Elections présidentielles en Uruguay : Mujica vainqueur du second tour ! "Le pouvoir se trouve dans le cœur du peuple" ! « Gracias Pueblo » !

vendredi 26 octobre 2018.
 

51,9 % des voix ! Ca y est, c’est fait ! Le candidat du Front de la gauche unie, le Frente Amplio (FA), José « Pépé » Mujica est bien devenu dimanche 29 novembre, à l’occasion du second tour, le nouveau Président de l’Uruguay. Cette victoire qui était attendue est logique. Elle fait suite au premier tour qui avait vu, il y a un mois, « Pépé » obtenir 48,2 % des voix, et le FA garder la majorité absolue au Sénat et à l’Assemblée nationale.

Lors du second tour, la participation électorale a été de 90 % malgré de grandes inondations qui ont rendu les déplacements difficiles. Son adversaire Luis-Alberto Lacalle, le candidat de droite « Blanco » a rassemblé seulement 44,4 % des suffrages, et enfin 3,3 % des bulletins étaient blancs ou nuls.

Cette victoire de la gauche est encore le fruit d’une constante implication populaire dans le débat politique. Ces dernières semaines, et particulièrement dimanche, jour de vote, tout le pays s’était à nouveau embrasé, dans une magnifique fête civique, aux trois couleurs rouge, bleu et blanc du Frente amplio. Dans de nombreuses villes de province, des manifestations joyeuses et populaires d’une ampleur rarement vue se sont succédé. Souvent, les manifestants ont déroulé au dessus de leurs têtes de long « banderazos », ces drapeaux de plusieurs dizaines de mètres, aux couleurs du Frente. Une fête civique, assurément.

Sitôt élu, Pépé a adressé aux nombreuses personnes rassemblées pour fêter sa victoire un discours dans lequel il a dit : « Pauvres sont ceux qui pensent que le pouvoir se trouve en haut et pas dans le cœur du peuple. J’ai mis une vie entière à l’apprendre. » Il a par la suite insisté encore sur le fait qu’il s’engageait à créer 200 000 emplois dont 40 000 pour les jeunes (le pays compte 3 millions d’habitants) et qu’il entend approfondir l’intégration régionale.

Mujica sera le deuxième président de gauche uruguayen. En 2004 déjà, après 150 années de présidences ininterrompues des seuls deux partis de droite, le Parti national « Blanco » et le Parti Colorado, coupée de 12 ans de dictature militaire, pour la première fois un Président de gauche, le socialiste Tabaré Vasquez, avait été élu Président.

Cette nouvelle victoire est une continuité avec ce premier quinquennat de gauche. L’œuvre sociale réalisé en cinq ans, certes bien incomplète et contrastée, est tout de même significative : recul du chômage (passant de 14 % à 6,6%), augmentation de 14 % du salaire moyen, recul de l’indigence, mise en place d’un système national de santé. Pépé Mujica a sa part dans ce bilan. Il a été Ministre de l’agriculture et de la pêche du gouvernement Vasquez.

Toutefois, cette élection marque aussi une volonté d’inflexion vers la gauche du Frente Amplio. La personnalité de Mujica, son parcours militant, en est un premier symbole. Agé de 74 ans, il est une personnalité politique d’exception. Au sein du Frente Amplio qui rassemble 17 formations de gauche, il était d’abord le candidat du Mouvement de Participation Populaire (MPP), l’organisation des anciens Tupamaros, également nommé Espace 609. A partir du milieu des années 60, les « Tupa » était une organisation marxiste révolutionnaire qui pratiqua avec vigueur la lutte armée. En 1972, quelques mois avant le coup d’état (qui se produira le 27 juin 1973), Mujica et la totalité de la direction historique des Tupamaros, seront arrêtés et jetés en prison. Il y restera jusqu’en 1985. 13 ans de détention dans des conditions éprouvantes, dont les cinq premières au fond d’un puits, avec la torture et la menace permanente d’exécution. A leur sortie de prison, toute la direction Tupamaros fera le choix d’abandonner la lutte armée et de continuer le combat politique par la voie électorale. Et, progressivement, Mujica est devenu une des grandes figures nationales de la résistance à la dictature qui a coûté la vie à beaucoup de gens. Il s’est imposé par son franc-parler, son mode de vie rural assez modeste, son désintérêt personnel pour l’argent et sa grande rectitude.

