Theo Francos, héros antifasciste

vendredi 24 juillet 2020.
 

A) Qui est Theo Francos

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" - Passeur de militants ouvriers rescapés de la révolte des mineurs des Asturies écrasée par Franco en 1934 (3000 morts),

- L’un des premiers engagés en 1936 dans le bataillon des brigades internationales " Commune de Paris "

- Un héros des batailles de Madrid, du Jarama, de Brunete, de Belchite

- Un héros de la bataille de l’Ebre que plusieurs écrivains lui firent plus tard raconter " L’assaut fut donné par les franquistes, leur contre attaque va être redoutable. A Tortosa au sud, les républicains n’ont pu surprendre. Les premières lignes de la "Commune de Paris" constituent une tête de pont avec des barques pour que l’ensemble des troupes puisse passer de l’autre coté du fleuve. Le courant est extrêmement fort et les brigadistes n’arrivent pas à maintenir la stabilité des barques pendant le passage des hommes. Les mitrailleuses ouvrent le feu pendant que les embarcations continuent le passage. De nombreuses barques chavirent et les soldats sont emportés par les flots. Les barques s’enfoncent les unes après les autres dans un déluge de feu sans que les républicains puissent porter secours à leurs camarades. " De l’autre coté du fleuve ils assistent à l’anéantissement de leurs amis. Les blessés s’accrochent aux roseaux, d’autres se jettent à l’eau "…

(Extrait du livre " Un automne pour Madrid " histoire de Théo combattant pour la liberté. Christine Diger, Atlantica).

- reste combattre dans les troupes républicaines après le départ des brigades internationales

- arrêté, emprisonné par les franquistes, maltraité

- S’évade du camp pour reprendre le combat

- A nouveau arrêté, bestialement torturé quotidiennement dans le camp de concentration de Miranda de Ebro...

- En 1940 il rejoint le général De Gaulle en Angleterre, et se voit dirigé sur l’école de parachutisme de Manchester, versé dans les commandos SAS anglais en liaison avec le B.C.R.A, formé aux missions de renseignements et de sabotages sous les ordres du capitaine Bienvenue.

- Il enchaîne alors les opérations difficiles de Narvik en Scandinavie puis dans le désert de Libye à Tobrouk.

- Dès 1942 en Belgique et en France, le parachutage à Bordeaux pour préparer le bombardement de la base sous-marine,

- combat à Stalingrad. Est chargé de pénétrer 30 kilomètres derrière les lignes nazies en compagnie d’une jeune russe de 19 ans pour faire sauter un pont et réussit sa mission

- en juillet 1943, missions en Sicile,

- en mai 1944 au Monte Cassino,

- en août à Fréjus,

- en septembre 1944 à Arnhem (Hollande),

- en novembre à Colmar…

- Il termine la guerre le 6 mai 1945 avec un grade de sous lieutenant et une bonne dizaine de décorations.

- connaît une vie précaire en France car son passé fait peur aux chefs d’entreprise qui pourraient l’embaucher. Accepte des travaux difficiles très loin de chez lui mais doit trouver un nouvel emploi ou changer totalement de poste trente fois.

B) Hommage d’Aitor Fernandez lors de son décès

Théo FRANCOS (1914-2012) est mort 3 fois. La 1ère fois : le jour de son exécution par fusillade dont il a miraculeusement survécu. La 2ème fois : il y a deux jours, à 98 ans dans sa maison à Baiona. La 3ème fois : c’est aujourd’hui, quand il est devenu évident que les médias mensongers ont fait le silence sur sa Mort..

