De Lyon à Madrid, Marion Maréchal recrute chez les nostalgiques de Franco

dimanche 27 septembre 2020.
 

Deux ans après l’ouverture de son « Sciences-Po d’extrême droite » dans le quartier de la Confluence, la nièce de Marine Le Pen exporte son école en Espagne. Comme notre partenaire Mediacités l’a découvert, dans son entreprise d’union des droites radicales européennes, elle s’appuie sur des cadres du parti ultranationaliste Vox et recrute parmi les néofranquistes.

« Buena suerte ! » Dans une vidéo postée en juin dernier, Marion Maréchal (ex-Le Pen), en tenue estivale, souhaite «  bonne chance » aux futurs élèves de l’Issep Madrid. Après Lyon, où l’ancienne députée du Front national a ouvert son « institut de sciences sociales, économiques et politiques » (Issep) en 2018, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen exporte son laboratoire, destiné à former les futures élites de la droite ultra-conservatrice, en Espagne.

Les diplômes de l’école dirigée par Marion Maréchal ne sont pas reconnus par l’État français. Mais selon la communication de l’établissement, elle aurait accueilli 150 personnes en deux ans. Impossible, cela dit, de vérifier ce chiffre. À Madrid, selon le journal en ligne El Confidencial, 24 étudiants feraient leur rentrée à l’Issep local, qui ouvrira ses portes en octobre. En attendant, Marion Maréchal et ses équipes distillent les informations au compte-gouttes, n’accordant de rares interviews qu’à des médias « amis ». Dans la capitale espagnole, les locaux qui l’accueilleront et où s’est rendu Mediacités, n’arborent pour le moment aucune plaque, banderole ou enseigne aux couleurs du mini « Sciences-Po d’extrême droite ».

L’Issep Madrid n’est pas la seule nouveauté de la petite entreprise politico-universitaire de Marion Maréchal. Le 22 juin dernier, la nièce de la présidente du Rassemblement national a annoncé la création d’un centre d’analyse et de prospective (CAP). Hormis un premier recueil d’articles écrits par ses enseignants sur « Les leçons d’avenir du Covid-19 » (et auquel a contribué l’ancien président de la région Rhône-Alpes Charles Millon), l’école fait – là aussi – mystère du fonctionnement de ce nouveau satellite.

En quête de légitimité, l’école de Marion Maréchal tisse aussi des liens à l’international, pas seulement en Espagne. En Russie, l’Issep a annoncé un partenariat avec l’université de Saint-Pétersbourg. Idem, au Liban, avec l’université Saint-Esprit de Kaslik (Usek), une institution catholique privée fondée par l’Ordre libanais maronite. Sans communiquer précisément sur ce qu’impliquent ces partenariats.

L’opacité, marque de fabrique de l’institut ? La pépinière de Marion Maréchal ne communique ni sur la source de ses financements ni sur ses relations à l’étranger. Elle préfère se présenter comme un institut pluraliste, sans lien politique, et international. Des éléments de langage. Car derrière la vitrine, en Espagne comme en France, des cadres de partis politiques sont bien à la manœuvre. Notre enquête révèle aussi que l’école recrute ses intervenants dans les rangs de la droite la plus conservatrice comme parmi des figures plus radicales, en accointance, pour certaines, avec des mouvements identitaires ou néofranquistes.

Que vient faire Marion Maréchal à Madrid ? Avant même de concrétiser son implantation de l’autre côté des Pyrénées, la directrice de l’Issep a régulièrement évoqué, lors d’interviews, le besoin de créer un arc entre le Portugal, l’Espagne, la France et l’Italie. « Une vieille idée maurassienne de la latinité, analyse le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite. Déjà dans les mouvements conservateurs des années 1920 et 1930, un courant prônait l’union latine. » Pour l’heure, celle qui fut élue du Vaucluse parle beaucoup de politique française à ses nouveaux amis espagnols.

