Face à la haute bourgeoisie fasciste des années 1930 et d’aujourd’hui, que faire ? (message reçu en forum sur notre site)

lundi 29 juin 2015.
Source : Sélection 26
 

Je ne sais si vous avez lu les ouvrages de l’historienne Annie Lacroix-Riz. J’en ai lu 2 portant sur les années 30 jusqu’à la défaite ("Le choix de la défaite", "De Munich à Vichy"). Sa thèse - très orientée politiquement ce qui lui vaut toutes les invectives de la part de ses confrères mais néanmoins pertinente au vu du travail effectué sur les archives - repose sur une vision socio-économique de l’entrée dans la seconde guerre mondiale. Assez manichéique au premier abord, cette vision aborde les conflits sous l’angle des classes sociales plutôt que sous l’angle purement géopolitique. Avant d’être militaire, la guerre aurait été avant toute chose une guerre de classe. Pour imposer aux travailleurs les politiques de rigueur afin de faire face à la guerre, il convenait d’éradiquer les mouvements de gauche contestataires. Pour ce faire, selon les archives des RG de l’époque dont A.L-R. nous fait part, cette élite (autant française qu’allemande, anglaise ou américaine), se concertait afin d’organiser la contre-révolution, à la manière des événements du 11 septembre 1973 au Chili. Pour ce faire, elle s’appuyait sur les organisations d’extrême-droite, dont le fascisme, qu’elle finançait en sous-main. Elle nous fait part dans ses ouvrages d’intentions, de calculs menés de longue date par ces gens afin de céder la France aux nazis, seul régime à leur goût capable d’enrayer le fléau populaire. Le but visé : baisse voire élimination des salaires (esclavage), baisse des droits sociaux, élimination de la contestation sociale grandissante.

Ce réseau de capitalistes, financiers et politiques est couramment nommé dans les milieux historiques la "Synarchie", et son existence y est souvent releguée au rang de "théorie de la conspiration". A. L-R. entend prouver que conspiration il y eut bel et bien et que sans l’appui de cette classe (haute bourgeoisie) aux partis extrêmistes d’Europe, la seconde guerre mondiale n’aurait jamais eu lieu.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Existe-t-il une "synarchie" en oeuvre qui, secrètement, oeuvrerait à réitérer - crise économique oblige - les tragédies passées ?

Difficile de le dire, d’autant que si la cohérence de l’analyse de l’historienne ne fait pas de doute la preuve de la-dite conspiration n’est pas évidente au premier degré. Toutefois, il faut reconnaître des faits troublants, rarement examinés en ces temps actuels, du moins pas selon l’importance qu’on devrai leur accorder :

L’augmentation croissante des think-tanks, véritables centres de réflexion pour l’essentiel défendant les thèses capitalistes, militaristes et réactionnaires. Ces centres de réflexions - ou clubs privés - débatent et émettent des rapports qui sont soumis aux gouvernements, en parfaite coordination puisqu’organisés en réseau à l’échelle planétaire (l’Institut Montaigne est lié au Siècle, qui est lié à l’ERT* en coordination avec Bruxelles, lui-même lié au Bilderberg Group, lui-même lié au CFR ou à la Commission Trilatérale**, etc, etc). Souvent, l’on retrouve les mêmes participants d’un club à un autre.

* Entre parenthèse, il faut savoir que les membres (dirigeants des 49 plus grandes industries euroopéennes) de l’ERT "European Round Table ou "Table Ronde des Industriels" (voir Google) aurait accès aux documents de la Commission Européenne refusés aux parlementaires, seuls représentants élus de la machine européenne, curieuse démocratie n’est-il pas ? ** A lire : "Démocratie, croissance zéro" de Maurice Goldring. Cet ouvrage traite d’un rapport émis à la fin des années 70 par la Commission Trilatérale défendant l’idée selon laquelle trop de démocratie réduit la compétitivité des entreprises et le progrès de la civilisation. Le document recommande de limiter le champ démocratique à la stricte représentativité de politiques évalués par les élites pour leurs "compétences". Entre autres préconisations, celles de l’ouverture à la concurrence, les privatisations, l’augmentation de la durée de travail (retraites, et oui déjà !), et une mouture déjà bien élaborée de Maastricht. Curieusement, cet agenda fut respecté à la lettre au cours des deux décennies qui suivirent sa parution !

Voilà des faits. Même s’il n’est pas autorisé à ce stade à décréter pour vrai l’existence aujourd’hui d’une semblable synarchie, telle celle - hypothétique - des années trente, n’en demeure pas moins qu’en étudiant les rouages ayant conduit aux dénis de démocratie entourant l’actuelle construction européenne, de sérieux doutes subsistent.

En tant que remède, afin de prévenir tout risque de fascisation de nos sociétés sous le contrôle d’élites non élues (capitaines d’industries et banquiers en tête), il conviendrait déjà d’exiger la plus totale transparence sur l’existence de ces clubs et des discussions qui y ont cours. Exiger dans la foulée qu’aucun rapport émis de cercle privé à destination des gouvernements ne soit tenu à distance du regard public. Mettre en oeuvre, et ce en tout état de cause, tous les gardes-fous nécéssaires afin d’empecher des collusions entre politiques et acteurs économiques privés aux fins législatives, tout du moins sans accord préalable des populations affectées par les réformes préconisées par ce type de pression (lobbying) anti-démocratique.

Car à mon sens, c’est à travers ce type de mécanismes - que permet en grande partie le libéralisme - que le risque de vivre de violents désastres (plus ou moins contrôlés, voire souhaités) subsiste et subsistera. Le gouvernement actuel, comme les précédents ne sont dans le fond que les exécutants de ces personnalités influentes échappant au contrôle démocratique. C’est cela qu’il conviendrait de faire cesser d’urgence.

En espérant ne pas avoir été trop long, merci de m’avoir lu, et bonne continuation au parti de gauche, seule alternative capable de renverser le cours de notre histoire dans un sens humaniste et démocratique.

Sincèrement, Nicolas W.


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