Création du PACS L’AMÈRE DE TOUS LES VICES, par Sébastien Paris (5 novembre 1998)

mardi 6 novembre 2018.
 

Le PACS : couple sortant de l’ordinaire

Le débat sur le PACS qui a repris à l’Assemblée Nationale le 3 novembre, vient rappeler l’évidence du clivage gauche/ droite comme combat du progrès contre la réaction. Les arguments du débat engagé montrent l’ancrage culturel profond de cette ligne de partage dans notre pays, A l’Assemblée, c’est Christine Boutin, l’égérie des commandos anti-IVG qui a fait front sur le PACS. Pendant cinq heures, elle a stigmatisé le "mélange de sexualité permise et de sexualité prohibée " qu’autoriserait le Pacte exaltant le mariage "protecteur de l’Amour, parvenu à la quasi perfection" comme modèle social exclusif de la vie de couple. Le florilège des déclarations fracassantes de cette auxiliaire de l’Opus Dei est un résumé significatif de ce qui est un fond commun très large de conceptions considérées comme fondamentales à droite. Une caricature. Une seule phrase suffit à comprendre son mode de raisonnement. Elle qualifie le PACS de "vecteur de la reconnaissance de la relation homosexuelle comme relation sociale à part entière, au même titre que la relation naturelle de l’homme et de la femme". On peut lui rendre grâce d’une chose : c’est vrai ! L’homosexualité est aussi une relation sociale comme une autre. C’est la démonstration du contraire qui relève de l’idéologie et du conditionnement social. Mais pour Christine Boutin, l’homosexualité est contraire à un "ordre naturel". Il y aurait une nature humaine préalable à l’être social. Là est le vieux fossé des premiers jours entre droite et gauche. Madame Boutin est réactionnaire, homophobe. Et elle l’assume non par étourderie fanatique mais par calcul politique. Cette droite-là, sous toutes les latitudes lutte dorénavant drapeau déployé pour l’ordre moral, revers obligé du modèle de société socialement dérégulée dont madame Boutin est également une ardente adepte.

"L’Etat doit s’effacer. Mais c’est à la famille et aux églises de prendre le relais pour la régulation des relations entre les individus" avait déclaré le représentant des familles catholiques au séminaire de Davos. Chacun chez soi : tous les politiques de droite qui s’étaient montrés à un moment ou à un autre favorables au PACS sont revenus sur leurs propos. Aujourd’hui, la gêne des Madelin et autres Bayrou est évidente. La tolérance qu’ils affichaient hier à l’égard de l’homosexualité ne parvient pas à cacher le dégoût de commande que leur inspire aujourd’hui ces pratiques "contre nature". Le blocage qu’ils éprouvent à l’égard du PACS se situe à ce niveau. Il suffit pour s’en convaincre de lire les amendements (900) déposés par les députés de droite. Il y a ceux demandant qu’une personne signant un PACS avec une personne du même sexe et qui aurait la garde d’un enfant se la voient retirer. D’autres demandant que les fonctionnaires enregistrant les PACS puissent bénéficier d’une "objection de conscience" afin de pouvoir refuser de "prêter son concours à l’inscription d’une union qui en conscience leur paraît contre nature". Un arrêt de mort pour l’Etat laïque !

La lecture de la presse de droite ces jours-ci est également édifiante. On y condamne à longueur d’article l’homosexualité. Dans le Figaro, on trouve même un article visant à démontrer que "la sainte famille est exactement le contraire du PACS". On y apprend que "Le PACS c’est la reconnaissance de la sexualité sans mariage (ô Horreur !), Joseph et Marie, c’est le mariage sans sexualité, y compris l’enfant". On ne demandera pas plus de détails... Pas plus que sur la phrase qui suit : "Ce mariage n’était pas sous le signe de la stérilité comme veut l’être le PACS inventé pour honorer l’union homosexuelle". Le dogme de l’immaculée conception contre le PACS, il fallait l’oser.

On apprend dans cette même presse qu’un "véritable marathon de prières accompagnera le débat parlementaire sur le PACS, une mobilisation pour invoquer le ciel contre le projet", sous la forme de" jeûnes et chaînes de prières visant à "prendre en charge" chaque député". Face à ce déploiement d’archaïsmes, la gauche s’est, elle, calée de plein pied dans une prise en compte humaniste de la réalité des rapports humains. C’est la laïcité que nous faisons avancer. Plus que jamais, c’est ce principe central de la République qui incarne la modernité et garantit la liberté individuelle. Tout individu organise librement sa propre vie, dans le respect de la légalité. Cette liberté relève du domaine privé. En cela, le PACS renforce le rôle protecteur de l’Etat laïque. Et toute la société en bénéficie. La force de la gauche dans cette nouveauté c’est d’avoir fait sienne la phrase de Jaurès : "Comprendre le réel pour aller vers l’idéal".

A Gauche n° 705 - 5 novembre 1998


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