2 au 11 mai 1926 : Grande grève générale britannique

mardi 3 mai 2016.
 

La grève générale britannique de 1926 fait partie des grandes heures du mouvement ouvrier et socialiste, particulièrement au sein de la période révolutionnaire si importante de 1917 à 1927.

J’ai trouvé sur le web deux articles apportant bien plus d’informations que je ne pourrais le faire. Ils sont marqués par l’orientation politique de leurs rédacteurs, trotskyste pour le premier, anarchiste pour le second.

Jacques Serieys

A) Comment la grève générale de 1926 en Grande Bretagne a été trahie

Les années qui suivirent la fin de la Première guerre mondiale furent des années de crise pour le capitalisme britannique. Malgré sa “victoire” sur l’Allemagne, et les conditions très dures imposées au vaincu par le Traité de Versailles, l’industrie britannique demeurait très peu compétitive au niveau mondial.

Pour améliorer la rentabilité, les patrons britanniques devaient augmenter l’exploitation. Mais ils allaient se heurter à un problème de taille, à savoir la force de la classe ouvrière, dont la conscience et le moral avaient été renforcés par la révolution russe d’octobre 1917.

Ainsi, quand, en 1920, lors de la guerre d’intervention des puissances impérialistes contre l’URSS, le gouvernement britannique voulut envoyer des armes aux forces armées polonaises pour les renforcer dans leur guerre contre les bolcheviks, un Conseil d’Action Syndicale appela à une grève générale pour empêcher l’envoi des armes et le gouvernement dut céder. Premier round aux travailleurs.

Neuf mois plus tard, les patrons cherchèrent à réduire les salaires dans le secteur-clé des mines de charbon. Malgré l’existence d’une alliance formelle entre les syndicats de mineurs, de cheminots et de travailleurs des transports — la “Triple Alliance” — les autres syndicats refusèrent de soutenir les mineurs, qui furent battus. Le jour où la Triple Alliance refusa d’agir allait prendre dans le mouvement ouvrier britannique le nom de “vendredi noir”.

Deuxième round aux patrons ! En trois ans, les salaires des mineurs chutèrent de 26%, ceux des sidérurgistes de 20% et ceux des travailleurs du textile de 20%. Dans la même période, environ 2 millions de travailleurs quittèrent les syndicats.

Malgré cette défaite, les travailleurs n’étaient pas vaincus. En 1923, le nombre de grèves augmenta. Cette année-là, le premier gouvernement travailliste — minoritaire — fut élu.

Confrontés à la relance de l’économie allemande qui suivit l’échec du mouvement révolutionnaire d’octobre 1923, les patrons britanniques devenaient de plus en plus conscients qu’ils devraient attaquer encore une fois les travailleurs s’ils voulaient briser l’avant-garde — les mineurs — et affaiblir ainsi tout le mouvement ouvrier.

Ce fut l’objectif principal du nouveau gouvernement conservateur de Baldwin, élu en décembre 1924 à la suite de l’effondrement du gouvernement travailliste.

En juin 1925, les mines de charbon allemandes recommencèrent à fonctionner à plein régime. Craignant pour leurs exportations, les propriétaires miniers britanniques déchirèrent immédiatement les accords passés avec les syndicats — y compris sur l’existence d’un salaire minimum — et annoncèrent des réductions de salaire importantes. Comme le déclara Baldwin : “Tous les travailleurs du pays doivent accepter des réductions de salaire afin de remettre l’industrie sur pied.”

Le Conseil général du Trades Union Congress (TUC — l’unique centrale syndicale britannique) se solidarisa avec les mineurs, appela tous les syndicalistes impliqués dans le transport du charbon — cheminots, travailleurs des transports, dockers — à cesser le travail. Pas encore prêt à une confrontation généralisée, le gouvernement recula. Pour mieux sauter.

Malgré la liesse ouvrière qui marqua le jour où le gouvernement recula (connu sous le nom de “vendredi rouge”), la situation demeurait pleine de dangers. Tout en accordant une subvention salariale aux patrons des mines pour une durée de neuf mois et en établissant une commission pour étudier l’état de l’industrie minière, le gouvernement préparait la confrontation à venir.

Comme l’a dit Winston Churchill, qui fut l’un des avocats les plus ardents pour briser le pouvoir syndical : “Nous avons décidé de reporter la crise dans l’espoir de l’éviter, ou, si on ne peut pas l’éviter, de l’emporter le moment venu.”

Un véritable plan de guerre fut établi en secret. Le pays fut partagé en dix divisions, chacune dirigée par un Ministre ayant le pouvoir de contrôle sur les transports, le courrier et la distribution de nourriture et de charbon. Au même moment, le gouvernement créa des “Comités de service volontaire” et une “Organisation pour le maintien des fournitures”, avec pour objectif d’organiser des jaunes et de les former à conduire trains et camions. Enfin, une nouvelle force armée, la “Réserve Civile de Police”, composée d’ex-soldats “loyaux”, fut créée afin d’imposer l’ordre et de protéger les jaunes.

Certains dirigeants syndicaux comprenaient bien ce qui les attendait. A. J. Cook, dirigeant des mineurs, ex-membre du Parti Communiste qui se disait toujours “un humble disciple de Lénine”, signala le danger :

“Au mois de mai prochain, nous devrons faire face à la plus grande crise et à la plus grande lutte qu’on ait jamais connues et nous les préparons... Je me fous du gouvernement, de l’armée et de la marine... Nous avons déjà battu non seulement les patrons mais aussi la plus forte armée des temps modernes.”

