Netanyahou, Cisjordanie et Gaza Le sionisme est-il synonyme d’un risque de génocide des Palestiniens ?

mardi 19 novembre 2019.
 

A la veille des élections générales en Israël, Benyamin Netanyahou veut mettre tous les atouts de son côté et notamment plaire aux extrémistes et aux colons. Il envisage donc de prendre à son compte les recommandations du rapport du juge Edmond Lévy : la Cisjordanie et Jérusalem-Est ne sont pas des territoires occupés puisque ne faisant pas partie d’un Etat palestinien reconnu internationalement ; Sarkozy comme Hollande portent une responsabilité dans cette situation de non reconnaissance de la Palestine comme Etat membre de l’ONU.

Par conséquent, ces territoires dits palestiniens depuis 1967 peuvent être annexés. De même, les colons établis dans ces régions pourront bénéficier d’une reconnaissance officielle en tant qu’habitants dans des territoires dépendants de l’entité israélienne.

Ce 22 octobre, l’armée israélienne a bombardé la bande de Gaza et les chars sont entrés dans la ville de Beit Hanoun. Les hôpitaux annoncent plusieurs morts. Les écoles ont été évacuées.

Jusqu’où cette spirale niant l’existence des Palestiniens ira-t-elle ?

1) La naissance du sionisme (perspective d’un Etat juif en Palestine) se comprend comme réaction à l’oppression antisémite

L’Europe des années 1885 à 1914 est marquée par une forte progression du mouvement ouvrier, socialiste et démocratique.

Les classes dominantes, capitalistes comme issues du féodalisme, veulent lui disputer l’hégémonie idéologique et électorale sur les couches populaires.

- Dans tous les pays, la droite mise sur la propagande nationaliste pour disputer l’électorat au socialisme. Cela va entraîner la Première guerre mondiale.

- Une partie significative du patronat et de la droite ajoute à cet axe de communication la désignation de boucs émissaires, particulièrement les Juifs pour toucher les réflexes primitifs de certaines populations. Des juifs d’Europe centrale et de l’Est rejoignent le projet israélien.

La poussée du mouvement ouvrier prend un caractère révolutionnaire dans de nombreux pays entre 1917 et 1925. Les grands pays capitalistes (France, Angleterre, USA) surfent alors sur l’antisémitisme pour constituer, armer, faire vaincre les armées blanches en URSS, en Hongrie, en Allemagne, en Pologne, en Ukraine...

La progression du fascisme puis la shoah, tragédie incommensurable, poussent évidemment de nouvelles familles à chercher un havre sécurisant par la création d’un Etat d’Israël indépendant.

Cependant, de nombreux juifs d’Europe comprennent dès les premières années que le sionisme est une impasse communautariste dangereuse (Freud, Einstein...)

2) Le mouvement sioniste international porte évidemment une responsabilité dans les crimes contre l’humanité subis par les Palestiniens

Lorsqu’il décide sur la fin du 19ème siècle de peupler la Palestine de juifs, ceux-ci représentent une infime minorité de la population. En 1917, lorsque la puissance coloniale britannique (avec l’accord des principaux pays capitalistes) affirme son soutien à la perspective sioniste (déclaration Balfour), les Palestiniens représentent encore plus de 90% de la population.

Personne de sérieux ne peut nier que la perspective sioniste ignorait l’existence d’un peuple palestinien. Son slogan l’exprime bien "Une terre sans peuple pour un peuple sans terre". Or, la Palestine n’était évidemment pas une terre sans peuple ; mieux, sa population autochtone descendait pour l’essentiel d’ancêtres qui habitaient déjà là 2000 ans plus tôt.

Dans les nombreuses discussions que j’ai menées avec des "sionistes de gauche" entre 1965 et 1975, leur argument fondamental était : le monde arabe ne manque pas de place pour accueillir les Arabes que nous chassons pour créer Israël, d’autant plus que ce sont des peuples nomades qui sont venus s’établir là après l’expulsion des juifs. Un tel point de vue est inacceptable d’un point de vue historique, républicain, internationaliste, anti-raciste et moral.

