Médias : entre journalistes vedettes, éditocrates et pigistes ou simples permanents, un abîme salarial.

mercredi 24 avril 2019.
 

Comme nous l’avons déjà expliqué, l’appareil médiatique est une entité complexe dans laquelle tous les journalistes ne sont pas logés à la même enseigne et n’ont pas la même fonction.

En particulier, tous ne sont pas des Agents de l’Action Idéologique au salaire mirobolant. Nombreux journalistes sont des précaires au salaire modeste.

Article 1

Les conditions de travail des journalistes se dégradent

Source : Acrimed. Actualité des médias. https://www.acrimed.org/Actualite-d...

Pigistes et permanents subissent une dégradation générale de leurs conditions de travail

Une étude auprès de 3 700 d’entre eux, menée par la Société civile des auteurs multimédias (SCAM), décrit en effet une situation très sombre. D’abord, la précarité augmente très fortement : « La part des journalistes en salariat permanent chute de six points par rapport à 2013, à 52 %, quand la part des pigistes bondit de quatorze points, à 42 % » relate le journal La Croix. Et pour les pigistes, la situation est de plus en plus mauvaise en raison du recours, par les rédactions, à des contrats léonins : « Le recours à l’intermittence, à l’auto-entrepreneuriat et au paiement en droits d’auteur (moins intéressants que des salaires, pour ceux qui les perçoivent, notamment en termes de protection sociale) se développe. » Les journalistes en contrats stables ne sont pas mieux lotis : l’étude déplore « les conditions de travail extrêmement dures : horaires à rallonge, stress, manque de possibilités d’aller sur le terrain ou de vérifier ses infos. »

- Enquête préliminaire sur un forum de Libération au Gabon – La rédaction de Libération a été trompée par la direction de son propre journal. C’est ce qu’a révélé le journal La lettre A à propos de l’ouverture d’une enquête préliminaire du Parquet national financier à la suite d’un signalement de Tracfin sur des flux financiers entre le Gabon et la France. Le journal Libération a été associé à ces transferts d’argent. En cause : un forum à Libreville en 2015, co-organisé par le journal et le pouvoir gabonais. Selon Mediapart, ce « projet de forum (...) [visait] à associer Libération à un plan de communication d’Ali Bongo, pour redorer son blason. » Un projet qui avait suscité des remous dans la rédaction, comme l’explique Arrêt sur images : « La rédaction, à l’époque, avait manifesté sa vive méfiance par rapport à ce "forum", exigeant notamment qu’il constitue pour le journal une opération financièrement "blanche". » Or, aujourd’hui, elle « découvre que trois millions d’euros sont allés directement du pouvoir gabonais dans les caisses de la holding propriétaire d’alors du journal, la société PMP (dont Patrick Drahi était déjà l’un des principaux actionnaires). » Le 27 mars, la Société des journalistes et du personnel de Libération (SJPL) a publié un communiqué exprimant sa « stupéfaction » en raison de la découverte selon laquelle « le montage financier a été totalement dissimulé à la rédaction. » Le 1er avril, la SJPL a publié un nouveau communiqué. Elle y déclare que ce « montage financier est totalement contraire aux valeurs portées par le journal et aux engagements pris à l’époque par les principaux dirigeants de l’entreprise devant les représentants de la rédaction et le Comité d’indépendance éditoriale. » La SPJL exige par ailleurs que « les salarié·es soient, d’ici au 30 juin, représenté·es par un administrateur ou une administratrice salarié·e disposant d’un droit de vote dans les instances du groupe qui décide de la gestion et de l’avenir du journal. »

Article 2

Europe 1, la crise, la précarité... et des salaires en or

Source : Mediapart https://www.mediapart.fr/journal/fr...

11 avril 2019| Par Lou Syrah

Cette semaine, la rédaction numérique d’Europe 1 a observé une journée de grève, et attend ce vendredi 12 avril les réponses de la direction sur une contraction des effectifs et la précarité des pigistes. Cela fait plusieurs années qu’il est demandé aux salariés de se serrer la ceinture. Mais parallèlement, selon nos informations, les stars comme Nicolas Canteloup, aux salaires vertigineux, ont été régulièrement augmentées.

Europe 1 est une radio qui pratique le très grand écart. Mardi 9 avril, la rédaction numérique d’Europe 1 a observé une journée de grève, inquiète des projets de restructuration et scandalisée par la précarité des pigistes employés depuis plusieurs années. La direction doit leur apporter des réponses ce vendredi 12 avril. Mais les données obtenues par Mediapart risquent de renforcer la colère des salariés. Car selon nos informations, les mesures d’économie prises depuis plusieurs années n’ont aucunement concerné certaines « stars » de la station, dont les juteuses rémunérations ont augmenté dans la plus grande opacité.