Cette position reflète à la fois les forces et les faiblesses de Cook, et donc de tout le syndicat des mineurs. A la différence des autres dirigeants, il était prêt à lutter. Mais il ne comprenait pas l’importance d’une lutte politique et, malgré sa rhétorique, il ne comprennait pas l’enjeu de la bataille à venir.

A deux reprises — contre les ventes d’armes au gouvernement réactionnaire polonais, puis le “vendredi rouge” — le gouvernement avait dû reculer devant les syndicats, sans qu’une lutte ait lieu.

Le refus des bureaucrates d’activer la Triple Alliance le vendredi noir, alors qu’une lutte était nécessaire, était significatif de la véritable politique qu’ils étaient capables de mener lors d’une crise. Pourtant Cook ne le comprenait pas. Ou s’il le comprenait il ne faisait rien pour les contrer. Pendant toute la crise qui allait suivre, il refusa systématiquement de rompre avec ses camarades bureaucrates au sein du TUC.

La grève arrive

En mars 1926, la Commission gouvernementale établie six mois auparavant rendit son rapport. Elle considérait que les mines n’étaient “pas rentables”, qu’il fallait abandonner la subvention salariale et réduire les salaires, tout en préconisant une certaine intervention étatique.

Au même moment, les patrons de l’industrie métallurgique cherchèrent à imposer une augmentation des horaires — non payée ! — les sociétés (privées) de chemin de fer promirent des réductions de salaire et les patrons de la construction voulurent remettre en cause les conditions de travail. Tout était en place pour la confrontation la plus importante dans l’histoire de la classe ouvrière britannique.

Le syndicat des mineurs rejeta le rapport de la Commission, mais le manque de combativité du Conseil général, qui se contenta d’appeler à la grève générale de manière rituelle, était consternant. L’aile droite du TUC craignait avant tout de perdre le contrôle du mouvement.

Le dirigeant des cheminots, J. H. Thomas, le déclara nettement, à moins de deux semaines de la grève : “Parler actuellement comme si, dans quelques jours, tous les travailleurs du pays allaient être appelés à faire grève, c’est déchaîner des passions qu’on pourrait avoir du mal à contrôler.”

Les principaux dirigeants du TUC espéraient que le gouvernement, comme en 1925, céderait devant la pression. S’il refusait de céder, il leur faudrait agir comme lors du vendredi noir de 1921 : ils abandonneraient les mineurs.

Quelle fut la réponse de la gauche syndicale, notamment de la direction des mineurs — secteur le plus concerné par cette trahison annoncée ? Ils préférèrent laisser les affaires entre les mains du Conseil général. Sous la pression du TUC, Cook accepta même que le Congrès des mineurs ne se prononçât pas sur le rapport de la Commission ! Pendant toute la grève, ni Cook ni une quelconque instance du syndicat des mineurs n’appela la base à rompre avec les dirigeants traîtres.

En avril, les dirigeants du TUC recherchèrent un compromis avec le gouvernement. Mais les patrons sentaient qu’ils pouvaient gagner. Les propriétaires des mines déclarèrent que le 30 avril ils fermeraient les portes à tous ceux qui n’acceptaient pas les conditions de la Commission, et qu’à cette date prendraient effet une augmentation des horaires et de nouveaux accords salariaux locaux. La réponse du Conseil général était prévisible : la lâcheté systématique.

Le premier mai 1926, alors que l’une des plus grandes manifestations ouvrières se déroulait à Hyde Park à Londres, une poignée de bureaucrates “négociait”. En fait, selon les propres dires de Thomas, ils s’abaissaient : “J’imagine que mes critiques habituelles diront que je m’abaissais, et c’est vrai. Dans toute ma longue vie je n’ai jamais supplié et imploré comme j’ai supplié et imploré toute la journée d’aujourd’hui.”

Comme cela était prévisible, un tel comportement ne fit qu’encourager le gouvernement dans sa démarche anti-ouvrière. Prenant prétexte du refus — tout à fait correct — des travailleurs du livre d’imprimer un éditorial du journal jaune le “Daily Mail” attaquant une éventuelle grève générale, le gouvernement rompit les négociations. Les dirigeants du TUC eurent beau condamner les imprimeurs, le gouvernement poussa son avantage.

Sans enthousiasme, mais sans alternative, le Conseil Général du TUC appela à la grève générale le lundi 3 mai 1926. Les premiers jours, les métallos et les travailleurs des chantiers navals ne furent pas appelés à faire grève, le Conseil général préférant les garder “en réserve”.

La bourgeoisie, bien entendu, n’était pas aussi frileuse. Le 4 mai, les docks de Londres étaient occupés par deux bataillons de l’armée, équipés de cavalerie et de blindés. Des navires furent remorqués dans les estuaires proches des grandes villes ouvrières — Newcastle, Liverpool, Hull et Glasgow — et les “volontaires” et la réserve de police, bien préparés, furent mobilisés.

Afin de faire passer son message anti-ouvrier et sa propagande, le gouvernement lança un quotidien, la “British Gazette”, dont le rédacteur en chef était Churchill. Chaque jour, cette feuille vomissait sa haine des travailleurs et appelait “le peuple” à s’opposer à la grève. Elle était aidée dans son sale boulot par la BBC, récemment établie.