3) Israël aurait pu se créer sans épuration ethnique des Palestiniens dans les deux cas de figure discutés par l’ONU : soit un Etat commun, soit deux Etats.

En 1947, les fanatiques sionistes décident de ne pas se satisfaire de l’Etat d’Israël prévu par la communauté internationale. Ils chassent donc des centaines de milliers de Palestiniens de leurs maisons, de leurs terres, de leurs villages et villes. Actuellement leur diaspora dans le monde dépasse largement les 4 millions de personnes. Entre 1947 et 1948, cette masse énorme de population ne peut que fuir l’épuration ethnique en se réfugiant dans les pays voisins : Jordanie, Liban, Egypte, Syrie, Arabie saoudite...

De la création d’Israël au sociocide du peuple palestinien ? une solution, la reconnaissance de l’Etat palestinien ?

4) L’ONU et son trio dominant (USA, Grande Bretagne, France) portent une immense responsabilité dans le sort subi par les Palestiniens

L’objectif connu du sionisme était de constituer le Grand Israël de la Méditerranée au Jourdain ; aussi, l’avenir des Palestiniens ne pouvait être qu’un génocide s’ils résistaient ou un ethnocide (sociocide) s’ils acceptaient de disparaître sans bruit parmi les immigrés du monde. Cette source de déstabilisation de la paix mondiale aurait pu être évitée, au moins en faisant de la Cisjordanie un petit Etat palestinien dans les frontières de 1967 sans aucun aménagement ; cela n’a pas été acté.

Pire, l’ONU n’a même pas contribué à assurer des conditions de vie humaines pour les exilés. Aussi, une masse considérable de Palestiniens s’est entassée dans d’insalubres villages de tentes et masures temporaires. Que pouvaient faire les Palestiniens ? Soit ils disparaissaient comme peuple, soit ils maintenaient des liens communautaires dans les pays voisins, avec des crispations inévitables face à des régimes peu portés sur la démocratie et le dialogue.

Georges Habache, dirigeant du FPLP résumait bien la question "le régime jordanien considère que notre seule présence dans le pays représente pour lui un danger(...) Pour nous, le roi Hussein est un dirigeant réactionnaire, chef d’un État réactionnaire et donc un obstacle."

5) Les Palestiniens pris entre l’armée israélienne et les réactionnaires des Etats arabes

Des centaines de milliers de Palestiniens chassés d’Israël au nom de la pureté religieuse juive, intégrés par l’ONU dans la Jordanie pro-américaine, se sont vus confrontés à une royauté hachémite jordanienne qui refusait le maintien d’une communauté palestinienne spécifique. Cela a conduit aux massacres de septembre 1970 de la part de l’armée jordanienne (environ 10 000 morts et plus de 110 000 blessés parmi les Palestiniens, essentiellement des civils).

Des centaines de milliers de Palestiniens chassés d’Israël au nom de la pureté religieuse juive, se sont également retrouvés parqués dans d’immenses camps de tentes au Liban. L’opération militaire israélienne menée par Sharon (à la tête de l’armée) et Netanyahou (à l’ambassade d’Israël aux USA) en 1982 aura pour but un génocide de cette population.

6) Sabra et Chatila comme symboles du risque de génocide des Palestiniens impliqué par le sionisme

Sabra et Chatila : Israéliens et phalangistes génocident les Palestiniens

- Le 6 juin 1982, l’armée israélienne envahit le Liban.

- Le 18 juin, elle encercle les Palestiniens légèrement armés de l’OLP qui protègent les populations des camps contre les fascistes phalangistes libanais alliés d’Israël.

- Le 1er septembre, l’envoyé des Etats-Unis, Philip Habib, obtient un accord de cessez le feu qui prévoit l’évacuation du Liban par l’OLP et la protection des populations civiles palestiniennes (essentiellement femmes, enfants et personnes âgées) restées dans les camps.

- Le 11 septembre 1982, l’ignoble Ariel Sharon, ministre de la défense israélien, lance une opération de communication, bien reprise par les aussi ignobles medias occidentaux prétendant que "2.000 terroristes" sont restés à l’intérieur des camps de réfugiés palestiniens autour de Beyrouth. Aujourd’hui tout les historiens reconnaissent que cette affirmation relevait seulement de la propagande. A quoi était destinée cette propagande ? à préparer le génocide systématique des civils.

