Le pouvoir de l’État, de Gilgamesh à Macron.

mardi 14 mai 2019.
 

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Le pouvoir de l’État de Gilgamesh à Macron.

Au-delà de la diversité des États de l’Antiquité à nos jours (Gilgamesh était roi dans la cité État d’Uruk à Sumer, au sud de la Mésopotamie vers -2650 av JC), on rappelle ici la nature profonde du pouvoir d’un État à partir des rapports de classe existant dans une société donnée. On se réfère ici à l’approche économique, sociologique et historique de Robert Fossaert.

I–Extrait du tome 5 de l’ouvrage « La société » de Robert Fossaert : l’État.

Pour Robert Fossaert l’État apparaît d’emblée comme une émanation de la lutte de classes.

« … À mesure que s’approfondit la division de la société en classes opposées, voire antagonistes, le risque s’accroît de voir ces classes s’affronter en des luttes « stériles ». Sont « stériles », les luttes qui ne peuvent déboucher sur une transformation de la structure sociale, mais qui menacent de détruire la structure existante. Le pouvoir d’État est ce qui répond à cette menace, ce qui maintient les luttes de classes dans des limites compatibles avec l’ordre établi. Les formes que le pouvoir d’État peut prendre, à cette fin, sont des plus variables, mais toutes sont de même substance : le système des classes sociales dont la société se compose est soumis à la domination d’une (ou plusieurs) de ces classes. Plus cursivement, l’hypothèse de Marx s’énonce ainsi : le pouvoir d’État est une domination de classe. On ne s’écarte pas de cette hypothèse en concevant le pouvoir d’État comme l’effet d’une double transformation simultanée. Première transformation : la société classe les hommes (t. 4, n° 5) et polarise leurs capacités individuelles en un potentiel de luttes de classes (t. 4, n° 3). Seconde transformation : la domination d’une (ou plusieurs) classes convertit ce potentiel de luttes de classes en un pouvoir d’État. Dans cet éclairage, le pouvoir d’État apparaît comme une puissance négative et positive, comme un pouvoir d’inhiber ou de réprimer les luttes qui menaceraient l’ordre social établi, mais aussi comme un pouvoir de canaliser l’énergie déplorable dans ces luttes, vers des fins compatibles avec l’ordre établi. L’appareil d’État qui soutient ce pouvoir apparaît, dès lors, dans sa riche ambivalence : il enserre la société, mais concourt à son organisation. Il faut se garder d’appauvrir l’hypothèse de Marx en la réduisant unilatéralement à son aspect négatif, car on s’interdirait, par là même, toute intelligence du rôle novateur et civilisateur souvent joué par l’État, y compris comme gestionnaire des « intérêts communs » (n° 5) de la société. Par exemple, on s’écarterait de l’hypothèse de Marx, si l’on se ralliait à la formule de Poulantzas, pour qui le pouvoir est « la capacité d’une classe sociale de réaliser ses intérêts objectifs spécifiques » (121, 110) : lier le pouvoir à une classe dominante et à une seule, c’est ignorer la complexité des systèmes de classes observables dans la plupart des sociétés (travers que Poulantzas sait éviter : p. ex. id., 161) ; lier la détention du pouvoir à la réalisation effective des intérêts de la classe dominante, c’est faire peu de cas des réactions des classes dominées et c’est occulter la transmutation qu’opère le pouvoir d’État, transformateur de luttes de classes en gestion sociale. […]

L’État ; première visée : le pouvoir d’État. La capacité de disposer de l’appareil d’État permet de repérer ce pouvoir, mais ne suffit pas à le caractériser. D’où vient ce pouvoir ? Marx esquisse une réponse : le pouvoir d’État exprime une domination de classe(s), il est la résultante du système de classes opposées dont la société est faite, il manifeste la domination par laquelle ces oppositions de classes sont maintenues dans des limites compatibles avec l’ordre social établi. Mais que faut-il entendre, au juste, par une telle domination ?

