La domination de classe : la source de tous les maux.

dimanche 11 août 2019.
 

1–Une situation sociale dégradée en France.

Un nombre important de personnes seules ou de ménages de notre pays doivent faire face à une multitude de difficultés émaillant leur vie quotidienne. Leur attente de pouvoir vivre dans de bonnes conditions se trouve ainsi insatisfaite.

Par ailleurs, nombreuses professions se heurtent à de redoutables difficultés pour accomplir correctement leurs fonctions. Médecins enseignants, magistrats, personnel de différents secteurs administratifs et sociaux, etc. exercent leur métier dans un contexte de pénurie de moyens matériels et humains pouvant même conduire au burn-out, voire au suicide.

Entreprises industrielles, petites entreprises artisanales et petits commerces, exploitations agricoles sont contraintes de fermer leurs portes provoquant ainsi une augmentation du chômage et parfois des drames familiaux.

Cette situation quasi chaotique provoque divers mouvements syndicaux et sociaux dans un grand nombre de secteurs.

Mais la grande majorité de cette population spoliée ne perçoit pas les causes réelles de ses difficultés comme perdue dans un labyrinthe et noyée dans une brume l’empêchant de sortir du tunnel en dépit des efforts plus ou moins désespérés des mouvements sociaux dispersés.

Nous proposons ici la clé pour sortir du labyrinthe et le phare pour sortir de la brume en révélant quelles sont les deux causes fondamentales de toutes les difficultés rencontrées dans la vie concrète et la vie sociale et même politique.

Mais pour se procurer ses clés, il va falloir faire un pas dans l’abstraction en partant des réalités concrètes.

2–Le système d’attentes des Français

D’abord avoir un emploi correspondant autant que possible à sa qualification, intéressant et relativement stable avec des conditions de travail satisfaisantes.

Percevoir un salaire, une pension ou autre rétribution d’un niveau suffisamment élevé pour faire face aux nécessités d’une vie digne : se nourrir suffisamment et sainement ; se Loger avec des conditions d’habitat et d’équipements adaptées aux besoins ; se vêtir à son goût ; bénéficier de bonnes conditions d’hygiène et de soins ; se déplacer par véhicules individuels ou transports en commun selon les besoins dans des conditions satisfaisantes ; utiliser les moyens modernes audiovisuels et de communication ; pratiquer des activités de loisirs ; prendre des vacances dans de bonnes conditions ; avoir du temps pour participer à la vie sociale associative ou autre, etc.

On a tracé ici les grandes lignes des conditions de vie concrètes sans entrer dans le détail : équipement mobilier, électroménager, utilisation du chauffage du gaz, de l’électricité, de l’eau, etc. On aboutirait alors à la constitution d’un budget familial–type.

Mais à ces exigences de la vie des ménages, s’ajoute ou se combine un système d’attente concernant la quantité et la qualité des services publics.

Pouvoir accéder à un système de santé accessible à tous et de qualité.

Permettre aux enfants, élèves et étudiants d’accéder à des scolarités élémentaire, secondaire et supérieure de qualité et à la hauteur des besoins pour le développement harmonieux des individus, des qualifications professionnelles et de la formation du citoyen.

Pouvoir accéder aux différents réseaux remplissant un service public : transport ferroviaire, aérien, routier ; réseaux de communications ; réseaux de distribution de l’énergie ; réseaux d’eau potable et d’évacuation et de traitement des eaux usées.

Une action efficace contre les trop grandes inégalités et les discriminations en tout genres.

Un système judiciaire et policier assurant la sécurité de tous les citoyens d’une manière égale pour tous. Une lutte contre toutes les formes de délinquance (y compris en col blanc) et la corruption.

Un système fiscal équitable et juste à la mesure des revenus de chacun.

Un système politique démocratique représentant réellement sociologiquement et idéologiquement les citoyens d’une manière juste.

Avoir un système d’information le plus objectif possible non assujetti à une dominance politique quelconque et de purs critères commerciaux.

Une autre attente est une gestion correcte et humaine des flux migratoires tant en aval qu’en amont.

Avoir la capacité de défendre son territoire en cas d’agression extérieure mais surtout développer une politique de paix en Europe dans le monde.

À toutes ces préoccupations se sont ajoutées plus récemment des préoccupations écologiques et concernant la qualité des aliments et des médicaments.

Tel est grosso modo le système d’attentes des Français.

3–Des attentes (des désirs) non satisfaites

Mais pour une portion de plus en plus large de la population, toutes ces attentes ne sont pas satisfaites, loin de là.

Il s’agit ici évidemment de la multitude des petits problèmes concrets de la vie quotidienne sociale dont nous avons seulement ici esquissé les grandes lignes.

Plus précisément encore, on pourrait parler des problèmes liés à la précarité de l’emploi, du niveau insuffisant des salaires et des pensions et des problèmes liés aux dysfonctionnements des services publics.

Par exemple, le niveau trop élevé des loyers et des prix des logements ; trop élevé d’une alimentation bio ; du manque de fiabilité de produits électroménagers ; du prix trop élevé du chauffage et du carburant ; de l’impossibilité pour de nombreuses familles de pouvoir partir en vacances ou se payer certains loisirs ; du prix trop élevé des maisons de retraite et pour finir du prix trop élevé d’un enterrement…

Ainsi, à une insuffisance du pouvoir d’achat, s’ajoute des tarifs spéculatifs pratiqués par certains prestataires de services.

Versant services public, le mécontentement est à la fois côté de l’utilisateur et de celui qui produit le service. Nombre de médecins insuffisants notamment dans les hôpitaux et particulièrement dans les services d’urgence ; nombre insuffisant d’enseignants à tous les niveaux de l’enseignement provoquant des classes surchargées, ni l’existence de certaines spécialités, etc. ; nombre de magistrats notoirement insuffisants provoquant des attentes interminables de procès et impossibilité de traiter des dossiers d’escroqueries diverses fort complexes de « gros poissons » assistés d’une armée d’avocats. Cette justice à deux vitesses est particulièrement aggravée par la dépendance des procureurs au pouvoir exécutif.

