Suisse : un Etat né des communautés paysannes et villes bourgeoises face à la féodalité

mardi 7 avril 2009.
 

A) 1er août 1291 : Le pacte fédéral suisse et le serment du Grütli

Au début du mois d’août 1291, une trentaine de rudes montagnards se réunissent dans la prairie de Grütli (ou Rütli selon l’orthographe alémanique), au-dessus du lac des Quatre-Cantons. Ils se prêtent serment d’assistance mutuelle contre les exactions de leur seigneur.

De ce jour date, selon la tradition, la naissance de la Suisse indépendante... Fête nationale

En 1891, en souvenir du pacte fédéral, les autorités suisses demandent aux cantons de sonner les cloches à 19h et d’organiser des feux de joie ! En 1899, le 1er août est décrété fête nationale. Ce jour est chômé depuis 1994 suite à une votation populaire. Des montagnards attachés à leurs libertés

Au cours du XIIIe siècle, les communautés paysannes des « pays forestiers » (Waldstaten), sur les bords du lac des Quatre-Cantons, voient leur autonomie menacée par l’empereur Rodolphe 1er de Habsbourg, dont les domaines cernent leur territoire et mordent de plus en plus à l’intérieur.

Prenant exemple sur les villes italiennes qui ont réussi à conquérir leur autonomie, les trois cantons d’Uri, Schwyz et Unterwald décident de faire front... Leurs représentants se retrouvent dans la prairie de Grütli « en l’an du Seigneur 1291 au début du mois d’août ». Là, ils font le serment de se défendre ensemble contre les empiètements des Habsbourg.

Rédigé en latin, le pacte prévoit que les confédérés se prêteraient secours en cas d’attaque, n’accepteraient aucun juge étranger, trancheraient leurs différends par l’arbitrage des plus sages, puniraient les criminels, incendiaires et voleurs.

Le pacte fédéral est conclu pour l’éternité mais ses signataires n’entendent en rien fonder une Nation. Il n’empêche qu’à la fin du XIXe siècle, en souvenir de cet événement et pour raffermir l’unité nationale, ébranlée par la guerre du Sonderbund (1847), les Suisses ont fait du 1er août leur fête nationale. Ce jour est chômé depuis 1994.

Dans la mémoire nationale, le pacte fédéral de 1291 va souvent être confondu avec le serment du Grütli, lui aussi conclu au même endroit mais en 1307, par trois rudes montagnards. Contemporain de Guillaume Tell, ce serment relève comme celui-ci de la légende plus que de l’Histoire...

Depuis le XVe siècle, les Suisses se délectent de l’histoire de Guillaume Tell, qui est à vrai dire un condensé de différents récits oraux, la réalité historique du héros national n’étant en rien attestée.

Cet habile archer est arrêté pour cause de désobéissance par le bailli Hermann Gessler qui gère les intérêts des Habsbourg. Le bailli lui impose en guise de sanction de tirer avec son arbalète sur une pomme placée... sur la tête de son fils Walter. C’est ça ou la mort immédiate pour le père et le fils !

Prenant deux « carreaux » (flèches d’arbalète) entre les doigts, Guillaume Tell vise la pomme et la fend en deux ! Le bailli lui demande pourquoi il a pris deux carreaux. Et lui de répondre que s’il avait touché son fils, il aurait aussitôt tué le bailli avec le second carreau...

B) 15 novembre 1315 Victoire des Trois Cantons à Morgarten

Le 15 novembre 1315, à Morgarten, au sud de Zurich, les montagnards des Trois Cantons (Uri, Schwyz et le demi-canton de Nidwald), repoussent les troupes du duc Léopold d’Autriche, seigneur de Habsbourg.

C’est l’une des rares fois, au Moyen Âge, où des communautés paysannes réussissent à s’émanciper de leur suzerain féodal. Dans le reste de l’Europe, les révoltes paysannes débouchent sur des jacqueries sans issue.

Quelques années après le célèbre serment de Rütli, la victoire de Morgarten renforce la cohésion des cantons alpins. Elle leur rallie les cantons environnants et surtout les villes de Zurich, Bâle et Berne. Ces communes libres, bien que bourgeoises, font front commun avec les paysans contre les prétentions des Habsbourg.

