Quelle place pour le mouvement « Place publique »

mardi 18 décembre 2018.
 

Quelle place pour le mouvement « Place publique » ?

Juste après les perquisitions de France Insoumise, une apparition de Place publique : Une coïncidence ?

Nous donnons quelques éléments de réflexion à propos du nouveau mouvement politique Place Publique dont la place à gauche est problématique.

Place publique : une date de naissance qui pose question.

Voici la présentation de ce mouvement par Wikipédia :

Le 29 octobre 2018, l’essayiste Raphaël Glucksmann, l’économiste Thomas Porcher et l’activiste Claire Nouvian annoncent la création de Place publique, « mouvement politique 100 % société civile » en vue de rassembler la gauche pro-européenne sympathisante du Parti communiste français à Europe Écologie Les Verts en passant par le Parti socialiste et Génération.s. Leur démarche se veut alternative à la ligne défendue par La France insoumise

Le 6 novembre 2018, Raphaël Glucksmann et plusieurs personnalités publient un manifeste qui a vocation à se structurer sur tout le territoire français et au-delà, à travers l’Europe, à multiplier les réunions publiques, à contrer les lobbies et à bouleverser le champ politique ».

Place publique ne revendique pas un positionnement à gauche. Cependant, ses membres fondateurs sont habituellement situés à gauche et le mouvement est lui-même positionné à gauche dès sa fondation par les médias3. Le mouvement s’inscrit dans la perspective des élections européennes de 2019, le mouvement veut « agir pour construire une Europe démocratique, solidaire et écologique ».

Source : Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Place...)

Il est bien évident que la création d’un tel mouvement ne date pas du 29 octobre mais a été décidée probablement quelque semaines auparavant.

Cette annonce officielle survient quelques jours après le coup de force juridico médiatique contre La France Insoumise et un bashing sans précédent contre Mélenchon.

En même temps était déjà en germe depuis le mois de septembre, le départ d’une bonne partie de la gauche du PS pour former un nouveau parti qui serait allié de La France Insoumise.

Il semble donc évident que cette concomitance d’événements ne soit pas le fruit du hasard.

Et une bonne question se pose : pourquoi donc les fondateurs de Place publique ont-ils choisi ce moment pour créer leur mouvement ? Malheureusement le « Droit de savoir » de Médiapart ne va pas jusque-là.

Mediapart dans son live du 14 novembre 2018, a donné la parole aux trois fondateurs de Place publique pour présenter leur mouvement. https://www.youtube.com/watch?v=fWL...

L’attitude de Claire Nouvian est très confuse.

D’un côté elle affirme avoir fait un travail très intéressant avec des adhérents de France Insoumise (rappelons que l’économie de la mer a fait l’objet d’un livret spécial et a occupé une large place dans la campagne de Mélenchon) : on se demande alors pourquoi elle n’a pas rejoint le mouvement car son objection sur les structures traditionnelles des partis politiques n’est pas applicable à France Insoumise.

Elle dit ne pas vouloir rejoindre GénérationS car elle reproche à Benoît Hamon de ne pas se préoccuper du poids des lobbys. Or un article du journal Le Monde du 23 novembre 2016 indiquait dans son titre : « Benoît Hamon veut lutter contre le poids des lobbies qui freinent la transition écologique ».

C’était dans son programme de la primaire de la gauche.

Source URL : https://www.lemonde.fr/planete/arti...

Pour quelle raison créer un parti de plus alors que Raphaël Glucksmann et d’autres membres initiateurs de ce mouvement étaient sur les mêmes positions que celles- de Benoît Hamon ?

Pas de réponse précise à cette question sinon d’une manière générale sinon que ces initiateurs « porteurs de causes » ne veulent pas d’une organisation qui soit une « écurie électorale ».

L’argument ne manque pas de saveur car il est clair que ce nouveau mouvement a l’intention de présenter une liste électorale pour les élections européennes !

En outre, ce qui fait justement l’originalité de LFI , c’est que son activité ne se limite pas à la préparation des élections mais se poursuit entre celles-ci sous diverses formes : éducation populaire, action locale diverse, participation aux actions nationales, mises sur la place publique des interventions parlementaires, etc.

Cet argument ne tient donc pas la route concernant France Insoumise. Un autre argument qui semble affleurer est celui de ne pas être à la remorque d’un seul homme.

On aura compris qu’il s’agit de Mélenchon. On retrouve ici la fameuse image du berger et de son troupeau des insoumis , soumis à leur guide charismatique, que l’on trouve sous la plume de nombreux journalistes de Mediapart.

Lorsqu’il est question des divergences de vues, les idées sont loin d’être claires. On se contente de dire qu’avec les différentes organisations de gauche, il y a 80 % d’accord et c’est ça qui est important.

On constate ici une contradiction : alors si les convergences sont aussi importantes et les divergences secondaires, pourquoi créer une nouvelle organisation ?

La réponse n’est pas dans le live de Mediapart mais dans l’article de Wikipédia vu ci-dessus.

Il s’agit en réalité de créer une ligne de front alternative à celle de LFI jugée probablement « trop radicale ».