De même, le nombre d’inspecteurs du travail est notoirement insuffisant pour faire face aux nombreuses irrégularités commises par le patronat au regard du code du travail.

On constate de la même manière une détérioration des conditions de transport par le rail (hors TGV) et une dégradation de l’état de nombreuses routes et d’autoroutes.

Plus récemment, les atteintes aux milieux naturels provoquent des mobilisations citoyennes : Pollution des eaux et de l’air ayant une incidence sur la santé des humains et des animaux ; pollution des sols par les extractions minières et les pesticides ; atteinte à la biodiversité ; émission des gaz à effet de serre, etc.

Toutes ces insuffisances et dysfonctionnements provoquent un fort mécontentement des usagers et diverses mobilisations syndicales des agents de la fonction publique.

On pourrait ainsi continuer la liste : services administratifs saturés et débordés ; matériel de lutte contre les incendies très insuffisants et conditions de travail des pompiers difficiles ; mauvais entretien des dunes et des digues ainsi que des rivières et des lacs etc.

Après avoir abordé toutes ces insatisfactions chroniques, considérons maintenant les cas les plus critiques : les 3,5 à 6,5 millions de chômeurs selon les catégories ; des centaines de docteurs et ingénieurs contraints de quitter la France pour trouver un emploi à la mesure de leur qualification dans d’autres pays ; des milliers de suicides causés par le chômage et le stress au travail ; les dizaines de milliers de sans-abri et centaines de milliers de personnes habitant à logements insalubres, les neufs millions de pauvres, des milliers de personnes handicapées vivant dans la détresse matérielle et morale, etc.

Toutes ces attentes non satisfaites et cette détresse sociale sont partiellement prises en charge par les organisations syndicales, les associations et divers comités de citoyens. Mais chacun reste enfermé dans sa bulle revendicative sans vision globale et donc sans coordination globale.

Pour avoir une vision imagée d’ensemble, on pourrait considérer l’image de la grappe.

L’ensemble des préoccupations concrètes et des attentes des Français constituent une grappe constituée de plus petites grappes. Par exemple la grappe ‘se loger correctement’ est constituée elle-même de plusieurs grains : surface habitable, isolation thermique et phonique, chauffage, auquel on peut d’ailleurs attribuer à chacun un prix : prix du mètre carré habitable ; prix du chauffage, de l’isolation, etc.

À cette grappe correspond d’une manière duale une autre grappe : celle des revendications concrètes des organisations professionnelles, associatives, de citoyens, de consommateurs,… défendant l’étendue et la qualité des services publiques, la protection de l’environnement la qualité des produits de consommation, etc.

Il y a une convergence objective entre la grappe des attentes et la grappe des revendications mais cette convergence n’apparaît pas forcément subjectivement dans la tête des gens.

Par exemple l’attente d’un bon système de transport par rail est en accord avec les revendications des agents de la SNCF qu demandent une amélioration de conditions de travail ; l’attente de bonnes conditions d’enseignement par les associations de parents d’élèves est en phase avec la revendication des enseignants sur la qualité de leurs conditions de travail.

Mais la réalité subjective n’est pas si simple : on constate même parfois une opposition entre usagers et agents du service public.

4–Nécessité du passage du concret à l’abstrait

Rester au niveau concret, concret, concret,… de la vie quotidienne et pratique des gens alors qu’il existe autant de problèmes concrets que de de situations particulières rend impossible toute compréhension profonde des causes des difficultés concrètes rencontrées qui ont en fait une nature universelle.

Si l’on considère qu’il est nécessaire que toutes ces attentes non satisfaites, que toutes ces luttes partielles peuvent et doivent se fédérer, il faut dépasser le stade du simple cas concret et la simple intelligence pratique et faire un effort d’abstraction pour comprendre les causes profondes qui font que ces attentes ne sont pas satisfaites Or le nombre de causes fondamentales qui font que ces attentes ne sont pas satisfaites sont les mêmes pour tous ces cas concrets et sont au nombre de deux !

Les connaître et les comprendre permet alors à toutes ces populations éclatées, de retrouver son unité en prenant conscience de leur communauté de destin qui n’est rien d’autre que celle d’une classe dominée.

Mais la connaissance de ces causes fondamentales évite une multitude de pièges alimentant la division entre les gens : c’est de donner de fausses explications, des causes erronées pour le moins très insuffisantes à tous ces déficits sociaux concrets.

Par exemple expliquer le chômage par l’immigration ou la fainéantise ; le déficit de la sécurité sociale par les abus des « assistés sociaux » l’irresponsabilité des malades ; des échecs scolaires à cause de l’incompétence supposée des enseignants ; des impôts trop élevés car il y aurait trop de fonctionnaires ; etc.

Toutes ces pseudos explications se veulent concrètes et simplistes, ce qui leur confère une certaine efficacité pour les esprits simples qui se refusent à faire le moindre effort d’abstraction tout simplement parce qu’ils n’ont pas l’habitude de faire cet effort.

Et tout est mis en place dans ce monde contemporain d’images et de zapping du culte des apparences et de l’émotion pour que cet effort ne soit pas fait par le plus grand nombre.

C’est alors qu’apparaît le labyrinthe des fausses explications qui n’aboutissent qu’à des voies sans issue voire même à opposer des catégories sociales entre elles.

De même que des algorithmes peuvent enfermer sur Internet des segments de la population dans des bulles informationnelles, les pratiques syndicales corporatistes et associatives « concrètes » peuvent enfermer des segments de la population dans des bulles revendicatives détachées de toute analyse et réflexion globale.

L’expérience montre combien il est difficile pour les syndicats d’organiser des mouvements revendicatifs interprofessionnels.

