De la conquête spatiale à un nouveau projet des Lumières

jeudi 1er août 2019.
 

- 20 et 21 juillet 1961 premiers pas sur la lune de Neil Armstrong

Ad astra per aspera

Le 21 juillet 1961, Neil Armstrong effectuait ses premiers pas sur la Lune, accompagné de Buzz Aldrin dans le L.E.M. tandis que Michaël Collins les attendait en orbite. Peu importe que ce projet ait été aussi réalisé dans le cadre de la concurrence entre blocs en plein guerre froide : l’intelligence humaine, la mobilisation de centaines d’années de progrès scientifiques et de milliers d’ingénieurs et techniciens avait rendu possible ce qui ne l’était pas. Se poser sur la lune, et contempler la Terre de l’extérieur, attestait à la fois des prodiges que peut effectuer l’humanité, et aurait dû inviter à plus d’humilité : si vaste pour les explorateurs du XVI° siècle, vue de la Lune, la Terre semble si fragile, si perdue dans le vaste univers.

On connaît la Pensée de Pascal : « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. » Pascal, tiraillé entre la raison et la foi, mathématicien au fait de l’infiniment grand comme de l’infiniment grand, nous invite à prendre la mesure de notre responsabilité et de notre pouvoir : « Car enfin qu’est-ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout (…) ». Roseau pensant, l’être humain se sait fragile et par là capable de se donner les moyens de dépasser sa finitude, de tenter de résister aux aléas, de mobiliser la raison.

Ad astra per aspera : « par des sentiers ardus jusqu’aux étoiles ». Cette locution rend hommage aux morts lors de la conquête spatiale. Elle doit aussi nous guider aujourd’hui dans ces temps incertains, où la menace de la bifurcation écologique se fait de plus en plus prégnante. Nous ne pouvons ni nous y résigner, ni l’ignorer. Nous avons besoin d’un nouveau projet des Lumières : un usage public et éclairé de la raison. La conquête spatiale s’est faite essentiellement par des organismes d’État, la Nasa, l’OKB-1 soviétique, au nom d’un intérêt supérieur. Notre nouvelle frontière nous ramène sur terre. Nous devons y reconquérir la viabilité de la vie, animale et humaine. Ce ne sont pas les intérêts privés du capitalisme qui rendront possible ces investissements nécessaires au bien commun. La préoccupation écologique doit être inscrite au sommet de la hiérarchie des normes et de l’activité de l’État car le temps de l’écosystème, c’est le temps long, pas celui de l’intérêt financier. Pour profiter à tous et toutes, l’écologie appelle une mobilisation analogue à celle qui a rendu possible l’exploration de l’espace. Cette dernière a emprunté aux mécanismes de l’économie de guerre ; il nous faut désormais une écologie de guerre. Le temps compte.

Benoît Schneckenburger


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