La bataille de Morgarten eut lieu le 15 novembre 1315, au sud de Zurich. Là, quelque 1 500 confédérés suisses repoussèrent les 4 000 à 8 000 soldats du duc Léopold Ier d’Autriche, seigneur de Habsbourg.

La victoire éclatante permet l’instauration entre les fédérés alliés ou Eidgenossen du pacte de Brunnen, écrit en allemand et lu en public. Cette procédure de débat public, faisant référence à l’allié et lui demandant son accord ou son assentiment, a été préservée au cours des rencontres d’abord diplomatiques, puis au sein de la Diète, une des premières institutions communes actives au XVe siècle2.

En 1316, Louis de Bavière nommé empereur confirme le privilège d’immédiateté aux Confédérés, détenteurs du contrôle de la route du Gothard. Mais le conflit ouvert entre la noble dynastie seigneuriale des Habsbourg et la modeste fédération urbaine schwytz ne prend apparemment fin qu’au traité de paix de 1318, longuement négocié. Il ouvre une paix bancale, qui laisse place à un conflit larvé où tous les coups, y compris l’élimination physique des dirigeants représentatifs, sont permis3.

La bataille de Morgarten est devenue hautement légendaire et symbolique car elle a été décrite, plusieurs siècles plus tard, autant comme une victoire de paysans ou de petites gens en rébellion contre la noblesse des princes et de leurs chevaliers, que comme l’apparition inédite d’une inversion de l’ordre social, où le riche et puissant oppresseur perd insensiblement et les petits êtres travailleurs et solidaires gagnent à la fin. Elle a aussi constitué, sur cette base, un prototype de l’histoire médiévale suisse stéréotypée, expliquant inlassablement l’obtention de l’indépendance et la liberté montagnarde par l’union face à l’oppression tyrannique de la maison Habsbourg d’Autriche.

La bataille (wikipedia)

Le frère de Frédéric, Léopold Ier d’Autriche, avait avec lui une armée complète (3 000 à 5 000 hommes armés, un tiers étant des cavaliers). Les chefs peuvent prévoir une attaque surprise contre Schwytz par le sud, aux alentours du lac d’Ägeri et du passage de Morgarten. Ils s’attendent à une victoire totale et aisée sur ces simples roturiers et paysans qui défient les Habsbourg. Mais les Schwytzois guidés par Werner Stauffacher, ayant été prévenus par un réseau d’observation discret des habitants et paysans, attendent de pied ferme l’ennemi en embuscade, à un passage étroit de la route, entre la pente et le lac, près du col de Morgarten18.

Le rassemblement militaire a lieu à Zoug et l’armée des Habsbourg part la nuit, alors que le ciel est clair et que la lune donne une bonne visibilité. Le chemin le long du lac est un chemin étroit entre le talus et les rives marécageuses du lac d’Ägeri. Elle se dirige ensuite vers un ravin du Figlenfluh en direction de Sattel19.

À Schafstetten, les Schwytzois se mettent avec leurs seuls alliés, les militaires d’Uri, en embuscade. L’attaque a lieu seulement lorsque la colonne de cavaliers est piégée sur une distance de près de deux kilomètres le long du lac d’Ägeri et dans le ravin après que la tête de colonne se soit arrêtée au barrage de Schafstetten. Du côté des collines, la colonne de cavalerie est arrêtée par des arbres abattus en divers endroits, ainsi que des enchevêtrements de chariots compacts. Un mouvement de repli est entravé par des chutes de corps divers. Le duc Léopold qui était resté prudemment en retrait réussit à s’échapper grâce à la connaissance des lieux de son accompagnateur qui anticipe une déroute sur ce genre d’attaque.