- Le gouvernement Reagan (Etats-Unis) comprend parfaitement ce but israélien. Il ne veut pas en être rendu responsable par les pays arabes après s’être engagé lui-même à la protection des civils palestiniens de Beyrouth.

- Dans la nuit du 14 au 15 septembre, le chef d’état-major israélien rencontre les chefs chrétiens phalangistes à Beyrouth

- Le 15, contrevenant au cessez-le-feu, l’armée israélienne envahit Beyrouth, en flagrant délit de rupture du cessez-le-feu imposé et garanti par les Etats-Unis.

- Le 16, les miliciens chrétiens entrent dans les camps palestiniens. La nuit, l’aviation israélienne éclaire les lieux pour les aider.

- Le même 16 septembre, le ton monte entre les deux alliés lors d’une discussion formelle entre d’une part un membre du gouvernement US (Eagleburger), d’autre part l’ambassadeur d’Israël à Washington (Moshe Arens) et son adjoint Netanyahou.

- Le 17 septembre, Reagan envoie à Jérusalem son ambassadeur itinérant Morris Draper pour rencontrer Yitzhak Shamir (ministre des affaires étrangères, Ariel Sharon (ministre de la défense) et plusieurs hauts responsables israéliens des services de sécurité.

Sharon hausse le ton « ... Avez-vous peur d’être accusés de collusion avec nous ? Niez-le ! Nous le nierons aussi... Il ne se passera rien. Juste quelques terroristes tués. Ce sera au bénéfice de chacun de nous. » Il reprend l’accusation de Palestiniens armés encore dans les camps "2 000 à 3 000, on a même leurs noms".

Draper continuant à demander que l’armée israélienne équipée par les Etats-Unis ne soit pas directement responsable d’un acte de génocide, le dialogue se concrétise :

Sharon : « Nous les tuerons... Vous n’allez pas sauver ces groupes de terroristes. »

Draper : « Nous ne voulons pas les sauver. Mais vous n’auriez pas dû vous en mêler. »

L’ambassadeur avance que c’est "l’armée et les forces de sécurité libanaises" qui devraient assurer la sécurité autour des camps.

Le chef israélien du renseignement militaire (général Yehoshua Saguy) exige que "les Phalanges aussi" puissent accéder aux camps.

Draper : "Des gens hostiles diront que Tsahal reste à Beyrouth pour permettre aux Libanais de tuer les Palestiniens dans les camps."

Sharon : "Alors on va les tuer, nous. Il n’en restera aucun. Vous ne sauverez pas (...) ces groupes du terrorisme international."

Draper : "Nous ne sommes intéressés à sauver aucun de ces gens."

Sharon : "Si vous ne voulez pas que les Libanais les tuent, nous les tuerons."

L’ambassadeur Draper réitère alors la "position de son gouvernement : on veut que vous partiez. Laissez faire les Libanais".

(dialogue extrait du compte rendu officiel de cette discussion dans les archives israéliennes).

7) Le "massacre évitable" de Sabra et Chatila (LE MONDE du 17.09.2012 Par Sylvain Cypel correspondant à New York, extraits)

Nous sommes le 17 septembre 1982, et la réunion entre Américains et Israéliens a commencé à 12 h 30. Le premier ministre, Menahem Begin, en est absent. Ariel Sharon, Yitzhak Shamir, le ministre des affaires étrangères, et de hauts responsables des services de sécurité rencontrent l’ambassadeur Draper.

Ce 17 septembre, Morris Draper est soumis, surtout de la part d’Ariel Sharon, à une pression peu usuelle : "M. Draper, vous craignez d’être soupçonné d’être de mèche avec nous ? Niez-le et on le niera." Car au moment où cet échange a lieu, un massacre, qui va entrer dans l’histoire, est déjà en cours : celui des civils palestiniens des camps de Sabra et Chatila, à Beyrouth...

