Macronisme... guerre idéologique par la diffusion massive d’infox et par la manipulation des réseaux sociaux

jeudi 25 avril 2019.
 

La guerre cognitive par la diffusion massive d’unfox et par la manipulation des réseaux sociaux.

Gouverner par la peur et l’infox ? L’ouvrage de Bernard Maris publié avec deux autres auteurs en 2007 (aux éditions Fayard) intitulés « Gouvernés par la peur » reste encore d’actualité mais devrait dorénavant être largement complété comme le montre le dossier suivant.

Comme l’indique l’article de Wikipédia sur « La politique de la peur », susciter la peur dans une population permet au gouvernement de faire passer des lois liberticides notamment au nom de la sécurité.

Macron et son équipe ont su utiliser la crainte d’une partie de l’électorat d’une prise de pouvoir par le FN pour se faire élire.

L’exploitation médiatique des violences commises par une minorité des manifestants a induit un sentiment de peur dans une partie de la population. D’autre part, l’usage démesuré de la force policière comme indiqué par amnistie internationale, le conseil de l’Europe et l’ONU, a eu pour fonction de terroriser les manifestants pour les décourager de manifester.

On aboutit alors à cette situation paradoxale : pour une partie de nos concitoyens, à la peur de l’action terroriste succède la peur de l’action policière du fait de l’utilisation d’armes mutilantes.

Les peurs décrites dans l’ouvrage précédemment cité se sont donc encore renforcées dans le contexte de crise politique actuelle.

Mais l’usage de la peur, dans un contexte de défiance politique généralisée et maintenant complétée par l’usage relativement massif d’infox comme le démontrent les enquêtes de Mediapart.

Cet usage des fake news a pour objectif principal non seulement de voiler la réalité des faits les de créer la confusion et empêcher tout fonctionnement rationnel de la pensée et notamment de la pensée critique.

Mais l’utilisation excessive d’une telle manipulation peut se retourner contre leurs utilisateurs : en effet, toutes indicateur économique (chômage, croissance, pouvoir d’achat, etc.) utilisés par le gouvernement et sa majorité devient non crédible par principe.

La rupture de confiance devient alors totale et tout dialogue impossible. Mais cette situation relativement dramatique pour le fonctionnement normal d’une démocratie ne semble pas inquiéter le pouvoir qui reste sourd à la quasi-totalité des propositions élaborées par l’opposition, par les syndicats et les associations et le mouvement des Gilets jaunes.

Force est de constater que l’abstention et le vote blanc ont permis l’instauration d’un pouvoir autocratique dont le surgissement a été aussi permis grâce aux institutions de la Ve République.

Article 1 : « La tromperie est enracinée dans la communication politique »

Source : Mediapart 9 avril 2019

https://www.mediapart.fr/journal/fr...

Fausses infos, demi-vérités « déstabilisent les bases de la réalité sociale et politique », déplore Jayson Harsin, professeur de communication Fausses infos, demi-vérités, manipulation des réseaux et spécialiste de la « post-vérité ».

• Par Géraldine Delacroix

o Entretien avec Jayson Harsin Professeur de communication à l’Université américaine de Paris, Jayson Harsin se consacre à la « post-vérité » et aux manipulations de l’information.

o Dans cet entretien pour Mediapart, il plaide, face aux manipulations politiques de nos émotions, pour un retour de l’éthique dans la communication politique.

Mediapart : Quelles sont selon vous les menaces qui pèsent, en matière d’information et de réseaux sociaux, sur les élections européennes ?

Jayson Harsin. Surtout une écologie toxique de la communication politique et de l’information.

Faut-il craindre des « manipulations étrangères » ou des opérations plus « intérieures » ?

Les manipulations numériques en communication politique sont aussi bien extérieures qu’intérieures. Le pire, c’est peut-être le fait que la pratique professionnelle et systématique de la tromperie est enracinée dans les logiques et les théories dominantes de la communication politique, au point où celui qui a pour simple but d’informer ou de donner les faits sera taxé de naïveté ou de bêtise. Ce qui ne signifie pas qu’il est déconseillé ou malhonnête d’employer la langue et les images pour rendre une information plus intéressante ou plus accessible. Mais on peut le faire sans la couper d’un contexte dont l’absence produit un effet trompeur, ou sans exagérer les faits, les minimiser ou les façonner au point de faire disparaître l’objet, l’événement ou le processus.

Concrètement, cela se passe comment, manipuler l’information ? Quelle est votre définition de l’astroturfing ?

L’Astroturf est un terme américain (à l’origine, c’est une marque de pelouse artificielle, baptisée ainsi parce qu’elle couvrait le terrain de base-ball de l’équipe des Houston Astros) qui fait référence aux mouvements, aux mobilisations et aux manifestations qui ont l’apparence d’élans spontanés alors qu’en réalité, il s’agit d’actions organisées, voire payées, par des intérêts cachés. C’est ce qui s’est passé par exemple quand des « foules en colère », en réalité des militants républicains, ont perturbé certains « townhall meetings » (rencontres dans les municipalités pour discuter des problèmes locaux et nationaux) sur l’assurance maladie organisés par Obama.

Entre les fake news et l’astroturfing, quel est le plus redoutable ?

Ha ! C’est ce qu’on appelle un faux dilemme ! Ils sont aussi redoutables l’un que l’autre et, en fait, je ne suis pas sûr qu’ils ne relèvent pas de la même catégorie. L’astroturfing est une technique de manipulation retorse qui peut fournir les « faits » sur lesquels se fonderont les fake news. Dans les deux cas, on a une tentative de mettre en pratique ce que Michel Foucault résumait ainsi (en renversant la proposition de Clausewitz) : « La politique est la continuation de la guerre par d’autres moyens. » Alors, bien sûr, les disciples de Machiavel nous rappellent que celui-ci insistait sur la nécessité du mensonge en politique (fake news et astroturfing sont des sous-genres du mensonge : on le fait exprès) ; cependant, on peut s’interroger avec Hannah Arendt : « Mais systématiquement, et presque tout le temps ? » Tout en rappelant Thucydide, qui montre que le problème de la tromperie dans la démocratie est ancien.

