2 mars 1919 : Fondation de la Troisième Internationale

mardi 3 mars 2020.
 

A) La IIIe Internationale – Un bref historique

par François VERCAMMEN

Source : http://www.lcr-lagauche.be/cm/index...

Dès son origine, le mouvement ouvrier a été internationaliste et cela dans un triple sens : solidarité internationale à l’occasion de luttes ; instauration d’une société socialiste au niveau mondial ; et, dès lors, nécessité de mettre en œuvre une stratégie internationale, grâce à une organisation internationale, dont les partis nationaux seraient les « sections ».

En fondant, il y a aujourd’hui 70 ans, l’Internationale Communiste (l’IC) - ou Troisième Internationale, Lénine, Rosa Luxembourg, Trotsky, Klara Zetkin, Boukharine. Radek,.... poursuivaient l’œuvre de Marx et d’Engels. Ceux-ci avaient été à la base de la Ire Internationale (1864) et de la Deuxième Internationale (1891).

FONDATION

Officiellement fondée en mars 1919, l’IC naît d’une double expérience décisive du prolétariat international (essentiellement européen à l’époque) : la première guerre entre puissances impérialistes (1914-18) et la première victoire d’une révolution ouvrière socialiste (Russie, 1917). Ces deux événements colossaux sonnent le glas des partis socialistes (« sociaux-démocrates ») et de leur Internationale (la « Deuxième »).

La fondation, à l’époque, de nouveaux partis - désormais nommés « communistes » - et leur unité dans une nouvelle Internationale ne constituaient pas un acte scissionniste et arbitraire. Contrairement à ce que prétendent aujourd’hui beaucoup de dirigeants de PCs ! Cette fondation procédait de la nécessité de maintenir le marxisme-révolutionnaire contre le réformisme pro-capitaliste, de définir un nouveau programme qui devait refléter la nouvelle époque du capitalisme et de la lutte des classes.

La victoire de la révolution socialiste en Russie et le début de la révolution allemande avaient montré le chemin. A partir de 1916-17, le capitalisme, chancellait, surtout là où la bourgeoisie était en train de perdre la guerre. Le souffle de la victoire en Russie devait l’achever : une alliance de deux pays socialistes, URSS-Allemagne, aurait dû inaugurer une ère historique nouvelle. Entre 1919 et 1922, l’IC allait tenir quatre congrès. Résumant l’expérience d’un demi-siècle du mouvement ouvrier révolutionnaire, elle éduquait et pré-parait une nouvelle génération de cadres communistes dans le but d’une victoire à court terme de la révolution socialiste mondiale.

Malheureusement, l’échec de la prise de pouvoir en Allemagne, en 1923, allait sonner le glas de cet objectif. Les conséquences allaient être incalculables. Isolement de l’URSS et, de là, montée de la bureaucratie stalinienne ; nouvel essor du capitalisme et relance insoupçonnée de la social-démocratie notamment par le biais du mouvement syndical en pleine expansion.

STALINE CONTROLE L’I.C.

La caste bureaucratique dirigée par Staline s’est érigée sur la base anticapitaliste du régime d’octobre (propriété collective des moyens de production, monopole étatique du commerce extérieur, nouvel appareil d’Etat). Mais sa consolidation « dans un seul pays » l’a poussée de plus en plus vers une politique d’« ordre » à l’intérieur et, à l’extérieur, vers la stabilisation internationale et donc vers un accord avec l’impérialisme. Toute lutte révolutionnaire dans le monde semblait à cette caste une menace pour sa politique et pour sa propre existence. Toute nouvelle victoire socialiste-révolutionnaire créerait en effet un nouveau foyer de contamination qui lui échapperait. Le mot d’ordre du « socialisme dans un seul pays », lancé par Staline en 1924, à la surprise générale, ne signifiait rien d’autre que ce cri du cœur des bureaucrates : « non à la lutte pour la révolution socialiste mondiale ! ».

La conclusion organisationnelle allait couler de source : l’Internationale Communiste devait être mise au service de cette politique de stabilité, donc être subordonnée à la bureaucratie russe.

La grève générale en Angleterre (1926) et la révolution chinoise (1925-27) seront les premières victimes de cette politique. A chaque fois, le PC sera obligé de se subordonner à la bourgeoisie - ou à la bureaucratie social-démocrate. Pire : lorsque, à partir de 1928, le nazisme commencera son ascension en Allemagne, Staline refusera le front unique avec la social-démocratie (qualifiée de « social-fasciste »). Au contraire, le PC allemand recevra cette folle consigne : d’abord détruire le PS, et permettre l’avènement d’un gouvernement de Hitler. Ensuite viendrait le tour des communistes...

