6 au 8 septembre 2000 : Au Sommet du millénaire, l’ONU fixe les 8 objectifs du millénaire pour le développement. Où en sommes-nous ?

jeudi 7 septembre 2017.
 

1) Les 8 objectifs du millénaire

Objectifs du Millénaire pour le développement

Objectif 1 Réduire l’extrême pauvreté et la faim

CIBLE 1.A - Réduire de moitié, entre 1990 et 2015, la proportion de la population dont le revenu est inférieur à un dollar par jour

CIBLE 1.B - Assurer le plein-emploi et la possibilité pour chacun, y compris les femmes et les jeunes, de trouver un travail décent et productif

CIBLE 1.C - Réduire de moitié, entre 1990 et 2015, la proportion de la population qui souffre de la faim

Objectif 2 Assurer l’éducation primaire pour tous

CIBLE - D’ici à 2015, donner à tous les enfants, garçons et filles, partout dans le monde, les moyens d’achever un cycle complet d’études primaires

Objectif 3 Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes

CIBLE - Éliminer les disparités entre les sexes dans les enseignements primaire et secondaire d’ici à 2005, si possible, et à tous les niveaux de l’enseignement en 2015 au plus tard

Objectif 4 Réduire la mortalité infantile

CIBLE - Réduire de deux tiers, entre 1990 et 2015, le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans

Objectif 5 Améliorer la santé maternelle

CIBLE 5.A - Réduire de trois quarts, entre 1990 et 2015, le taux de mortalité maternelle

CIBLE 5.B - Rendre l’accès à la médecine procréative universel d’ici à 2015

Objectif 6 Combattre le VIH/sida, le paludisme et d’autres maladies

CIBLE 6.A - D’ici à 2015, avoir enrayé la propagation du VIH/sida et avoir commencé à inverser la tendance actuelle

CIBLE 6.B - D’ici à 2010, assurer à tous ceux qui en ont besoin l’accès aux traitements contre le VIH/sida

CIBLE 6.C - D’ici à 2015, avoir maîtrisé le paludisme et d’autres maladies graves et commencer à inverser la tendance actuelle

Objectif 7 Préserver l’environnement

CIBLE 7.A - Intégrer les principes du développement durable dans les politiques et programmes nationaux et inverser la tendance actuelle à la déperdition des ressources naturelles

CIBLE 7.B - Réduire l’appauvrissement de la diversité biologique et en ramener le taux à un niveau sensiblement plus bas d’ici à 2010

CIBLE 7.C - Réduire de moitié, d’ici à 2015, le pourcentage de la population qui n’a pas d’accès à un approvisionnement en eau potable ni à des services d’assainissement de base

Objectif 8 Mettre en place un partenariat mondial pour le développement

CIBLE 8.A - Répondre aux besoins particuliers des pays en développement sans littoral et des petits États insulaires en développement

CIBLE 8.B - Poursuivre la mise en place d’un système commercial et financier ouvert, réglementé, prévisible et non discriminatoire

CIBLE 8.C - Traiter globalement le problème de la dette des pays en développement

CIBLE 8.D - En coopération avec l’industrie pharmaceutique, rendre les médicaments essentiels disponibles et abordables dans les pays en développement

CIBLE 8.E - En coopération avec le secteur privé, faire en sorte que les nouvelles technologies, en particulier les technologies de l’information et de la communication, soient à la portée de tous

2) Objectifs du Millénaire : lutte contre la pauvreté ou développement ? (par le Collectif pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde)

2015 s’approche et un constat s’impose. Les objectifs de réduction de la pauvreté fixés en 2000 à l’ONU ne seront pas atteints. Derrière de généreuses promesses, on ne peut que faire état d’un manque certain de volonté politique et d’une approche biaisée.

A l’approche de l’ année fatidique de 2015, nous voilà confrontés à une presqu’évidence : les Objectifs du millénaire (OMD) ne seront pas atteints. Si rien ne change, près d’un milliard et demi d’individus continueront à vivre dans la misère. Constat amer ou constat d’un échec annoncé ? Dès leur adoption en 2000, plusieurs experts – y compris de la Banque mondiale – déclaraient déjà qu’ils ne seraient pas réalisés. On les disait « trop ambitieux ». Comme si le monde, qui a connu depuis 1990 – année de référence pour les OMD - une hausse des richesses produites de 250 % n’était pas en mesure d’améliorer le sort de ses défavorisés. Peut-être le temps est-il venu de faire une analyse sérieuse des raisons de l’échec de cette lutte contre la pauvreté annoncée en grande pompe dès 1990 ?