Parallèlement aussi, au fil des ans, le MPP, est devenu une des principales formations du FA, puis aujourd’hui la première. La candidature de Pépé progressivement s’est imposée ces dernières années dans la gauche uruguayenne, mais ce ne fut pas facile. Elle a parfois été contestée au sein du Frente amplio. D’autres candidats, dont certains plus proches du président socialiste Tabaré Vasquez (et d’ailleurs soutenu par lui) se sont d’abord présentés contre lui. Depuis 2005, Mujica avait manifesté quelquefois des désaccords publics avec Vasquez, notamment concernant le maintien des paradis fiscaux qui font de l’Uruguay « la Suisse de l’Amérique du Sud ». Mais, le 6 décembre 2008, l’Assemblée générale de toutes composantes du Frente a décidé à 71 % des voix des délégués que ce serait bien Pépé le candidat. En le désignant, le FA a fait clairement le choix d’un candidat plus à gauche, plus tourné vers les préoccupations sociales.

Durant une année, il a mené une campagne dont les quatre axes principaux étaient la lutte contre la pauvreté, la priorité mise sur l’éducation, mais aussi le développement de « l’agro-intelligence » voulant assurer la formation des agriculteurs ou encore réformer l’Etat en luttant contre la bureaucratie et la corruption.

Dimanche soir, devant les milliers de gens qui fêtaient son élection, Pépé Mujica a terminé son discours par ces simples mots : « Gracias Pueblo ». Une manière de rappeler clairement qu’il savait à qui il devait sa victoire.

Une victoire "dédiée aux amis qui ne sont plus là"

L’ex-guérillero José Mujica, candidat de la coalition de gauche, a remporté le second tour de la présidentielle dimanche en Uruguay avec 51% à 52% des voix, contre 44% à 45% pour l’ancien chef de l’Etat de centre-droit Luis Lacalle, selon des sondages sortie des urnes.

Le reste des suffrages exprimés sont des bulletins blancs ou nuls.

M. Mujica, 74 ans, devrait ainsi succéder à Tabaré Vazquez, premier président de gauche de l’histoire de ce petit pays sud-américain coincé entre l’Argentine et le Brésil, qui ne pouvait pas se représenter.

Avant même la diffusion de ces sondages, ses partisans avaient commencé à défiler à pied ou en voiture à Montevideo, en klaxonnant et en arborant des drapeaux blanc-bleu-rouge aux couleurs de la coalition de gauche qui le soutient.

Des milliers d’entre eux ont convergé vers la "rambla", le boulevard qui borde le Rio de la Plata séparant l’Uruguay de l’Argentine, pour assister au premier discours du candidat de gauche après l’annonce des résultats.

"Pepe" Mujica, cofondateur de la guérilla des Tupamaros dans les années 60, a été gravement blessé par balles en 1970, avant de passer 14 ans en prison avant et pendant la dictature (1973-1985).

Il a semble-t-il rendu hommage à ses anciens compagnons de lutte, en dédiant dimanche matin son vote "aux amis qui ne sont plus là".

L’ex-Tupamaro, qui ne cache pas son amitié pour le président vénézuélien Hugo Chavez, chantre d’une gauche radicale, est en passe de devenir le deuxième ancien révolutionnaire armé d’Amérique latine à conquérir le pouvoir par les urnes, après le sandiniste Daniel Ortega au Nicaragua.

Mais il assure qu’il poursuivra la politique réformiste du gouvernement sortant, en citant pour exemple le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, chef de file de la gauche modérée latino-américaine.

"Notre projet politique s’inscrit dans la continuité des grandes lignes fixées par ce gouvernement", a déclaré samedi M. Mujica, qui n’avait rien bouleversé en tant que ministre de l’Agriculture (2005-2008), un poste-clé dans un pays dont la principale richesse réside dans ses 12 millions de vaches (quatre pour un habitant).

Le bilan économique de M. Vazquez, qui n’était pas autorisé à se représenter par la Constitution malgré une popularité record (71%), a permis à la gauche de conserver la majorité aux deux chambres fin octobre et constituait le meilleur atout de José Mujica, tout proche de la victoire dès le premier tour (47,96%).