Dès le début de l’année 2016, l’inquiétude gagne pourtant les rangs. Le chiffre d’affaires dépend à plus de 90 % de la publicité, et souffre des chutes d’audience. À l’époque, le PDG Denis Olivennes et le directeur général Fabien Namias annoncent aux salariés qu’ils entendent réduire les coûts : « C’est une évidence économique qu’il faut jouer sur les coûts de structure, de production et sur la masse salariale qui a beaucoup augmenté depuis quelques années. »

Les salariés s’imaginent que tout le monde va se serrer la ceinture. Ils se trompent. Les têtes d’affiche sont épargnées par les mesures d’économie, à commencer par l’extrêmement populaire Nicolas Canteloup, qui sévit depuis 2005 sur la station Lagardère avec ses sketchs satiriques.

Le 11 juillet 2016, Europe 1 délivre à Nicolas Canteloup un contrat d’un « montant mensuel forfaitaire et définitif de 150 755 euros HT » pour la saison à venir. Interrogé par Mediapart, l’agent de Canteloup, Jean-Marc Dumontet, explique qu’avec cette enveloppe de plus de 150 000 euros par mois, Canteloup rémunère deux ou trois coauteurs des sketchs. Mais il n’apporte aucun élément, nom ou montant qui permettrait de vérifier ou de préciser ses dires.

Quoi qu’il en soit, le montant reste colossal. Sans commune mesure avec les salaires habituels. Le contrat de l’autre humoriste de la station, Anne Roumanoff, se situait par exemple un peu en dessous de 30 000 euros mensuels pour la même période.

« Nicolas est une mégastar, plaide Dumontet. On ne traite pas Nicolas comme les autres, et je le dis sans arrogance, c’est normal. Il fait 5 à 6 millions tous les soirs sur TF1, le matin c’est une valeur sûre d’Europe, surtout à un moment où la station est en perte de vitesse. »

Presque autant que les montants, c’est leur courbe d’évolution qui étonne : en cinq ans, ses contrats n’ont cessé de gonfler. Pour la saison 2012-2013, le contrat de Canteloup n’affichait « que » 115 500 euros par mois. Il est monté à plus de 135 000 euros mensuels pour la saison 2015-2016. Avant donc, d’augmenter encore la saison suivante. « On était en position de force, on aurait pu exiger encore plus, mais on n’a jamais mené ce combat-là. On a décidé de persévérer sur Europe 1 », croit bon de préciser Dumontet, qui se gargarise : « J’ai encore un SMS d’Arnaud Lagardère qui m’en remercie. »

Cet homme d’affaires de 53 ans, qui a par ailleurs été chargé par Emmanuel Macron de trouver un successeur à Sylvain Fort au poste de directeur de la communication à l’Élysée, ne s’est pas seulement montré habile pour gonfler la rémunération de son poulain. Tout en laissant planer le doute sur un départ possible de Canteloup d’Europe, il a négocié pour lui-même auprès de la station une « facture mensuelle de commission d’agent d’un montant forfaitaire mensuel de 18 150 euros pendant dix mois ».

Il est vrai qu’Arnaud Lagardère peut se montrer généreux et que sa radio n’a jamais prétendu mettre au régime sec ses intervenants les plus prestigieux. Dans les fiches de salaire que nous avons pu consulter, on trouve d’anciennes gloires du petit écran payées 3 000 euros la chronique, des matinaliers flirtant avec les 30 000 euros de salaire.

Cyril Hanouna aussi a eu la promesse de voir son très confortable salaire augmenter régulièrement. S’il n’avait pas quitté la station après des scores d’audience décevants, sa société H20 aurait dû recevoir 750 000 euros pour la saison 2016-2017, 800 000 euros l’année suivante.

Mais la maison ne fait pas dans la transparence. Il aura fallu un procès aux prud’hommes pour que les journalistes de la matinale prennent connaissance des émoluments de leur collègue l’éditorialiste Natacha Polony, payée 27 400 euros par mois, selon L’Express 3.

À Europe 1, le silence est d’or, et ne couvre pas uniquement les plus grosses rémunérations. Alertés par un premier audit relevant des « anomalies » sur plusieurs fiches de paie de salariés, les syndicats ont déclenché en novembre 2018 une expertise sur la situation sociale et financière de l’entreprise.

Remis le 30 mars et consulté par Mediapart, le document est sans appel. Malgré « une situation comptable présentée comme très détériorée », « les plus hauts salaires d’Europe 1 ont bénéficié des augmentations les plus élevées », « + 11 % pour les salaires au-dessus de 7 500 euros mensuels pour 2016-2017 », « + 6,2 % en 2017-2018 ».