Peut-être Sibeth Ndiaye voulait-elle dire (scandaleusement) qu’elle mentirait pour protéger Macron dans des circonstances extrêmes (contexte que la journaliste de L’Express aurait malhonnêtement tronqué ?), mais elle serait d’accord pour tromper systématiquement les journalistes et les citoyens, parce que c’est le job ? La politique, comme le capitalisme ou l’amour, font partie d’une culture du fake et de la promotion de soi.

Dès dimanche 31 mars, jour de sa nomination comme porte-parole du gouvernement, cette image de Sibeth NDiaye circule abondamment sur les réseaux sociaux.

Que pensez-vous de l’utilisation de comptes anonymes par les partis politiques, comme le pratique LREM, pour contrer les opposants ?

Une idée importante derrière la loi française contre les fake news, c’est que la transparence va les tuer. Ainsi, pendant « une campagne électorale », elle oblige les réseaux sociaux à révéler l’identité des annonceurs de messages sponsorisés, et à indiquer qui a payé et combien pour en booster la diffusion et la propagation sur les pages des internautes. D’accord, mais ils ne sont pas obligés de révéler combien de bots (faux comptes programmés par l’intelligence artificielle) ils ont achetés pour diffuser un message et créer un effet de grande popularité.

Ces comptes font partie, de plus en plus, d’une pratique vue comme essentielle par les gourous de la com’, car ils peuvent avoir des effets émotionnels et épistémiques (des effets sur l’opinion publique). Waou ! Cet article est déjà détesté 1 000 fois ! Donc il est nul ! (Son sujet n’est pas important.) Waou, il est déjà partagé 500 fois ! Donc, il est super ! (Son sujet doit être utile.) C’est la démocratie qui perd.

Au-delà de la loi française, les nouvelles législations qui se mettent en place paraissent-elles appropriées ?

Elles sont insuffisantes pour au moins deux raisons. D’abord, les propositions pour guérir les médias des fake news partent du principe qu’elles se résument à une espèce de proposition « vrai ou faux », qui ne serait pas ouverte à l’interprétation. Quand, par exemple, Sarkozy prétend (pendant la campagne de 2012) que 700 mosquées ont reçu un appel à voter François Hollande, ce qui est sous-entendu, c’est que les fidèles de ces 700 mosquées ont reçu un appel explicite à voter Hollande. Des journalistes ont découvert « une vingtaine de recteurs incitant les musulmans à “faire entendre leurs voix en participant massivement à ces élections” et à exercer “leur droit de vote en leur âme et conscience”, aucun nom de candidat ou de parti n’est cité dans leur texte daté du 17 avril, aucune allusion partisane n’y est décelable » (lire l’article du 3Nouvel Obs 3 du 27 avril 2012). Incitation à voter tout court, et une vingtaine, pas 700 !

Doit-on parler de fake news ou d’hyperbole irritante, mais finalement acceptable ? Où est la ligne entre une déclaration totalement fausse et mensongère et une déclaration employant des mots qui invitent à des interprétations en fonction de nos propres partis pris ?

Ensuite, il y a le problème du contexte tronqué et des montages d’éléments qui sont vrais isolément, mais qui veulent dire autre chose quand on les met ensemble. C’est ce qu’on voit avec la vidéo 3 postée sur Twitter par Pierre Le Texier dans le but de disculper Alexandre Benalla : des images illégales et montées de façon trompeuse pour construire une fausse accusation.

Même si une affirmation est clairement erronée, même si elle n’est pas ouverte à une interprétation polysémique et qu’on peut le prouver, on se heurte à d’autres problèmes si on veut rétablir la vérité. C’est lié à la fragmentation de l’attention et à la détérioration de la confiance dans les autorités qui auraient un monopole sur l’établissement de la vérité. La confiance, disait le sociologue Georg Simmel, est une forme de savoir commun, entre l’opinion et un savoir plus fondé. Le fact-checking, qui a le soutien de la loi, est lié au journalisme, et le journalisme, comme le gouvernement et les politiciens en général, suscite aussi la méfiance.

Pour terminer, vous avez aussi le problème de la confiance dans le fact-checking lui-même. Si un pourcentage de citoyens considère la presse comme des menteurs, comme des fake news (Lügenpresse en Allemagne), il en va de même 3 des fact-checkers.

Ensuite, on a des « chaînes » ou des canaux verrouillés, comme WhatsApp. Même si tous les médias s’associent pour discréditer simultanément une fausse information, elle continuera à circuler par d’autres moyens (messageries privées des réseaux sociaux, applis de messages). Des bots.

Pourquoi se focaliser sur le fact-checking ou l’intelligence artificielle pour éradiquer le problème au lieu de l’attaquer à la racine ?

La racine, ce n’est pas la technologie mais la culture de la politique. Pourquoi ne pas remettre en question une culture de la post-vérité politique, où des professionnels de la com’ se servent des analyses des « big data » fournies par des experts grassement payés et leurs associés, qui peuvent combiner ces données aux conclusions de la science cognitive (rôle important de l’émotion, tendance au biais de confirmation, etc.) d’une part, et aux pratiques de l’industrie de l’influence d’autre part ?

L’émotion, la perception, l’attention et l’opinion de la population sont devenues des cibles, un objet à manipuler par des équipes de communication. Pourquoi ne pas avoir un code éthique pour ces gens-là ? Aujourd’hui, ils se disent : « Tout le monde le fait, et en plus, Machiavel a raison, il faut mentir (ou au moins tromper), la fin justifie les moyens ; ne soyez pas naïfs. » Et si on ne se contentait pas du fact-checking et de la responsabilité légale des boîtes propriétaires de ces plateformes ? On pourrait introduire au lycée une réflexion sur ces pratiques, dans le contexte des questions sur la philosophie de la démocratie et ses ennemis, et on pourrait établir un code d’éthique qui serait partagé par chacun, quelle que soit sa position idéologique.

Voit-on en Europe, et particulièrement en France, une utilisation détournée des publicités sur Facebook, ou cela reste-t-il un phénomène limité ?

Je ne sais pas si c’est un phénomène limité. Ce que nous savons, c’est que c’est plus compliqué d’écrire des articles et de les organiser de façon convaincante sur une page pour imiter le genre journalistique que de faire une image ou un mème. Songez aux images truquées autour des gilets jaunes. Il y a l’image photoshopée de la guillotine 3 montée au Palais-Royal, ou l’image « d’une femme âgée blessée par un “coup de matraque sur le crâne” ». 3 Dans ce nouveau monde du « contenu généré par les utilisateurs », où les applications pour éditer les images et les vidéos sont accessibles à tous, n’importe qui peut se transformer en citoyen journaliste ou en stratège politique (ce qui est potentiellement magnifique), et ces personnes ont souvent pour modèle ceux qui ont pour seule éthique de gagner : attention, votes, argent (ce qui est évidemment plus problématique).

