LEUR MONDE N’EST VRAIMENT PAS LE NÔTRE ! (Michel Husson)

lundi 7 avril 2014.
 

Terrible est le tableau du monde que l’on peut dresser aujourd’hui (texte du 6 avril 2008).

La crise bancaire fonctionne ici comme un véritable révélateur : les masses gigantesques d’argent accumulées aux dépens des salarié-es du monde entier revendiquent des rendements toujours plus élevés.

On spécule sur l’économie virtuelle, sur les emprunts des Américain-es les plus pauvres, et maintenant sur les matières premières. Tout ce que touche le capitalisme est transformé en marchandise, jusqu’au génome humain ou aux plantes tropicales, sans parler des OGM dûment brevetés et défendus âprement par des cohortes de député-es et sénateur-rices Monsanto-sarkozystes.

Dans le même temps, on explique aux salarié-es qu’ils-elles ne travaillent pas assez longtemps, qu’ils-elles sont trop payé-es, qu’ils-elles vivent au-dessus de leurs moyens, et que telle est la grande loi de l’économie.

Les émeutes de la faim qui ont éclaté à travers le monde illustrent l’un des aspects les plus pervers de la mondialisation. Les prix des matières premières ont augmenté et ce devrait être une bonne nouvelle pour une bonne partie des pays du Sud qui les produisent. Mais des années de politique néo-libérale dictées par le FMI les ont conduit à une dépendance alimentaire qui exposent leur population à crever de faim !

Le cas du Mexique est symptomatique. La production de maïs y a été à peu près abandonnée : après la suppression des prix de garantie et des quotas d’importation, le maïs OGM étasunien, fortement subventionné, a déferlé sur le marché mexicain. L’augmentation brutale du prix du maïs a frappé les couches sociales les plus défavorisées. L’une des principales raisons de cette hausse est la réduction des surfaces cultivées au profit des agro-carburants. Bref, les Mexicain-es pauvres se serrent la ceinture pour que les riches puissent continuer à rouler en voiture. Tel est le symbole des dérives du monde charmant dans lequel nous vivons.

Aux prodigieuses inégalités sociales, s’ajoute désormais la lutte pour l’appropriation des ressources non renouvelables.

Le monde est au fond dirigé par une bande de criminel-les. À la base de la crise bancaire, il n’y a rien d’autre qu’une délinquance financière aux proportions inconnues. Ceux-celles qui ont escroqué les ménages américains sont des délinquant-es.

Délinquant-es aussi, et même criminel-les, ceux-celles qui forcent les paysans à acheter leurs semences génétiquement modifiés et ceux-celles qui, à travers le monde, surexploitent des salarié-es constamment menacé-es de délocalisations et autres restructurations. Sans parler de la délinquance intellectuelle dont sont coupables les économistes ou simples commentateur-rices qui vous expliquent que tout va bien dans le meilleur des mondes et que, d’ailleurs, il n’y a pas d’alternative...


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