Vers la fin du Capital, dans un passage consacré à la rente en travail, Marx étudie le fonctionnement de l’exploitation économique, avant que la généralisation du marché ne lui donne l’apparent automatisme d’une loi naturelle (t. 2, n° 81). Il observe que « dans toutes les formes où le producteur direct reste le « possesseur » des moyens de production et des moyens de travail nécessaires pour produire ses propres moyens de subsistance [...] il faut des raisons extra-économiques, de quelque nature qu’elles soient [...] pour obliger [ces] producteurs à effectuer du travail pour le compte du propriétaire foncier en titre » (103-VIII, 171). Ainsi, par exemple, dans le MP servagiste, il faut nécessairement doubler ou conforter la propriété du sol par « des rapports personnels de dépendance, une privation de liberté personnelle, quel que soit le degré de cette dépendance » (id., 172). Bref, la corvée implique une contrainte. Autre exemple : le MP tributaire où « la rente coïncide avec l’impôt » et où « le rapport de dépendance économique et politique n’a pas besoin de revêtir un caractère plus dur que la sujétion à l’État qui est le lot de tous » (ibid.). Un lien direct apparaît ainsi entre la propriété des moyens de production et le pouvoir étatique qui vient la redoubler, entre l’exploitation économique et la domination politique qui vient la conforter. Marx n’hésite d’ailleurs pas à généraliser cette liaison : « c’est toujours dans le rapport immédiat entre le propriétaire des moyens de production et le producteur direct [...] qu’il faut chercher le secret le plus profond, le fondement caché de tout l’édifice social et par conséquent de la forme politique que prend le rapport de souveraineté et de dépendance, bref, la base de la forme spécifique que revêt l’État à une période donnée » (ibid. Vue de l’étranger, la domination apparaît comme la souveraineté qu’exerce un État, dans son aire propre, vis-à-vis des autres États. Vue d’en bas, elle se traduit par la dépendance où se trouvent placés les dominés, les sujets de l’État. Mais, souveraineté ou dépendance, elle est d’abord le transformé politique de l’exploitation économique. Engels ne dit pas autre chose lorsqu’il présente schématiquement l’État comme « une organisation de la classe exploiteuse pour maintenir ses conditions de production extérieures » (43, 319) étant entendu que, pour lui, les conditions extérieures sont celles qui échappent au contrôle direct de la propriété. Il s’agit, en somme, « de maintenir par la violence les conditions de vie et de domination de la classe dominante contre la classe dominée » (id., 180) ou, s’il y a lieu, contre les ambitions des classes qui dominent d’autres États. Ainsi, « l’État moderne » est conçu, par Engels, comme « l’organisation que la société bourgeoise se donne pour maintenir les conditions extérieures générales du mode de production capitaliste, contre des empiétements venant des ouvriers comme des capitalistes isolés » (id., 218). Et contre les États étrangers, faut-il ajouter derechef : mais, jusqu’au volume consacré aux systèmes mondiaux (t. 1, n° 96), je cesserai désormais de prêter attention aux aspects internationaux de la domination politique.

La transformation de l’exploitation économique en domination politique est une proposition tout à fait centrale, chez Marx et Engels. Elle dit l’essentiel des rares analyses qu’ils consacrent à l’État et, plus généralement, au politique. On ne peut éluder cette proposition : il faut la nier, l’affadir ou l’accepter. Mais, si on l’accepte, il faut aussi en mesurer l’exacte portée.

On peut, tout d’abord, nier cette proposition. Cela revient à dire que l’État est indépendant de la structure économique, que le pouvoir d’État est indifférent aux intérêts opposés des classes exploiteuses et exploitées, qu’il est neutre envers ces intérêts ou contamine par eux de façon accidentelle, qu’il joue un rôle arbitral en pacifiant les luttes de classes (à moins que, du même mouvement, on nie également l’existence de classes distinctes et opposées). Toutes ces dénégations conduisent nécessairement à une représentation idéaliste de l’État : il tiendra du hasard, du droit divin, de la nature des choses, de la sagesse d’un législateur ou d’un prince, d’un contrat social, du suffrage universel ou de quelque autre principe imaginaire ou, au mieux, descriptif.