Quelle est selon vous l’influence des fake news ?

Ses deux formes principales d’influence sont la croyance et la confusion. La première est peut-être moins répandue que l’on pourrait l’imaginer, dans la mesure où les fake news servent plutôt à conforter les gens dans des idées qu’ils avaient déjà (par exemple « les Roms sont des kidnappeurs d’enfants » ou « Obama est musulman »). La seconde forme est moins mise en avant, mais elle est peut-être plus importante. Les fake news déstabilisent les bases de la réalité sociale et politique. Elles monopolisent cette ressource précieuse qu’est notre attention, elles deviennent l’objet de « débats » entre amis et ennemis, le tout dans un contexte de méfiance généralisée. C’est d’ailleurs souvent le but premier des fake news, un but qui est au cœur des stratégies politiques actuelles.

Par exemple, le Guardian 3 nous annonce que les stratèges républicains aux États-Unis ont pour « mantra », en 2020, « simplement de provoquer le chaos, d’autant plus que le nombre de candidats potentiels est important ».

Observez-vous des choses particulières en ce moment sur les réseaux sociaux ?

J’observe le même chaos épistémique et de confiance qui est la règle depuis quelques années. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe autour des élections en Inde (informations fausses sur WhatsApp, mais aussi sur Facebook et Twitter) et en Israël, où Netanyahou est accusé de mener une « campagne terroriste d’information » contre le peuple israélien, avec des bots/faux comptes qui attaquent la réputation de son adversaire. Et c’est aussi la vie politique quotidienne, en France comme ailleurs.

Je pense notamment aux agressions (physiques, pas virtuelles) qui ont eu lieu récemment en Seine-Saint-Denis, à la suite d’une rumeur qui tournait sur des comptes Facebook et Snapchat, prétendant que des Roms enlevaient des enfants dans une camionnette blanche pour vendre leurs organes. Cet épisode rappelle des événements similaires qui ont eu lieu en Inde à l’automne dernier, et au Mexique en août.

Le Poynter Institute analyse 3 chaque semaine cinq des fact-checkings les plus efficaces sur Facebook pour voir comment ils se mesurent à l’infox qu’ils ont débusquée en termes de diffusion ; mais la conclusion est que ces fact-checkings ne sont pas aussi efficaces qu’on aimerait le croire. Par exemple, cet article 3 de l’équipe de fact-checking de l’AFP qui dément qu’un drapeau de l’EI ait été brandi récemment dans le métro a suscité 3 369 « engagements » sur Facebook, alors que la fausse info en avait obtenu 3 700.

Article 2 : Comment une nébuleuse LREM instrumentalise les réseaux sociaux

Source : Mediapart9 avril 2019| Par Géraldine Delacroix et Antton Rouget

https://www.mediapart.fr/journal/fr...

Une étude du chercheur Baptiste Robert montre que LREM a tenté de manipuler le trafic sur Twitter, lors du premier meeting de Nathalie Loiseau, à l’opposé des discours présidentiels sur la régulation d’Internet.

Prenez un tweet. Au hasard, celui-ci 3 : « Bonjour, Je m’appelle Mireille et le #26mai je vote pour la liste #RenaissanceEuropéenne parce que je crois en l’Europe proposée par @NathalieLoiseau et toute son équipe. Tous les #MacronistesAnonymes n’oubliez pas tous aux urnes. »

Comme ce jeudi 28 mars, « Mireille », alias @MamaMimi161820 3, soutient à longueur de journée La République en marche (LREM). Depuis la création de son compte en février 2017, dans la dernière ligne droite de la campagne présidentielle, « Mireille » a diffusé près de 54 000 tweets, pour seulement 264 abonnés.

« Mireille » change aussi parfois de prénom. Le 28 mars, d’un instant à l’autre, elle se transforme subitement en « Sophie » : « Bonjour, Je m’appelle Sophie, et le #26mai 3 je vote pour la liste #RenaissanceEuropeenne 3 parce que l’avenir de l’Europe ne peut pas être confié à des gens qui veulent la détruire. #MacronistesAnonymes. 3 »

Tweet du 28 mars 2019 par @Mamamimi161820.

Sur les réseaux sociaux, le parti d’Emmanuel Macron est peuplé de « Mireille » et de « Sophie ». Des comptes anonymes à l’activité débordante, mais dont les titulaires ne sont pas identifiables. C’est ce que montre une enquête de Mediapart, qui s’est associé au chercheur indépendant Baptiste Robert (voir notre méthodologie en Boîte noire) pour analyser l’activité des bataillons de cybermilitants du parti au pouvoir.

Les données ont été recueillies du vendredi 29 mars jusqu’au matin du 1er avril, week-end très politique durant lequel le mouvement des gilets jaunes a connu son acte XX, la campagne LREM pour les européennes a été lancée, et un mini-remaniement a été enfin annoncé le dimanche soir. Elles montrent que la communauté LREM, très active sur Twitter, repose sur la suractivité de quelques centaines de comptes. En grande majorité anonymes.

Une fois les données collectées, Baptiste Robert a calculé le coefficient de manipulation de trafic 3 développé dans un article de l’Oxford Internet Institute (université d’Oxford), dans le cadre des recherches sur la propagande informatique 3. Résultat : le coefficient de la communauté LREM est de 16, « au-dessus de la moyenne observée » dans le cas d’une activité normale. À titre d’exemple, l’étude de l’activité autour de mots-clés banals, sans signification particulière, comme #vendredi ou #mercredi, génère un coefficient situé entre 8 et 10. Avec un chiffre deux fois plus important, « on peut en déduire une tentative de manipulation du trafic de la part de cette communauté », affirme Baptiste Robert.

Une bulle artificielle.

Un comble quand on sait que le président de la République plaide, depuis son discours 3 du mois de novembre consacré à Internet, pour la fin d’un « anonymat devenu problématique » sur les réseaux sociaux. Cette proposition, débattue jusque dans ses propres rangs, pourrait faire partie de la proposition de loi qui sera déposée « avant l’été » par la députée LREM de Paris Laetitia Avia. Le texte a pour objectif de lutter contre le cyberharcèlement. Qu’importent, finalement, les pratiques du parti présidentiel !

