Sabra et Chatila : Israéliens et phalangistes génocident les Palestiniens (16 au 18 septembre 1982)

vendredi 17 mars 2017.
 

Le 16 décembre 1982, l’Assemblée générale des Nations unies adopte une résolution par 123 voix pour, 0 contre et 22 abstentions décidant que ce "massacre est un acte de génocide."

1) Responsabilités israélienne, arabe, américaine, française et onusienne dans le génocide de Sabra et Chatila

De la création d’Israël au sociocide du peuple palestinien ? une solution, la reconnaissance de l’Etat palestinien ?

Le gouvernement israélien fait disparaître la Palestine de la carte

Le sionisme est-il synonyme d’un risque de génocide des Palestiniens s’ils ne fuient pas toute leur terre ?

1a) Les Palestiniens au Liban

Massacrés en Israël, massacrés en Jordanie, une nouvelle vague gonfle les rangs palestiniens au Liban dans les années 1970.

Le système politique communautaire de ce pays (mis en place par la France coloniale) réserve les responsabilités principales et la majorité du Parlement aux chrétiens maronites indépendamment de la majorité arabe du pays. L’organisation des Palestiniens déstabilise un peu plus la domination racialo-culturelle des chrétiens maronites, en particulier son clan de tradition fasciste autour des Gemayel.

Israël fournit alors à ces chrétiens d’extrême droite un armement de qualité et une formation pour écraser les Palestiniens.

1b) L’invasion du Liban par Israël

12 000 civils tués, 30 000 blessés, 200 000 personnes sans abri.

Le prétexte à une intervention israélienne en juin 1982 est fourni par la tentative d’assassinat sur l’ambassadeur israélien à Londres. Les trois hommes responsables n’ont rien à voir avec l’Organisation de Libération de la Palestine ; il s’agit de deux Jordaniens et d’un colonel des services secrets irakiens. Cependant, l’armée israëlienne (60000 soldats) envahit deux jours plus tard le Liban, marchant droit sur Beyrouth et les camps palestiniens.

Deux mois et demi plus tard, les camps palestiniens résistent toujours.

1c) Marines US et génocide des Palestiniens : les deux font la paire

A ce moment-là, l’écoeurante diplomatie US apporte sa pierre dans la tromperie générale menant au lent génocide ethnocide des Palestiniens. Fin août, Washington leur impose un cessez-le-feu. Des forces internationales (800 Américains, 800 Français, 500 Italiens) doivent :

- superviser l’évacuation de la ville par les hommes armés de l’OLP

- protéger les familles palestiniennes laissées sans défenseur face à des fanatiques phalangistes et israéliens dont il fallait tout craindre

L’armée israélienne ne doit pas profiter de cet accord pour approcher les camps palestiniens.

Comme l’écrit Pierre Péan dans Le Monde diplomatique "M. Habib obtient finalement l’assurance du premier ministre israélien que ses soldats n’entreront pas dans Beyrouth-Ouest et ne s’attaqueront pas aux Palestiniens des camps ; l’assurance du futur président libanais, Béchir Gemayel, que les phalangistes ne bougeront pas ; l’assurance du Pentagone que les marines seront les garants ultimes de ces engagements. Fort de ces promesses, le représentant de M. Reagan s’engage par écrit sur la sécurité des civils. Deux lettres sont ainsi adressées au premier ministre libanais. Cet engagement américain se retrouvera dans la quatrième clause de l’accord du départ de l’OLP, publié par les Etats-Unis le 20 août, c’est-à-dire à la veille de l’embarquement des premiers combattants palestiniens."

Une fois l’accord passé, l’administration américaine relayée par l’immense majorité des medias, en particulier français, pousse les Palestiniens à partir le plus rapidement possible.

Au 1er septembre 1982, plus un Palestinien armé n’est présent à Beyrouth.

La complicité des USA dans cet Acte de génocide est évidente. C’est ce que reconnaît par exemple, dans ses Mémoires, le secrétaire d’Etat américain, George P. Shultz : "Les Israéliens ont dit qu’ils entraient dans Beyrouth (...) pour éviter un bain de sang, il s’avère qu’ils l’ont facilité et peut-être même suscité." Pour avoir fait confiance à leurs alliés, écrira-t-il, "le résultat brutal aura été que nous sommes partiellement responsables".