L’Uruguay a échappé à la récession, le chômage est en baisse (7,7% en août) et l’indice de pauvreté a chuté de 26% en 2007 à 20,5% en 2008.

En face, Luis Lacalle, 68 ans, s’était engagé à supprimer l’impôt sur le revenu, mis en place pour la première fois dans l’histoire du pays par le gouvernement Vazquez, et à lutter avec une "main de fer" contre l’insécurité, en diffusant un spot où se succèdent les images de magasins dévalisés.

En déposant son bulletin dans l’urne dimanche en fin d’après-midi, l’ancien président (1990-1995) a appelé à "l’unité nationale" et à "respecter celui qui a voté pour un autre parti".

Source : http://actu.orange.fr/articles/mond...

Uruguay/présidentielle : Mujica vainqueur

L’ex-guérillero José Mujica, blessé par balles puis emprisonné 14 ans avant et pendant la dictature (1973-85), a remporté le second tour de la présidentielle hier en Uruguay avec 51% à 52% des voix, selon les projections des instituts de sondages.

Son adversaire, l’ancien chef de l’Etat Luis Lacalle qui a recueilli 44% à 45% des suffrages exprimés, selon les instituts, a rapidement reconnu sa défaite après avoir eu au téléphone le président sortant Tabaré Vazquez...

"Pepe" Mujica, cofondateur de la guérilla des Tupamaros dans les années 60 aujourd’hui âgé de 74 ans, est le deuxième ancien révolutionnaire armé d’Amérique latine à conquérir le pouvoir par les urnes, après le sandiniste Daniel Ortega au Nicaragua. L’ancien guérillero a néanmoins assuré qu’il poursuivrait la politique réformiste du gouvernement sortant et lancé un appel à l’unité lors de son premier discours prononcé sur la rambla de Montevideo, le boulevard longeant le Rio de la Plata, qui sépare l’Uruguay de l’Argentine. . Source : Dépêche AFP

2) Uruguay : 48,2 % pour le Frente Amplio au premier tour !

J’écris ce billet dans la précipitation. Il y a tant de choses à raconter. Pas facile toutefois de trouver le temps d’écrire dans ce tumulte.

Car, comme c’est beau une fête civique et démocratique ! Ce que j’ai vu à Montevideo dimanche m’a marqué pour toujours. Je n’avais jamais assisté à pareil spectacle. Toute la ville s’est colorée de rouge, bleu, blanc, les trois couleurs de la « bandera » du Frente Amplio. Quelque fois, ici ou là, on croise des partisans des partis de la droite, Parti National et Parti Colorado, qui ont dirigé le pays pendant 150 ans, mais ceux qui "tiennent la rue" sont les partisans du Frente Amplio.

Raquel Garrido et moi, sommes donc au milieu de ce bouillonnement joyeux, les yeux grands ouverts et admiratifs. Quelle leçon, quelle source d’inspiration ! Ici, la gauche est joyeuse et populaire. Elle a confiance en elle. Durant toute la journée de dimanche, nous circulons dans les rues de Montevideo en compagnie de Salvador Muñoz et Igor Jeria. Le jeune Salvador, que le journal El Mercurio vient de classer parmi « les 10 personnes les plus importantes du Chili » est le coordonnateur de la campagne de Jorge Arrate, et le fer de lance du futur parti de gauche chilien, et Igor est un documentariste qui fait un film sur lui. Salvador, j’en suis sûr, marquera la gauche chilienne dans les années qui viennent.

Durant la journée, nous passons au local du MPP. C’est le courant majoritaire du Frente Amplio, fondé par les ex-Tupamaros sous l’impulsion de Pepe Mujica. Il faut dire un mot sur les « Tupa », car ils jouent un rôle majeur dans la gauche uruguayenne. Fondé en 1965 notamment par Raul Sendic, Pepe Mujica ou d’autres comme Julio Marenales, le Mouvement de Libération Nationale « Tupamaros » (MNL-T) avait multiplié les actions spectaculaires décrédibilisant le pouvoir et la domination de la bourgeoisie nationale. En réaction, une rude répression fut engagée contre les « Tupa », pour l’essentiel emprisonnés dès 1972 ; leurs actions servirent de prétexte au coup d’Etat du 27 juin 1973. Pepe Mujica et la quasi-totalité de la direction des Tupamaros furent jetés en prison.