Le 27 juillet dernier, elle s’entretient avec le présentateur vedette de l’émission polémique « El Gato al Agua », sur El Toro TV, une chaîne ultraconservatrice et controversée, comparable à TV Libertés en France. Marion Maréchal est en confiance, presque en famille, puisque l’animateur, l’essayiste José Javier Esparza Torres, compte parmi les futurs intervenants de son école de Madrid. Encouragée par cette oreille bienveillante, Marion Maréchal dénonce la formation « défaillante et uniforme » de la classe politique française, son « sectarisme », égratigne la gauche. Des attaques classiques, rodées, pour mieux vanter les mérites de son projet de former la future élite d’une droite dite « enracinée » et « libre » face à l’idéologie dominante et aux « progressistes ».

Dans son message de rentrée sur le site de l’Issep, elle en remet une couche sur l’enseignement supérieur français : « Beaucoup de grandes écoles, tout comme une grande partie de l’université française, sont devenues de véritables incubateurs des courants indigénistes, “décolonialistes”, néoféministes, LGBT… » Face au « sectarisme » et aux « carences » des élites françaises qu’elle dénonce, elle vante la supposée ouverture de son école. « Nous devons être exemplaires dans le respect du pluralisme des enseignements et des opinions », écrit-elle sur Twitter, le 15 juillet, lors de l’inauguration des locaux de l’Issep à Madrid.

Pour Marion Maréchal, l’ouverture de cette antenne représente un enjeu d’image. « Elle veut montrer au monde de la droite qu’elle respecte toutes les sensibilités. Son objectif est de rassembler les différents courants, libéraux, conservateurs ou même franquistes », commente Guillermo Fernández Vázquez, chercheur à l’université Complutense de Madrid et spécialiste de la droite radicale en Europe. Ce n’est pas gagné… Dans son édition du 19 juin 2020, le quotidien El País décrit l’Issep comme une « école de l’intolérance pour la future élite ultra ».

De fait, la liste des enseignants, en France comme en Espagne, dessine avant tout une alliance des droites les plus conservatrices. À Lyon, l’école a mis en ligne l’identité des intervenants – le site en comptabilise 35, mais l’école en annonce 47 – qui ont défilé au quartier de la Confluence. On y trouve de nombreux hauts gradés de l’armée comme les généraux Jean-Marie Faugère, Frédéric Beth, Bernard Houitte de La Chesnais, soutenu par le RN lors des élections municipales de 2020 à Carpentras, le colonel Fabrice Fanet ou encore Lionel Rondouin, passé par l’armée de terre.

Des hauts fonctionnaires, des avocats, des chercheurs en droit ou en philosophie complètent la liste, qui compte aussi des contributeurs de médias d’extrême droite (Radio Courtoisie, Valeurs actuelles, L’Incorrect), ou des représentants de structures conservatrices, comme la fondation Jérôme Lejeune, l’institut Iliade, l’institut Famille et République ou les fondations Polémia et du Pont-Neuf.

Nombre d’entre eux ont participé à « la Convention de la droite », organisée par le cercle Audace, le magazine L’Incorrect et Racines d’avenir, le 28 septembre 2019, avec Marion Maréchal et Éric Zemmour en vedettes. La plupart de ces enseignants ont un doctorat, vante le directeur des études Pierre Meurin dans un mail adressé à Mediacités (voir notre Boîte noire).

L’écosystème de l’Issep ne s’arrête pas là. Depuis l’origine, des figures du Rassemblement national sont impliquées, comme Thibaut Monnier, cofondateur de cette école privée hors contrat et conseiller régional d’Auvergne-Rhône-Alpes. Également élue à la région, Agnès Marion, membre du conseil national du RN et ancienne candidate à la mairie de Lyon, a apporté une aide opérationnelle à l’établissement de Marion Maréchal, via son imprimerie Saint-Joseph (lire la précédente enquête de note partenaire Mediacités).