La naissance d’un pouvoir ouvrier

Malgré ses désirs, le Conseil général fut obligé d’organiser la grève. Le 1er mai, il adopta une résolution demandant aux “Trades councils” (des comités locaux rassemblant tous le syndicats de la région) de créer des conseils d’action non seulement pour assurer la grève mais aussi pour “organiser les syndicalistes lors du conflit, d’une manière la plus efficace, afin de préserver la paix et l’ordre.”

La réalité de la grève obligea les Trades councils à aller beaucoup plus loin que ne le voulait le Conseil général. Les conseils d’action, se réunissant quotidiennement, se structurèrent en plusieurs départements, organisant notamment le ravitaillement, une milice ouvrière et des bulletins locaux.

Certains conseils allèrent encore plus loin, et établirent des commissions qui réglaient les questions de finance et organisaient les piquets, la propagande, l’aide aux emprisonnés, le divertissement, le transport etc.

L’organisation de piquets de masse afin d’imposer la grève aboutit rapidement dans certaines régions à une dualité de pouvoir. A l’est de Londres, dans les quartiers ouvriers de West Ham et de Poplar, tous les camions et voitures furent interdits, sauf ceux “avec la permission du TUC”.

Dans le bassin houiller de Fife, en Ecosse, les groupes de défense ouvriers empêchèrent l’activité des jaunes. Voici des extraits du rapport officiel qui fut tiré après la grève :

“L’organisation était bien huilée. Tout était arrêté — il y avait même des piquets sur les voies des chemins de fer. Le Conseil organisa un service de courrier sans pareil : trois voitures, 100 motos et autant de vélos que nécessaire. Ce système couvrit tout le Fife, amenant et diffusant l’information et transportant des orateurs partout dans le pays... Après des attaques policières contre les piquets, le Corps de Défense, qui rassemblait 150 travailleurs au début, fut réorganisé. A la fin, nous étions 700, dont 400 dirigés par des travailleurs qui avaient été caporaux pendant la guerre, à marcher en formation militaire à travers la ville afin de protéger les piquets. La police ne s’est plus montrée.”

A Fife toujours, les grévistes prirent le contrôle des transports. Un mineur communiste décrit ainsi la situation : “tous les véhicules devaient recevoir la permission du Trades council avant d’emprunter la rue principale... Pour être sûrs que personne ne passerait, les mineurs avaient mis une corde à travers la rue. Si le véhicule avait un permis, il passait ; sinon, il ne passait pas.”

A Middlesborough, ville du nord de l’Angleterre où il y avait des métallos, des mineurs et des travailleurs des chantiers navals, le Comité de grève central fut très efficace. Son secrétaire écrivait : “On peut dire sans peur d’être contredit que nous n’avons jamais connu une grève où la participation — de tous les travailleurs — a été si enthousiaste et si déterminée.”

Le Comité se réunissait quotidiennement, organisait un comité d’urgence qui siégeait chaque nuit, et avait un système de communication basé sur des équipes de motocyclistes. Il fut si efficace que la police accepta de retirer la cavalerie et les policiers “spéciaux”, “afin de maintenir l’ordre”. De tels exemples se multipliaient partout dans le pays. Les travailleurs se montraient pleins d’initiative, organisant la grève avec conscience et montrant également que la population travailleuse n’avait nullement besoin des patrons.

Ce qui était tout à fait normal, chaque grève générale posant la question “qui dirige ?”. Les travailleurs britanniques, à travers les Conseils d’action, montrèrent qu’ils étaient capables de relever le défi et de bâtir un nouveau pouvoir, basé non sur les institutions formelles et sur le fond anti-démocratiques de la démocratie bourgeoise, comme le parlement, mais sur la participation active, sur l’intervention quotidienne des travailleurs et de leurs représentants élus.

Néanmoins, la grève souffrait d’une terrible faiblesse. Malgré les initiatives locales, malgré l’action et le courage des masses, la direction restait entièrement entre les mains des bureaucrates du Conseil Général. Malgré l’existence des Conseils d’Action, les divers secteurs en grève ne s’étaient pas unis à la base. Dans la plupart des régions, les mineurs étaient restés chez eux, sans chercher à nouer des liens avec les grévistes des villes proches.

Cette faiblesse organisationnelle, liée au fait que la direction de gauche — et notamment Cook — refusait totalement de rompre, et même de critiquer ouvertement la direction du TUC, laissa l’initiative entre les mains des bureaucrates réformistes qui cherchaient à mettre fin au mouvement par tous les moyens.

Selon un dirigeant syndical des transports, le cauchemar des bureaucrates était le suivant : “Plus la grève durait, plus le contrôle et l’autorité passaient des mains des exécutifs responsables aux mains de ceux qui n’avaient ni autorité, ni contrôle.”

Le vendredi 7 mai, les négociations entamées dès le début de la grève semblaient avoir trouvé une issue... en faveur des patrons. Les bureaucrates proposaient d’accepter les réductions de salaire chez les mineurs, à condition que le gouvernement mette également en oeuvre d’autres éléments du rapport de la Commission, notamment une politique d’intervention dans l’industrie du charbon.