La troisième utilité de la connaissance de ces causes est de pouvoir faire le tri dans ce que l’on appelle parfois « l’offre politique ». C’est-à-dire faire le tri entre les escrocs, les corrompus (à des degrés divers) qui masquent les véritables causes de ces attentes non satisfaites et invoquent des causes qui n’en sont pas et d’autre part, les propositions des acteurs politiques honnêtes qui dévoilent les véritables causes de ces déficits sociaux.

5–Des conditions de vie matérielles et morales difficiles pour beaucoup de gens mais ce n’est pas le cas de tout le monde et pour cause…

Beaucoup de gens souffrent de petits salaires et de petites retraites alors qu’une poignée de nantis ont un patrimoine et des revenus extravagants. Ainsi, 10 % de ménages possèdent 60 % du patrimoine total de la France. Il existe 9 millions de pauvres dans notre pays, sixième puissance économique mondiale.

Il existe un chômage de masse structurel et une précarité d’emploi même pour les personnes les plus qualifiées.

Les causes ? La division de la société en classes et une inégale répartition des richesses produites par les Français. Des représentants élus issus des partis politiques peu efficaces et incapables de résoudre les problèmes de fond et de servir le bien commun

Les gens votent depuis 40 ans pour la droite et pour la gauche (le PS) alors que les conditions de vie ne s’améliorent pas avec toujours « l’austérité » à l’ordre du jour.

Pourquoi : la division de la société en classes avec des partis politiques liés à ces rapports de classe.

Les services publics fonctionnent très mal (éducation nationale, hôpitaux, transports,…).

Pourquoi ? :

Une inégale répartition des richesses et de l’impôt et la division de la société en classes.

Bref, tous les problèmes concrets sociaux rencontrés (dont nous avons donné une image avec les deux grappes précédentes) dont la liste demanderait plusieurs pages ont pour cause de problèmes de la division de la société en 2 classes et l’inégale répartition des richesses produites.

Sans donc se noyer dans une multitude de détails, nous allons donc ici examiner ces deux causes fondamentales.

6–Clé 1 : classes sociales antagoniques.

La division de toute société organisée en deux grandes classes sociales. Depuis qu’il existe une division sociale du travail et un État, il existe deux groupes : un groupe d’Homo sapiens dominants est un groupe d’Homo sapiens dominés. Par exemple sous l’Ancien Régime, le groupe dominant était la classe féodale avec la noblesse et le clergé et le groupe dominé était la classe des cerfs et des petits artisans. La révolution industrielle et la Révolution française de 1789 font apparaître une nouvelle classe dominante : la classe capitaliste constituée de riches bourgeois et une classe dominée de salariés exploités. Au servage succède le salariat.

La classe dominante puise sa puissance dans la propriété privée des moyens de production (entreprises agricoles, industrielles et financières), d’échange (moyen de communication, de transport, de distribution…) et d’information (dont le système médiatique) et de l’exploitation de la force de travail des salariés et de certains travailleurs indépendants. Cette propriété s’exprime financièrement par un capital (appelé parfois patrimoine professionnel) et des titres juridiques de propriété qui peut être une action quottée ou non en bourse. Le capital prend plusieurs formes : le capital industriel résultant de l’exploitation de la force de travail ; le capital commercial produit du bénéfice résultant d’une vente d’un bien ou service (dont une location par exemple), le capital bancaire résultant de l’acquisition d’intérêts, de la spéculation boursière), le capital foncier obtenu avec la rente foncière. Le capitalisme commercial et foncier existait avant la révolution industrielle du XVIIIe siècle. Après une prédominance du capitalisme industriel pendant deux siècles, c’est maintenant le capitalisme financier qui devient dominant. Pour remettre en cause ou voiler l’existence d’une classe capitaliste, on avance l’idée que la propriété se répartit sur une multitude d’actionnaires individuels ou institutionnels, en indiquant par exemple qu’il existe en France 9 millions de ménages possédant des actions (soit 8 %). C’est oublier que les petits porteurs d’actions n’ont quasiment aucun pouvoir sur l’orientation stratégique des entreprises est que ce sont les gros-porteurs qui détiennent souvent des participations croisées dans différentes sociétés qui ont un véritable pouvoir économique. Remarquons que les gestionnaires des portefeuilles d’actions font partie du pôle organisation de la classe dominante. Comme l’indique d’ailleurs l’article de Wikipédia sur les actionnaires, l’actionnariat salarial relève plus d’une technique de management que d’une véritable délégation de pouvoirs économiques. Nous verrons plus loin que la classe dominante est en réalité composée de deux pôles : l’un de la propriété que nous venons de décrire et l’autre de l’organisation.

7–Clé 2 : La création et le partage des richesses produites par la population active.

Chaque année, les entreprises privées et publiques créent des richesses nouvelles appelées valeur ajoutée. La valeur ajoutée est la différence entre la valeur des biens et services produits (pouvant s’exprimer par le chiffre d’affaires) et la valeur des biens et services consommés par l’entreprise. La somme de toutes les valeurs ajoutées des entreprises s’appelle le Produit Intérieur Brut (PIB). Le montant du PIB de la France en 2018 s’élevait à 2350 milliards d’euros Cette richesse est produite par une population active de l’ordre de 29 millions dont environ 26 millions de salariés.

Ce PIB est constitué de trois parties : les salaires versés aux employés des entreprises, (cotisations sociales incluses), les profits des chefs d’entreprise (et détenteurs de capital) et les différents impôts versés par les salariés et les chefs d’entreprise.