Selon nos informations, Victoria Pourcher, ancienne conseillère du 8e arrondissement de Lyon, élue en 2014 sur les listes du FN Christophe Boudot, a d’abord adhéré à l’Issep, qui est juridiquement une association. Depuis, elle a basculé au poste de directrice administrative de l’établissement. Contactée par Mediacités, elle assure ne plus être encartée au RN.

D’après les derniers statuts (2019), que nous avons consultés, le bureau de l’Issep est présidé par le monarchiste Sylvain Roussillon, tandis que Pierre Meurin, ex-président des Jeunes pour la France au MPF (le Mouvement pour la France, l’ancien parti de Philippe de Villiers), occupe désormais le poste de secrétaire. Enfin, Christophe Bentz, délégué général du Parti chrétien démocrate de Jean-Frédéric Poisson, en est le secrétaire général. Un organigramme loin, très loin de coller avec l’image vendue d’une école à l’écart des partis politiques…

« Nous voulons gagner la bataille des idées »

Et à Madrid ? Sur place, l’école sera dirigée par Santiago Muzio, avocat franco-argentin dont le cabinet se trouve… à Lyon. Il s’est illustré par ses prises de positions contre le mariage pour tous et contre la fin de vie assistée de Vincent Lambert. Santiago Muzio – qui n’a pas donné suite à nos appels (lire notre Boîte noire) – est par ailleurs le beau-frère d’Anne Lorne, un pilier lyonnais de la Manif pour tous, impliquée un temps dans le mouvement catholique conservateur Sens commun et élue en 2015 conseillère régionale aux côtés de Laurent Wauquiez (elle a depuis démissionné de son mandat à la suite de son déménagement à New-York). Dans la famille, le père d’Anne Lorne, l’économiste Patrick Louis, est une figure de l’Issep : ancien secrétaire général du MPF de Philippe de Villiers, il copréside le conseil scientifique de l’école depuis le début.

Sur les réseaux sociaux, le directeur de l’Issep Madrid ne cache pas sa sympathie pour le franquisme. Lors de l’exhumation de la dépouille de Franco, Santiago Muzio s’était fendu, sur Twitter, d’un message terminant par le slogan franquiste « Arriba España ! ». Il condamnait alors l’opération : « En violant la sépulture de Franco, sans le savoir, [la gauche] fait ressusciter pour le peuple espagnol l’âme du Caudillo ! » Il retrouvera parmi les enseignants de son école le juge qui a paralysé le transfert de la dépouille de Franco, José Yusty Bastarreche. Issu d’une famille franquiste, ce dernier compte parmi les détracteurs de la Loi de la mémoire, un texte qui reconnaît les victimes du franquisme.

Vingt intervenants, dont Marion Maréchal, sont annoncés dans l’antenne espagnole. Ils représentent toutes les franges de la droite conservatrice et radicale locale. On y retrouve des têtes pensantes du parti d’extrême droite Vox, des avocats et magistrats, des chefs d’entreprise, des figures de médias ultra-conservateurs, un colonel de l’armée de terre et un analyste très reconnu en matière de défense. Ils collaboreront à la formation « Leadership et sciences politiques », 320 heures de cours les vendredis et samedis, facturée 12 000 euros.

L’implantation de la petite-fille Le Pen à Madrid bénéficie d’une proximité certaine avec le parti ultranationaliste et anti-immigration Vox, bien que celui-ci s’en défende. L’Issep s’installe même dans son ancien siège madrilène, comme Mediacités a pu le confirmer. Très visibles, deux bras droits de Santiago Abascal, le président de la formation d’extrême droite, sont des chevilles ouvrières de l’Issep Madrid.