Comment LREM peut-elle imposer à la société une transparence dont elle se joue elle-même sur les réseaux ? La question se pose quand Marlène Schiappa refuse 3 de dire, le 4 avril, qui se cache derrière son compte de soutien @Avec_Marlene 3. Elle revient avec plus d’insistance encore quand le conseiller présidentiel Ismaël Emelien est incapable de s’expliquer 3 sur la diffusion anonyme d’images de vidéosurveillance de la préfecture de police de Paris et d’un montage grossier pour protéger Alexandre Benalla. Quand les médias révèlent 3 que cette contre-offensive était organisée en coordination avec la responsable des relations presse de l’Élysée et nouvelle porte-parole du gouvernement. Et quand on apprend que le compte anonyme utilisé est en réalité administré par le responsable de la « cellule riposte » de LREM. 

Depuis la présidentielle, l’exemple vient du sommet de la Macronie. Les données du chercheur Baptiste Robert viennent confirmer que l’anonymat a infusé dans toutes les strates du mouvement. Au petit jeu du qui retweete qui et qui répond à qui, la visualisation des interactions entre les comptes permet de dessiner des communautés, des « ensembles de personnes qui interagissent énormément entre elles », dont la plus active est, dans notre étude, la communauté formée autour de LREM.

Cet ensemble se structure autour de @E 3nsembleEMacron, 3 l’un des comptes les actifs de la sphère macroniste, vraisemblablement tenu par plusieurs personnes (ses données de connexion montrent que le compte est utilisé sept jours sur sept, de 7 heures du matin à minuit, depuis plusieurs sources), avec lequel viennent interagir des centaines d’autres internautes. Seule une petite partie de ces derniers sont officiels, comme @enmarchefr 3 et @JeunesMacron 3 ou les députés Pierre Person 3 et Stanislas Guérini 3, qui dirigent le parti.

Dans notre étude, quatorze des vingt comptes les plus actifs ce week-end-là appartiennent à cette communauté LREM, qui en compte au total 4 626. Au moment du pic d’activité le plus intense, samedi 30 mars en fin d’après-midi, lors du meeting de Nathalie Loiseau, ces 4 626 comptes fournissent 68 % des retweets – alors qu’ils ne comptent que pour 10 % des comptes recensés grâce aux mots-clés. « Une démonstration de force », pour Baptiste Robert. Le but étant, dans une logique de pure propagande, la création d’un effet de masse.

Des difficultés pour identifier les robots

Cet usage des réseaux sociaux peut s’apparenter à une campagne d’astroturfing, décrit comme « le fait de simuler de manière artificielle un mouvement d’opinion en ligne » par Romain Badouard, enseignant-chercheur à Paris II. L’auteur du Désenchantement de l’Internet : désinformation, rumeur et propagande (FYP Éditions, 2017) rappelle à Mediapart qu’« historiquement, l’intérêt des réseaux sociaux, c’est de permettre des mouvements d’opinion spontanés. Chercher à reproduire, à simuler cette spontanéité, c’est ça l’astroturfing ».

« À la base, poursuit Romain Badouard, l’astroturfing est un outil de propagande dans les pays autoritaires. Par exemple la Chine, à la fin des années 2 000, l’utilisait pour contrer les voix dissidentes sur les réseaux : il est plus efficace de noyer une parole dissidente sous un flot de messages pro-régime que d’empêcher les dissidents de s’exprimer. Aujourd’hui, de petits groupes politiques, qui peuvent être réduits à quelques dizaines de personnes, s’en servent comme moyen d’action politique, par exemple des groupes d’extrême droite qui vont lancer des raids contre des pages Facebook d’associations de défense des migrants. C’est de l’astroturfing parce que ça ne va pas forcément chercher à s’en prendre à quelqu’un, mais essayer d’invisibiliser une prise de parole ou de dégrader la notoriété. »

Enfin, « ce qui s’est passé ces dernières années, c’est que des progressistes s’y sont mis et ont aussi adopté ces codes et ces techniques. Ont-elles vocation à laisser les réseaux à leurs ennemis ? Ou peuvent-ils utiliser les armes de l’ennemi ? », s’interroge le chercheur. « Aux États-Unis, des activistes essayent de faire signer aux candidats aux élections des engagements à ne pas faire de campagne de ce type, mais les politiques ont du mal à s’engager », explique à Mediapart Filippo Menczer 3, professeur d’informatique à l’université de l’Indiana (États-Unis). Son équipe a créé un outil disponible en ligne, Botometer 3, destiné à aider à détecter les faux comptes, les robots : il mesure la probabilité qu’un compte soit non humain.

« Aujourd’hui, il existe à la fois des faux comptes administrés par des personnes réelles et des vrais comptes alimentés par des robots, ce qui rend leur détection quasi impossible », constate Romain Badouard.

Faute de toujours pouvoir détecter un robot, Baptiste Robert recense lui aussi les anomalies. Ses données recueillies auprès de la communauté LREM révèlent plusieurs statistiques hors du commun. C’est le cas de @COSTESLionelEr 3, deuxième utilisateur le plus actif avec 611 interactions en un week-end derrière @EnsembleEMacron 3. Les chercheurs s’accordent à dire qu’un compte est suspect au-delà de 80 tweets et/ou retweets par jour.

IL faudrait vérifier l’identité de Lionel Costes, mais sa fréquence de publication n’en demeure pas moins hors norme (jusqu’à 115 tweets par heure). Depuis décembre 2016, ce compte militant a diffusé en moyenne 519 tweets par jour. Les trois premiers comptes, @EnsembleEMacron, @COSTESLionelEr et @EnMarcheMoulins 3, « font le double d’un bot », constate Baptiste Robert.

Un autre compte impressionne par ses statistiques. @DEYCatherine1 3, alias « Catherine Dey #StopGiletsJaunes », passe ses journées sur Twitter : depuis la création de son compte, le 9 janvier 2019, en plein mouvement social, elle diffuse en moyenne 701 messages par jour. « Un volume énorme. Là, clairement, je mets un drapeau », s’étonne Baptiste Robert.