Le partage des richesses produites. Le partage de la valeur ajoutée et donc du PIB se répartit donc essentiellement entre salaires et profits auxquelles on peut adjoindre des impôts versés par les salariés et ceux versés par les capitalistes. Un deuxième partage a lieu concernant le profit réalisé par les capitalistes. Celui-ci peut être en partie réinvestie et en partie distribuée sous forme de dividendes aux actionnaires propriétaires de l’entreprise. Il est facile de comprendre que l’intérêt des capitalistes est de réaliser un partage favorable à l’augmentation des profits et des dividendes en payant le moins d’impôts possible. Ainsi, par exemple, l’impôt sur les profits des sociétés qui étaient de 33 % est passé à 28 % en 2016 et passera à 25 % en 2022 ce qui correspond à un manque à gagner pour l’État de 12 milliards d’euros. Un autre exemple : le CICE, véritable cadeau fiscal aux entreprises, s’élève à 40 milliards d’euros alors que la dotation budgétaire globale de l’État à l’ensemble des collectivités territoriales s’élève à 49 milliards d’euros (dotation qui est d’ailleurs en baisse continue depuis plusieurs années) ! Ces partages déterminent les conditions de vie de la classe dominante et de la classe dominée. Vie luxueuse où l’on dépense sans compter d’un côté, vie difficile avec l’angoisse des fins de mois de l’autre. Le montant des profits et des salaires détermine le pouvoir d’achat et le patrimoine des salariés et des patrons tandis que le montant des impôts détermine l’étendue et la qualité des services publics au service de l’intérêt général. Les allégements fiscaux au bénéfice du patronat et l’évasion fiscale ont pour effet de creuser la dette publique.

En 2018 le montant global du patrimoine professionnel des 500 premières fortunes de France s’élevait à environ 650 milliards d’euros, soit 30 % du PIB. Il était 6,5 % entre 1998. Le montant des dividendes versés aux actionnaires du CAC 40 s’élevait en 2018 à 57 milliards d’euros avec une croissance de 12 % en un an soit 10 fois la croissance du salaire moyen des salariés des groupes du CAC 40.

Certes, tous les salaires des chefs d’entreprise n’atteignent pas ce niveau : ainsi en 2014, selon l’INSEE, le salaire moyen des chefs d’entreprise s’échelonnait entre 6685 € et 11 036 € bruts par mois, le salaire médian s’élevait à 8861 € bruts. Mais ces chiffres ne donnent q’une vision partielle de la rémunération des patrons puisque ces derniers peuvent percevoir en outre des dividendes, des stock-options, des avantages en nature, etc. Ainsi, l’inclusion de très hauts salaires dans la catégorie « Salaire » a un caractère artificiel et pourrait être classé dans dans la catégorie « profits ».

Un partage inégal qui ne fait que s’aggraver depuis 1980 au détriment des salaires. La part des salaires dans le PIB est passée de 68 % en 1980 à 60 % en 2015 et l’augmentation de la part des profits a augmenté de 19 %. Ce sont plusieurs dizaines de milliards d’euros qui sont ainsi transférés de la poche des salariés vers la poche des actionnaires.

Comment s’effectue ce partage inégal ? En réalité, la classe dominante n’est pas seulement constituée que des gros propriétaires des moyens de production, d’échange et d’information mais aussi d’une seconde catégorie : les personnels de direction, les très hauts cadres qui organisent et gèrent le fonctionnement du système capitaliste et plus généralement de la société dans l’intérêt prioritaire de cette classe dominante. Ces hauts cadres ont des salaires très élevés pouvant être bien supérieurs au revenu d’un chef de PME ou TPE..

Par exemple, en 2017, le salaire moyen des patrons du CAC 40 s’élevait à 4,68 millions d’euros par an, soit 390 000 € par mois. L’augmentation a été de 7,8 % en un an soient quatre fois plus rapide que le salaire moyen des employés des mêmes groupes. Les patrons du CAC 40 les mieux payés gagnent environ 10 millions d’euros par an. Rappelons qu’en 2017, le montant mensuel brut du SMIC s’élevait à 976 €. En arrondissant à 1000 €, on constate facilement que le salaire moyen d’un patron du CAC 40 est donc 390 fois celui du SMIC.

8– Classe dominante–classe dominée : vision d’ensemble.

La classe dominante et donc constituée de deux pôles : l’un de la propriété et l’autre de l’organisation qui sont intrinsèquement liés.

La classe dominée est constituée des salariés du secteur privé, du secteur public et des travailleurs indépendants. Les patrons de petites entreprises, les petits commerçants assujettis à la domination de sociétés ²donneuse d’ordre à la concurrence de grandes surfaces, font partie de cette classe dominée. L’énormité des inégalités de revenus et de patrimoines existant entre les membres de la classe dominante et de la classe dominée montre que non seulement leurs intérêts sont divergents mais sont aussi antagoniques. Les gestionnaires du pôle organisation (souvent issus de l’ENA, deux grandes écoles et de Sciences-po) occupent des différents champs de la vie économique, sociale, culturelle et surtout politique non seulement dans le secteur privé mais aussi dans le secteur public où ils naviguent de l’un vers l’autre Ils assurent la direction économique et juridique des entreprises, responsable d’organisations syndicales patronales, chefs de cabinet ministériel, direction des différents appareils administratifs et (Santé, éducation, police, justice, armée,…) les appareils culturels (grosses maison d’édition, médias culturels, agences de publicité, instituts de sondage…). Un secteur majeur à contrôler est l’appareil idéologique dominant (autrefois l’Église) qui est à notre époque le système médiatique privé et public dont la fonction idéologique essentielle est la défense des intérêts de la classe dominante et la fabrique du consentement des dominés à leur domination. Cette classe dominante contrôle tous les moyens de diffusion de l’information : satellites de communication, réseaux téléphonique, Internet et de radios

9–Le discours mystificateur Is de la classe dominante.

Sa stratégie mystificatrice repose sur trois idées : 1) il n’existe pas de classes sociales antagoniques ; 2) faire passer ses intérêts (privés) de classe pour l’intérêt général et intérêts de la France 3) il n’existe pas d’alternative économique au système en place La méthode utilisée : cultiver l’ignorance de la population électorale notamment par la diversion et le divertissement.