Dans la catégorie des mieux lotis, la caste des animateurs affiche une rémunération moyenne mensuelle de 15 513 euros en 2015.

Détaillé sur 168 pages, le rapport, ciselé, reste néanmoins lacunaire. La direction s’est refusée à transmettre aux comptables du cabinet missionné plusieurs informations sensibles, comme les montants des indemnités de départ. Pour le reste, elle a pris soin de faire traîner les échanges, remettant ses éléments financiers au compte-gouttes. Peut-être pour empêcher qu’ils ne s’éventent auprès des salariés avant les élections professionnelles, qui s’achevaient le 28 mars.

Europe 1 a d’ailleurs refusé de répondre à l’ensemble de nos sollicitations. Ce qui est plutôt cocasse pour un média d’information. L’état-major d’Europe 1 est cependant parfois tenu de s’expliquer devant les tribunaux, où le dialogue social se déplace dangereusement. « Cacher des données économiques aux représentants du personnel ou toute autre information sur la situation sociale de l’entreprise constitue un délit, le “délit d’entrave”, passible d’un an d’emprisonnement, précise l’avocat du CE d’Europe 1, maître Christophe Béheulière. Le comité d’entreprise pourrait très bien décider de porter plainte. »

Pour l’heure, ce n’est pas une plainte du CE mais du CHSCT qui vise Europe 1. Excédé par les nombreux silences de la direction et son recours déposé à l’encontre d’une expertise sur les risques psychosociaux déclenchée à l’automne, le CHSCT a décidé de saisir le procureur de la République de Paris le 20 mars.

La branche média de Lagardère aimerait bien cacher les conséquences de sa politique managériale, dont la stratégie déroute les plus avertis. Près de trois directions en trois ans, des cadres et des animateurs éjectés de l’entreprise presque du jour au lendemain, des procédures aux prud’hommes en cascade. « C’est hallucinant. Ça donne surtout le sentiment que le pilote suprême d’Europe 1, Arnaud Lagardère, fait n’importe quoi », s’alarme un bon connaisseur de l’entreprise.

Le jeu de chaises musicales coûte en effet très cher au média. Selon les éléments comptables confidentiels consultés par Mediapart, Europe 1 a provisionné en 2017 plus de 2,4 millions d’euros d’indemnités transactionnelles et de licenciements. « Europe 1, c’est une Ferrari avec une jolie carrosserie, à l’extérieur ça brille, mais à l’intérieur, il n’y a rien et on ne sait pas comment ça avance », s’émeut une journaliste qui préfère rester anonyme.

Comme elle, beaucoup de soutiers de l’info s’inquiètent d’être devenus la variable d’ajustement d’un média qui vit au-dessus de ses moyens. Bien loin des rémunérations à cinq chiffres, les travailleurs précaires de la station qui émargent à 1 800 euros par mois témoignent d’un quotidien morose.

De leur côté, les négociations y sont plus triviales, pouvant tourner autour du remboursement d’une boisson lors d’un reportage ou de la récupération d’une prime supprimée pendant un congé maternité. Tous les salariés contactés évoquent des méthodes de management abruptes. « On voit régulièrement des gens sortir du bureau des ressources humaines en pleurs. C’est la guerre à tous les étages », témoigne l’un d’entre eux.

À la rédaction, beaucoup de journalistes gardent en mémoire l’histoire de ce pigiste collaborant pour l’entreprise depuis 2011, qui peinait à se loger avec les quelque 2 000 euros brut gagnés par mois. À l’automne 2017, pour appuyer sa demande de logement, le jeune homme avait vainement demandé une attestation à sa hiérarchie, expliquant qu’il travaillait à temps plein malgré son statut. Au pied du mur, il avait fini par bidouiller sa fiche de paie. La direction l’a découvert, et ne l’a jamais plus fait travailler.

En trois ans, les syndicats ont cependant réussi après un bras de fer musclé avec la direction à passer en CDI une quarantaine de personnes. Aujourd’hui, désorientés par une stratégie illisible et une communication aphone, les salariés espèrent surtout éviter un plan de restructuration.

Dernière illustration en date de ce malaise : fin mars, c’était au tour des journalistes du site internet de saisir la direction d’Europe 1. Dans une lettre adressée au directeur des r, essources humaines de la radio Bertrand Trouillet, au directeur délégué à l’information Donat Vidal Revel, et au patron de la station Laurent Guimier, les employés dénoncent un état de « stress et de fatigue physique comme psychologique ». Ils exigent la régularisation de tous les journalistes précaires, qui constituent près de 50 % de la rédaction web. La direction leur a pour l’instant seulement promis ce vendredi « un point d’information ».

Tous les montants indiqués dans l’article sont « hors taxe ».

Fin de l’article.

HD


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