Le gouvernement de Baldwin resta de marbre, sentant bien la possibilité d’une victoire totale. Selon Churchill “la simple acceptation des réductions de salaire n’est plus suffisante. C’est une lutte à mort.” En effet. Churchill comprenait bien que les patrons avaient la possibilité de briser une fois pour toutes le pouvoir syndical, et que leur atout principal résidait dans la lâcheté des dirigeants syndicaux.

Le 11 mai, la direction syndicale était d’accord : elle était prête à mettre fin à la grève et à accepter sans conditions les réductions salariales. Les mineurs refusèrent catégoriquement l’accord. Ce qui n’était pas étonnant.

Néanmoins, le lendemain, les dirigeants du TUC offrirent une reddition totale au Conseil des Ministres. Baldwin refusa toute assurance, y compris sur la répression antisyndicale. La défaite des bureaucrates fut totale. Selon un ministre de l’époque, Lord Birkenhead “leur reddition fut si humiliante qu’une sorte de réaction instinctive nous empêchait même de les regarder.”

Les dirigeants du TUC étaient arrivés à leurs fins. Appuyés par les dirigeants du Parti Travailliste, ils avaient mis fin à la grève. Le 12 mai, après seulement neuf jours, la fin de la grève était annoncée, la trahison des mineurs était consommée.

Les grévistes furent stupéfaits. D’ailleurs, au début, le TUC eut du mal à imposer sa volonté anti-ouvrière : face aux tentatives de répression antisyndicale de la part du patronat, le nombre de grévistes continuait à augmenter ! Le 13 mai, la BBC elle-même était obligée de constater qu’il n’y avait pas encore eu “de reprise généralisée”. En fait, il y avait 100.000 grévistes de plus !

Pendant plus d’une semaine, les grèves se poursuivirent pour défendre les travailleurs au niveau local. A ce moment là, il était encore possible pour les mineurs de relancer la grève en s’adressant aux centaines de milliers de grévistes. Mais pour cela il aurait fallu rompre avec la direction du TUC. Et cela, Cook, l’“humble disciple de Lénine”, n’était pas prêt à le faire. Le syndicat des mineurs accepta le fait accompli, tout en soulignant que la fin de la grève était de “la seule responsabilité du Conseil Général” et remercia “tous les travailleurs pour leur démonstration magnifique de loyauté”. Mais pas un mot de critique.

La fin et ses leçons

Trahis, isolés, les mineurs continuèrent leur combat pendant sept mois. Mais, à la fin du mois de novembre, affamés et démoralisés, ils durent céder devant l’offensive patronale et accepter leurs conditions draconiennes. A cause de l’action des dirigeants syndicaux, la grève générale de 1926 fut un triomphe... pour la bourgeoisie britannique. La campagne de répression antisyndicale qui s’ensuivit fit des dizaines de milliers de victimes. Des centaines de milliers de travailleurs quittèrent les syndicats et le taux de syndicalisation tomba au dessous du niveau d’avant-guerre.

Ce fut une terrible défaite pour les travailleurs. Ses conséquences se firent sentir longtemps sur le mouvement ouvrier. Pas uniquement parce qu’il fallut attendre 1945 et l’écrasement de Churchill pour voir la conscience et le moral de la classe ouvrière remonter, ni parce que jusqu’à la défaite de la grande grève des mineurs de 1984-85 les gouvernements successifs ont considéré les mineurs comme leur ennemi numéro un.

Non, les conséquences les plus tragiques de cette défaite et de cette trahison, c’est que les leçons n’ont pas été assimilées. En effet, lors de la grève de 1984-85 — un événement comparable à la grève de 1926 par son ampleur et par les conséquences réactionnaires qui découlèrent de la défaite ouvrière — les mineurs ont refusé de rompre avec les dirigeants droitiers du TUC, bien que ces derniers aient refusé systématiquement de les soutenir.

Plus frappant encore, en 1984-85, les mineurs, comme leurs grands-pères en 1926, étaient dirigés par un homme de gauche — Arthur Scargill — qui, malgré sa rhétorique de gauche, malgré la totale loyauté dont il bénéficiait de la part des mineurs de base, refusa de dénoncer ses camarades bureaucrates et encore moins d’organiser la base contre eux. En 1984-85, comme en 1926, les résultats furent catastrophiques pour les travailleurs.

Les travailleurs de tous les pays doivent retenir les leçons de la grève générale de 1926, et comprendre toute l’importance qu’il y a à organiser les travailleurs de la base autour d’un programme de lutte et aussi de rupture avec les dirigeants bureaucratiques. Ils doivent aussi se rendre compte que si un dirigeant de gauche, aussi admirable soit-il, ne parvient pas lors d’un conflit d’envergure à rompre avec sa politique réformiste, il devient alors un allié dangereux avec qui il faut rompre, sinon l’échec est inéluctable.

Trotsky, le Parti Communiste et le mouvement de la base syndicale

Le Parti Communiste n’a jamais été fort en Grande-Bretagne, ne dépassant jamais quelques dizaines de milliers de militants, et est toujours resté dans l’ombre de son grand frère, le Parti Travailliste, à qui est affiliée la majorité des syndicats.

Néanmoins, au milieu des années 20, le PC joua un rôle important, notamment dans les syndicats. En 1924, sous l’influence de l’Internationale Communiste, le PC lança un mouvement de la base syndicale, le “Minority Movement”. Son objectif était de rassembler tous les syndicalistes qui voulaient lutter contre les dirigeants bureaucratiques et pour un programme d’action en défense des travailleurs.