10–Des institutions qui ne sont pas neutres mais le plus souvent au service de la grande bourgeoisie. L’État dans la ligne de mire.

L’État et les différentes assemblées parlementaires locales et nationales sont censés arbitrer les oppositions d’intérêts entre ces deux classes. Cet arbitrage s’effectue sous couvert d’un langage mystificateur : gestion des affaires de la nation (vue souvent sous un angle technique ou comptable) , de la cité, mise en œuvre ou débats sur d’incessantes « réformes », etc.

Sauf période historique exceptionnelle, le rapport de force au sein de l’État et de ses assemblées est généralement en faveur de la classe dominante capitaliste ce qui ne signifie pas pour autant que la classe dominée n’acquiert jamais quelques avantages en sa faveur même lorsque le rapport de forces lui est défavorable. De même que le système médiatique concède quelques maigres plages horaires aux opposants pour pouvoir s’exprimer et donner ainsi l’illusion du pluralisme, la classe dominante concède quelques maigres « avancées sociales » (souvent sous la pression des luttes sociales ou parlementaires) pour donner l’illusion qu’elle défend l’intérêt général.

Après la mise en place de la constitution du 27 octobre 1946 et d’un certain nombre de dispositions du CNR, le PCF reste puissant même s’il est rapidement devancé par le M RP. Les forces politiques se répartissent entre les communistes, les réformistes de la SFIO et la droite du M RP. Le préambule de la constitution de 1946 réaffirme de nouveaux droits pour les travailleurs. Sur la période 1946–1975, l’État a un rôle important dans la reconstruction économique du pays, gère les conflits d’intérêts entre les deux classes dans le contexte économique appelé compromis fordo–keynésien.

Après les nationalisations de 1981 suite au programme commun de la gauche, les libéraux n’ont de cesse que de remettre en cause l’influence et le pouvoir de l’État. Arrivent alors les cascades de privatisations organisées à la fois par le PS et la droite permettant ainsi à la classe capitaliste de trouver de nouvelles sources de profits et provoquant du même coup une perte de recettes importantes pour l’État. Actuellement, les recettes des sociétés publiques ou semi-publiques ne représentent que 4 % des recettes de l’État.

Ce processus, d’ailleurs conforme aux traités européens, continue avec la tentative de privatiser les aéroports de Paris. On comprend ainsi que les privatisations ont pour but d’augmenter la part des profits dans le PIB et on revient ainsi toujours à la même cause fondamentale. Il est intéressant de remarquer que l’union européenne accompagne cette politique de privatisation et de défiscalisation des entreprises ce qui se traduit, dans tous les pays européens, par une augmentation de la part des profits et une diminution de la part des salaires dans la valeur ajoutée : en moyenne 3 % tous les 10 ans.

11– Partis politiques et rapports de classe.

Il faut déterminer le positionnement des partis politiques par rapport aux intérêts de la grande bourgeoisie.

Depuis le XVIIIe siècle, il existe plusieurs partis politiques censés défendre les intérêts de différentes catégories de population et censés affirmer différentes options idéologiques pouvant être même opposées. Schématiquement, les partis de droite, du centre et d’extrême droite, les partis libéraux (dont les sociaux libéraux) défendent tous les intérêts de la classe dominante malgré la variété de leurs discours idéologiques.

Les partis de la gauche dite radicale (actuellement extrême gauche, PCF, France Insoumise, Après) défendent les intérêts de la classe dominée.

Les partis sociaux-démocrates réformistes défendent ou s’opposent aux intérêts de chacune des deux classes selon les rapports de force favorables ou non à la gauche radicale et de la pression des mouvements sociaux.

On retrouve les mêmes clivages avec les organisations syndicales : syndicats maison et syndicat de droite ; syndicat de combat (CGT, FSU, Sud solidaire, Syndicat de la magistrature ) systématiquement aux côtés de la classe dominée et enfin les syndicats réformistes (FO, CFDT, CFTC, CGC, UNSA, Union Nationale des magistrats,…) défendant ou s’opposant aux intérêts de chacune des classes selon le sens du vent et les circonstances.

Différentes associations humanitaires et de défense des consommateurs défendent les intérêts de la classe dominée. Il existe des groupes de réflexions (think tanks) associés à la classe dominante comme l’Institut Montaigne, Le Siècle ou associés à la classe dominée comme la Fondation Copernic

Depuis 1983, le PS en reprenant les thèses économiques des partis de droite, a contribué à créer une crise politique majeure, la gauche étant souvent symboliquement et médiatiquement assimilée à ce parti. Il est donc logique que depuis 35 ans, de nombreux électeurs constatent que « voter à gauche » avec le PS ou à droite ne change pas grand-chose à leurs conditions de vie (précarité de l’emploi, taux de chômage élevé, pouvoir d’achat qui stagne, inégalités croissantes,…). Sous la pression populaire et le PCF, le PS a tout de même fait voter la loi de 39 heures puis de 35 heures et la retraite à 60 ans. Les entreprises nationalisées en 1981 ont été ensuite reprivatisées.

Ainsi, une fois élus, les candidats issus de ces partis intègrent le pôle organisation de la classe dominante pour faire voter des lois favorables à celle-ci et notamment les mesures légales et réglementaires permettant un partage du PIB favorable à la classe dominante. Par exemple : blocage de l’indice salarial de la Fonction Publique, blocage du SMIG, allégements fiscaux massifs pour les gros entreprises (par exemple le CIC), laxisme pour lutter contre l’évasion fiscale, conservation d’un chômage structurel pour faire pression sur les salaires et rendre docile les salariés, désindustrialisation au profit de la spéculation financière, etc.

Pendant les brèves périodes où les représentants des parties de la gauche radicale sont élus en nombre, quelques lois sociales importantes peuvent enrichir le code du travail, le code de la sécurité sociale, le code de l’environnement, le code de l’éducation, de code de la santé publique.