ZIG-ZAG

Pourquoi celle politique catastrophique ? Parce que Staline et la bureaucratie soviétique en défendant leurs privilèges de caste, ne raisonnent plus en internationalistes et en révolutionnaires. Au contraire, ils veulent la paix avec l’impérialisme. Celui-ci exige en retour, de Staline et de « son » IC (avec ses partis communistes de par le monde), le respect de l’ordre capitaliste.

Dès lors, Staline va essayer, dans un monde capitaliste déchiré par des contradictions économiques, sociales et politiques de plus en plus violentes, de « sauver l’URSS » au détriment du prolétariat international. Sa ligne politique à partir de 1933 montre une incroyable série de zigzag, qui donnent le tournis.

Avant 1933, l’impérialisme anglais est réputé être « l’ennemi principal » : une victoire de Hitler importerait donc peu, de ce point de vue ! Ce n’est que plus tard que Staline comprend la menace directement militaire que le nazisme fait peser sur l’URSS. Changement d’alliance donc, après 1933 : priorité à la France, à la fois en concurrence avec Hitler et avec la Grande-Bretagne. C’est ainsi que le PCF vote les crédits militaires du gouvernement Laval (reçu en grande pompe à Moscou), en 1934.

L’IC, à son 7e congrès (1935), généralise celle ligne, dite du « front populaire » : désormais, la tâche prioritaire, au sein des pays impérialistes, n’est plus la révolution socialiste : c’est la défense de « la démocratie », en alliance avec la bourgeoisie dite « antifasciste ». Ainsi, lorsque la révolution éclatera en France et, en Espagne, elle prendra même la forme d’une guerre civile, Staline aidera le camp républicain tout en écrasant la révolution socialiste- y compris par l’assassinat des forces révolutionnaires (anarchistes, le POUM, la gauche socialiste). Car la priorité est : donner des gages à l’alliance « démocratique » avec la bourgeoisie française !

En 1938, la menace de la révolution socialiste a disparu en Europe occidentale. Le prolétariat est profondément démoralisé : le champ est libre pour la guerre entre puissances impérialistes. Mais, d’abord, celle-ci vont se mettre d’accord entre elles pour permettre à Hitler de prendre à la gorge l’URSS. C’est Munich ! Staline, sentant le danger, fait volte face : le fascisme n’est plus l’ennemi principal. Au contraire, sous le couvert d’un langage pseudo-léniniste qui (re)parle de la transformation de la prochaine guerre en révolution socialiste, le 7e congrès de l’IC est mis au placard : Staline s’allie à Hitler (1939) en espérant prévenir ainsi l’agression nazie. Le désarroi au sein de l’IC et des partis communistes est à son comble.

L’isolement de ceux-ci au sein de la classe ouvrière est total. Le 17 juin, Molotov, ministre soviétique des affaires étrangères, envoie un télégramme de félicitations au général Von Schulenberg, après sa conquête de la Belgique : « les plus vives félicitations du gouvernement soviétique pour le magnifique succès de l’année allemande ! » Cela n’empêchera pas l’attaque foudroyante de l’armée allemande, en juin 1941, qui amènera l’URSS au bord de l’abîme...

DISSOLUTION

Si, depuis 1935, l’IC n’a plus tenu un congrès, il ne faut pas croire que le PC et des dizaines de milliers de communistes honnêtes ont cessé d’agir au service de la classe ouvrière et d’objectifs réellement communistes. Mais c’est cela qui effraie Staline et la bureaucratie. La fin de la deuxième guerre mondiale « risque » d’amener à nouveau une conjoncture révolutionnaire, comme en 1917-1918. Tout sera fait pour mettre les PC à la tête de la Résistance, mais en empêchant, au moment voulu, le prolétariat de renverser la bourgeoisie. Les dirigeants communistes les plus combatifs seront mis à l’écart, voire disparaîtront « à temps » dans le Goulag. II n’y aura qu’une faille : Tito en Yougoslavie (et, dans les pays coloniaux, Mao en Chine et Ho Chi Minh au Vietnam).

Pour que cela soit clair, Staline va donner l’ultime gage à la bourgeoisie impérialiste, dans le but d’obtenir notamment de celle-ci l’ouverture du « second front ». Alors qu’il est en réunion avec Roosevelt et Churchill à Téhéran (1943), l’IC est déjà officiellement dissoute : « la forme d’organisation choisie par le Ier congrès de l’IC dépérissait toujours plus en rapport avec la croissance du mouvement ouvrier » ! Mais le fond politique est ailleurs : « Dans les pays du bloc hitlérien, la lâche fondamentale, consiste à contribuer à la défaite de ce bloc. Dans les pays de la coalition, le devoir sacré (!) est de soutenir par tous les moyens tes efforts militaires des gouvernements de ces pays. ... » Adieu, révolution socialiste. Ainsi fut fait !