Trotsky s’est intéressé de près à cette initiative, et en particulier au déroulement de la grève générale et de la position du PC. L’évolution de la politique du PC nous permet de comprendre le début de la dégénérescence du mouvement communiste international, et aussi de tirer des leçons importantes pour la construction d’un mouvement de la base syndicale en France aujourd’hui.

Selon “The Worker” (Le Travailleur), les tâches du Minority Movement étaient les suivantes : “Dans chaque syndicat, les forces de la base doivent être rassemblées :
- 1) autour d’un programme de lutte ;
- 2) autour de revendications concrètes pour la réorganisation et la consolidation des syndicats ;
- 3) autour de la nécessité de créer une nouvelle idéologie parmi les syndiqués ;
- 4) autour de la nécessité de former et de développer une nouvelle direction pour remplacer l’ancienne.”

Le PC avait commencé à organiser le Minority Movement au sein du syndicat des mineurs. A. J. Cook, qui avait quitté le PC en 1921, peu après sa fondation, fut élu à la tête du syndicat des mineurs avec l’appui du Minority Movement.

Congrès

A son premier congrès, en août 1924, le mouvement rassemblait 270 délégués représentant plus de 270 000 travailleurs. Deux ans plus tard, à la veille de la grève générale, il rassemblait 547 organisations et plus de 957 000 syndiqués, soit 17% des syndiqués du TUC ! La plupart des dirigeants du Minority Movement était des militants du PC. Néanmoins, il ne constituait nullement un “front” pour le parti, ni un regroupement voué à une politique bêtement syndicaliste.

Il rassemblait tous les travailleurs qui voulaient lutter, qu’ils fussent révolutionnaires ou non. Ainsi le programme d’action du Minority Movement était profondément révolutionnaire.

Commençant par mettre en avant des revendications portant sur les salaires et les conditions de travail, le programme avançait des réponses organisationnelles à toute une série de questions qui allaient de l’extension des syndicats à la création des comités d’usine en passant par la création d’une nouvelle direction révocable et responsable devant la base, pour arriver au besoin d’une politique internationaliste, en particulier à l’égard de la jeune URSS.

Selon le PC, la participation des travailleurs à la lutte pour une telle politique syndicale les convaincrait de l’importance de la politique révolutionnaire. D’où la nécessité pour le Parti de ne pas imposer sa politique au moment-même, mais aussi de ne pas la cacher.

Au début, cette politique honnête permit de critiquer les dirigeants de gauche et d’avertir la base du danger qu’ils pourraient représenter. Voici par exemple ce qui soulignait le PC en octobre 1924, peu de temps après l’élection de Cook à la tête du syndicat des mineurs :

“Il serait suicidaire pour le PC et le MM de se fier à ce qu’on a appelé la gauche officielle... C’est le devoir du Parti et du MM de critiquer systématiquement ses faiblesses.”

Les raisons de cette critique étaient soulignées par Trotsky dans un article analysant la nature de la “gauche officielle” :

“Il doit être clairement compris que ce genre de ‘gauchisme’ n’est de gauche que lorsqu’il n’a pas d’obligations pratiques. Dès que la question de l’action est posée, l’aile gauche cède respectueusement la direction à la droite... L’aile droite et l’aile gauche, y compris, bien entendu Purcell et Cook, ont la plus grande peur de commencer la lutte finale. Même là où ils acceptent verbalement l’inéluctabilité de la lutte et de la révolution, ils espèrent profondément qu’un miracle les sauvera. Dans tous les cas, ils freineront le mouvement, ils tergiverseront, ils attendront, ils céderont la responsabilité à d’autres, et en réalité ils aideront Thomas dans toute question importante.”

Malheureusement, après 1924, le PC britannique commença à souffrir des débuts de la dégénérescence de l’Internationale Communiste. L’Internationale allait cesser d’être l’instrument de la révolution internationale et allait devenir le pion de la bureaucratie soviétique sur l’échiquier diplomatique international.

Dans sa phase initiale en Grande Bretagne, ceci prit la forme d’une adaptation à la bureaucratie syndicale, avec comme objectif d’utiliser cette force, comme en 1920, pour empêcher une éventuelle invasion impérialiste de l’URSS.

Ainsi, au nom de la “défense de l’URSS” bureaucratique, c’est à dire du statu quo avec l’impérialisme, le PC refusait de critiquer les dirigeants de gauche et finit par faire comme eux... par suivre la droite.

A la veille de la grève, le Minority Movement soulignait que “dans aucune circonstance les Conseils d’Action ne doivent remplir le travail des syndicats. Leur tâche est de faire en sorte que toutes les décisions du Conseil Général et des directions syndicales soient exécutées.”

La conclusion logique de cette politique fut le mot d’ordre principal du PC lors de la grève : “Tout le pouvoir au Conseil Général du TUC”. L’espoir, ou plutôt l’illusion, du PC était que la gauche prendrait le pouvoir au sein du TUC, et donc dans le pays.

Les conséquences de cette politique furent désastreuses. Au moment où il aurait fallu organiser les formes de démocratie ouvrière afin de rompre avec la direction du TUC, le PC appelait à renforcer cette dernière ! Ne rencontrant aucune opposition réelle de la part du Minority Movement, la direction du TUC eut tout loisir pour mener sa politique anti-ouvrière et de trahison, malgré l’implantation réelle du mouvement parmi les syndicalistes de base.