A leur sortie de prison en 1985, les dirigeants survivants décident de rejoindre le Frente Amplio. Progressivement après plus de 3 ans de discussions politiques avec d’autres groupes politiques, les Tupamaros, devenus MPP (Movimiento de Participacion Popular) ont rejoint le FA, en décidant désormais de cesser la lutte armée et de se concentrer sur le travail de masse. Cette stratégie sera payante, et c’est donc « Pepe », un des leurs, qui est le candidat cette fois-ci de tout le Frente Amplio pour devenir Président.

Dans les locaux du MPP, l’excitation et la bonne humeur se mélangent. Le camarade qui nous sert de guide est l’ambassadeur d’Uruguay en Italie, Alberto Breccia, qui découvre avec plaisir l’existence du Parti de Gauche en France. Nous mangeons avec les camarades sur la terrasse du local. Moment intense de fraternité militante. Un autre camarade arrive, Carlos Nuñez del Prado, envoyé d’Evo Morales. Heureux de faire notre connaissance, il découvre que Raquel est née en Chili. Il connait ce pays. A 19 ans, en 1973, il faisait partie des 3 étrangers qui composaient les GAP, groupe de militants de chocs qui assurait la protection du Président Allende. Il est un des huit survivants des camarades présents à ses cotés lors du bombardement de la Moneda. Emotion quand il nous raconte sa vie.

Quelques instants plus tard, nous parlons longuement avec Julio Marenales, le fondateur historique des Tupamaros. Il nous raconte dans quelles conditions le MNL est devenu MPP. Son récit m’impressionne, malgré son âge avancé Julio reste un homme très clairvoyant sur les difficultés qu’il y aura à franchir pour avancer vers le socialisme. Nous lui donnons des nouvelles de deux camarades du PG du 12e, Léon et Alicia Grinstein, anciens Tupamaros aujourd’hui exilés à Paris. Nous sommes touchés par cette gauche courageuse et modeste. En effet, c’est la tête de liste aux législatives, Ivonne Passada, qui nous sert les hamburgers préparés sur place. Si le FA y est majoritaire, elle sera présidente de l’Assemblée Nationale.

Pris dans l’euphorie de cette journée, nous espérons que Mujica soit élu au premier tour. A l’hôtel NH Columbia, nous attendons les résultats dans la salle de presse, car je prépare un article pour le journal L’Humanité. Dans les couloirs, nous croisons la députée argentine Victoria Donda, que nous avions rencontré cet été, à Buenos Aires, et dont j’avais déjà raconté l’incroyable vie sur ce blog.

21h00, les premiers résultats arrivent. 48 % ! José « Pepe » Mujica, candidat du Frente Amplio (FA), obtient un score dont rêveraient tous les partis de la gauche européenne. Dans la salle de presse, il est là devant moi à quelques mètres. Je l’observe répondre aux journalistes. De sa voix nasillarde il donne sa lecture de la journée. Il ne cherche pas à séduire la presse présente. Il fait confiance avant tout aux militants qui ont fait la campagne. Il a raison. C’est un excellent résultat même si je l’ai dit, nous avons longtemps espéré durant la soirée électorale qu’il l’emporte dès le premier tour. Dans l’euphorie de fin de campagne, plusieurs des responsables du FA que nous avons rencontrés pensaient qu’ils allaient franchir dès dimanche la barre des 50 %. Mais il aura manqué 18 000 voix. Toutefois, j’insiste, c’est un bon score. La dynamique reste du coté de la gauche. Et, le FA gardera la majorité dans les deux assemblées, sénatoriale et législative.

La victoire ne peut plus lui échapper. Le score du FA représente plus de voix que les deux partis de droite traditionnels additionnés. Le Parti National (PN) obtient 28 % et le Parti Colorado (PC) 17 %. Pour le second tour ils s’allieront contre la gauche, mais personne ne croient qu’ils pourront inverser la tendance.

La campagne continue donc. Il y aura un second tour dans 30 jours, le 29 novembre. Il faut rester vigilant. Certes, le FA ne renouvelle pas les 50,7% marquant la première victoire historique d’un candidat de gauche en 2004, qui avait permis l’élection dès le premier tour du socialiste Tabaré Vasquez. Mais, le score obtenu va bien au-delà des 45 % que les meilleurs sondages lui accordaient. Cette progression de dernière semaine est la résultante de cette incroyable mobilisation populaire qui a embrasé le pays.