Le premier, l’écrivain Kiko Méndez-Monasterio, a été membre dans sa jeunesse de l’organisation Alianza por la Unidad Nacional, une fédération de mouvements patriotes aux relents néofascistes. Ironie de l’histoire, en 1999, Méndez-Monasterio a été condamné pour avoir agressé un étudiant de gauche, un certain Pablo Iglesias, devenu depuis le leader de Podemos et actuellement ministre. Sur Twitter , on le voit poser en photo (tout à droite, sur le cliché de gauche), en janvier dernier, aux côtés de Marion Maréchal.

Autour de la table (deuxième en partant de la gauche), ce jour-là, on reconnaît l’autre bras droit de Santiago Abascal : Gabriel Ariza Rossy, associé de la société Tizona Comunicación qui organise les événements de Vox. Il a joué un rôle moteur dans la création de la succursale de Madrid. D’après le registre du commerce consulté par Mediacités, les adresses de l’Issep Madrid et de son siège social coïncident avec quatre sociétés de Gabriel Ariza (dont Tizona Comunicación).

Dans le clan Ariza, l’Issep a également recruté le père, Julio Ariza Irigoyen, fondateur du groupe de presse conservateur Interconomia. Sa chaîne de télévision diffuse l’émission « El Gato al Agua » (à laquelle Marion Maréchal a donné une interview en juillet – lire plus haut), qui a contribué à la percée de Santiago Abascal. Julio Ariza figurait sur la liste de Vox, à Barcelone, aux élections législatives d’avril 2019.

Faisons les comptes : sur les vingt enseignants annoncés, sept sont clairement liés à Vox ou soutiennent le parti d’extrême droite. La présence la plus surprenante est celle de l’ancien vice-président du Parlement européen Alejo Vidal Quadras-Roca. Cet élu avait quitté le Parti populaire (PP – le grand parti de droite espagnol) pour prendre la présidence de Vox, nouvellement créé, en 2014. Il l’a vite abandonnée l’année suivante. D’autres personnalités se presseront pour donner des cours dans l’école de Marion Maréchal, comme Javier Tebas Medrano, célèbre président de « la Liga », la ligue de football professionnel. Il a publiquement exprimé son intention de voter pour Vox en 2019. Dans sa jeunesse, il a milité dans le parti d’ultra-droite Fuerza Nueva, fondé par un ancien franquiste.

L’équipe enseignante est complétée par des habitués des plateaux d’El Toro TV, qui se veut être la « Fox News » de Vox, comme l’avocat et écrivain Jesús Trillo-Figueroa y Martínez-Conde et le journaliste Carlos Esteban Rodríguez, collaborateur du site Infovaticana créé par Gabriel Ariza. Dernier intervenant notable : Luis del Rivero Asensio, ancien patron de l’entreprise de BTP Sacyr Vallehermoso. En 2019, sa présence à un meeting de Vox avait été très remarquée.

Malgré ce casting, le parti d’extrême droite nie toute implication dans l’école de Marion Maréchal. « Nous sommes un parti politique. Nous n’avons rien à voir avec l’Issep », nous rétorque le service presse de Vox, sans donner suite à nos demandes d’interview.

L’Issep a par ailleurs chassé une tête d’affiche : Jaime Mayor Oreja, ministre de l’intérieur de José Maria Aznar entre 1996 et 2001. « Il a toujours eu des positions très conservatrices, voire réactionnaires quand il était au PP », souligne le chercheur Jaime Ferri, du département de sciences politiques de l’université Complutense de Madrid. Mayor Oreja est aujourd’hui à la tête d’une fédération européenne anti-avortement baptisée One of Us, liée en France à la fondation Jérôme Lejeune.