Selon le PC de 1926, les masses n’avaient plus besoin d’une politique révolutionnaire, mais plutôt du réformisme musclé de Cook, même s’il était finalement inefficace. Cette politique à son tour ouvrait la voie à la droite.

Comme le souligna Trotsky, 18 mois après la fin de la grève : “Un jeune PC, dont la seule force est celle de la critique et de la détermination, révèle au moment décisif qu’il possède un surplus de qualités du signe opposé. Au fond, il s’agit d’une mauvaise compréhension du front unique. Jour après jour on a répété au PC britannique que l’union avec Purcell et Hicks aiderait la défense de l’URSS. Ceci ne pouvait pas ne pas avoir un effet sur la conscience du PC”.

Tournants

Le refus de rompre avec la gauche, et même de la critiquer le moment venu, allait coûter cher au jeune PC. De plus en plus soumis aux derniers tournants de Moscou, le parti dut ensuite justifier le refus de Moscou de rompre avec la direction droitière du TUC après la fin de la grève, et de maintenir le cadre du Conseil anglo-soviétique entre les deux appareils syndicaux.

De plus en plus discrédité parmi les militants de base, le PC n’arrivait même pas à s’intégrer dans l’appareil syndical — fortement travailliste. Deux ans après la fin de la grève le Minority Movement fut interdit par le TUC et il s’effondra l’année suivante.

L’expérience fut terminée, achevée par le poids croissant de la bureaucratie stalinienne en URSS et son influence néfaste sur toutes les sections de l’Internationale Communiste.

Comme l’a dit Trotsky en 1931, résumant l’expérience dans une lettre aux trotskystes français :

“Les masses ne connaissaient comme chefs du mouvement que Purcell, Hicks et Cook à qui Moscou apportait d’ailleurs sa garantie. Ces amis ‘gauchistes’, à la première épreuve sérieuse, ont honteusement trahi le prolétariat. Les ouvriers révolutionnaires ont été désorientés, sont tombés dans l’apathie et ont reporté sur le PC lui-même leur déception, alors que le parti n’avait constitué qu’un élément passif dans ce mécanisme de trahison. Le Minority Movement disparut presque totalement : le PC retourna à l’état de secte impuissante. Ainsi, par suite d’une fausse conception du parti, le plus grand mouvement du prolétariat anglais, qui déclencha la grève générale, non seulement n’a pas réussi à ébranler l’appareil de la bureaucratie réactionnaire, mais l’a au contraire renforcé et a compromis pour longtemps le communisme en Grande Bretagne.”

La conclusion est claire : la création d’un mouvement de la base syndicale constitue un élément important de la politique révolutionnaire. Mais son utilisation opportuniste, comme celle imposée sur le PC britannique par les staliniens, conduit inévitablement à l’effondrement et au discrédit de toute l’organisation. En 1926 en Grande Bretagne, comme ailleurs depuis, le stalinisme s’est révélé le fossoyeur de la révolution.

B) 1926 : La grève générale britannique

http://libcom.org/ (site anar britannique)

Une courte histoire de la seule grève générale que connut la Grande-Bretagne, qui dura 10 jours et qui fut appelée en soutien aux mineurs de charbon lock-outés.

La seule grève générale de Grande-Bretagne secoua la classe dirigeante britannique sur son trône et montra brillamment comment l’action collective de la classe ouvrière peut changer la société.

Elle montra également comment la classe dirigeante, volontaire, et les leaders ouvriers, velléitaires, sont à combattre. Sans vouloir paraître trop insouciant : nous aurions pu y arriver s’il n’y avait pas eu ces cassepieds de bureaucrates syndicaux.

La grève générale de 1926 fut l’apogée d’une lutte de classe croissante depuis la première Guerre Mondiale.

Durant la guerre, les mineurs, les dockers et les cheminots formèrent la Triple Alliance (il y a vraisemblablement dans ce nom une allusion provocatrice à l’autre Triple Alliance, celle qui unissait avant la première Guerre Mondiale l’Empire allemand, l’Empire Austro-hongrois et l’Italie qui s’opposaient alors à la Triple Entente, réunissant la France, la Grande-Bretagne et l’Empire Russe – Note du CATS) qui unissait 1,5 million de travailleurs. En 1919 une confrontation acharnée fut évitée seulement par la tromperie du syndicat et du gouvernement. 1920 vit finalement une menace de grève générale pour stopper les attaques britanniques contre le nouvel « État ouvrier » russe. 1921 vit une autre confrontation après que le gouvernement ait annoncé la mise en vente des mines et que les propriétaires de mines de charbon aient instantanément introduit des baisses de salaires. 1921 vit aussi des troupes déployées dans les zones minières et plus de trahisons par les dirigeants syndicaux au cours de ce qui fut connu comme le « Vendredi Noir » lorsque les préavis de grève de solidarité furent retirés laissant les mineurs être écrasés et les salaires amputés de 10 à 40% à travers le pays. Ce fut d’une similarité effrayante avec les évènements qui allaient avoir lieu, mais sur une bien plus grande échelle, cinq ans plus tard.