Rares sont les utilisateurs très actifs à avoir accepté de nous répondre. Pierre Le Texier, le responsable de la « cellule riposte » LREM et diffuseur des vidéos en soutien d’Alexandre Benalla sur un compte anonyme, ne souhaite faire « aucun commentaire ». Il est aussi suspecté (lire cette analyse ici 3) d’être derrière un autre compte anonyme, « Alain Grand Bernard » 3, lequel a encore récemment organisé une minutieuse contre-offensive 3 quelques minutes seulement après de nouvelles révélations de Mediapart dans l’affaire Benalla.

Une poignée de militants nous ont répondu en assumant leur anonymat. « Je suis infirmière à domicile en milieu rural dans le sud de la France et je souhaite séparer ma vie professionnelle de ma vie personnelle », explique « PEPETTE STONE #jesoutienslesfdo » 3. Adhérente de LREM, elle ne milite pas dans un groupe local du mouvement mais a trouvé sur Twitter un lieu de « bataille politique » : « J’avais très envie de réagir au mouvement des gilets jaunes », explique-t-elle.

« Mimi13100 » est elle aussi devenue très active depuis le début du mouvement social, cet automne. « C’est notre seul champ d’expression direct », revendique cette demandeuse d’emploi qui s’élève contre une « opposition totalement démago » avec laquelle les médias seraient « très complaisants ». Au départ public (nom, prénom et photo), son compte est devenu anonyme au fil des semaines. « Je ne voulais pas que le contenu de mes messages politiques ait un impact sur ma recherche d’emploi », justifie-t-elle, craignant également la violence qui s’exprime bien souvent sur les réseaux sociaux.

« Mimi13100 #RenaissanceEuropéenne #26mai » 3 pense que l’anonymat est nécessaire mais que le gouvernement devrait légiférer pour que tous les comptes soient « authentifiés » sur les réseaux sociaux avec une pièce d’identité : « Cela responsabiliserait les utilisateurs pour limiter les menaces et les fake news. » On lui fait remarquer que les politiques n’ont pas besoin d’anonymat pour diffuser des fausses nouvelles (lire ici). Elle reprend : « Il y a énormément de fake news diffusées par des anonymes. On pourrait les poursuivre pour ces manipulations. »

Un autre macroniste actif sur les réseaux, « Snipe », juge lui « totalement inutile » de légiférer sur l’anonymat en ligne. « Les solutions techniques pour échapper à toute tentative de réglementation dans ce sens existent déjà (VPN, Proxy...) », rappelle-t-il.

ARTICLE 3 L’État du mensonge permanent

7 avr. 2019 Par Jean-Luc GASNIER ATTAC France

source : Mediapart

Blog : Le blog de Jean-Luc GASNIER

https://blogs.mediapart.fr/jean-luc...

Pour plaire au Président, pour se montrer digne de confiance, pour conserver leur place, pour se défendre, les ministres bien sûr, mais aussi les préfets, les procureurs de la République, les policiers mentent effrontément, devant les caméras, devant les citoyens, les yeux dans les yeux.

Les serviteurs de l’Etat se font serviles, inféodés à une cause qui ne correspond pas à la défense du service public, ils trahissent leurs fonctions.

Les mensonges s’enchaînent se complètent, s’entretiennent, se renforcent et se supportent mutuellement. Il faut prétendre servir la République quand on est inféodé à une petite oligarchie, prétendre respecter l’état de droit quand les droits élémentaires sont bafoués quotidiennement, prétendre débattre en imposant des réformes contestées , etc. Le système macronien s’est construit sur une imposture et il lui faut désormais fabriquer l’opinion grâce à la propagande et à une communication destinées à servir l’image présidentielle et une politique néolibérale qui seule a droit de cité.

Toute la république en marche et la haute administration sont pris dans une lessiveuse à cerveaux qui inhibe tout esprit critique, dans une nasse idéologique, qui entend piéger l’ensemble des acteurs et notamment les médias. La nouvelle porte parole du gouvernement Sibeth Ndiaye , une communicante, est une experte en la matière ; prête à tout, c’est une sorte de ministre du mensonge, n’ avouait-elle pas lorsqu’elle était chargée des relations avec la presse à l’Elysée : “ j’assume parfaitement de mentir pour protéger le Président” ?

Le mensonge décomplexé est finalement revendiqué comme une marque de fidélité et de soumission inconditionnelle. La politique réduite à la conquête et la conservation du pouvoir s’affirme sans nuance. Notre histoire quotidienne doit être écrite sous la dictée de l’Elysée.

Et, au pays des droits de l’homme, la violence physique vient désormais dissuader la contestation du discours et de la politique présidentiels.

Les exactions et les mensonges de la police sont systématiquement couverts par les autorités et ce sont autant d’encouragements à la répression et à de nouveaux mensonges. C’est un cercle infernal et une formidable entrave à la liberté de manifester et aussi à la liberté d’expression car les journalistes sont eux-mêmes malmenés voire poursuivis lorsqu’ils rendent compte de certaines actions de désobéissance civile ( lire les articles de de Reporterre (ici) 3 et (ici) 3). 209 enquêtes ont été ouvertes à l’encontre de policiers et gendarmes pour des soupçons de violences policières : cela pourrait témoigner d’une belle réactivité des autorités face à des manquements. En réalité, c’est relativement peu par rapport au nombre de blessés et de traumatisés qui se comptent par milliers et il s’agit surtout de communiquer sur ce fameux “ “État de droit” et sur une prétendue exigence déontologique du ministère de l’Intérieur. Rappeler ces enquêtes permet de masquer la couverture systématique et la complaisance des autorités vis-à-vis de dérives condamnées par des institutions internationales comme l’ONU.

Evidemment, pour l’instant, ces enquêtes n’ont débouché sur aucune sanction, sur aucune mise en examen. La difficulté psychologique d’ investigations où des policiers doivent interroger et compromettre d’autres policiers ne facilite certainement pas l’avancement rapide des procédures. . . Et sans doute également convient-il d’appliquer le principe de la présomption d’innocence pour des faits de flagrance où des policiers sont filmés en train de matraquer ou de tabasser des gilets jaunes sans agressivité et sans défense, on comprend que la comparution immédiate de policiers devant les tribunaux déclencherait certaines hostilités syndicales. . .