On peut aussi affadir la proposition de Marx, en minorant le rôle de l’exploitation économique jusqu’à en faire un facteur parmi d’autres dont l’énumération pourra être d’une infinie richesse : facteurs ethniques, nationaux et culturels, facteurs dits sociaux (ce dernier terme évoquant des conflits « sociaux » tenus pour distincts des affaires « économiques »), facteurs politiques (relatifs, par exemple, aux institutions supérieures de l’État ou au jeu des partis), etc., ad libitum. Cette seconde position est moins simpliste que la précédente. Elle permet de fonder des recherches positives — et positivistes —, elle permet de décrire et même de théoriser utilement maints aspects du fonctionnement étatique. Mais elle produit nécessairement des savoirs courts, car le cocktail des facteurs qui semblent avoir valeur explicative, en un temps et en un lieu donnés, doit céder la place à un autre cocktail, pour rendre compte de l’État qui opère en un autre temps et en un autre lieu. On fera, de la sorte, la théorie de l’État sous Charlemagne ou sous Louis XIV ; on traitera de l’État français ou de l’État américain ou de l’État soviétique. Et si l’on se risque à des comparaisons historiques ou internationales, on ne dégagera que des généralités vagues et aléatoires, selon les facteurs pris en compte ici et là. Jamais il ne pourra être question d’embrasser, d’un même regard, la gamme immense des États dont l’histoire porte trace, pour en établir une théorie générale rendant compte de chaque État singulier, comme d’une variante intelligible à partir d’une typologie générale des États.

La proposition centrale de Marx et Engels a une tout autre portée. C’est une hypothèse de travail utile pour l’établissement d’une théorie générale de la société, puisqu’elle énonce un principe d’analyse applicable à tous les États. Elle signifie que, sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations historiques, l’État est un rapport social (un système de relations sociales) organiquement lié à toutes les autres relations sociales par des liens toujours intelligibles. Elle incite à rechercher le premier de ces liens dans celles des structures sociales qui garantissent le plus directement la survie collective de la société, laquelle dépend toujours, en premier lieu, de la production. Elle indique, en d’autres termes, une liaison intime entre les structures sociales qui règlent la production et celles qui régissent l’ordre ou l’organisation de la société. Accepter la proposition de Marx, c’est s’interdire de concevoir l’État, de façon abstraite ou aléatoire, sans tenir compte des liens nécessaires qui le relient aux rapports de production et, donc, aux classes sociales dont ces rapports déterminent généralement les statuts respectifs.

Encore faut-il prendre la proposition de Marx pour ce qu’elle vaut : c’est une « thèse », un principe ouvrant de nouvelles directions de recherche, mais ce n’est pas un « théorème » mécaniquement applicable. Pour rendre cette proposition stupide, il suffit de repérer la classe exploiteuse du MP prédominant — ou du MP supposé unique (t. 2, n° 1) — et de l’identifier automatiquement à la classe dominante dans l’État et par l’État. On « démontrera » ainsi que la bourgeoisie capitaliste a dominé l’Allemagne bismarckienne, tout comme l’aristocratie foncière a dominé la Cité des Doges ou les Provinces-Unies... Aucun historien ne peut se satisfaire de tels « résultats ». Aucune action politique ne peut être pertinemment orientée par une « science » qui produit de tels savoirs.

Si l’on veut comprendre, en tous ses aspects essentiels, la domination qu’exerce un État donné, il faut prendre en compte toutes les luttes de classes dont il est la résultante — et le corset. Toutes les luttes de classes et, donc, tous les MP qui existent dans la société soumise à cet État ; mais aussi tout le système des appareils étatiques et idéologiques où d’autres classes peuvent prendre racine (t. 4, n° 10). Un tel examen fait généralement disparaître LA classe dominante unique — à laquelle Engels se réfère trop cursivement, on l’a vu — et fait apparaître, en ses lieu et place, un système complexe de plusieurs classes exploiteuses qui se partagent ou non la domination politique, non sans rechercher l’appui de certaines au moins des classes exploitées (t. 4, n° 53). Bref, LA classe dominante cède la place à ce que Gramsci appelle un « bloc historique ».

