19 août 1991 Le putsch à double détente qui a sonné le glas de l’URSS

samedi 19 août 2017.
 

Il y a aujourd’hui 
vingt quatre ans, 
une tentative 
de conjuration contre Mikhaïl Gorbatchev, ourdie par plusieurs dirigeants soviétiques, ouvrit la voie au règne de Boris Eltsine 
et au démantèlement de la deuxième puissance mondiale, livrée au capitalisme sauvage.

Le 19 août 1991 sonnait le glas de l’Union soviétique. La période historique ouverte par la révolution d’Octobre 1917, qui avait soulevé tant d’espoir dans un mouvement ouvrier divisé et décimé par la Première Guerre mondiale, et devait changer pour plus de soixante-dix ans la géopolitique mondiale, se refermait dans la quasi-indifférence de la population.

Les premières lueurs du jour éclairent le ciel de Moscou, lorsque, à 6 h 9, la télévision interrompt son programme et donne lecture d’un décret signé du vice-président de l’URSS, Guennadi Ianaïev, annonçant qu’il assumait désormais la fonction de chef de l’État, « en raison de l’état de santé défaillant de Mikhaïl ­ Gorbatchev ». Le président de l’URSS est en vacances avec sa famille sur les bords de la mer Noire où il ne semble souffrir que de coups de soleil sur la plage… L’information fait le tour du monde en quelques secondes. Les journaux confectionnent des numéros spéciaux sur ce putsch, qui rappelle les vieilles méthodes staliniennes de destitution de dirigeants. Mais depuis 1985, date de l’élection de ­Gorbatchev au poste de secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS), qui a mis en chantier la perestroïka (en français, la reconstruction ou restructuration), ce genre de pratiques semblait à jamais révolu.

Dans l’Humanité, Serge Leyrac, correspondant permanent en URSS, décrit les premières heures du coup de force  : « Dans la rue, les gens vaquent à leurs occupations, avancent avec leurs filets à provision, leurs serviettes, leurs attachés-cases (…) Je croise une petite colonne de transport de troupe (…) Sur l’esplanade du Conseil des ministres qui domine la Moskova, on voit des gens se précipiter vers la balustrade et vers l’escalier conduisant au quai. Une colonne de treize chars a pris position. »

Autour d’Ianaïev, s’est constitué un « comité d’État pour l’état d’urgence » comprenant des personnalités importantes  : le premier ministre, Valentin Pavlov, le chef du KGB, Vladimir Krioutchkov, Boris Pougo, ministre de l’Intérieur, ­Dimitri Yazov, ministre de la Défense. Ce comité diffuse un appel au peuple soviétique  : « La politique de réforme est tombée dans l’impasse en raison de forces extrémistes qui ont émergé à la faveur des libertés accordées et foulent au pied les premiers germes de la démocratie pour liquider l’Union soviétique. » Il adresse un message aux chefs d’État étrangers et au secrétaire général de l’ONU, en vue de conquérir une légitimité internationale. Il n’aura pas le temps d’avoir un grand écho. En France, la réaction du président, François Mitterrand, évoquant le « vice-président Ianaïev » est prudente et mesurée. Le PCF publie une longue déclaration dans laquelle il juge « les conditions d’éviction de Mikhaïl Gorbatchev de ses responsabilités inacceptables ». Analysant la situation chaotique dans laquelle se débattait l’URSS depuis les débuts de la perestroïka, la direction communiste estime que « les causes de cette crise sont à rechercher dans la forme arriérée et étatiste du socialisme qui a enserré l’URSS jusqu’en 1985 ».

Au troisième jour, la conjuration va tourner à la pantalonnade. Sans soutien populaire, Ianaïev et ses comparses vont se retrouver face à face avec le seul adversaire sérieux de Gorbatchev, Boris Eltsine, président de la Fédération de Russie, porte-drapeau des « démocrates », lesquels ne font plus mystère de leur conversion au libéralisme économique et à la thérapie de choc capitaliste. La journée du 20 août s’avère déterminante. Devant la ­Maison blanche (le siège du Soviet suprême de Russie), quelques milliers de personnes convergent autour des orateurs du camp eltsinien. Parmi les manifestants, nombreux sont ceux qui veulent seulement défendre ­Gorbatchev, la démocratie et la perestroïka et fustiger les fauteurs de coup d’État. Toute la journée, le « comité d’État pour l’état d’urgence » restera frappé de mutisme. Au cours de la nuit du 20 au 21, de courts affrontements feront plusieurs victimes (cinq, selon les chiffres publiés alors). Puis les images de Boris Eltsine juché sur un char après avoir retourné la situation et pris le commandement de l’armée sur le territoire de la Russie signeront la victoire de celui qui va devenir le premier président de la Russie post-soviétique. Le 21 août, la comédie est finie. Le PCUS et le présidium du Soviet suprême condamnent la tentative de prise de pouvoir du « comité » qui se délite.

Le 22 août, la nuit est tombée sur Moscou quand apparaît sur la passerelle de l’appareil de l’Aeroflot, un Mikhaïl Gorbatchev bronzé, en tenue de vacancier. Il est accompagné de son épouse Raïssa et de sa petite-fille Xenia. Il ne revêtira plus vraiment son costume de président. Au cours d’une conférence de presse à son arrivée, il affirme qu’il n’abandonnera jamais ses principes socialistes, que la perestroïka va continuer, que l’Union sera consolidée par un nouveau traité entre les républiques… Mais son sort est scellé. Les conjurés du « comité » ont partiellement gagné  : leur aventure a écarté définitivement ­Gorbatchev du pouvoir… mais a facilité l’anéantissement de l’Union soviétique. Dès le lendemain de son retour à Moscou, devant un Parlement russe dominé par les partisans d’Eltsine, Gorbatchev est humilié, interrompu dans son discours quand il adjure les élus de ne pas verser dans l’hystérie anticommuniste. Boris Eltsine signe devant lui l’oukase interdisant le PC russe et plusieurs journaux, dont la Pravda. Gorbatchev est vaincu. À la fin de l’année, il démissionne et l’URSS est officiellement dissoute le 31 décembre 1991.

Jean-Paul Piérot

Août 1991 2011 les Russes partagés entre nostalgie et désillusion (article Le Monde)


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