5 mars 1946 Churchill lance la guerre froide

mercredi 8 mars 2017.
 

L’acte officiel de lancement de la guerre froide a eu lieu très exactement le 5 Mars 1946. Il s’agit du discours prononcé ce jour là par WINSTON CHURCHILL à l’Université de FULTON (Missouri), lui même inspiré par le diplomate US GEORGE KENNAN qui, ambassadeur des Etats-Unis à Moscou, théorise la future guerre antisoviétiques dès le 22 Février 1946

Bien que battu aux élections de 1946 et remplacé au pouvoir à Londres par le dirigeant du parti travailliste CLEMENT ATTLEE , CHURCHILL garde une place internationale éminente puisqu’il est avec STALINE, le seul des dirigeants des puissances victorieuses du fascisme à avoir participé aux conférences qui ont procédé au partage du monde en zones d’influence : Conférence de Téhéran (28 Novembre – 1 décembre 1943 ) conférence de Yalta,(4-11 Février 1945 ) conférence de Potsdam(17 Juillet-2 Aout 1945) et à savoir ce qui a été décidé au cours de ces trois conférences.

Mais autant il a pu en 1943 reconnaitre le rôle décisif de l’URSS dans la défaite du fascisme et prononcer un éloge appuyé de ce pays et de son peuple, autant trois ans plus tard son discours est devenu hostile et il accuse l’URSS d’avoir fait descendre un « rideau de fer » au milieu de l’Europe. L’expression très forte et qui fera le tour du monde laisse penser que l’URSS est la responsable d’une division du continent qui a en réalité été décidée d’un commun accord.

Le discours de FULTON annonce que l’alliance entre les bourgeoisies occidentales et le socialisme soviétique n’était qu’une alliance de circonstance et qu’à nouveau comme entre 1917 et 1922 lorsque les puissances capitalistes (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Italie, Japon Allemagne…) envoyaient des troupes combattre l’armée rouge aux côtés des russes blancs , la lutte pour la domination du monde par le capitalisme anglo-saxon et les autres puissances coloniales reprend.

Il fait en même temps comprendre clairement aux peuples d’Europe que quels que soient leurs choix électoraux ou leurs préférences politiques, chacun doit rester du côté du « rideau de fer » où il se trouve.

Les Etats-Unis sont évidemment au coeur du projet. Leur territoire est intact, leurs pertes en hommes sont infimes comparées aux pertes soviétiques, leur industrie a été dopée par l’effort de guerre ils dominent l’économie mondiale (50% du PIB mondial à eux seuls) et disposent depuis la double expérimentation in vivo des 6 et 9 Aout 1945 (Hiroshima et Nagasaki) de l’avantage militaire décisif : la possession de l’arme atomique. Ils vont donc prendre la place centrale dans cette guerre froide annoncée et y investir d’énormes moyens financiers. Le Président Truman met tout le poids de son pays dans l’opération et lance le 29 mars 1947, dans un discours prononcé devant le Congrès, le plan Marshall (du nom du général qui est alors secrétaire du Département d’Etat étasunien).

Les pays cibles du plan Marshall sont en priorité ceux situés à l’Ouest du « rideau de fer » dans lesquels des partis communistes, sortis grandis et armés de leur participation à la résistance populaire contre le nazisme, sont puissants. L’aide Marshall va permettre à des gouvernements bourgeois de s’installer au pouvoir. Les PC français et italiens sont mis sur la touche, tolérés dans le pays mais interdits de pouvoir. Ils acceptent cette marginalisation qui sera définitive pour le PC italien aujourd’hui disparu. Le PC grec, bien qu’il ait eu un rôle décisif dans la résistance à l’occupation nazie a été mis sur la touche par la Grande-Bretagne, la bourgeoisie et les fascistes grec, se réveille tardivement et reprend les armes contre le nouveau régime. La riposte est immédiate : le premier Avril 1947 un général US débarque sur le sol grec avec 5000 hommes et prend le commandement d’une guerre « civile » qui bien alimentée en dollars US durera deux ans. Elle sera féroce, extrêmement sanglante et conduira à une quasi liquidation des communistes grecs et à une interdiction du PC qui durera jusqu’en 1974. Les fascistes grecs alors soutenus et conseillés par les Etats-Unis se permettront mettre de faire un coup d’Etat militaire qui saignera à nouveau le pays et les partis de gauche grecs pendant 7 ans (1967-1974)

La Grèce étant à l’Ouest du « rideau de fer », l’URSS, affaiblie par la guerre et en situation d’infériorité militaire, n’intervient pas. Le partage du continent est ainsi respecté par la force. Pour autant les « occidentaux » ne vont pas hésiter à tenter des débaucher des pays situés dans la zone d’influence soviétique. Tel sera le cas de la Tchécoslovaquie. Les élections qui suivent la guerre ont donné une place prépondérante au PC tchèque (43% des voix). Il va former un gouvernement de coalition avec des partis bourgeois. Confronté aux graves problèmes matériels de la reconstruction du pays, le gouvernement tchèque envisage de faire appel à l’aide MARSHALL. Pour l’URSS c’est le signe que le « rideau de fer » peut se déplacer pourvu qu’il se déplace vers l’Est. L’URSS s’oppose à cette demande d’aide financière aux Etats-Unis et exige du gouvernement tchèque dirigé par les communistes qu’il refuse cette aide. Le PC Tchèque mobilise la population dans ce sens. La crise politique éclate à Prague en Février 1948.