Devant des milliers de partisans réunis devant l’hôtel Colombus, Mujica adresse un discours mobilisateur. Il a confiance pour le second tour. Il le dit "dans ma vie politique rien ne m’a jamais été offert". Il faut donc continuer la lutte. Drapeau uruguayen sur les épaules, son discours enflamme tous les frenteampliste présents. Un feu d’artifice illumine la nuit. Pepe sait que sa force politique est aussi dans le bilan du gouvernement de Tabaré Vasquez soutenu par le FA qui, pendant 5 ans, a concrètement changé le quotidien des centaines de milliers d’habitants, particulièrement les plus modestes. En cinq ans, le salaire moyen a progressé de plus de 14 %, la pauvreté a reculé passant de 30 % à 20 %, l’indigence est tombée sous les 2 %, alors qu’elle représentait plus de 5 % de la population en 2004. Parmi les mesures les plus significatives on note : une fiscalité plus juste, l’accès aux soins publics à deux fois de plus de personnes qu’auparavant, une augmentation significative du budget de l’éducation, une loi limitant à 40 heures la durée de travail hebdomadaire, et le nombre d’annuités pour bénéficier d’une retraite décente passée de 35 à 30.

Dimanche, le peuple uruguayen a envoyé un message fort même si la droite est toujours debout et dangereuse. Le résultat montre toutefois que le peuple veut que cette politique continue et s’approfondisse. La gauche peut continuer sa marche en avant sans craindre les urnes quand elle gouverne pour le plus grand nombre.

2) Témoignage d’Alexis Corbière sur la journée de vote le 25 octobre : un pays en fête pour Pepe Mujica

J’envoie ce message de Montevideo, capitale de l’Uruguay. Je me concentrerai sur l’essentiel sans rentrer dans les détails de mon voyage épouvantable qui m’a envoyé à Pittsburg, puis Atlanta avant d’atterrir à Santiago du Chili pour repartir quelques heures plus tard, près de 24 heures de vol à l’arrivée !

Donc, je reviens à l’Uruguay. Je suis ici en compagnie de ma camarade Raquel Garrido, secrétaire nationale du PG chargée des questions internationales, et Salvador Muñoz, coordonnateur national de la campagne de Jorge Arrate au Chili. Ce que je découvre ici en sortant de l’aéroport m’impressionne. Tout le pays est en fête, une grande fête civique et démocratique ! Une énorme vague de mobilisation populaire submerge toute la ville. Et surtout la bonne humeur s’affiche sur les visages. Partout, sur les murs, les balcons, les voitures, on voit des drapeaux, des affiches, des peintures, et bien d’autres signes de reconnaissances permettant à chaque citoyen de défendre ses idées politiques. Les couleurs qui dominent largement sont les trois bandes horizontales Rouge, bleu, blanc, c’est-à-dire les couleurs du Frente Amplio, le Parti de José « Pepe » Mujica, accompagné du drapeau rouge du MPP dont est issu Pepe. Car, vous le savez amis lecteurs qui suivez ce blog, aujourd’hui, dimanche 25 octobre se déroule le premier tour de l’élection présidentielle. C’est un moment fort pour le pays mais aussi pour toute la gauche latino-américaine. Un test en quelque sorte.

Cette échéance électorale est la première de près d’une dizaine d’élections présidentielles successives qui vont se dérouler sur le continent en 2009 et 2010. Car oui, l’Uruguay est dirigée depuis 5 ans par un gouvernement de gauche. Curieusement, cette expérience politique est souvent restée dans « l’angle mort » de beaucoup d’observateurs. Peut-être manquait-il à l’Uruguay une puissante figure médiatique incarnant par son existence ce processus ? Cela pourrait changer avec l’élection de Pepe Mujica.