Introduction. En voyant que pas un seul de ces misérables médias espagnols n’a été digne d’écrire 4 lignes pour ta Mort, Théo, je me suis mis à les écrire moi-même, moi, une personne sans formation de rédaction journalistique mais que la rage au coeur pousse à réaliser beaucoup de choses. Cette fois, c’est par impuissance à comprendre qu’en réalité, tout le monde s’en fout de savoir combien de fois tu as risqué ta vie pour défendre la Cause Antifasciste et je dis "Cause" parce que tu as défendu la Cause de l’Humanité au-dessus des nationalités et des drapeaux. Je t’ai connu et j’ai pu t’embrasser, bien qu’en quittant la ville : tu ne t’es peut-être plus jamais souvenu de moi car ta mémoire était complètement effacée, ce qui ne m’empêche pas d’être témoin de ta grandeur.

Là où je veux en venir. Depuis que j’ai connu ton Histoire, Théo (d’abord racontée par la ARMH (Association pour la Récupération de la Mémoire Historique) et ensuite lue au travers des textes de Sofia MORO, j’ai voulu te connaître mais je n’en ai eu l’opportunité que 2 ans plus tard. L’été dernier, j’ai voyagé à Baiona durant l’avant-dernier voyage du projet "VENCIDXS" (Vaincu(e)s) pour découvrir en toi un homme beaucoup plus petit que ce que j’avais vu dans les photographies et les vidéos, diminué par la vieillesse et la mémoire atteinte, mais même ainsi : Exceptionnel et Humain. Un véritable idéaliste qui a lutté en Espagne pour abattre le Fascisme (bien que le Parti Communiste ait voulu t’en empêcher) avec beaucoup d’autres hommes et femmes volontaires qui se sont appellé(e)s les Brigades Internationales Antifascistes.

« Quel est la raison d’être du Fascisme, Théo ? »

« C’est l’Exploitation ! (malgré tout, il avait des moments de lucidité) Comme celle de mon père à Valladolid où ils le faisaient travailler toute la nuit avec un morceau de pain et d’oignon... »

Je suppose que c’est à cela qu’on voudrait nous faire revenir et je suppose que c’est aussi pourquoi tu n’est pas présent dans les médias aujourd’hui.

La peur ne s’est jamais séparée de toi. Mais cela ne t’a pas empêché de faire de grandes choses. Tu m’as dit que parfois tu te réveillais la nuit et que tu pleurais comme un gamin... je pense que te revenait en mémoire ce qui te paraîtra être la Fin du Monde, ou plutôt, la Fin de l’Humanité quand les Fascistes t’ont enterré jusqu’à la ceinture pour te torturer au Camp de Concentration de Miranda de Ebro en te donnant des coups, en plein soleil, et en te détenant ainsi des journées entières.

« Parfois, je me demande comment j’ai pu supporter autant de choses. Les gens en dehors du Camp me lançaient de la nourriture ou de l’eau que mes compagne(on)s me donnaient quand il(elle)s le pouvaient... ».

Ce furent les représailles du fait de t’être évadé du Camp... par les égouts parce que les Brigades Internationales étaient parties mais que, toi, tu es resté pour continuer à Lutter y compris quand tout était perdu.

Ceux/celles qui construisaient le Camps de Concentration (2) : c’étaient les prisonnier(ère)s eux/elles-mêmes ! » me raconta-t-il d’une façon dispersée « Mais pas nos baraques car nous dormions en pleine intempérie. On construisait pour les soldats et nous leur avons fait y compris une piscine ! ». Et tout cela, alors qu’ils continuaient d’exterminer tes compagne(on)s...

Quand ils t’ont libéré comme français durant l’été 1940, tu pensais revenir à la maison pour te reposer. Mais en voyant Baiona prise par les Nazi(e)s : « Je me suis échappé sur le pont, j’ai vu ma mère de loin mais je n’ai pas pu lui dire au-revoir ». Parce que, dès lors, une nouvelle odyssée à commencé pour toi, bien qu’en réalité il s’agissait de la même chose : continuer à combattre le Fascisme.

Tu es enrôlé comme parachutiste dans l’Armée anglaise et dans cette nouvelle Guerre les expériences les plus dures de ta vie t’attendaient. Tu as dû tuer un compagnon gravement blessé qui n’avait pas le courage de prendre la pilule de cyanure que vous portiez chacun. Au cours d’une autre mission, en sautant, ton parachute s’est coincé dans l’aile de l’avion : « Je l’ai coupé au couteau comme j’ai pu et je suis bien arrivé à terre. On m’a enlevé le prix du parachute de mon salaire mensuel ».