En 1925, le Premier Ministre conservateur, Stanley Baldwin, nomma le très profondément détesté ennemi de la classe ouvrière, Winston Churchill ; célèbre pour ses activités visant à briser la grève des mineurs de 1921.

Son budget d’avril 1925 avait pour but de rendre la livre équivalente au dollar et, pour ce faire, surévalua la livre de 10%. Les patrons de l’industrie devaient répercuter cette surévaluation d’une manière ou d’une autre : Quelle paye allait être réduite ? Voici un indice, ce n’était pas celle des patrons…

Les propriétaires des mines de charbon furent les premiers à annoncer des baisses de salaires. Le « Vendredi Noir » était encore un souvenir amer pour les mineurs et leurs soutiens qui avaient tenté de remettre en place une Triple Alliance. Cela était soutenu par le TUC (Trade Union Congress, le Congrès des Syndicat, la grande confédération syndicale réformiste britannique – Note du CATS) qui déclarait s’être placé « sans réserve à la disposition de la Fédération des Mineurs ». Les autres syndicats rejoignirent la Triple Alliance lorsqu’il devint clair que les travailleurs/euses à travers l’échiquier seraient touchéEs par ce budget. Il était clair pour tous et toutes que quelque chose d’important allait se passer. Baldwin introduisit une subvention pour maintenir durant 9 mois les mines tandis qu’une enquête au sein de l’industrie minière suivait son cours.

Les enquêtes antérieures n’avaient jamais suivi les intérêts du gouvernement ou des propriétaires des mines de charbon, appelant toujours à une certaine forme de nationalisation.

En réalité, les conservateurs n’étaient pas intéressés par les rapports. C’était un stratagème pour acheter du temps pour préparer une guerre de classe acharnée. Même les syndicats savaient cela. Arthur James Cook, un ancien membre du Parti Communiste et dirigeant syndical, déclarait que « nous [les syndicats] allons devoir faire face avec la plus grande lutte… jamais connue et nous sommes en train de nous y préparer ».

On s’attendait à ce que ce soit une victoire pour les travailleurs/euses, et cela aurait pu l’être. Toutefois, le bloc principal des travailleurs/euses n’était pas l’ennemi de l’État ou des patrons, il était « l’allié » de la direction syndicale. Les leaders syndicaux étaient terrifiés par la possibilité de la grève générale. J.R. Cleynes du Syndicat des Travailleurs Municipaux et Généraux déclarait clairement « je n’ai pas peur de la classe capitaliste. La seule classe que je crains, c’est la notre ». L’éponge était sur le point d’être jetée avant que la lutte n’ait même commencée, pendant ce temps, la classe capitaliste laçait ses gants. Lloyd George avait mis sur pied le Comité de Transport et de Ravitaillement d’Urgence en 1919 et l’avait étoffé pour le « Vendredi Noir » en 1921. Il fut consolidé et rejoint par l’Organisation pour le Maintien du Ravitaillement (OMR). L’OMR était une organisation de briseurs de grève de droite qui incluait des fascistes parmi ses membres.

Et que faisait le TUC pendant que la classe dirigeante britannique se préparait pour la plus grande lutte de l’histoire syndicale britannique ? Très peu de choses. Les patrons avaient clairement dit que les mineurs seraient lock-outés le premier mai si leurs demandes n’étaient pas satisfaites. Le 27 avril 1926, 3 jours avant que la confrontation ne commence, le Conseil général du TUC se réunit pour la première fois. Le TUC demanda à parler au Premier Ministre, désespéré de trouver une sortie à ce conflit. Tandis qu’il buvait à petites gorgées du Cherry et demandait pitié aux officiels gouvernementaux, le TUC ne fit rien pour organiser les travailleurs/euses pour la bataille, alors les travailleurs/euses s’organisèrent par eux/ellesmêmes.

Le premier mai, un million de mineurs furent lock-outés et le TUC rejoignit le conflit…en se précipitant immédiatement auprès du gouvernement pour des discussions. À 23H les leaders des mineurs vinrent à la table et refusèrent le bradage ridicule négocié par le TUC. Comme un « compromis » était dessiné, l’État se retira des discussions après que les travailleurs/euses du Daily Mail aient organisé un arrêt de travail illégal.

Le TUC, comme on pouvait s’y attendre, condamna l’arrêt de travail. Le compromis fut soumis aux leaders des mineurs qui le rejetèrent à 12 contre 6. Le Conseil Général du TUC, toutefois, était prêt à l’accepter mais découvrit que désormais le gouvernement n’écoutait plus. Le TUC était piégé dans son pire cauchemar, à la fois le gouvernement et les travailleurs/euses étaient déterminéEs à se battre.

L’état d’urgence fut décrété. La nourriture, le charbon et le pétrole furent stockés. Des pouvoirs dictatoriaux furent donnés à des Commissaires Civils Régionaux qui étaient prêts à entrer en action à la réception d’un télégramme. Ce télégramme fut envoyé le 2 mai. Les permissions de l’armée et de la marine de guerre furent annulées et des renforts furent envoyés en Écosse, dans les Galles du Sud, à Londres et dans le Lancashire. Des navires de guerre furent mis à quais dans toute la Grande-Bretagne. L’OMS proposa ses services au gouvernement.