Dans un article récent du New York Times, Seth Anziska résume la position de l’ambassadeur de Reagan à la lecture du compte-rendu de ses discussions avec les responsables israéliens. L’ambassadeur accrédite comme réel un fait non avéré – la présence de "terroristes" supposément restés par milliers dans les camps – et accorde à son allié 48 heures de présence supplémentaire dans la ville. « En résumé, il finit par dire aux Israéliens : ’Bon, allez-y, tuez les terroristes, et vous partirez ensuite.’ Là est la faillite diplomatique américaine. »

1d) La responsabilité française arrive début septembre 1982

Les Américains s’étaient engagés par écrit à protéger les musulmans de l’ouest de la ville après le départ des Palestiniens armés. Ceci dit, sachant la complicité historique de Washington avec le courant sioniste fascisant, l’OLP n’aurait probablement pas accepté les propositions du Plan Habib si elles n’avaient pas prévu une présence militaire française et italienne en tant que garantes de la sécurité des populations civiles des zones évacuées.

D’ailleurs, le gouvernement américain, toujours aussi peu soucieux en matière de droits de l’homme, de démocratie et de respect du droit international est le premier à violer l’accord. Son secrétaire à la défense Caspar Weinberger retire les marines du Liban :

- au moment où les Phalangistes s’installent triomphants en bordure des camps de Sabra et Chatila

- au moment où l’armée israélienne entoure les camps palestiniens totalement désarmés.

Or, que fait le gouvernement Mauroy après la violation de l’accord par les Israéliens ? A ma connaissance, rien. Que font les troupes françaises ? Rien.

Arrivés dès le 21 août, les militaires français ont parfaitement accompli leur première charge : assurer l’évacuation et la collecte des armes palestiniennes.

Cette réussite impliquait d’être extrêmement attentif au deuxième rôle de ce contingent :la protection des civils palestiniens. C’est en particulier pour cela que la France avait accepté un premier mandat de 30 jours.

Pire, ces troupes françaises et italiennes se retirent le 11 septembre, laissant toute la place à un génocide prévisible des civils palestiniens pour quiconque connaît un peu les Chrétiens maronites de la faction Gemayel et les dirigeants israéliens du type Ariel Sharon ou Ehoud Barak.

Les 16 et 17 septembre, le génocide de Sabra et Chatila se perpétue.

1e) Quelques précisions supplémentaires sur les responsabilités

* Les soldats israéliens ont assisté sans la moindre réaction à l’horrible génocide qui se déroulait sous leurs yeux

lire par exemple l’article :

http://www.monde-diplomatique.fr/20...

* La commission internationale indépendante dirigée par Sean McBride a insisté "sur la responsabilité de l’armée israélienne pour son inaction fautive et ses actes avant et pendant le massacre comme l’utilisation de fusées éclairantes pendant toute la durée du massacre qui ont sans nul doute facilité la tâche des miliciens".

* "Les journaux israéliens ont publié - en 1994 notamment - de nombreux articles confirmant et amplifiant ces conclusions. Ainsi, Amir Oren, à partir de documents officiels, a, dans Davar du 1er juillet 1994, affirmé que les massacres faisaient partie d’un plan décidé entre M. Ariel Sharon et Béchir Gemayel, qui utilisèrent les services secrets israéliens, dirigés alors par Abraham Shalom, qui avait reçu l’ordre d’exterminer tous les terroristes. Les milices libanaises n’étaient rien moins que des agents dans la ligne de commandement qui conduisait, via les services, aux autorités israéliennes. " (Pierre Péan)

1f) Conclusion

Il est indispensable qu’un jour une cour pénale internationale clarifie les responsabilités du génocide et que tous les scolaires du monde sachent qui était Ariel Sharon et ses sbires, qui étaient les phalangistes libanais.

2) Du 16 au 18 septembre 1982 : Israéliens et fascistes chrétiens dans le génocide des Palestiniens à Sabra et Chatila (témoignage)

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3) 16-17 Septembre 1982, Sabra et Chatila... (témoignage)

Au matin du samedi 18 septembre 1982, les journalistes qui sont entrés dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, près de Beyrouth au Liban ont eu une vision horrible.

Des piles de corps jonchaient les rues poussiéreuses des camps, des fosses communes avaient été construites à la hâte et les bâtiments avaient été rasés au bulldozer sur les cadavres.

Les personnes assassinées étaient des hommes âgés, des femmes et des enfants. Un massacre avait eu lieu. Le nombre de morts était estimé à des milliers.

Que s’y était-il produit ? Qu’est ce qui avait pu provoquer ce type de massacre inhumain ? Qui avait fait cela ?

C’étaient les questions qui ponctuaient le silence du matin après que le massacre se soit arrêté. On se pose encore aujourd’hui ces questions, plus de deux décennies après les événements.