Le passage le plus comique du live est le suivant.

La question fort judicieuse posée par les journalistes concerne l’itinéraire politique passé de Glucksmann jugé fort atlantiste.

Malheureusement, la question n’est curieusement pas allée jusqu’au bout : Place publique est-il un mouvement politique qui considère que la France doit rester dans le cadre militaire de l’OTAN ?

Alors le boulevard est libre…

Notre essayiste sorti de Sciences-po fait alors preuve d’un incontestable talent d’acrobaties verbales à la virtuosité clownesque. Son autocritique de son « logiciel » libéral excelle dans la vénération du girouettisme.

Alors comment expliquer la création de ce nouveau roman ?

Tout d’abord, la popularité de Benoît Hamon stagne et reste basse malgré une aide médiatique conséquente.

L’une des explications est qu’il était le représentant du PS à la dernière présidentielle.

Le PS reste trop discrédité.

LFI défend des positions trop radicales par rapport à l’oligarchie dominante.

L’objectif est donc de capter une part de l’électorat socialiste ayant voté pour Macron mais aussi de siphonner des voix à LFI.

L’objectif peut alors être de créer un front réunissant des électeurs communistes, de GénérationS, écologistes avec un pompage des voix des électeurs de LFI ayant été atteints par la campagne médiatique anti Mélenchon d’octobre 2018.

Cette dynamique doit se développer avant la création du nouveau parti socialiste en janvier 2019 par Maurel et ses amis pour que le transfert des voix ne se fasse pas vers cette nouvelle organisation qui devrait être alliée à LFI.

Comme nous l’avons vu dans un article précédent, de ce fait, la création de Place publique s’intègre dans une stratégie de neutralisation de La France Insoumise... par quelles forces ?

Pourquoi ce parti ne serait-il pas né il y a six mois ou dans six mois ? Une simple coïncidence paraît invraisemblable.

Il est curieux que les médias ne se posent pas ce genre de questions qui n’est d’ailleurs pas spécifique à cette situation.

Décidément, « le droit de savoir » de Mediapart a vite atteint ses limites.

Par exemple, alors que la question des assistants parlementaires de François Fillon se posant depuis des années était probablement connue dans certains cercles, comment expliquer que cette affaire soit sortie au moment précis de sa présentation comme candidat aux élections présidentielles ?

Après la prétention de Benoît Hamon de fédérer la gauche, voici maintenant celle de Glucksmann qui veut fédérer la gauche « non mélenchoniste ». On retrouve finalement la vieille démarche du PCF et du PS sur l’union des partis de gauche.

Les électeurs qui prennent la peine de lire l’Avenir en commun peuvent constater que ce programme, tout en ayant un caractère radical par sa remise en cause de la toute-puissance de l’oligarchie financière , n’est pas pour autant un programme étatiste ou collectiviste.

Rappelons par ailleurs qu’il a été considéré par Amnisty international comme le programme étant le plus avancé pour la défense de la démocratie et des droits de l’homme et le plus cohérent sur le plan écologique par Greenpeace.

Sur le plan économique, le programme a été soutenu par 160 économistes répartis dans plus de 17 pays.

Quant à la position sur l’Europe, les divergences sont factices puisque tout le monde s’accorde pour dire que les traités actuels sont très insatisfaisants et qu’en réalité, si la France devait sortir des traités, cette décision ne serait pas prise par le berger Mélenchon entouré d’une partie de son troupeau mais soumise à référendum, ce qui constitue évidemment la démarche la plus démocratique.

Ce « petit détail » n’est jamais mentionné par les rivaux de LFI. En fait, la vraie divergence consiste en l’appartenance ou non de la France à l’organisation militaire de l’OTAN dominée par les USA. Rappelons alors que Benoît Hamon et Raphaël Glucksmann sont tous les deux atlantistes.

On voit donc mal comment un électeur réellement de gauche et bien informé pourrait donner la préférence à des organisations microscopiques qui n’apportent rien de plus dans les idées que celles contenues dans le programme de France Insoumise qui réunit près de 20 % des voix et fort de 5000 groupes d’action avec en outre cet avantage considérable : un pacifisme affirmé qui n’a pas l’intention de se laisser entraîner dans des conflits décidés par l’OTAN c’est-à-dire les USA.

On peut donc se poser la question : quelle place peuvent occuper Place publique et GénérationS dans un espace politique réellement de gauche ? Ce n’est que par l’aide de médias pratiquant le Mélenchon bashing permanent que ces mouvements pourront trouver une place électorale qui devrait rester sans doute réduite mais qui pourrait siphonner un nombre de voix suffisant pour provoquer un échec de LFI par un défaut de 2 % 3 % des voix.

Objectivement, ces mouvements sont donc des facteurs de division instrumentalisée ou voulue par la grande bourgeoisie qui est en outre atlantiste.

Annexe

Article du Monde du 16/11/2018 qui rend compte de la première réunion publique de Place à Montreuil le 15/11/2018

La « gauche non mélenchoniste » se réunit autour de Raphaël Glucksmann

URL de l’article : https://www.lemonde.fr/politique/ar...


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