Mais il y avait désormais 4 millions de travailleurs/euses en grève qui voulaient lutter. Le transport fut paralysé, particulièrement à Londres. Le 4 mai, 15 métros sur 315 circulèrent. 300 bus sur 4 400 circulaient (à la fin de la semaine, le chiffre baissa à 40), et 9 trams sur 2 000 fonctionnaient. À la fin du premier jour les travailleurs du bâtiment, les imprimeurs, les dockers, les travailleurs de la sidérurgie, de la métallurgie, de la chimie lourde, du transport et du rail étaient en grève. Tout cela tandis que le TUC restait paralysé comme un lapin dans les phares. La classe ouvrière était vraiment à la manoeuvre. Rien ne bougeait à moins que les travailleurs/euses ne l’acceptent.

Churchill commença à imprimer la British Gazette dont le seul but était de publier des mensonges sur la grève et de répandre la propagande de la classe dirigeante. En réponse le TUC produisit le British Worker. Le but déclaré de ce journal était de rallier la classe ouvrière autour de la grève et d’augmenter le militantisme du mouvement. Cependant, ce qu’il fit consista surtout à réfuter les accusations de la British Gazette selon lesquelles les syndicats étaient en train d’organiser la révolution. Il tenta de garder le contrôle des millions d’hommes et de femmes impliqués dans la grève. Jimmy Thomas du TUC admit à la Chambre des Communes le 13 mai que « si par hasard cela avait échappé des mains de ceux qui étaient capables d’exercer un certain contrôle, chaque homme sain sait ce qui serait arrivé… cette peur fut toujours présente à notre esprit ».

Mais localement, les travailleurs/euses étaient très bien organiséEs. Des Conseils d’Action furent créés et grandirent à la fois en taille et autorité au travers du pays. Ils organisaient le transport, les pickets, les loisirs et l’assistance financière pour celles et ceux dans le besoin.

East Fife (une zone côtière de l’Écosse – Note du CATS) mit sur pied une milice ouvrière qui avait 700 membres et eut des affrontements réguliers avec les forces étatiques. Dans beaucoup d’endroits, les travailleurs/euses produisirent des bulletins de grève de grande qualité. Tout ceci toutefois fut condamné par le TUC.

Le contrôle des routes, du transport et de la distribution était dans les mains des Conseils d’Action. Toutefois leur plus grand défaut fut de ne pas se coordonner nationalement. Sans doute, ils/elles auraient pu agir comme un gouvernement alternatif et faire passer la lutte d’une bataille défensive sur la paie des mineurs à une bataille offensive à propos de qui détient le pouvoir. Cela, face à l’inactivité à la fois du TUC et du Parti Communiste, aurait été étonnant.

La Russie donna au Parti Communiste britannique sa feuille de route. C’était simple : « ce n’est pas un mouvement révolutionnaire. C’est un simple conflit salarial ».

Un conflit salarial ! Une grève générale, des Conseils d’Action et un double pouvoir dans certaines parties du pays. Cela peut avoir été sur la question de la paye des mineurs mais chaque jour cela augmentait la confiance de la classe ouvrière. Le TUC, essayant de contrôler ses membres, publia une déclaration appelant les travailleurs/euses « à rester fermes, à être loyal vis à vis des instructions et de faire confiance aux leaders ». Ces leaders qui pendant tout ce temps recherchaient une sortie. Une fois qu’ils réalisèrent que la classe dirigeante n’allait pas bouger, ils virent seulement une option, se rendre complètement. Des excuses comme les gens qui retournaient au travail (alors que plus de travailleurs/euses débrayaient chaque jour) étaient utilisées pour justifier la trahison.

La nouvelle proposition ne rencontrait même pas une adhésion syndicale basique. Aucune garantie que les grévistes soient protégéEs de représailles, aucune garantie de négociations ultérieures et aucune garantie d’une fin du lock-out. Néanmoins, le 11 mai, après une semaine de grève qui gagnait en confiance, le TUC appela à la fin de celle-ci. Les leaders syndicaux clamèrent que « des assurances ont été données ». Des assurances ! Après la grève, 3 000 personnes furent poursuivies et les salaires amputés. La classe ouvrière avait été trahie et les patrons eurent le dessus.

Le jour après que la grève ait été suspendue, 100 000 travailleurs/euses supplémentaires l’avaient rejointe par rapport au premier jour. Ce serait une grosse erreur de confondre les faibles actions syndicales avec les travailleurs/euses. Après que la grève ait été suspendue, « l’humeur des travailleurs/euses était plus militante que jamais… le sentiment était amer – amer contre les employeurs qui menaient partout des représailles contre les ferventEs partisanEs locaux/ales de la grève, et amer contre le Conseil Général du TUC. C’était comme si la fin de la grève avait pu être le début de la révolution ». Cependant, après une semaine, sans savoir où ils/elles voulaient que la grève aille, les travailleurs/euses ne virent plus de perspectives et retournèrent au travail.

La classe dirigeante avait dépensé des centaines de millions de livres mais elle aurait perdu s’il n’y avait pas eu la campagne concertée de sabotage menée par le TUC. Si les travailleurs/euses s’étaient organiséEs par eux/elles-mêmes dans des organisations de base et s’ils/elles avaient eu la même vision révolutionnaire que leurs homologues espagnolEs 10 ans plus tard, alors les résultats auraient pu être très différents. Quoi qu’il en soit, les radicaux/ales d’aujourd’hui peuvent apprendre quelques précieuses leçons de cette grande grève de 1926.

Par Libcom



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