Pour essayer de répondre à ces questions, relisons une nouvelle fois l’histoire :

Le 6 juin 1982, l’armée israélienne a envahi le Liban dans ce qu’elle a décrit comme étant des "représailles" pour la tentative d’assassinat sur l’Ambassadeur israélien à Londres, Argov, le 4 juin. L’invasion, appelée ensuite "Opération Paix en Galilée", a progressé rapidement.

Le 18 juin 1982, Israel avait cerné les forces armées de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) dans la partie occidentale de la capitale libanaise. Un cessez-le-feu, négocié par l’envoyé des Etats-Unis, Philip Habib, a eu comme conséquence l’évacuation de l’OLP de Beyrouth le 1er septembre 1982.

Le 11 septembre 1982, le ministre de la défense israélien, Ariel Sharon, l’architecte de l’invasion, a annoncé que "2.000 terroristes" étaient restés à l’intérieur des camps de réfugiés palestiniens autour de Beyrouth.

Le mercredi 15 septembre, le lendemain de l’assassinat du chef de la milice phalangiste alliée des Israéliens et président élu libanais, Bashir Gemayel, l’armée israélienne a occupé Beyrouth-Ouest, "encerclant et bouclant" les camps de Sabra et Shatila, où vivaient des civils libanais et palestiniens. Israël a justifié son initiative dans Beyrouth-Ouest par un besoin de maintenir l’ordre et la stabilité après l’assassinat de Gemayel.

Cependant, plusieurs jours plus tard, Ariel Sharon a déclaré à la Knesset, le parlement israélien : "Notre entrée dans Beyrouth-Ouest était destinée à faire la guerre contre l’infrastructure laissée par les terroristes."

L’armée israélienne a alors désarmé, dans la mesure où elle le pouvait, les milices anti-israéliennes à Beyrouth-Ouest, alors qu’elle a laissé ses armes aux milices phalangistes chrétiennes de Beyrouth.

A midi le 15 septembre 1982, les camps de réfugiés étaient complètement encerclés par des tanks et des soldats israéliens, qui ont installé des points de contrôle aux endroits stratégiques et aux carrefours autour des camps afin d’en surveiller toutes les entrées et les sorties.

En fin d’après-midi et toute la soirée, les camps ont été bombardés.

Le jeudi 16 septembre 1982 vers midi, une unité d’environ 150 Phalangistes armés (c’est ce que prétend Israël) est entrée dans le premier camp.

Pendant les 40 heures suivantes, les membres de la milice phalangiste ont violé, tué et blessé un grand nombre de civils non-armés, dont la plupart étaient des enfants, des femmes et des personnes âgées à l’intérieur des camps encerclés et bouclés. L’estimation des victimes varie entre 700 (chiffre officiel des Israéliens) et 3.500.

Source du témoignage :

http://www.france-palestine.org/art...

Sabra

Les victimes et les survivants des massacres n’ont jamais eu droit à une enquête officielle sur la tragédie, puisque la Commission Kahan d’Israel n’avait pas de mandat juridique et n’avait pas de pouvoir judiciaire.

Ce massacre est considéré comme le seul massacre sanglant de l’armée terroriste israélienne et il revendique la participation d’alliés, mais on peut penser qu’il ne sera pas le dernier. En particulier, après ce que nous avons vu dans la dernière guerre israélienne contre le Liban.

Si les Américains ont préparé avec agitation l’anniversaire du 11 septembre, beaucoup d’habitants du camp de Chatila et de son voisin plus petit, Sabra, ont redouté la date importante de samedi qui marquera 24 ans de souffrance et d’enquête futile de la justice.

Pour les Palestiniens, ce sera certainement un rappel bien loin des cérémonies de New York et de Washington où les responsables américains ont dit au monde que leur fameuse puissance militaire allait s’assurer que la justice pour les victimes triompherait du mal quel qu’en soit le prix.

Les survivants palestiniens des massacres de 1982 se réuniront probablement pour entendre des discours à l’endroit où leurs proches ont été enterrés dans des fosses communes : une parcelle vide et poussiéreux signalée par un pathétique monument provisoire en parpaings.

Mais, le monde n’observera pas une minute de silence pour les victimes innocentes de Sabra et Chatila, ni de reportages au sujet des survivants et de leur existence malheureuse sur les lieux de ce crime horrible.