12–Topographie de la lutte de classes

La lutte des dominés pour faire valoir leurs droits et leurs intérêts se déroule sur cinq terrains : 1) à l’intérieur des entreprises privées ou publiques, 2) dans la rue (manifestations, blocage,…), 3) au sein de l’État et de ses différents appareils publics ou semi-publics, 4) sur le terrain de la société civile avec les associations (défense des consommateurs, de l’environnement, de la vie animale, expériences locales alternatives,… ), au sein des différentes assemblées locales régionales nationales ou européennes où s’affrontent des représentants de la classe dominante et des représentants de la classe dominée sous différentes formes : ce sont dans ces enceintes que sont élaborées et voter les lois. Une erreur classique des dominés consiste à ne voir que un ou deux terrains de conflits au lieu d’en percevoir l’ensemble et de considérer que les assemblées parlementaires ne servent à rien. Cette attitude conforte les grands bourgeois de la classe dominante qui constate que plus les revenus des électeurs sont élevés, moins il s’abstiennent et que les pauvres ne votent pas, comme le montrent de nombreuses statistiques électorales. Et c’est ainsi, grâce à une abstention massive que par exemple, Macron arrive à appliquer sa politique avec seulement 20 % des suffrages exprimés et seulement 10 % des inscrits !

13–Les stratégies de domination mise en œuvre.

Pour maintenir sa domination, la classe dominante utilise plusieurs stratégies recouvrant les dominés d’une épaisse brume divagogène :
-  diviser pour régner : on oppose différentes catégories sociales aux autres : les fonctionnaires contre les salariés du privé ; les travailleurs immigrés censés être une cause importante du chômage (ce qui est scientifiquement faux) aux travailleurs français ; les assistés « profitant du système social » contre travailleurs actifs qui se lèvent tôt ; place démesurée donnée aux problèmes religieux , Identitaires ou sociétaux ; . Etc.
-  Instrumentalisation de toutes les sources provoquant un sentiment d’insécurité (délinquance, violence dans les manifestations, terrorisme, menaces extérieures, etc.) permettant de présenter le Pouvoir comme le Grand Protecteur.

-  À cela s’ajoute une stratégie de répression–intimidation : une totale instrumentalisation des médias, de la police, de la justice pour neutraliser tout mouvement social revendicatif important et tout mouvement politique d’opposition (comme La France Insoumise) remettant en cause les intérêts fondamentaux de la classe dominante. . Dans cette guerre idéologique, tous les coups sont permis : calomnie, dénigrement moral des personnes, et surtout rendre invisible et inaudible tout programme alternatif comme par exemple l’Avenir en commun. Utilisation « d’arguments barrages » empêchant d’examiner avec soins les propositions des forces alternatives ayant un programme élaboré et réaliste. Aucun progrès social ne serait possible à cause de la dette publique par exemple ; on ne peut s’attaquer à la puissance financière des riches cars ils fuient à l’étranger avec leurs capitaux ; et pire, on a vu comme en URSS, chasser les bourgeois pouvait donner un résultat catastrophique : laissons donc les grands bourgeois gouverner en toute tranquillité… On est coincés : avec l’Europe et la mondialisation, changer les choses serait provoquer une guerre économique contre la France et pour le moins, affaiblir sa compétitivité, etc. On pourrait ainsi énumérer une quinzaine d’arguments de ce type qui ont pour fonction d’empêcher tout simplement de penser un autre avenir. Une autre technique efficace consiste à instrumentaliser le Rassemblement National (RN) brandi comme épouvantail la veille des élections et comme alternative au progrès social en effaçant La France Insoumise entre les élections. Ainsi, par exemple contre la réforme des retraites de Macron, les médias feront parler des représentants du RN et passeront sous silence les critiques de LFI.

14–L’escroquerie politique ambiante.

On a encore vu récemment des partis très différents proposer des mesures sociales, des améliorations pour l’écologie, etc. Le Rassemblement national prétend proposer une politique sociale par exemple. Mais où vont-ils chercher l’argent ? Dans les poches des grandes fortunes ? Dans les poches des grands dirigeants d’entreprise ? En restreignant les cadeaux fiscaux faits au patronat ? Certainement pas pour les partis de droite et les partis réformistes dits de gauche (comme le PS ou EELV) qui n’ont pas du tout l’intention de s’attaquer à la surpuissance d’une classe sur une autre et au partage des richesses. Ces gens-là préfèrent trouver l’argent en restreignant les services publics, en redistribuant l’argent des moins pauvres vers les plus pauvres par un système de plomberie dont les technocrates ont le secret. Une spécialité des réformistes (PS ; EELV) est la lutte annoncée contre la grande fraude fiscale, les paradis fiscaux… Mais cela suppose que l’on s’attaque à la classe dominante et de toute façon, la question fiscale n’est pas tout : le problème central est le juste partage du PIB. On ne peut comprendre la nature d’un parti politique sans s’interroger sur son rapport avec la classe dominante comme nous l’avons vu ci-dessus. Certains militants politiques de la gauche radicale ont pensé que l’on pourrait changer de l’intérieur les partis réformistes en y adhérant. Mais force est de constater que ces tentatives ont été un échec. Certains militants en ont tiré les conclusions mais pas d’autres qui ont préféré persévérer pour protéger leur carrière politique. Là encore, le citoyen éclairé doit savoir faire le tri et ne pas placer dans le même sac tout ceux qui ont adhéré à un parti réformiste. Il reste que la tâche principale de la gauche radicale et notamment de LFI et de faire prendre conscience au plus grand nombre des deux grandes causes décrites dans ce document sans se laisser engloutir par « l’urgence des luttes concrètes au plus près des gens ». Il faut simplement montrer que tous les problèmes concrets de la vie quotidienne et le comportement politique des différentes forces sont à penser dans un rapport de lutte entre deux classes pour le partage des richesses produites par la population active.