Les partis bourgeois quittent le gouvernement et le PC tchèque reste seul au pouvoir. Pas un coup de feu n’a été tiré mais cette prise de pouvoir des communistes par défaut, sera dénommée « coup de Prague » et à l’Ouest, elle symbolisera la mainmise soviétique sur l’Europe orientale et permettra de faire passer sous silence l’exclusion du pouvoir des PC français et italien et les horreurs la guerre civile grecque.

Reste le cas de l’Allemagne. Découpée en quatre zones d’occupation (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France et URSS) au sortir de la guerre le « rideau de fer » n’y a pas été tiré puisqu’en vertu des accords de Potsdam la gestion du pays doit rester quadripartite en attendant un accord entre les puissances occupantes sur l’avenir du pays. En fait les trois occidentaux unifient leurs 3 zones d’occupation et commencent à s’acheminer vers la coupure du pays en deux en créant une nouvelle monnaie pour leur zone commune.

Cette décision prise en contradiction avec les accords de Potsdam est un premier pas vers la partition du pays. Le rideau de fer commence ainsi à s’abaisser au milieu de l’Allemagne. L’URSS, après de vaines protestations, va tenter de s’opposer à la manoeuvre par le blocus de Berlin. La tentative échoue.

D’autres évènements marquants marquent cette période charnière entre le discours de FULTON et le traité de l’Atlantique Nord.

- Après avoir installé à Panama l’Ecole des Amériques qui formera tous les tortionnaires, les militaires putschistes, les organisateurs des escadrons de la mort qui empêcheront pendant plus d’une demisiècle toute transformation politique démocratique sur le continent, Les Etats-Unis fondent l’Organisation des Etats américains (Bogota 25 Avril 1948) et s’assurent ainsi pour plus d’un demisiècle le contrôle politique économique et militaire sur les pays de leur « arrière-cour ». Ceux–ci épargnés par la guerre et déjà décolonisés depuis un siècle aspirent à un développement national autonome et les Etats-Unis empêcheront l’émergence de dirigeants porteurs de ces aspirations. Le dirigeant colombien progressiste JORGE GAITAN est assassiné à Bogota le 9 Avril 1948 au moment même où se tient dans la ville la réunion fondatrice de l’OEA. Les services secrets étasuniens ont commandité le meurtre mais alimentent la rumeur d’un assassinat organisé par le PC colombien. L’avertissement aux dirigeants latino-américains est clair : le sous-continent doit rester sous domination étasunienne. L’assassinat de JORGE GAITAN marque le début d’une guerre civile colombienne qui durera quatre ans, fera 200 000 à 300 000 victimes et sera le terreau de la lutte armée qui n’a jamais vraiment cessé en Colombie, toutes les tentatives de règlement négociée de la crise politico-sociale ayant été noyées dans le sang

- Après la défaite du japon les Etats-Unis ont tenté de soutenir – y compris militairement

- les nationalistes chinois pour éviter la victoire des communistes. Mais Ils n’y parviendront pas et le Parti Communiste Chinois prend seul le pouvoir le 01.10.1949. Sur le continent eurasiatique les positions de l’impérialisme occidental sont donc très affaiblies. Après l’URSS, la Chine va passer aux mains des communistes, ce qui représente un gain démographique, territorial et politique énorme pour le camp socialiste L’Amérique soumise et satellisée, l’Afrique encore sous le joug colonialiste européen, il est urgent de créer un bastion impérialiste en Europe de l’Ouest face au danger communiste qui grandit à l’Est du grand continent eurasiatique.

L’OTAN entre alors en scène et son émergence ne peut être comprise que dans ce cadre géopolitique global. Le traité de l’Atlantique Nord manifeste que la direction de l’impérialisme est désormais installée définitivement à Washington au détriment de Londres et que les vieux impérialismes européens, qu’ils aient été dans le camp des vainqueurs ou dans celui des vaincus : britannique, français, belge, néerlandais, italien sont passés sous contrôle étasunien. Le cas de l’Allemagne est laissé temporairement de côté, le découpage en deux Etats voulu par l’Occident au mépris des accords de fin de guerre, n’est pas encore effectif et les réticences des opinions publiques européennes vis-à-vis du pays porteur des horreurs du nazisme encore trop fortes 4 ans après la fin de la guerre.

Dans sa lettre le traité de Washington ne s’affiche pas comme une alliance contre un adversaire désigné nommément et donc sa survie et sa durée exceptionnellement longue pour une alliance de ce type sont dés l’origine formellement possibles quand l’adversaire concret ou réellement existant disparait quelle que soit la façon variable utilisée pour le dénommer : « bloc de l’Est », « camp socialiste » sans compter toutes les structures sociales ou institutions sur lesquelles on peut coller le qualificatif disqualifiant de « stalinien »

COMAGUER


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