« La forme spéciale que revêt l’État à une période donnée » (103-VIII, 172) devient ainsi l’objet d’une enquête théorique ouverte, enquête dont la « thèse » de Marx fournit le point de départ et l’orientation générale, sans préjuger de ses résultats. Qui douterait que cette interprétation soit fidèle à Marx, se reportera aux applications qu’il donne lui-même de sa propre « thèse », lorsqu’il s’intéresse aux luttes de classes en France (99/100 et 187).

La proposition centrale de Marx et Engels a une tout autre portée. C’est une hypothèse de travail utile pour l’établissement d’une théorie générale de la société, puisqu’elle énonce un principe d’analyse applicable à tous les États. Elle signifie que, sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations historiques, l’État est un rapport social (un système de relations sociales) organiquement lié à toutes les autres relations sociales par des liens toujours intelligibles. Elle incite à rechercher le premier de ces liens dans celles des structures sociales qui garantissent le plus directement la survie collective de la société, laquelle dépend toujours, en premier lieu, de la production. Elle indique, en d’autres termes, une liaison intime entre les structures sociales qui règlent la production et celles qui régissent l’ordre ou l’organisation de la société. Accepter la proposition de Marx, c’est s’interdire de concevoir l’État, de façon abstraite ou aléatoire, sans tenir compte des liens nécessaires qui le relient aux rapports de production et, donc, aux classes sociales dont ces rapports déterminent généralement les statuts respectifs.

Encore faut-il prendre la proposition de Marx pour ce qu’elle vaut : c’est une « thèse », un principe ouvrant de nouvelles directions de recherche, mais ce n’est pas un « théorème » mécaniquement applicable. Pour rendre cette proposition stupide, il suffit de repérer la classe exploiteuse du MP prédominant — ou du MP supposé unique (t. 2, n° 1) — et de l’identifier automatiquement à la classe dominante dans l’État et par l’État. On « démontrera » ainsi que la bourgeoisie capitaliste a dominé l’Allemagne bismarckienne, tout comme l’aristocratie foncière a dominé la Cité des Doges ou les Provinces-Unies... Aucun historien ne peut se satisfaire de tels « résultats ». Aucune action politique ne peut être pertinemment orientée par une « science » qui produit de tels savoirs.

Si l’on veut comprendre, en tous ses aspects essentiels, la domination qu’exerce un État donné, il faut prendre en compte toutes les luttes de classes dont il est la résultante — et le corset. Toutes les luttes de classes et, donc, tous les MP qui existent dans la société soumise à cet État ; mais aussi tout le système des appareils étatiques et idéologiques où d’autres classes peuvent prendre racine (t. 4, n° 10). Un tel examen fait généralement disparaître LA classe dominante unique — à laquelle Engels se réfère trop cursivement, on l’a vu — et fait apparaître, en ses lieu et place, un système complexe de plusieurs classes exploiteuses qui se partagent ou non la domination politique, non sans rechercher l’appui de certaines au moins des classes exploitées (t. 4, n° 53). Bref, LA classe dominante cède la place à ce que Gramsci appelle un « bloc historique ».

« La forme spéciale que revêt l’État à une période donnée » (103-VIII, 172) devient ainsi l’objet d’une enquête théorique ouverte, enquête dont la « thèse » de Marx fournit le point de départ et l’orientation générale, sans préjuger de ses résultats. Qui douterait que cette interprétation soit fidèle à Marx, se reportera aux applications qu’il donne lui-même de sa propre « thèse », lorsqu’il s’intéresse aux luttes de classes en France (99/100 et 187).

Au reste, le redoublement de l’exploitation par la domination politique ne suffit pas à expliquer cette dernière. Ce redoublement exprime seulement l’aspect principal de la domination, non sa plénitude. Toute domination politique a pour aspect secondaire la gestion des « intérêts communs » à toute la société que l’État domine. En effet, l’État par lequel certaines(s) classes(s) domine(nt) une société ne se cantonne pas dans une activité purement répressive. Sa raison d’être est, certes, la conservation de l’ordre social établi. Mais, pour mieux accomplir sa fonction première — et aussi de par l’inertie propre à l’AE dont il hérite et qu’il perfectionne éventuellement — l’État se charge d’intérêts communs à toute la société qu’il domine. Redoublement de l’exploitation et gestion des intérêts communs sont les deux aspects de la dialectique propre à tout État, aspects qui se mêlent, se soutiennent et se contredisent sans qu’on puisse jamais les concevoir comme des « choses » (des fonctions, des ministères, des appareils, etc.) nettement séparables les unes des autres. Ce sont là deux aspects d’une même réalité, d’un même État, de tout État.