Des femmes sont violées, des enfants et des vieillards abattus, des hommes emportés vers des destinations inconnues. Commencé le 16, le massacre est mené par des phalangistes chrétiens et des miliciens des Forces libanaises, alliés de l’armée israélienne.

Le 16, les miliciens chrétiens sont entrés dans les camps palestiniens. La nuit, l’aviation israélienne éclaire les lieux pour les aider. Ce 17, lorsque l’envoyé spécial américain rencontre ses interlocuteurs, le massacre est donc en cours... Les Israéliens savent que les phalangistes sont entrés (dans les camps), et, au moins depuis la veille au soir, leurs propres sources les ont informés d’éventuelles "tueries". Ils n’en disent mot...

Ce vendredi 17 verra le pire du massacre. Informé par son émissaire, l’ambassadeur Draper écrit à Ariel Sharon : "C’est horrible. J’ai un représentant dans les camps qui compte les corps. Vous devriez avoir honte."

8) Sabra et Chatila : Qui étaient les assassins ?

Qui étaient les assassins  ? Ce que l’on sait, c’est que trente ans après, ils demeurent impunis. Mais les enquêtes menées depuis ont permis de cerner les responsabilités. Celle des Forces libanaises d’Elie Hobeika est indéniable. Ce sont eux qui, de l’avis des survivants, ont commis les pires atrocités. Le correspondant à Beyrouth de France Inter, Alain Ménargues, l’un des premiers journalistes sur place le 18, quand l’armée israélienne leva le siège, affirme qu’ils furent précédés par 30 membres d’une unité spéciale de l’armée israélienne munis d’une liste de 120 « terroristes  » à liquider. Ce qu’Israël a toujours nié, imputant la seule responsabilité du massacre aux phalangistes.

Le journaliste israélien Amnon Kapeliouk, qui eut le courage de publier dès 1983 sa remarquable Enquête sur un massacre, démontre, lui, que l’opération «  Cerveau de fer  » fut préparée avec les Forces libanaises par Ariel Sharon et Rafael Eytan, sur place dès le 14. Pendant quatre jours, les Israéliens encerclèrent le camp, l’éclairant la nuit pour faciliter le travail des tueurs, en interdisant l’accès aux secours et aux journalistes. Sharon fut d’ailleurs reconnu «  responsable indirect  » du massacre par la commission Kahane (3) et obligé de démissionner de son poste en 1983. Ce qui ne l’empêcha pas ensuite de devenir premier ministre d’Israël.

Quant aux phalangistes, ils furent amnistiés l’année suivante par le Parlement libanais. Hobeika fit une carrière de ministre mais finit déchiqueté dans un attentat en 2002, alors qu’il s’apprêtait à se rendre à Bruxelles (4) pour témoigner dans un procès intenté par 23 rescapés. Il comptait, «  preuves en main  » disait-il, incriminer Ariel Sharon et les hommes de l’armée du Liban Sud du général «  collabo  » Saïd Haddad.

Les dernières révélations du New York Times montrent de façon accablante qu’Israël était bien à l’origine d’un massacre pour lequel il a bénéficié, une fois encore, de la complicité des États-Unis. Car l’administration Reagan savait et elle a laissé faire.

Qui, aujourd’hui à Washington, osera rendre justice aux victimes d’un tel forfait  ?

Françoise Germain Robin

9) De Sabra et Chatila à de nouveaux crimes de guerre, crimes contre l’humanité et actes de génocide

Ni Ariel Sharon, ni Rafael Eytan, ni Elie Hobeika, ni Ronald reagan n’ont été traduits devant la Cour pénale internationale.

Dans ces conditions, l’Acte de génocide de Sabra et Chatila ne peut que donner l’autorisation aux mêmes barbares de perpétuer des actes du même type.

Jacques Serieys le 2 novembre 2007. Article complété en octobre 2012 suite à des révélations extraites des archives israéliennes

Par ailleurs, l’assaut de Tsahal sur la bande de Gaza en 2009 a marqué une suite de 1947 et 1982 :

1er janvier 2009 Gaza sous les bombes Une étape dans la destruction du peuple palestinien (43 articles)


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