Un programme ambitieux ?

Constatons tout d’abord que réduire la pauvreté extrême – celle qui tue – en l’espace de 25 ans, ne peut guère être qualifié de programme ambitieux, surtout quand on ne prétend en sortir qu’une moitié de ceux qui en souffrent. Si un quart de siècle, pendant lequel les richesses se sont accumulées à une vitesse inouïe, ne suffit pas à sortir de la misère 20 % de la population mondiale, des questions peuvent être posées sur l’efficacité de notre système économique et politique.

De plus, des doutes sur leur faisabilité étaient permis au vu de la double stratégie mise en place : d’une part, une stratégie contraignante des organisations de Bretton Woods (Fonds monétaire international et Banque mondiale) avec les « Documents stratégiques de réduction de la pauvreté » (DRSP) |1| et, d’autre part, une stratégie volontariste mais non contraignante avec les OMD. Jusqu’à ce jour, rares sont les DSRP qui ont véritablement intégré les OMD et qui vont au-delà d’un programme de réformes politiques et macro-économiques.

Mentionnons encore la faiblesse de l’aide au développement et sans aucun doute aussi le manque de volonté politique, au Nord comme au Sud, pour véritablement éradiquer la pauvreté.

Depuis 1990, les analyses académiques sur la pauvreté se sont multipliées. Une véritable industrie s’est développée, glosant sur les définitions, les mesures et les ciblages, confirmant ainsi les constats historiques et philosophiques sur le caractère politique de toute lutte contre la pauvreté. Comme le soutient le père de la sociologie de la pauvreté, Georg Simmel, les pauvres ne sont jamais la finalité de la lutte contre la pauvreté. C’est toujours la recherche d’une légitimité politique, l’imposition de réformes économiques ou l’affaiblissement de certaines forces sociales qui prennent le pas sur l’objectif légitime d’éradiquer la pauvreté.

Tout ceci n’invalide en rien les efforts louables des milliers de personnes, au Nord comme au Sud, qui ont travaillé à réaliser ce rêve lointain et à aider les communautés et les individus à s’émanciper et à développer leurs moyens de subsistance. Toutefois, si ces efforts doivent être couronnés de succès, une analyse plus approfondie s’impose pour éviter les échecs à l’avenir.

Pourquoi les Objectifs du Millénaire ne peuvent-ils être atteints ?

D’abord, il convient de souligner une fois de plus que la lutte contre la pauvreté n’est pas synonyme de développement. Aussi critique que l’on puisse être, aujourd’hui, à l’égard des rêves de développement industriel et d’un passé de coopération en faveur des intérêts des donateurs, le « développement » tel que défini par l’ONU à partir des années 60 sous l’influence de la majorité des nouveaux pays indépendants et de l’Amérique latine, visait à une diversification et une modernisation économique, à l’auto-détermination et à l’émancipation collective. En matière sociale, l’objectif était le développement d’un Etat social inspiré par le modèle occidental, avec un respect de tous les droits humains et des systèmes de redistribution des revenus et de solidarité. Ces principes restent aujourd’hui tout à fait valables, même si la crise écologique actuelle nous oblige à redéfinir certains concepts.

Or, dans des pays où le taux de pauvreté est supérieur à 50 %, voire avoisine les 80 ou même 90 %, comme c’est le cas en Afrique, il est évident qu’un développement des activités économiques et de la capacité de production, ainsi que celui des infrastructures, devra précéder une réduction de la pauvreté. En d’autres mots, celle-ci ne peut être que le résultat d’un processus de développement économique et social réussi. Jamais elle ne peut le remplacer ! Pour que les politiques de réduction de la pauvreté puissent avoir du succès, il faudra donc renverser les priorités et commencer par le développement régional ou national. L’ONU l’a compris et demande aujourd’hui des plans de développement nationaux. C’est dans le cadre de tels plans que la pauvreté peut être durablement réduite.