Sabah

4) Témoignage sur la participation directe de soldats israéliens au génocide

Mme Oum Chawki, 52 ans, a perdu dix-sept personnes de sa famille, dont un fils de 12 ans et son mari. Elle habitait dans le quartier de Bir Hassan, près de l’ambassade du Koweït. Après les massacres, elle s’est installée, avec ses douze enfants restants, dans la rue principale de Chatila. Elle vit au quatrième étage d’un bâtiment construit selon des règles d’architecture approximatives. L’intérieur est propre, des bouquets de fleurs artificielles complètent les couleurs des fauteuils et des reproductions collées ou accrochées au mur - Al Qods (Jérusalem) et le drapeau du Hamas. Même si elle n’appartient pas à cette organisation : « Je n’adhère à rien. Je ne m’engagerai que lorsque je serais sûre du résultat. » Et ses enfants ? « Je ne veux pas qu’ils se sacrifient pour rien, mais le jour où je serai sûre d’assouvir ma vengeance, je les encouragerai et je serai avec eux... »

Chaque jour et chaque nuit, elle revoit les images de cadavres, de gens mutilés, de son fils et de son mari qu’elle n’a jamais revus et dont elle ne sait rien. Les couleurs du salon n’arrivent pas à atténuer le noir de sa robe, de ses cheveux et de ses yeux. Mme Oum Chawki ne sourit pas et s’enflamme sans élever la voix quand elle revit la deuxième tragédie de sa famille (la première ayant été le départ en 1948 de Tarshiha, un village près de Haïfa).

- On a frappé à la porte de la maison. Quelqu’un a dit : « Nous sommes libanais, nous venons faire une perquisition pour chercher des armes... » Mon mari a ouvert la porte, pas spécialement inquiet, car il n’appartenait à aucune organisation combattante. Il travaillait au club de golf, près de l’aéroport.

Mme Chawki parle ensuite des trois soldats israéliens et d’un militaire des Forces libanaises, les milices chrétiennes de droite, qui sont entrés dans la maison, ont pris les bracelets de sa fille et arraché ses boucles d’oreille - elle montre le lobe déchiré d’une de ses oreilles - et les ont frappés.

Elle est certaine que ces soldats venaient d’Israël.

- Leurs uniformes étaient différents de ceux des Forces libanaises et ils ne parlaient pas en arabe. Je ne sais pas si c’était de l’hébreu, mais je suis sûre que c’étaient des Israéliens.

Ce n’est pas impossible, car le quartier de Bir Hassan, hors du périmètre des camps, était occupé par l’armée israélienne. Comme d’autres familles palestiniennes, celle d’Oum Chawki avait été transportée à l’intérieur des camps.

- On nous a fait monter dans une camionnette, qui a roulé vers l’entrée du camp de Chatila. Les militaires ont séparé les hommes des femmes et des enfants. Le Libanais a pris les papiers de trois de nos cousins avant de les abattre devant nous. Mon mari, mon fils et d’autres cousins ont été emmenés par les Israéliens.

Les femmes et les enfants sont partis à pied vers la Cité sportive. Sur le bord de la route, des femmes criaient, pleuraient, affirmant que tous les hommes avaient été tués... Le soir, dans la pagaille, Mme Chawki s’est enfuie avec ses enfants vers le quartier de la caserne El Hélou. Au petit matin, elle a laissé ses enfants dans une école avant de repartir à pied vers la Cité sportive pour s’enquérir du sort de son mari et de son fils. Elle n’a pas pu parler à l’un des officiers israéliens présents. Elle a entendu des ordres donnés en arabe pour que les hommes fassent tamponner leurs cartes d’identité, et vu un camion israélien plein d’adultes et de jeunes gens. Une femme en sanglots, qui a perdu toute sa famille, lui a montré l’endroit où étaient déversés les cadavres. Les deux femmes ont alors marché vers le quartier d’Orsal et enjambé des morts libanais, syriens et palestiniens. Mme Chawki dit en avoir vu des centaines. C’est effectivement le quartier d’Orsal qui a compté le plus de victimes.

- Ils étaient méconnaissables. Visages déformés, gonflés... J’ai vu vingt-huit corps d’une même famille libanaise, dont deux femmes éventrées... J’essayais de repérer les vêtements de mon fils et de mon mari. J’ai cherché toute la journée. Je suis revenue encore le lendemain... Je n’ai reconnu aucun cadavre de gens de Bir Hassan.

Mme Chawki a vu des soldats libanais creuser des fosses pour y pousser les cadavres... Elle n’a jamais retrouvé ceux de son mari et de son fils. Elle aborde plus difficilement le cas de sa fille qui a été violée...

- Je pense à tout cela nuit et jour. J’ai élevé seule mes enfants... J’ai été obligée de mendier. Je n’oublierai jamais. Je veux venger tout cela. Mon cœur est comme la couleur de ma robe. Je transmettrai ce que j’ai vu à mes enfants, à mes petits-enfants...

