30 novembre 1871 Gaston Crémieux, l’avocat des pauvres, le communard fusillé

samedi 17 mars 2018.
 

Nîmois de naissance, arriivé à Marseille en 1862, coupable idéal, Crémieux, le juif (cela compta, en cette période pré-dreyfussarde, selon de nombreux spécialistes) surnommé l’« Avocat des pauvres » se présente devant le tribunal, jugé comme animateur de la Commune de Marseille ( 23 mars au 4 avril 1871). C’est bien l’esprit de la Commune de Marseille que les revanchards versaillais entendent juger et, surtout, exécuter.

Les chefs d’accusation retenus augurent du jugement du tribunal : « tentative de destruction du gouvernement, commandement de bandes armées en vue d’envahir et de piller des biens appartenant à l’État, arrestation et séquestration de personnes dépositaires de l’autorité publique. » La Commune est une « société secrète, occulte », une « école de la perversité », une « secte communiste » dont la « lutte impie » vise à « détruire les fondements de la République ». « Le drapeau que vous pensiez brandir est un drapeau sanglant », lâche le procureur dans une ultime charge avant de requérir la peine de mort.

Crémieux nie, ne se reconnaît pas dans le portrait dépeint. Il rappelle qu’il a fait enlever les drapeaux rouge et noir qui flottaient sur la préfecture. Qu’il a toujours tenté l’apaisement. Qu’il était sous la pression des radicaux, notamment du trio envoyé par la Commune de Paris. « Comment peut-on croire que mon client adhérait à l’Internationale alors que lors des élections pour le Conseil Général de juin 1870 il s’est présenté à La Ciotat contre un membre de cette association de travailleurs ? » plaide l’avocat . Il ajoute : « Il n’exerçait plus aucun pouvoir Landeck s’occupait de tout. »

Pourquoi une telle ligne de défense ? Parce qu’elle recoupe en partie sa ligne politique pendant les événements ? Pense-t-il ainsi échapper à la peine de mort ? Toujours est-il que cela ne suffit évidemment pas. Invité par le président à prononcer ces derniers mots avant le jugement, il se montre plus revendicatif : « Mon seul crime c’est d’avoir trop aimé la République. Cette République sociale et fraternelle que l’insurrection se promettait de mettre en place. La Commune révolutionnaire devait proclamer l’ère de la liberté et de l’égalité entre tous les hommes comme lors de la nuit du 4 août 1789 mais, vous, les privilégiés de la fortune, vous avez perdu la mémoire de vos pères qui avaient conjuré aux générations futures de s’unir dans l’amour de la justice et de la liberté. Il fallait réagir et raviver cette mémoire. Voilà, peuple, voilà pour quel crime on me juge. »

Christophe Deroubaix (L’Humanité, le vendredi 9 décembre 2011)


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