François Vercammen

B) Le congrès constitutif de la 3ème Internationale

Georges Cogniot, dirigeant du PCF

Source : http://www.uniteouvriere.org/index....

À la fin de février 1919, surmontant les énormes difficultés dues au blocus, les délégués communistes commençaient à arriver à Moscou. Le soir du 2 mars, au Kremlin, la conférence communiste internationale s’ouvrait ; elle élut à son bureau permanent Lénine, l’Allemand Hugo Eberlein, le Suisse Fritz Platten. 52 participants étaient là, parlants au nom de 35 organisations qui appartenaient à 21 pays d’Europe, d’Amérique et d’Asie, mais le seul parti de masse représenté était le Parti communiste russe (bolchévik).

Le 3 mars, la conférence aborda l’examen du projet de plateforme du mouvement communiste international. Cette plateforme exposait sous forme concentrée les points essentiels de la théorie léniniste de l’impérialisme et de la révolution socialiste ; elle indiquait que l’établissement de la dictature du prolétariat devenait un objectif immédiat dans beaucoup de pays capitalistes ; cette dictature du prolétariat était définie non comme un but en soi, mais comme le moyen de réaliser les transformations économiques et sociales décisives. (À propos de ces transformations, les rapporteurs soulignèrent que « la petite propriété ne doit nullement être expropriée, et que les petits propriétaires n’exploitant pas le travail d’autrui ne doivent être soumis à aucune mesure de contrainte ». Le texte fut adopté à l’unanimité, sauf l’abstention du représentant du Parti ouvrier norvégien.

La conférence entendit le lendemain le rapport de Lénine sur la démocratie bourgeoise et la dictature du prolétariat. Lénine y reprenait les conclusions de ses études classiques sur L’État et la révolution et sur La Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky. Le rapporteur établissait nettement la différence entre le communisme et le réformisme ; il montrait qu’il n’y avait pas de troisième voie - sinon dans les rêveries et les lamentations des petits bourgeois. Ses thèses furent adoptées à l’unanimité.

Le 4 mars au soir, la question de la fondation de la nouvelle Internationale vint à l’ordre du jour. Les délégués présents qui avaient participé à la conférence de Zimmerwald, déclarèrent « considérer comme dissous le groupement de Zimmerwald ». Parmi ceux qui se prononcèrent pour la création immédiate de la Troisième Internationale, il y eut Jacques Sadoul, parlant au nom du groupe communiste français en Russie. Le délégué du Parti communiste de Finlande, Otto Kuusinen, déclara : « La force de la nouvelle Internationale sera égale à la force du prolétariat révolutionnaire, et non à celle de cette petite assemblée ».

La création proposée fut décidée à l’unanimité, moins l’abstention de H. Eberlein, au nom du Parti communiste allemand. C’est ainsi que la conférence se transforma en Premier Congrès de l’Internationale Communiste en déclarant :

« Une nouvelle époque est née. Époque de la désagrégation du capitalisme, de son effondrement intérieur. Époque de la révolution communiste du prolétariat ».

Les fondements étaient posés pour le rassemblement des travailleurs de tous les pays sous le mot d’ordre de la dictature du prolétariat (Sur le 1er Congrès de l’Internationale Communiste, voir Histoire du Parti communiste français, Éditions sociales, 1964, p. 79-85).

Comme Jacques Duclos le dira plus tard, « l’Internationale Communiste, dès le premier jour de son existence, s’employa à contrecarrer les néfastes effets de la division ouvrière consécutive à l’abandon de la lutte des classes. L’unité du prolétariat ne peut exister que sur le terrain de la lutte des classes ». (Jacques Duclos : « Vive l’Internationale Communiste ! », Cahiers du bolchévisme, no 15 et 16, 1er août 1935).

Si le congrès fut un succès, s’il fonda la glorieuse Internationale Communiste, c’est, comme Lénine le dit le 6 mars, « parce que les masses prolétariennes du monde entier avaient mis toutes ces questions pratiquement à l’ordre du jour ». (Lénine : Œuvres, tome 28, p. 501).

L’Internationale Communiste renouait avec les meilleures traditions de l’internationalisme prolétarien et de la lutte de classe. Pour fixer sa place dans l’histoire, rien ne vaut ces lignes de son glorieux créateur : « La Première Internationale a jeté les fondements de la lutte prolétarienne internationale pour le socialisme. La Deuxième Internationale a été une époque de préparation du terrain pour une large, pour une massive propagation du mouvement dans plusieurs pays. La Troisième Internationale a recueilli les fruits du labeur de la Deuxième Internationale ; elle en a retranché la souillure bourgeoise et petite-bourgeoise, opportuniste et social-chauvine, et a commencé à réaliser la dictature du prolétariat ». (Lénine : Œuvres, tome 29, p. 310).


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