cependant aux plus âgés. Avec seulement 20% du nombre de livrets, les plus de 65 ans contrôlent 35% des encours. Conséquence, l’encours moyen grimpe ici à 8.009 euros.

Des différences aussi sur les LDDS

Cette progression de l’encours moyen avec l’âge se retrouve aussi dans les statistiques des LDDS, mais avec des écarts moins marqués.

Alors que l’encours moyen des LDDS est de 4.347 euros, celui des 25-45 ans dépasse de peu les 3.300 euros et celui des 45-65 ans approche des 4.240 euros. Le LDDS d’un senior affiche quant à lui un encours moyen de 5.242 euros.

Il est enfin à noter que les données des moins de 25 ans ne sont ici pas significatives, cette catégorie possédant moins de 1% des LDDS et des encours associés.

Fin du troisième article.

Annexe

Rapport 2017 de l’observatoire de l’épargne réglementée. (Banque de France) https://publications.banque-france....

Hervé Debonrivage


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