Engels évoque souvent ces intérêts communs, sans les définir, mais en les exemplifiant. Le jugement des litiges, la répression des empiétements de certains individus au-delà de leurs droits, la surveillance des eaux, « surtout dans les pays chauds », l’irrigation en Orient, la « défense contre l’extérieur » et même les « fonctions religieuses » — curieusement justifiées par le « caractère primitif et sauvage de la situation » dans les communautés « primitives » d’où l’État émerge — sont les exemples qu’il donne (43, 180 et 211) et qu’il situe souvent dans des sociétés en voie d’étatisation. Autrement dit, Engels associe la gestion des intérêts communs à la naissance de l’État et à la formation des premiers appareils d’État. « Peu à peu les forces de production augmentent ; la population plus dense crée des intérêts ici communs, là antagonistes, entre les diverses communautés, dont le groupement en ensembles plus importants provoque derechef une nouvelle division du travail, la création d’organes pour protéger les intérêts communs et se défendre contre les intérêts antagonistes » (id., 211). À la limite, le plus vaste des intérêts communs semble être la conservation de la société elle-même : « pour que les classes aux intérêts économiques opposés ne se consument pas, elles et la société, en une lutte stérile, le besoin s’impose d’un pouvoir qui, placé en apparence au-dessus de la société, doit estomper le conflit, le maintenir dans les limites de “l’ordre” » (44, 156). Mais cette limite révèle l’ambivalence d’intérêts communs qui se confondent finalement avec l’ordre établi.

Les « intérêts communs » ne sont ni une lubie d’Engels ni une particularité des sociétés anciennes. Il faut bien voir, en effet, que la plupart des exemples cités proviennent de l’Anti-Dühring, ouvrage à la mise au point duquel Marx collabora de très près (43, 7 sq.), et que, de Marx à Lénine et de Gramsci à Poulantzas, la prise en compte des « intérêts communs » est constante, quoique sous des formulations très diverses. Ainsi, par exemple, Poulantzas voit bien que le développement de la sécurité sociale et de diverses autres fonctions des États contemporains ressortit à ce qu’Engels aurait appelé les « intérêts communs » (279, 13).… »

Fin de l’extrait

II–Commentaire HD : la situation contemporaine en France.

Dans notre société contemporaine le mode de production capitaliste et dominant (qu’il soit financier, industriel ou commercial), mais subsiste encore un mode de production artisanale don on pourrait décrire les différentes déclinaisons, un mode de production coopératif avec l’économie sociale et solidaire. Le statut juridique des propriétaires des moyens de production dans ses différents types d’entreprises ou de sociétés peut varier ainsi que les formes d’exploitation de la force de travail des salariés travaillant dans ces mêmes entreprises. Le droit du travail prend en compte ces variétés , droit qui résulte de rapports de force entre salariés propriétaires et entre chefs de petites entreprises et de grandes entreprises utilisant la sous-traitance. La lutte de classes se joue donc aussi au sein de l’État au niveau réglementaire.

La domination de la classe dominante sur l’État s’effectue de différentes manières : 1) la restriction de son domaine de propriété par le biais des privatisations partielles ou totales, et par différentes sortes de délégations de services publics à des organismes privés.

2) le transfert de fonds publics vers les petites et les grandes entreprises : ce sont les fameuses « béquilles du capital ». Sur cette question, on peut se référer à un très bon article : les béquilles du grand et du petit capital. On peut utiliser le lien suivant : https://www.nouvelobs.com/rue89/rue...