15–Institutions politiques : les beaux principes et les tristes réalités.

Allons maintenant plus loin dans la division de la société en classes qui structure les institutions politiques dans laquelle nous vivons.

Nous vivons dans une république (les gouvernants sont élus) et démocratique (par le peuple), la loi étend l’expression de la volonté générale et de la souveraineté populaire remplaçant celle de la volonté du souverain (rois de l’Ancien régime). Mais il fallut attendre la loi du 5 mars 1848 pour que le suffrage universel direct soit instauré seulement pour les hommes et attendre près d’un siècle de plus pour que la loi du 21 avril 1944 pour permette aux femmes de voter. Et cette histoire s’est déroulée avec des avancées et des reculs successifs. Les différentes déclarations des droits de l’homme et du citoyen (1789 ; 1793, déclaration universelle de 1948) infirment un certain nombre de droits et de valeurs : liberté, égalité, fraternité, droits à l’existence, sécurité,…). Mais ces beaux principes sont bafoués en permanence. À l’exception de l’Assemblée nationale qui succéda à la libération, on ne trouve quasiment pas d’ouvriers et d’employés dans les Assemblées Nationales. L’accès à la justice est très inégal et dépend du revenu du justiciable. Il y a en réalité une justice à deux vitesses : l’une pour les faibles, l’autre pour les puissants. L’égalité devant l’impôt n’est en réalité pas respectée. La possibilité d’accéder à l’enseignement supérieur, d’obtenir un emploi de cadre supérieur dépend étroitement du milieu social d’origine, les inégalités de patrimoine et de revenus dépassent l’entendement, etc. Pourquoi un tel divorce entre ces principes institutionnels et la réalité ? Encore une fois, la division de la société en deux classes antagoniques. Ceux qui conçoivent les institutions font partie du pôle organisation de la classe dominante pour servir les intérêts de celle-ci. Même une institution comme le conseil constitutionnel s’est démasqué sous le gouvernement Hollande en s’opposant à une taxation fiscale de 75 % pour les très hauts revenus.

16–Un consentement et une résignation fondée sur l’ignorance entretenue et cultivée par l’appareil idéologique médiatique au service de la classe dominante.

Comment expliquer qu’une majorité de la population accepte un tel système unique ? Par un conditionnement multiforme des esprits , par un système médiatique multimédia surpuissant construisant des labyrinthes et diffusant de la brume d’égarement pour empêcher d’imaginer qu’une alternative réaliste au système en place soit possible. Nous avons vu précédemment différentes stratégies utilisées pour construire le consentement et un imaginaire politique aliéné. Ce consentement s’appuie aussi sur des mécanismes psychologiques qui ne sont pas l’objet de ce texte. La difficulté de l’émergence d’une conscience de classe ne résulte évidemment pas seulement de l’action des médias mais aussi de la fragmentation de l’appareil productif ayant détruit les « bastions ouvriers », la grande diversité des qualifications professionnelles et des conditions de vie même au sein d’un groupe social déterminé, de la diversification des actions destructrices du néolibéralisme qui frappe tous les champs de la société. Remarquons que l’appareil idéologique médiatique est suffisamment puissant pour que même si un citoyen a compris l’existence des deux causes fondamentales précédents, il n’en résultera pas forcément que celui-ci décidera par exemple à voter pour LFI, soit parce qu’il ignore l’existence de son programme, soit parce qu’il aura été convaincu par les « arguments barrages » , soit qu’il aura intégré toutes les campagnes de dénigrement contre LFI. On a bien constaté ce phénomène avec les Gilets jaunes dont 44 % ont voté pour RN et seulement 12 % pour LFI et une bonne partie se sont abstenus. Beaucoup sont donc tombés dans le piège tendu par la classe dominante en proposant la fausse alternative via son appareil médiatique. Nombreux Gilets jaunes ont compris qu’il fallait changer de système politique mais moins nombreux qu’il fallait aussi changer de système économique et encore moins nombreux que la seule force politique alternative pouvant se faire leurs revendications était LFI. La conscience de classe des gilets jaunes et donc globalement relativement faible au regard de celle des militants de la gauche radicale. Montrer qu’il existe une véritable alternative économique et politique au système en place avec l’Avenir en commun ou avec un programme plus vaste l’englobant, est donc l’action la plus redoutée par la grande bourgeoisie.

17–L’émancipation du peuple est possible.

Alors quelle solution ? Que la classe dominante soit au service du peuple et de l’intérêt général et non d’une caste aux privilèges exorbitants : il s’agit ici d’une révolution citoyenne pacifique démocratique qui n’a aucun rapport avec quelque dictature du prolétariat et autre chimères du passé.

Il ne s’agit pas ici de « couper des têtes » mais de « prendre le volant » pour reprendre une bonne expression de François Ruffin. Et à partir de là, redistribuer d’une manière équitable et juste l’ensemble des richesses produites par la population active en établissant une fiscalité juste, en proportion des revenus de chacun, et en luttant contre toutes les formes d’évasion fiscale. Il ne s’agit donc pas de se réclamer d’une quelconque union de la gauche (expression qui ne veut plus rien dire dire) ou se proclamer pour un quelconque « populisme de gauche » mais tout simplement avoir un programme correspondant au système d’attentes des Français tel qu’il est décrit au début de ce texte. On peut remarquer que ce système d’attentes est partagée par la quasi-totalité des citoyens quelques soit leur orientation politique du moment. C’est en ce sens qu’un tel programme est fédérateur et s’adresse au peuple et non pas à une fraction de celui-ci. (Les 357 mesures du programme de LFI, l’Avenir en commun, répond à ce système d’attentes.) Mais un tel programme, comme celui de l’Avenir en commun, nécessite de changer les institutions et de passer à une sixième république et d’autre part de remettre en cause les traités européens. Et un tel programme ne peut s’appliquer qu’en préservant la paix mais cela est-il possible en restant dans le cadre de l’OTAN dont le leader est les USA ?