Mais je crois que le pire c’est quand les Fascistes t’ont fusillé. Cela me paraît incroyable. Tu as vécu une exécution par fusillade et c’est pourquoi tu portais une balle logée à quelques centimètres de ton coeur pour toute ta vie... Je t’ai demandé ce que tu pensais de ce moment-là : « Tu ne sais pas ce qui se passe, si c’est vrai ou pas. Parfois, les Fascistes te blessaient pour que tu souffres avant de mourir ». Mais tu n’es pas mort et un couple de paysans de la Résistance t’ont sauvé le lendemain.

Et tu as aussi connu la bonté humaine, comme celle de ces paysan(ne)s ou ouvrier(ère)s des chemins de fer qui te procuraient de la nourriture ou les gamines qui t’ont caché dans le grenier : « Je reste très impressionné par la Solidarité des femmes, j’ai sauvé plusieurs fois ma vie grâce à elles ». Des femmes idéalistes et courageuses.

A Stalingrad, tu es rentré 30 km dans les lignes ennemies Nazies avec une femme russe âgée de 19 ans pour faire exploser des ponts et empêcher l’avancée des Nazi(e)s. Tu l’as retrouvée 70 ans plus tard, elle avait 90 ans et ton fils lui disait de ne pas t’embrasser aussi fort parce qu’elle allait te tuer en t’embrassant ainsi.

Et telle a été ta vie, Théo ! Tu m’as parlé lentement de ton arrière-petit fils, perdu dans un amalgame de souvenirs qu’il te coûtait d’ordonner. « Papi, tu dois arriver à 100 ans ! », te disait-il. Peut-être que tu t’amusais autant avec lui parce que tu n’avais pas pu le faire avec ta fille, celle que tu as connu à partir de ses 20 ans à cause de tout le travail que tu as dû faire : « Au début, personne ne me donnait du travail, j’ai donc dû voyager et travailler loin, en occupant plus de 30 postes de travail différents ». J’imagine que tu es mort en paix, bien qu’avec de l’inquiétude au coeur parce que tu voyais le Fascisme « revenir en relevant la tête ». J’espère ne pas devoir vivre les terribles expériences que tu as dû vivre.

Conclusion. « Et après tout cela, à quoi ça a servit ? » comme me l’a aussi dit Concha CARRETERO... Tout ces hommes, ces femmes et enfants qui ont été assassiné(e)s, qui ont défendu la Liberté des générations suivantes qu’il(elle)s n’auront pas connu ensuite, qui ont payé avec leur Jeunesse et avec leur Vie chacun de la totalité des Droits que nous avons aujourd’hui et que nous sommes en train de perdre un à un. Pourquoi ? Pour qu’aucun média ne dédie quelques lignes à ta Mort. Ni RAJOY (3), ni la sélection espagnole de football, ni la prime de risque ne méritent la moitié de l’espace que tu devrais occuper dans les médias.

De telle sorte que, en l’ayant écrit plutôt mal que bien, premièrement : je te demande pardon pour ne pas pouvoir te consacrer tout le temps que tu mérites et deuxièmement : je suis honteux parce que ce n’est pas celui-là le médium principal où ta mort devrait figurer.

Une fois, un général républicain espagnol t’a demandé : « Toi, tu n’as pas de mère ? Parce que ce n’est pas normal qu’une personne réalise autant de missions », « Oui monsieur, j’en ai une, je le fais par conviction ». Très sûr de lui, il t’a répondu : « Reste avec moi parce qu’au moins tu sauveras ta vie. Quand la Guerre sera finie, on ne te remerciera de rien ». C’était vrai...

Source de l’hommage d’Aitor Fernandez : http://sribaiona.over-blog.com/arti...


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