Enfin, comment toutes ces procédures pourraient-elles réellement avoir des suites quand de la bouche même du ministre de l’Intérieur les fautes des policiers sont “marginales” ?

Bientôt le Président tirera tous les enseignements du Grand débat. Sibeth Ndiaye pourra déployer tous ses talents de communicante.

Article 4 : Emmanuel Macron, roi des « fake news »

Source : Mediapart

https://www.mediapart.fr/journal/fr...

9 avril 2019| Par Michaël Hajdenberg et La Rédaction De Mediapart

Depuis quelques mois, le président de la République et ses proches diffusent de fausses informations à la pelle, en toute connaissance de cause, alors même qu’Emmanuel Macron prétend simultanément pourfendre les « fake news ».

La communication est une science toujours inexacte, et parfois mensongère. La majorité actuelle en fait la démonstration quotidienne. Car de la même façon que le président de la République dénonce officiellement les comptes anonymes utilisés sur les réseaux sociaux pour mieux s’en servir dans sa propagande (voir ici notre article), il ne cesse de propager des mensonges tout en prétendant combattre les « fake news ».

C’est Emmanuel Macron lui-même qui s’est approprié cet anglicisme. Mais qu’on les nomme fake news, informations fallacieuses, « infox », fausses nouvelles, ou juste mensonges, l’intention est la même. Tromper en toute connaissance de cause.

Il ne s’agit en effet pas ici de faire part de divergences d’analyse, de prétendre que le président ment quand il affirme que la suppression de l’impôt sur la fortune est une bonne chose pour l’économie française. Il est probable que le président croie en ce qu’il dit.

Il ne s’agit pas non plus de s’attarder sur ses jugements à l’emporte-pièce, du type « Je traverse la rue et je vous trouve du travail ». Il est ici question de mensonges purs et durs. De faits sciemment déformés, omis ou transformés.

Sibeth Ndiaye, la nouvelle porte-parole du gouvernement, anciennement chargée des relations presse à l’Élysée, doit se mordre les doigts d’avoir un jour dit la vérité à L’Express à propos des bobards de l’exécutif : « J’assume de mentir pour protéger le président. »

Depuis, elle a nié avoir tenu ces propos. Mais ne dément-elle pas pour « protéger le président » ?

Comme s’il voulait décrédibiliser par avance les informations à paraître, Emmanuel Macron assurait le 26 juillet 2018 à ses amis, aux prémices de l’affaire Benalla, que « nous avons une presse qui ne cherche plus la vérité ». En réalité, c’est l’Élysée qui cherche à l’en détourner.

Les fausses vidéos de l’affaire Benalla (Emmanuel Macron)

Ismaël Emelien, en promotion pour la sortie de son livre écrit avec David Amiel, a eu les plus grandes difficultés à se défendre. Le 19 juillet 2018, au lendemain des révélations du journal Le Monde sur les agissements d’Alexandre Benalla, le conseiller spécial du chef de l’État avait orchestré la riposte en faisant diffuser par un compte anonyme sur les réseaux sociaux des vidéos censées dédouaner Benalla.

Deux problèmes se posent. Tout d’abord, Ismaël Emelien a utilisé une vidéo issue des caméras de surveillance de la police, ce qui est illégal. Il prétend qu’il ne connaissait pas l’origine de ces vidéos. Qu’il n’a pas pensé à se renseigner . Mais l’Élysée a aussi fait circuler, avec la bénédiction de Sibeth Ndiaye qui a conseillé aux journalistes d’aller consulter ces vidéos, le film d’un homme très agité poursuivant un groupe d’hommes vêtus de noir, chaise à la main.

Le problème, comme l’a raconté Le Monde, est qu’il ne s’agit pas du tout du jeune homme immobilisé par Alexandre Benalla place de la Contrescarpe. La vidéo a été tournée le soir, bien après l’intervention musclée d’Alexandre Benalla. Et selon une enquête publiée jeudi 4 avril par le site la-bas.org 3, l’homme à la chaise poursuivait en réalité des militants « antifas ».

Mais Emmanuel Macron lui-même a endossé ce mensonge, alors que la comparaison des deux hommes sur ces vidéos ne tromperait pas un enfant familier du jeu des sept erreurs (chaussures de couleurs différentes, blouson sans fourrure…).

Quelques jours plus tard, le 26 juillet, à la Maison de l’Amérique latine, outre le fait qu’il se plaint de cette « presse qui ne recherche plus la vérité », Emmanuel Macron lance : « Les images tournent en boucle d’une scène inadmissible et que je condamne. Je ne vois jamais la scène d’avant, la scène d’après. Quel est le contexte, qu’est-ce qui s’est passé ? S’agissait-il d’individus qui buvaient gentiment un café en terrasse ? Que s’est-il passé juste ensuite ? »

Le chef de l’État fait ensuite clairement référence à cette vidéo tournée postérieurement. « J’ai cru comprendre qu’il y avait des images, poursuit-il. Où sont-elles ? Sont-elles montrées avec la même volonté de rechercher la vérité et d’apporter de manière équilibrée les faits ? Non. » Avant de conclure : « Je vois un pouvoir médiatique qui veut devenir un pouvoir judiciaire. »

La réalité est tout autre. Des investigations journalistiques ont mis en lumière des faits avérés sur lesquels la justice enquête aujourd’hui. La perquisition à Mediapart sur les enregistrements Crase/Benalla (Nicole Belloubet)

Après que nous avons diffusé les extraits d’une conversation entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, Mediapart a reçu, le vendredi 1er février, une demande de réquisition de ces extraits par les juges d’instruction de l’affaire du 1er Mai.

Nous avons tout de suite fait savoir que nous ne nous opposions pas à cette réquisition judiciaire, de façon que des juges indépendants puissent authentifier les documents publiés et statuer, notamment, sur la violation du contrôle judiciaire.

Cet accord a été renouvelé le lundi 4 février, à 9 heures.

Pourtant, ce même lundi 4 février, peu après 11 heures, notre journal a fait l’objet d’une tentative de perquisition après l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet de Paris des chefs d’« atteinte à l’intimité de la vie privée » et de « détention illicite d’appareils ou de dispositifs techniques de nature à permettre la réalisation d’interception et de télécommunications ou de conversations ».

Deux procureurs du parquet de Paris se sont présentés à notre journal et nous ont annoncé qu’ils venaient pour procéder à une perquisition, et non réquisitionner les enregistrements publiés.