Hervé Debonrivage

Annexes :

La déclaration des droits de l’Homme du citoyen de 1789 https://www.legifrance.gouv.fr/Droi...

Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 23 juin 1793 http://www.gauchemip.org/spip.php?a... Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 https://www.un.org/fr/universal-dec... Histoire de la république https://lafranceinsoumise.fr/2019/0...

Préambule de la constitution de 1946 http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Un extrait de la préface du Capital de Karl Marx.

« Les prémisses dont nous partons ne sont pas des bases arbitraires, des dogmes ; ce sont des bases réelles dont on ne peut faire abstraction qu’en imagination. Ce sont les individus réels, leur action et leurs conditions d’existence matérielles, celles qu’ils ont trouvées toutes prêtes, comme aussi celles qui sont nées de leur propre action. Ces bases sont donc vérifiables par voie purement empirique. La condition première de toute histoire humaine est naturellement l’existence d’êtres humains vivants. Le premier acte historique de ces individus, par lequel ils se distinguent des animaux, n’est pas qu’ils pensent, mais qu’ils se mettent à produire leurs moyens d’existence. Le premier état de fait à constater est donc la complexion corporelle de ces individus et les rapports qu’elle leur crée avec le reste de la nature. Nous ne pouvons naturellement pas faire ici une étude approfondie de la constitution physique de l’homme elle-même, ni des conditions naturelles que les hommes ont trouvées toutes prêtes, conditions géologiques, orographiques, hydrographiques, climatiques et autres. Or cet état de choses ne conditionne pas seulement l’organisation qui émane de la nature ; l’organisation primitive des hommes, leurs différences de race notamment ; il conditionne également tout leur développement ou non développement ultérieur jusqu’à l’époque actuelle. Toute histoire doit partir de ces bases naturelles et de leur modification par l’action des hommes au cours de l’histoire. On peut distinguer les hommes des animaux par la conscience, par la religion et par tout ce que l’on voudra. Eux-mêmes commencent à se distinguer des animaux dès qu’ils commencent à produire leurs moyens d’existence, pas en avant qui est la conséquence même de leur organisation corporelle. En produisant leurs moyens d’existence, les hommes produisent indirectement leur vie matérielle elle-même. La façon dont les hommes produisent leurs moyens d’existence, dépend d’abord de la nature des moyens d’existence déjà donnés et qu’il leur faut reproduire. Il ne faut pas considérer ce mode de production de ce seul point de vue, à savoir qu’il est la reproduction de l’existence physique des individus. Il représente au contraire déjà un mode déterminé de l’activité de ces individus, une façon déterminée de manifester leur vie, un mode de vie déterminé. La façon dont les individus manifestent leur vie reflète très exactement ce qu’ils sont. Ce qu’ils sont coïncide donc avec leur production, aussi bien avec ce qu’ils produisent qu’avec la façon dont ils le produisent. Ce que sont les individus dépend donc des conditions matérielles de leur production. » « Les individus qui ne sont plus subordonnés à la division du travail, les philosophes se les sont représentés, comme idéal, sous le terme d’"homme", et ils ont compris tout le processus que nous venons de développer comme étant le développement de "l’homme" ; si bien qu’à chaque stade de l’histoire passée, on a substitué "l’homme" aux individus existants et on l’a présenté comme la force motrice de l’histoire. Tout le processus fut donc compris comme processus d’auto-aliénation de "l’homme", et ceci provient essentiellement du fait que l’individu moyen de la période postérieure a toujours été substitué à celui de la période antérieure et la conscience ultérieure prêtée aux individus antérieurs. Grâce à ce renversement qui fait d’emblée abstraction des conditions réelles, il a été possible de transformer toute l’histoire en un processus de développement de la conscience. La conception de l’histoire que nous venons de développer nous donne encore finalement les résultats suivants : . 1. Dans le développement des forces productives, il arrive un stade où naissent des forces productives et des moyens de circulation qui ne peuvent être que néfastes dans le cadre des rapports existants et ne sont plus des forces productives, mais des forces destructrices (le machinisme et l’argent), — et, fait lié au précédent, il naît une classe qui supporte toutes les charges de la société, sans jouir de ses avantages, qui est expulsée de la société et se trouve, de force, dans l’opposition la plus ouverte avec toutes les autres classes, une classe que forme la majorité des membres de la société et d’où surgit la conscience de la nécessité d’une révolution radicale, conscience qui est la conscience communiste et peut se former aussi, bien entendu, dans les autres classes quand on voit la situation de cette classe. 2. Les conditions dans lesquelles on peut utiliser des forces productives déterminées, sont les conditions de la domination d’une classe déterminée de la société ; la puissance sociale de cette classe, découlant de ce qu’elle possède, trouve régulièrement son expression pratique sous forme idéaliste dans le type d’État propre à chaque époque ; c’est pourquoi toute lutte révolutionnaire est dirigée contre une classe qui a dominé jusqu’alors... 3. Dans toutes les révolutions antérieures, le mode d’activité restait inchangé et il s’agissait seulement d’une autre distribution de cette activité, d’une nouvelle répartition du travail entre d’autres personnes ; …

Dialectique du concret et de l’abstrait. Source : Matières et Révolutions https://www.matierevolution.fr/spip...

Salaires des chefs d’entreprise et directeurs d’entreprises http://www.journaldunet.com/busines...

Les entreprises en France. Données statistiques. https://fr.statista.com/themes/3772... Combien gagnent les cadres dirigeants en France ? https://www.cadremploi.fr/editorial... Un partage des richesses produites toujours plus inégal : la déformation de la valeur ajoutée. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Bourse : les Français reprennent goût aux actions. Quelques éléments sur l’actionnariat en France. https://www.lerevenu.com/bourse/bou...

http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Dominants des médias, médias dominants et médiatisation de la pensée dominante http://www.gauchemip.org/spip.php?a...


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