Recevant des pierres de la taille d’un poing violemment projetées et vraisemblablement des rondins légers catapultés ou des troncs massifs roulés en tas, chevaux et hommes sont effrayés puis les cavaliers bardés de fer, restant en selle tout accaparés à calmer leur monture, sont visés en priorité par des jets multiples, puissants et denses de fléchettes d’arbalètes, transperçant parfois les armures des chevaliers, leurs servants à pied ou la piétaille dense recouverts de flèches grossières, parfois à bout bitumineux enflammés. Les rescapés sont enfin attaqués à la hallebarde par des piquiers en formation compacte, minimisant les risques et déchiquetant patiemment les chairs. Les cavaliers, entravés, ne peuvent pas prendre des initiatives collectives. Ils ont peu de place pour leur défense, l’infanterie attaquée est mobile, elle évite les obstacles, court, se reforme, ivre d’en découdre. À ce stade, il n’est nullement évident que la bataille, mal commencée, se termine par une défaite écrasante des Habsbourg.

Au cours de la confusion occasionnée par les cavaliers en déroute et la masse de l’infanterie qui s’avançait toujours, beaucoup furent poussés dans le lac et les marais et furent récupérés et tués. D’autres groupes, plus ou moins isolés en fuite, sont étrillés par les bandes de paysans qui rôdent dans les abords, attirés par la vengeance et désireux, comme il est saison après Toussaint, de « couper du bois ». L’infanterie schwytzoise intervient de manière décisive dans les derniers combats indécis. Mais la connaissance du terrain et l’ardeur des combattants du lieu, qui sont maintenant à égalité numérique, s’imposent à long terme. Il faut éliminer les formations résistantes en tuant homme par homme. Le moral schwytzois, malgré les premières pertes, se regonfle avec les renforts qui affluent. Après plusieurs heures de résistance, les combattants Habsbourg, acculés, tentent de fuir ou se rendre.

C) 2 mars 1476 Charles le Téméraire battu à Grandson

Le 2 mars 1476, Charles le Téméraire reçoit une magistrale raclée près de Grandson. Les vainqueurs sont les Confédérés suisses, guidés par les Bernois. Ils remportent un honorable butin. C’est le début des guerres de Bougogne. Elles seront fatales au « Grand-Duc du Ponant ».

Le crime de trop

Le duc de Bourgogne, dans le souci de réunir en un seul tenant ses possessions de Bourgogne et de Flandre, s’est emparé de Nancy à l’automne 1475. De là, il prend la direction de Berne en vue de punir les Confédérés suisses, coupables d’avoir noué alliance avec son ennemi, le roi de France Louis XI. Sur le chemin, il met le siège devant le château de Grandson, au bord du lac de Neuchâtel.

Puis, en janvier 1476, il se retourne contre les Suisses. En grand équipage, avec plusieurs dizaines de milliers d’hommes et toute sa maison, sa vaisselle d’argent, les archives de sa chancellerie et son trésor, il franchit le Jura par le col de Jougne enneigé, arrive à Orbe et prend la route de Neuchâtel. Le duc veut s’assurer le passage vers Berne et Bâle.

Sur cet axe, un seul verrou sérieux : Grandson, à l’extrémité occidentale du lac de Neuchâtel. Il prend d’assaut la ville après huit jours de siège. Le 28 février, maître du château, il fait massacrer la garnison, pas moins de 400 hommes, malgré la promesse de leur laisser la vie sauve.

Le crime suscite l’ire des Confédérés qui, pourtant, n’ont guère de leçon d’humanité à donner à quiconque ! À l’appel des Bernois, près de 20 000 hommes se rassemblent à Neuchâtel, se dirigent sur Grandson et, bien qu’en infériorité numérique, attaquent le camp fortifié du duc.

Une bataille sonore

Le 2 mars 1476, la bataille s’engage. Charles le Téméraire veut attirer les assaillants dans la plaine pour mieux les écraser. À cet effet, il demande à son avant-garde de se déplacer. Par une malchance inouïe, ses autres corps d’armée croient à une retraite. Ils sont qui plus est effrayés par des Confédérés qui surgissent de la forêt sur leur flanc gauche au son des cors.

C’est aussitôt la débandade dans les rangs bourguignons. Ils abandonnent sur place leur artillerie et un fabuleux butin qui ne va pas manquer de semer la zizanie parmi les vainqueurs...

Les 400 hommes de la garnison se rendent le 28 février 1476, semble-t-il sur la promesse d’avoir la vie sauve. Au lieu de cela, ils sont massacrés.


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