Vu que nous avions déjà donné notre accord pour la réquisition judiciaire, la tentative de perquisition n’avait qu’un seul objectif : identifier nos sources, et faire peur à tous ceux susceptibles de nous parler.

Devant l’Assemblée nationale, et pour justifier cette tentative de perquisition, la ministre de la justice Nicole Belloubet a cependant déclaré le 5 février : « Mediapart a dans un premier temps refusé cette remise, mais comme la presse s’en est fait l’écho, depuis, les bandes sonores ont été remises à la justice, ce qui est une très bonne chose, je crois, pour que toute la vérité soit faite dans cette affaire. »

En mélangeant sciemment les deux procédures, Nicole Belloubet a menti.

Geneviève Legay, blessée à Nice par un policier (Emmanuel Macron)

Lors de rassemblements à Nice, le 23 mars, Geneviève Legay, porte-parole d’Attac, est blessée lors d’un rassemblement de gilets jaunes.

Le lundi 25 mars, le procureur de la République indique, lors d’une conférence de presse, que Geneviève Legay « n’a pas été touchée par des policiers. Il n’y a aucun contact direct entre un policier et cette dame ».

Dans un entretien avec Nice Matin 3, publié le lundi 25 mars, le président de la République déclare à son tour, sans la moindre prudence, que « cette dame n’a pas été en contact avec les forces de l’ordre ». Il ajoute quelques phrases qui ont profondément irrité Geneviève Legay : « Pour avoir la quiétude, il faut avoir un comportement responsable. […] Quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci. »

Or dès le 23 mars, comme nous l’avons révélé, un policier expliquait le jour même du rassemblement sur procès-verbal qu’au vu des premiers éléments de l’enquête, la victime, âgée de 73 ans, avait été heurtée par « un homme portant un bouclier ».

Au cours de son audition, un autre policier, ayant participé à la charge, avait précisé : « Nous avons chargé, donc effectivement nous avons poussé les personnes devant nous. […] C’est après la charge en me retournant que j’ai constaté qu’une femme était à terre. »

Le gouvernement et les chômeurs « trop » indemnisés (Édouard Philippe)

Le premier ministre et la ministre du travail affirment qu’un chômeur sur cinq gagnerait plus au chômage que dans son travail précédent. Ce chiffre est en réalité totalement vicié et aboutit à un mensonge qui salit 600 000 personnes.

Comment est-ce possible ? Le gouvernement compare deux périodes qui ne sont pas les mêmes. Avec une méthode de calcul différente, l’Unédic aboutit au chiffre de moins d’un salarié sur 25 se retrouvant dans la situation décrite par l’exécutif.

Pour le sociologue spécialisé dans les politiques de l’emploi Mathieu Grégoire, il s’agit donc d’« un artefact statistique » et d’« une manipulation assez troublante des chiffres ».

Selon le gouvernement, ce sont les salariés en contrats courts, généralement peu qualifiés et peu rémunérés, qui sont censés « trop » profiter de l’assurance-chômage. Et en dépit du calcul erroné, c’est sur eux que le gouvernement devrait faire porter l’essentiel des économies à venir.

Le nombre d’ultras parmi les gilets jaunes (Emmanuel Macron)

Le jeudi 31 janvier, Emmanuel Macron reçoit cinq journalistes pour une « discussion informelle » autour d’un café. Le président de la République se montre très offensif au moment de dénoncer les violences commises lors des manifestations des « gilets jaunes ». Selon lui, elles seraient l’œuvre « de 40 à 50 000 militants ultras qui veulent la destruction des institutions ». « Face aux violences orchestrées par les extrêmes », rapporte Paris-Match 3, le chef de l’État « met en garde contre la ‘‘fachosphère’’ et la ‘‘gauchosphère’’ qui ont surinvesti les réseaux sociaux ».

Pourtant, dans les jours précédents, selon nos enquêtes, des notes des services de renseignement sont remontées à l’Élysée. Et elles disent précisément l’inverse de ce que prétend Macron.

En effet, à ce moment-là, l’ultradroite se désengage « à Paris comme en province ». Selon la DGSI, « la scène d’ultradroite est quasi inexistante au sein des cortèges ». Même au plus fort de leur mobilisation les premières semaines du mouvement, les services ne comptaient que « quelques centaines d’individus » relevant de cette mouvance.

À l’ultragauche, alors ? Pas plus. « L’ultragauche s’est impliquée de manière limitée dans un mouvement perçu comme populiste et réactionnaire », écrit-on à la DGSI. Des sources dans différents services de renseignement donnent un même chiffre de 300 militants « au grand maximum » d’ultras de droite et de gauche réunis au plus fort du mouvement, début décembre. En mars, ils n’étaient plus que quelques dizaines.

Dans la même interview, le président de la République décrit le mouvement des gilets jaunes comme « une manipulation des extrêmes, avec le concours d’une puissance étrangère : la Russie 3 de Poutine ». Or la DGSI et la DGSE n’auraient toujours pas trouvé la moindre trace d’ingérence russe. Et l’Élysée n’a jamais voulu nous faire part de ses sources sur le sujet.

Le retour des djihadistes français (Emmanuel Macron)

« Contrairement à ce que j’ai pu lire ou entendre, il n’y a pas un programme de retour des djihadistes qui est aujourd’hui conçu, nous restons sur la même doctrine », explique à l’occasion du « grand débat » Emmanuel Macron à des élus de la Région Grand Est. Selon lui, il n’y aurait donc jamais eu de programme de retour des djihadistes français. Pas question de donner l’impression de tergiverser.

Selon nos informations, les services des ministères des affaires étrangères, de la défense, de l’intérieur et de la justice travaillaient pourtant bien depuis l’automne 2018 au retour des djihadistes détenus par les Kurdes de Syrie.

Les conditions du programme de retour étaient tenues pour acquises par les principaux acteurs du dossier lorsque, dans la première quinzaine de février, le président de la République a changé d’avis.

Qu’est-ce qui a fait changer Emmanuel Macron de position et l’a ainsi fait aller à l’encontre des préconisations de son administration ? L’Élysée n’a pas répondu à nos sollicitations.