3) l’endettement de l’État auprès d’actionnaires privés 4) une fiscalité inégalitaire qui avantage les possédants 5) des dispositions législatives et réglementaires protégeant les intérêts des grandes sociétés nationales et multinationales

Cette domination économique est mise en actes 1) par un personnel politique élu ou nommé servant les intérêts de l’oligarchie économique qui lui a permis d’arriver au pouvoir par son financement et un accès large et facile aux grands médias. 2) Par un personnel technocratique notamment de hauts fonctionnaires pratiquant le pantouflage et rétro pantouflage de l’État vers le privé Se forment alors progressivement une véritable caste constituée de hauts fonctionnaires, de patrons de grands groupes industriels et financiers, de patrons de la sphère médiatique privée et publique la légitimation de cette domination de la classe dominante sur l’État constitue le travail de l’appareil idéologique médiatique donc sa mission est de faire entrer dans les têtes le consentement à cette domination.

La classe dominée exerce son influence sur l’État par la mise en œuvre de grandes variétés de mouvements sociaux locaux, régionaux et nationaux. Les appareils syndicaux jouent un rôle important comme organisateurs de l’action et de la négociation avec les instances gouvernementales et patronales. Un personnel politique défendant les intérêts des travailleurs exerce aussi son action sur la rédaction des lois et des règlements. On peut ainsi prendre l’exemple de la réduction réglementaire du temps de travail de 40 heures à 39 heures puis 35 heures hebdomadaires. La faiblesse du taux de syndicalisation, l’affaiblissement du PCF, la dérive ultralibérale du parti socialiste ont considérablement diminué l’influence de la classe dominée sur l’État. Le rapport de force entre classes antagoniques au sein de l’État qui était relativement équilibré jusqu’en 1982 se dégrade au désavantage de la classe dominée depuis cette période. Le développement du néolibéralisme avec ses vagues de privatisation, s’est remise en cause du droit du travail dans un contexte de chômage de masse accentue le déséquilibre. Les tensions sociales s’accentuent et la suite logique de cet dégradation est l’émergence d’un État autoritaire voire policier depuis 2016. Bien que le rapport de force soit largement en faveur de la classe dominante au sein de l’État, la crise de la représentation politique, la faible croissance du PIB depuis plusieurs années, la stagnation des salaires et l’aggravation des inégalités fragilisent la basse politique et idéologique de la classe dominante dont ses serviteurs politiques et médiatiques ont perdu non seulement de la crédibilité mais aussi de la légitimité.Cela explique la férocité de la répression des mouvements sociaux depuis au moins 2016. L’ultralibéralisme extrémiste du macronisme s’accompagne d’une concentration maximale des pouvoirs au sein d’un État devenu alors pour une large part un instrument de répression contre les mouvements sociaux et mouvements politiques contestataires. Éclatante vérification concrète de l’analyse marxiste de la nature du pouvoir de l’État comme exercice de la violence d’une classe sur une autre dans sa version originelle du XIXe siècle. Confirmation aussi du fait que LREM est bien la république en marche arrière vers une société arriérée.

Annexe :

les œuvres de Robert faussaire en ligne http://classiques.uqac.ca/contempor... Tom V : Les États http://classiques.uqac.ca/contempor...

Voici les 15 modes de production définis par l’auteur dans le tome 2 :

MP 1 communautaires. MP 2 tributaire. . MP 3 antique MP 4 paysan. MP 5 artisanal. MP 6 capitaliste-marchand. MP 7 esclavagiste. MP 8 servagiste. MP 9 latifondiaire MP 10 capitaliste MP 11 coopératif. . MP 12 étatique-capitaliste. MP 13 « colonial ». MP 14 esclavagiste-concentrationnaire. MP 15 étatique-socialiste. Au-delà du MP 15.

Dans une même société, différents modes de production peuvent coexister l’un d’eux étant dominant. Différentes combinaisons de MP permettent de définir 17 types de formations économiques. (F. E) Cette approche, s’appuyant sur le matérialisme historique de Marx, a pour objectif de rendre compte le plus finement possible des données historiques variées pour chaque pays et chaque époque tout en gardant un cadre général d’analyse pour explorer tous les types de société de l’Antiquité à nos jours sur toute la planète. Un véritable travail à la fois d’horlogers et d’architecte titanesque. Ce monument de la pensée marxiste contemporaine est malheureusement trop peu connu.

Hervé Debonrivage


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