Source :

http://archive.wikiwix.com/cache/?u...[1]

5) Sabra et Chatila après le génocide Témoignage

Le massacre a commencé le jeudi soir vers 17 h 30. Nous n’y avons pas cru... Nous sommes restés à l’intérieur de notre maison jusqu’au samedi matin et n’avons pas su grand-chose, sinon que, jeudi et vendredi, un petit groupe de Palestiniens et de Libanais ont essayé de se défendre, mais ils n’étaient pas assez nombreux et n’avaient pas assez de munitions. Nous avons vu, la nuit, des fusées éclairantes et entendu des coups de feu. Nous croyions que les Israéliens voulaient seulement s’en prendre aux combattants et trouver leurs armes... Quand tout est redevenu calme, le samedi matin, nous sommes montés sur le balcon et avons aperçu un groupe des Forces libanaises (FL) accompagné d’un officier israélien. Les Libanais nous ont crié de sortir. Ce que nous avons fait, sous les injures. L’Israélien avait un talkie-walkie. Un des Libanais le lui a pris et a dit : « Nous sommes arrivés à la fin de la zone cible. »

Mme Balkis est sûre qu’il s’agissait d’un Israélien car, dit-elle, il avait un badge en hébreu et n’avait pas un visage d’arabe. Il parlait avec les Libanais en français.

Avec d’autres elle a été emmenée vers l’hôpital Gaza. Leurs accompagnateurs ont rassemblé les médecins étrangers et les gens qui s’étaient abrités dans et autour de l’hôpital.

- Ils ont tué une dizaine de combattants. Ils ont repéré un jeune Palestinien qui avait revêtu une blouse blanche au milieu des médecins et infirmiers et ils l’ont tué. Quand tout le monde a été rassemblé - des centaines de personnes -, nous sommes partis vers l’ambassade du Koweït. Il y avait beaucoup de cadavres dans les rues. Des jeunes filles avec les poings liés. Des maisons détruites. Des chars, probablement israéliens. Les restes d’un bébé incrustés dans les chenilles de l’un d’entre eux. Avant d’arriver à la Cité sportive, les hommes ont été séparés. Des militaires demandaient aux jeunes gens de ramper. Ceux qui rampaient bien étaient considérés comme des combattants et abattus par des militaires des Forces libanaises. Les autres recevaient des coups de pied... J’ai vu Saad Haddad (2) avec d’autres devant l’ambassade du Koweït. Puis, en arrivant près de la Cité sportive, un grand nombre de soldats israéliens. Un colonel israélien a dit que les femmes et les enfants pouvaient rentrer chez eux. Plus tard, j’ai aperçu mon frère monter dans une Jeep alors que d’autres montaient dans des camions. J’ai couru vers lui. En vain. J’ai entendu un officier dire en arabe : « On va vous livrer aux FL. Ils sauront mieux vous faire parler que nous. »

Tous les témoins racontent grosso modo les mêmes histoires, les mêmes horreurs. J’ai ainsi rencontré Mme Kemla Mhanna, une épicière libanaise du quartier Orsal :

- Tous les gens de notre quartier qui sont restés ont été assassinés. En majorité des Libanais. Quand je suis revenue, un monceau de corps étaient empilés. A côté de chez moi, un Palestinien était accroché à un croc de boucher, découpé en deux comme un mouton. J’ai vu comment, dans la grande fosse, on a déposé une première couche de cadavres sur laquelle on a étalé du sable, puis on a remis une couche de cadavres et ainsi de suite... J’ai vu aussi un autre Libanais du quartier Orsal, Hamad Chamas, un des rares survivants du massacre de ce quartier. Il était dans un abri quand sont arrivés deux Israéliens dans une Jeep et sept ou huit soldats. Je suis sûre que ces soldats étaient israéliens car il portaient des uniformes israéliens et ne parlaient pas un arabe correct. Les soldats nous ont demandé de sortir de l’abri en nous injuriant. Ils m’ont donné l’ordre de déposer l’enfant que j’avais dans les bras et de me mettre en rang avec les autres. L’un d’entre eux, qui parlait bien arabe, a fouillé tout le monde et a pris l’argent d’un des hommes, puis ils ont tous tiré sur nous. J’étais seulement blessée à la tête et à la cuisse, sous une pile de cadavres. Il y a eu vingt-trois morts... Je me suis cachée dans un abri toute la nuit. Au petit matin, il y avait une forte odeur de cadavres partout.

Même source que la partie précédente


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