Ensuite, les OMD ne sont qu’un reflet très faible des multiples plans d’action adoptés lors des différentes conférences mondiales de l’ONU dans les années 90 sur l’environnement, la population, les droits humains, les femmes, le développement social, l’habitat, l’alimentation … Le Secrétaire général de l’ONU de l’époque, Kofi Annan, l’avait bien compris en déplorant le caractère très partiel des OMD. C’est pourquoi, depuis quelques années, les Nations Unies parlent des « OMD » mais aussi des « Objectifs du développement internationalement acceptés » (IADGs , sigles en anglais). L’abandon des plans d’action est particulièrement grave dans le cas de la Conférence sur le développement social de 1995. Celle-ci parlait notamment de la pauvreté, de l’emploi et de l’intégration sociale et, bien qu’imprégnée par le néolibéralisme de l’époque, permettait des politiques bien plus ambitieuses que celles des OMD. Les multiples conférences mondiales onusiennes ont été organisées après la fin de la Guerre froide et étaient censées revitaliser la coopération au développement, libérée des contraintes idéologiques. Mis en œuvres, ces plans d’action auraient permis un développement économique et social durable de l’ensemble de la planète, dont la réduction de la pauvreté aurait été la conséquence. Cela n’a pas été le cas.

Enfin, des questions peuvent être posées sur le choix de la priorité d’une réduction de la pauvreté. En effet, réduire la pauvreté tout en ignorant les inégalités est un choix typiquement néolibéral. La pauvreté extrême devient une violation du droit civil à la vie. La philosophie libérale oblige à respecter ce droit humain mais permet d’ignorer les droits économiques et sociaux. Il est tout à fait possible de réduire la pauvreté pendant que les inégalités augmentent, ce qui se passe en ce moment. Or, plusieurs arguments objectifs plaident pour une réduction des inégalités : le sentiment d’injustice sociale, la stabilité politique, le besoin de frontières pour limiter les migrations et l’asymétrie des relations de pouvoir. De plus, comme la Banque mondiale le constate elle-même, les inégalités importantes freinent la croissance et empêchent que celle-ci bénéficie aux pauvres. Cependant, ces constats n’ont toujours pas infléchi les politiques néolibérales.

Rêvons un instant. Imaginons que les OMD soient atteints en 2015. Vivrons-nous pour autant dans un monde plus juste ? Avec près d’un milliard de personnes extrêmement pauvres et souffrant de la faim ? Avec, en 2009, 10 millions de super-riches possédant 39.000 milliards de dollars en actifs financiers ?

D’autres politiques sont nécessaires

La crise économique et sociale d’aujourd’hui, les crises écologique et alimentaire montrent ce que le non-respect des OMD annoncent : les politiques actuelles prônées par les institutions de Bretton Woods, le G8 et le G20 ne correspondent pas aux besoins des peuples et certainement pas aux besoins des plus pauvres. Comme l’indique un des derniers rapports de l’ONU sur la pauvreté, d’autres priorités seront nécessaires si l’on veut réellement réduire, voire éradiquer la pauvreté. Celle-ci n’est pas un problème des pauvres mais de l’ensemble des sociétés qui ont besoin d’une redistribution des revenus et d’une réduction des inégalités. Les réponses devront être cherchées du côté d’un rétablissement de l’autonomie politique des pays pauvres , d’une fiscalité mondiale et d’un changement de cap des politiques économiques.

par Francine Mestrum

3) 2014 : Les objectifs du développement plombés par la crise

Source : Suisse Info

Lundi débute à New York un sommet de l’ONU pour faire le bilan des objectifs du millénaire pour le développement fixés il y a dix ans. Selon la Suisse, les progrès attendus ont pâti de la crise économique mondiale qui a ralenti le versement des contributions.

Réunis durant trois jours, les leaders de la planète vont tenter de redonner une impulsion aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) qui visent à mettre fin à la pauvreté extrême, à réduire la mortalité infantile de moitié, ainsi qu’à inverser la propagation du VIH/sida d’ici à 2015.

Dans un appel lancé la semaine dernière, le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon a indiqué que les huit Objectifs du millénaire pour le développement étaient « difficiles et ambitieux, mais réalisables » d’ici 2015. A condition que les pays s’engagent à un haut niveau politique pour verser des milliards de dollars supplémentaires.

Progrès mitigés

Néanmoins, Ban Ki-moon a souligné que « beaucoup de pays sont en difficulté, surtout en Afrique » et que « les inégalités augmentent à l’intérieur des pays et entre les pays. »

Un constat contrasté, partagé par la Suisse. Dans son dernier rapport sur les OMD publié en juin, elle a relevé que les progrès enregistrés en dix ans étaient « mitigés ».

Martin Dahinden, directeur de la Direction du développement et de la coopération (DDC), explique que des versements importants ont permis de diminuer de moitié le nombre de personnes vivant avec moins d’un dollar par jour, de réaliser une éducation primaire universelle, d’éliminer les disparités entre sexes dans l’éducation primaire et secondaire et d’encourager l’accès à l’eau potable.

