18 mars 1962 Cinéma et guerre d’Algérie

mercredi 21 mars 2018.
 

Depuis le 8 mai 1945 et les massacres de Sétif, l’idéal d’indépendance germe en Algérie. Il finit par éclore à la Toussaint 1954. Cette guerre qui ne dit pas son nom se termine à Evian, le 18 mars 1962.

Dès le début, les cinéastes s’emparent du conflit. Vautier, Panigel, mais aussi Godard et Cavalier. Mais la censure veille, et peu nombreux sont ceux qui voient, à leur sortie, Le combat dans l’île ou Algérie en flammes. Toute ambition de faire connaître ici ce qui se passe là-bas est étouffée dans l’oeuf. Et les Algériens eux-mêmes ne sont pas enthousiastes à l’idée que des Français puissent filmer leur Histoire, celle qu’ils sont en train d’écrire dans le sang.

A la fin des combats, la guerre invisible arrive dans les salles. En 1966, le film la Bataille d’Alger, de Pontecorvo, nettement favorable aux Algériens, est interdit en France, malgré les prix qu’il récolte. Il ressort en 1970, et ce sont alors les anciens combattants qui le font retirer des écrans. Même sort pour le film de Vautier, Avoir 20 ans dans les Aurès. Une semaine aux côtés d’un groupe d’appelés, des jeunes gens qui ne comprennent pas toujours pourquoi ils sont là. Vautier ne devrait pas montrer un déserteur. Même dix ans après, cela fait mauvais genre ! Un an plus tard, c’est Boisset et son magnifique R.A.S. Cette fois, c’est dans un bataillon disciplinaire qu’on va rencontrer la torture, et encore la mort, et toujours la désertion, et aussi la violence. Au cas où on voudrait croire que la guerre d’Algérie faisait oeuvre de philantropie. Encore une fois, les interdits se déchainent. Des financements, pourtant acquis, bizarrement remis à plus tard, des bombes dans les salles, des menaces. Et pourtant, sorti sous le manteau, le film est un succès !

Puis ce fut la Question, issu du roman d’Henri Alleg. La réalité de la torture, exposée sur les écrans quinze ans après la fin du conflit, c’est encore trop tôt pour certains. L’extrême-droite excite les passions et lance les anathèmes. Et les reprend trente ans plus tard contre Hors-la-loi de Bouchareb... Même haine déversée sur une histoire commune. Choc des mémoires, choc des images. Et si le cinéma aidait enfin à sortir du mensonge assumé ?

Par Patrice Perdereau le lundi 19 mars 2012


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