Le monde entier connaît « l’ancien militaire » Hugo Chavez à présent Président si attaqué du Venezuela, on ne peut ignorer l’ancien ouvrier Luiz Ignacio « Lula » da Silva devenu Président au Brésil, on s’intéresse à « l’indien » Evo Morales ancien dirigeant syndical de cocaleros, et on sait qu’au Chili une femme socialiste est Présidente. Ces images, certes justes, mais ô combien simplistes sont renvoyées par la presse européenne régulièrement. Mais, finalement, on sait peu de choses sur l’Uruguay. Les sportifs diront que ce pays a été deux fois champion du monde de foot dans les années 30, les lettrés que c’est le pays de naissance du poète français Jules Supervieille, et les amateurs de géographie feront remarquer que c’est un petit territoire « coincé » entre les deux géants brésilien et argentin, dans l’embouchure du Rio de la Plata et qu’il compte environ 3,2 millions d’habitants, dont 1,4 millions à Montevideo. Enfin, ceux qui ont eu 20 ans dans les années soixante-et-dix, et qui militaient à gauche, se rappellent d’une organisation politico-militaire aux actions originales et populaires : les Tupamaros. Et puis, c’est à peu près tout. On oublie souvent que dès le 27 juin 1973 (quelques mois avant le Chili) il y a eu un terrible coup d’état militaire jusqu’en 1985 qui coûta la vie à plusieurs dizaines de milliers de militants. La dictature durera près de 12 années.

En novembre 1984, de premières élections organisant le retour des libertés publiques et la démocratie sont organisées. Progressivement, à chaque échéance électorale le Frente Amplio a progressé : 21,3 % en 1984, 30,6 % en 1994, 40°,1 % en 1999 et près de 52 % en 2004. Depuis cette date, il y a cinq ans, pour la première fois de l’histoire de ce pays, un Président candidat d’un large « Front de gauche » de plusieurs partis, el Frente Amplio (FA), a été élu. Médecin de formation, ancien Maire de Montevideo, il se nomme Tabaré Vasquez. Sa victoire fut un évènement historique, car depuis le 19e siècle seuls deux partis de droite, le Parti Colorado (PC) et le Parti National « blanco » (PN) s’étaient partagé le pouvoir, à l’image du Parti républicain et du Parti démocrate aux Etats-Unis. Mais, en 1971, lors de sa création, le « Front de gauche » Frente Amplio (FA), avait bousculé tout ce vieux paysage politique.

Incroyable « ingénierie politique » que ce Frente Amplio (FA) qui rassemble en son sein 18 Partis politiques ! J’y reviendrai plus longuement dans un autre billet. Au fil des années ce Front est passé d’une coalition de partis à un parti de la coalition. Dans le FA, chaque formation garde son existence, aucune ne s’est dissoute. Le système électoral permet que sous l’appellation « Frente Amplio » chaque formation présente ses candidats aux élections sénatoriales et législatives. Mais, le candidat à la présidence est commun à tous, il a été désigné au terme d’un long processus démocratique ; il s’agit donc de Pepe Mujica, cette grande figure locale, homme modeste et lumineux, ancien emprisonné et torturé, fondateur historique des Tupamaros, parti qui se dénomine MPP (Movimiento de Participacion Popular) depuis qu’il a intégré le FA en 1989. Le MPP est à présent la première force du FA.

Hier soir, nous avons été invités à une soirée à l’attention des délégations internationales. Une occasion de faire connaître le Parti de Gauche que nous n’avons pas gâchée. Jorge Brovetto, Président du Frente Amplio, nous a remerciés chaleureusement de notre présence, d’autant que nous sommes les seuls représentants de partis politiques français a avoir fait le déplacement. Sidérant !

Je conclus ce premier article en ignorant encore le résultat. Mujica sera-t-il élu dès le premier tour ? Devra-t-il attendre 30 jours (période qui sépare les deux tours) ? Sera-t-il battu par une alliance des toutes les formations contre lui ? Nous verrons. Mais l’optimisme domine chez les partisans du Frente Amplio. Beaucoup croient à la victoire dès ce soir. Aucun ne doute, à tout le moins, que ce soir la FA gagne la majorité parlementaire.

Avec Pepe Mujica Président, l’Uruguay pourrait écrire une des plus belles pages de la gauche latino américaine. Et ouvrir le cycle de toutes les autres élections du continent par un signal enthousiasmant.

Autre article d’Alexis Corbière sur cette élection

25 octobre Avec José « Pépé » Mujica, candidat de la gauche aux élections présidentielles en Uruguay


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