Le chlordécone ne serait pas cancérigène (Emmanuel Macron)

« Il ne faut pas dire que ce pesticide est cancérigène. » En une phrase, le président de la République a soulevé l’indignation, en particulier des élus d’outre-mer qui lui faisaient face le vendredi 1er février, à l’Élysée, pour une rencontre dans le cadre du grand débat national.

La discussion portait sur la dangerosité du chlordécone, un pesticide extrêmement toxique et perturbateur endocrinien, classé « cancérigène possible » par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dès 1979 et utilisé jusqu’en 1993 dans les bananeraies en Guadeloupe et en Martinique. Ce jour-là, pour le président, « il ne faut pas dire que c’est cancérigène. Il est établi que ce produit n’est pas bon, il y a des prévalences qui ont été reconnues scientifiquement, mais il ne faut pas aller jusqu’à dire que c’est cancérigène parce qu’on dit quelque chose qui n’est pas vrai et qu’on alimente les peurs ».

Presque tous les Guadeloupéens et les Martiniquais sont contaminés au chlordécone, selon une étude publiée par Santé publique France en 2018. Et les sols sont pollués pour quatre cents à sept cents ans.

Estomaqués par les propos du président, l’urologue Pascal Blanchet et le chercheur à l’Inserm Luc Multigner ont répondu en rappelant, entre autres, que « l’exposition au chlordécone est associée à une augmentation de risque de survenue du cancer de la prostate ».

Face à la polémique, l’Élysée a maladroitement tenté de faire machine arrière, plaidant le malentendu, sans convaincre personne. Lire la suite en cliquant sur le lien suivant : https://www.mediapart.fr/journal/fr...

Article 5 : Charlot ministre de la vérité

Source : Le Monde diplomatique

par Frédéric Lordon, 22 février 2017

https://blog.mondediplo.net/2017-02...

Admettons-le : au début on n’a pas voulu y croire. Lorsque le 3 janvier on a entendu Samuel Laurent, « décodeur » en chef au Monde, annoncer « une innovation technologique (1) » conçue pour défaire la post-vérité, on s’est dit que c’était trop beau pour être vrai. Mais l’époque dispense sans compter, et il faut désormais tenir pour acquis qu’elle est capable de tout. La suite a prouvé combien. Il y a d’abord ce nom grotesque, Decodex, qui fait surtout penser aux collants bleus de Fantômas ou bien au manteau noir de Judex — et donne irrésistiblement envie d’avoir accès aux minutes du brainstorming, qu’on imagine quelque part entre Veritator, Orthofact et Rectifias. Il y a surtout une trouvaille dont on ne sait plus s’il faut l’assimiler au geste d’une performance artistique ou au comique du cinéma muet. Construire la machine à gifles et s’y attacher la tête dans l’ouverture, Buster Keaton ou Charlot n’auraient sans doute pas fait mieux. C’est que les génies du décodage se sont fabriqué pour longtemps des journées difficiles. Comme de juste, pas une des (nombreuses) traces de pneu de la presse « crédible » labellisée « vert » ne leur sera épargnée, immanquable avalanche dont les effets sur la santé nerveuse du chef décodeur sont déjà constatables sur les réseaux sociaux. Et chaque fois que le ministère de la vérité proteste de ses justifications doctrinales, c’est derechef pour faire tourner à plein régime la turbine à claques.

Lire la suite en cliquant sur le lien ci-dessus

Rappelons que les milliardaires Niel et Pigasse sont propriétaires du journal Le Monde.

Article 6 : « Post-vérité » et « fake news » : fausses clartés et points aveugles

Source : Acrimed

par Patrick Michel, jeudi 23 février 2017

https://www.acrimed.org/Post-verite...

Apparu dans les années 2000 et remis au goût du jour dans les suites du Brexit puis de l’élection de Donald Trump, le concept a fini par s’imposer : nous vivrions actuellement dans l’ère de la « post-vérité », dans laquelle la vérité a perdu sa valeur de référence dans le débat public, au profit des croyances et des émotions suscitées ou encouragées par les fausses nouvelles devenues virales grâce aux réseaux sociaux. Sans doute la diffusion de fausses nouvelles est-elle une réalité, mais la façon dont certains journalistes des grands médias, et en particulier les cadres des rédactions, posent le problème, ne nous en apprend pas tant sur l’idée bancale de « post-vérité » que sur les croyances de ces mêmes journalistes et les points aveugles de la conception du rôle qu’ils jouent dans les événements politiques en général, et dans la situation actuelle en particulier.

Concepts flous, utilisations orientées

L’expression « post-vérité » (post-truth politics en version originale), apparue dès les années 2000 [1] connaît actuellement une deuxième vie, tellement riche qu’elle a été désignée « mot de l’année 2016 » par le dictionnaire Oxford. C’est Katharine Viner, rédactrice en chef « Informations et Médias » du quotidien britannique The Guardian, qui l’a remis au goût du jour, en l’actualisant, dans un éditorial du 12 juillet 2016. Au lendemain du Brexit, cette journaliste spécialiste des questions médiatiques donne ainsi un nouveau cadre à l’expression : les électeurs, trompés par de fausses nouvelles (fake news), ont voté pour le Brexit alors même que les médias favorables au maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne leur exposaient à longueur de colonnes et d’émissions les faits qui auraient dû les convaincre de voter « remain ».

Avoir la vérité de son côté ne suffit plus, nous dit-on, à persuader les électeurs, davantage enclins à suivre celles et ceux qui font appel à leurs émotions et à leurs croyances personnelles [2].

Cette utilisation de l’expression est celle qu’on retrouve depuis dans la grande majorité des médias dominants, avec une fréquence accrue après les élections « surprises » de Donald Trump aux États-Unis, et de François Fillon puis Benoît Hamon aux primaires de leurs camps respectifs en France. Chaque défaite électorale de l’option préférentielle des médias dominants (Hillary Clinton, Alain Juppé [3], Manuel Valls [4]) semble alors confirmer le diagnostic.

Dans un dossier consacré au sujet, un article de Libération résume le lien présumé (auquel son auteure ne semble pas souscrire complètement) entre fausses informations, crédulité du public et résultats électoraux : « Les médias dits traditionnels vérifient, contredisent, rétablissent les faits. Pour quels effets ? Après le Brexit, Trump est élu… Un faux tweet fait-il une vraie élection ? Mal informés voire désinformés, les électeurs voteraient pour Donald Trump ou Marine Le Pen…

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Fin des articles

HD


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