L’école ne se prive pas de communiquer sur cette prise de guerre mais elle se garde de préciser un détail : Jaime Mayor Oreja ne donnera qu’une seule heure de cours sur le thème de « l’importance de la pré-politique ». « Je serai un très modeste professeur », tempère l’ancien poids lourd du PP, interviewé par Mediacités. Il salue l’initiative de Marion Maréchal et reconnaît des objectifs communs. Dans la lignée du philosophe catholique français Rémi Brague, il milite pour « libérer les intelligences européennes » de la pensée dominante. « L’Union européenne a un déficit moral, estime Jaime Mayor Oreja. Avec One of Us, nous voulons être une masse critique d’Européens, qui défend des valeurs et, avec un peu de chance, nous aurons de l’influence au Parlement européen. » « Nous avons besoin d’une alternative culturelle », poursuit-il.

Le discours fait écho à celui de Marion Maréchal. L’ancien ministre d’Aznar se dit « très loin de la politique partisane », sans aucune affiliation aujourd’hui. « Les partis veulent gagner les élections, nous voulons gagner la bataille des idées face à une tendance dominante », conclut-il, en saluant tout de même le succès de Santiago Abascal, le leader de Vox. « J’ai une amitié particulière avec lui car lorsque j’étais président du PP dans le Pays basque, il militait parmi les jeunes du parti », se souvient-il.

Le discours de banalisation de l’Issep résiste mal à l’examen du profil de ses intervenants. Dans le casting de Madrid, Santiago Milans del Bosch y Jordán de Urries, avocat de la fondation Franco, retient l’attention. « Il est de la famille du lieutenant-général qui a organisé la tentative de putsch du 23 février 1981 [pour restaurer le régime franquiste], un héros de l’armée franquiste », rappelle Guillermo Fernández Vázquez. Selon le chercheur, ce recrutement illustre « le mélange entre le monde de Vox, du franquisme et de l’extrême droite traditionnelle » à l’œuvre à travers l’école de Marion Maréchal.

À Lyon également, les recrutements de l’Issep ne laissent pas de surprendre, à l’instar de celui de Jean-Luc Coronel de Boissezon. Ce professeur d’histoire du droit est poursuivi pour « complicité de violence en récidive » après l’évacuation d’étudiants en grève, en 2018, à la faculté de droit de Montpellier, où il officiait (lire notre enquête). Un coup de force mené par des militants identitaires. Présumé innocent en attendant que la justice se prononce, le professeur nie les faits. Mais l’université de Montpellier l’a révoqué. Une prudence dont ne s’est pas encombrée Marion Maréchal en lui offrant un refuge dans son établissement.

Pas simple d’enquêter sur l’Issep… L’école entretient une épaisse opacité sur son fonctionnement et ses finances. Sa structure associative lui permet de ne pas déposer ses comptes à partir du moment où le montant total des dons et/ou subventions qu’elle reçoit ne dépasse pas 153 000 euros. Malgré de nombreuses relances, ni Marion Maréchal ni Gabriel Ariza n’ont souhaité répondre à nos questions. L’avocat Santiago Muzio, directeur de l’Issep Madrid, après nous avoir demandé à deux reprises de le contacter ultérieurement par téléphone, a arrêté de répondre à nos appels. Nous n’avons pas eu plus de chance du côté de Patrick Libbrecht, administrateur de l’Issep.

En nous rendant à l’école de la Confluence, nous avons abordé Pierre Meurin, responsable pédagogique et trésorier de l’école, qui a refusé le principe d’une interview mais nous a répondu, par mail, de façon très vague sur le corps enseignant et des discussions en cours pour des projets à l’international.

En France comme en Espagne, nombre d’intervenants recrutés par l’Issep ont décliné nos sollicitations. Quand nous nous sommes rendus à l’adresse madrilène de l’école de Marion Maréchal, nous avons rencontré sur place quelques jeunes adultes qui ont fait en sorte que nous ne puissions pas entrer dans les locaux. « Sans autorisation », nous ont-ils dit, ils ne pouvaient pas nous parler. Nous leur avons laissé nos coordonnées pour transmettre notre demande d’interview. Nous attendons toujours leur appel

Par Daphné Gastaldi, 14 septembre 2020


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