Mais le directeur de la DDC a également souligné la semaine dernière, lors d’une conférence de presse, que « les développements positifs enregistrés jusqu’en 2007 ont été partiellement inversés par les effets des crises économiques et financières de 2008 et 2009. »

Un milliard de personnes affamées

En 2009, un milliard de personnes dans le monde souffraient toujours de la faim, notamment en raison de la hausse du prix des denrées alimentaires. Et Martin Dahinden a ajouté qu’un certain nombre d’objectifs en matière d’environnement se sont péjorés. De plus, les objectifs concernant l’amélioration de l’hygiène de base, le taux de mortalité à moins de 5% et la santé maternelle ne seront probablement pas atteints avant 2015.

Si des progrès ont été constatés en Chine, en Inde et en Asie du Sud-est, la situation est stagnante dans la plupart des pays d’Afrique sub-saharienne, où se trouvent la moitié des 1,4 milliard de personnes vivant dans une pauvreté extrême.

Sans compter qu’entre 1990 et 2005, ce chiffre s’est encore étoffé de 92 millions d’Africains. Sur ce continent, les crises économique et financière ont eu des conséquences particulièrement dévastatrices, jetant 28 millions de personnes dans une extrême pauvreté pour la seule année 2008, précise la DDC.

Critiques des ONG

A l’issue du sommet, les Etats membres de l’ONU devraient adopter une déclaration visant à accélérer la mise en œuvre des OMD pour les cinq prochaines années.

Mais certaines organisations non gouvernementales ont déjà critiqué ce texte de 31 pages, le jugeant trop vague. « Pour Oxfam, le problème réside essentiellement dans le fait qu’il ne porte pas suffisamment sur l’action, déclare le porte-parole Louis Belanger. Il dit bien peu de chose sur la manière dont ces engagements seront réalisés. »

Une critique, balayée par Ban Ki-moon, qui a défendu le projet de déclaration en le qualifiant de « plan d’action très concret, détaillé et réalisable ». Et d’ajouter, « il faut être réaliste. Ce document est le meilleur que l’on peut attendre actuellement…Nous devons toujours baser nos priorités politiques en tenant compte des réalités du terrain. »

Plus d’argent

Pour l’ONU, l’aide à l’Afrique à elle seule doit être augmentée d’au moins 20 milliards de francs par an pour atteindre les OMD. Mais le sommet devrait rester vague à propos du financement.

En Suisse, le gouvernement a annoncé le 17 septembre, qu’il acceptait la proposition d’élever l’ aide au développement à 0,5% du Produit intérieur brut (PIB) d’ici à 2015. Le projet devrait être discuté au Parlement lors de la session d’hiver ou de celle de printemps 2011.

Les fonds additionnels prévus, 404 millions pour les années 2011 et 2012 seront notamment consacrés à des programmes et projets dans les secteurs de l’eau et du climat.

Peter Niggli, directeur d’Alliance Sud, a affirmé que son organisation ferait pression sur le gouvernement suisse afin qu’il accorde une part plus conséquente de l’aide au développement aux pays les plus pauvres.

« La qualité des programmes suisses et le choix des bénéficiaires se sont améliorés, mais le montant alloué par la Suisse aux pays pauvres n’a pas augmenté depuis 2000 », regrette Peter Niggli.

De son côté, Daniel Dino, spécialiste de l’aide au développement à l’Institut des hautes études internationales et du développement de Genève, estime qu’il faudrait à l’avenir se concentrer sur des politiques nationales, des réformes et une bonne gouvernance dans les pays pauvres plutôt que sur les financements.

« Les ressources sont importantes, mais si les politiques nationales ne sont pas plus solides, nous n’arriverons jamais nulle part », précise-t-il.

Des conditions fiscales plus justes

Les experts en développement ont également appelé à une meilleures cohérence politique de la part de la Confédération.

« La politique suisse de coopération est très intéressante, relève Daniel Dino. Mais si vous considérez la part des ressources consacrées aux OMD, seul un quart de celles-ci va aux pays pauvres. Et avec la globalisation, la coopération suisse a d’autres intérêts, comme les pays émergents et la Chine. »

Pour Peter Niggli, les pays pauvres seraient gagnants si la Suisse assouplissait ses règles, notamment dans le secteur de la santé. Et si elle leur octroyait des conditions fiscales plus justes.

« On estime qu’il y a dans les banques suisses environ 360 milliards de francs de revenus non taxés en provenance de pays en voie de développement qui pourraient leur rapporter jusqu’à 6 milliards de revenu. Soit trois fois le niveau actuel de l’aide suisse », précise-t-il.


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