Les 100 plus grands Français de tous les temps (Société du spectacle)

samedi 8 avril 2017.
 

Le très sérieux Sénat a commandé une émission télé couplée à un sondage sur " Les 100 plus grands Français de tous les temps".

Le résultat de cette enquête suggère que les références culturelles de la grande majorité des Français passent aujourd’hui, plus par le canal du petit écran que par l’école, l’engagement politique ou la lecture. Pourtant, cette liste recoupe la composition d’ensemble (acteurs, chanteurs, sportifs, animateurs télé) des exilés fiscaux qui appauvrissent le pays. L’idéologie actuelle du système pèse lourdement sur les consciences.

1) La moitié des nominés sont acteurs, chanteurs, sportifs, animateurs télé :

- acteurs ( Coluche, Bourvil, Fernandel, De Funès, Gabin, Lino Ventura, Montand, Belmondo, Signoret, Jean Marais, Alain Delon, Brigitte Bardot, Serrault, Raimu, Luc Besson, Gérard Philippe, Catherine Deneuve, Gérard Depardieu)

- chanteurs ( Piaf, Brassens, Balavoine, Gainsbourg, Aznavour, Hallyday, Claude François, Trénet, Sardou, Salvador, Goldman, Dalida, Cabrel, Renaud, Bécaud, Ferrat, Tino Rossi, Reggiani)

- sportifs ( Zidane, Platini, Tabarly, Douillet, Noah, Aimé Jacquet, Poulidor)

- animateurs télé ( Cabrol, Zitrone, Poivre d’Arvor, Michel Drucker)

2) « La société du spectacle, aspect essentiel de l’idéologie dans le mode de production capitaliste

Cette popularité des acteurs, chanteurs, sportifs prouve que l’abrutissement des citoyens par la société du spectacle marche bien.

Comme l’écrivait Guy Debord en 1967 :

Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles...

- Le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images.

- Sous toutes ses formes particulières, information ou propagande, publicité ou consommation directe de divertissements, le spectacle constitue le modèle présent de la vie socialement dominante.

- Le spectacle se représente à la fois comme la société même, comme une partie de la société, et comme instrument d’unification. En tant que partie de la société, il est expressément le secteur qui concentre tout regard et toute conscience. Du fait même que ce secteur est séparé, il est le lieu du regard abusé et de la fausse conscience ; et l’unification qu’il accomplit n’est rien d’autre qu’un langage officiel de la séparation généralisée.

- Le caractère fondamentalement tautologique du spectacle découle du simple fait que ses moyens sont en même temps son but. Il est le soleil qui ne se couche jamais sur l’empire de la passivité moderne. Il recouvre toute la surface du monde et baigne indéfiniment dans sa propre gloire.

- La société qui repose sur l’industrie moderne n’est pas fortuitement ou superficiellement spectaculaire, elle est fondamentalement spectacliste. Dans le spectacle, image de l’économie régnante, le but n’est rien, le développement est tout. Le spectacle ne veut en venir à rien d’autre qu’à lui-même.

- Le spectacle soumet les hommes vivants dans la mesure où l’économie les a totalement soumis.

- La philosophie, en tant que pouvoir de la pensée séparée, et pensée du pouvoir séparé, n’a jamais pu par elle-même dépasser la théologie. Le spectacle est la reconstruction matérielle de l’illusion religieuse.

- Le spectacle est le mauvais rêve de la société moderne enchaînée, qui n’exprime finalement que son désir de dormir. Le spectacle est le gardien de ce sommeil.

- La séparation est l’alpha et l’oméga du spectacle. L’institutionnalisation de la division sociale du travail, la formation des classes avaient construit une première contemplation sacrée, l’ordre mythique dont tout pouvoir s’enveloppe dès l’origine. Le sacré a justifié l’ordonnance cosmique et ontologique qui correspondait aux intérêts des maîtres, il a expliqué et embelli ce que la société ne pouvait pas faire. Tout pouvoir séparé a donc été spectaculaire, mais l’adhésion de tous à une telle image immobile ne signifiait que la reconnaissance commune d’un prolongement imaginaire pour la pauvreté de l’activité sociale réelle, encore largement ressentie comme une condition unitaire. Le spectacle moderne exprime au contraire ce que la société peut faire, mais dans cette expression le permis s’oppose absolument au possible. Le spectacle est la conservation de l’inconscience dans le changement pratique des conditions d’existence. ... La réussite du système économique de la séparation est la prolétarisation du monde.

- L’aliénation du spectateur au profit de l’objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s’exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. L’extériorité du spectacle par rapport à l’homme agissant apparaît en ce que ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représentent. C’est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout... »

L’imaginaire aliéné et la société du spectacle selon Guy Debord

Pour ce même Guy Debord, l’imaginaire de la société du spectacle contemporaine est intrinsèquement lié aux rapports marchands :

"Le spectacle, compris dans sa totalité, est à la fois le résultat et le projet du mode de production existant. Il n’est pas un supplément au monde réel, sa décoration surajoutée. Il est le coeur de l’irréalisme de la société réelle. Sous toute ses formes particulières, information ou propagande, publicité ou consommation directe de divertissements, le spectacle constitue le modèle présent de la vie socialement dominante. Il est l’affirmation omniprésente du choix déjà fait dans la production, et sa consommation corollaire. Forme et contenu du spectacle sont identiquement la justification totale des conditions et des fins du système existant. Le spectacle est aussi la présence permanente de cette justification, en tant qu’occupation de la part principale du temps vécu hors de la production moderne..." (Source : bibliothèque virtuelle : Livre numérisé : La société du spectacle, Debord).

3) L’autre moitié des nominés dans ce sondage du Sénat n’est pas contradictoire avec la popularité des acteurs du spectacle

L’autre moitié comprend en effet :

- des militaires et grands conquérants (Napoléon, Charlemagne, Maréchal Leclerc, Louis XIV, Jeanne d’Arc),

- quelques personnalités médiatisées comme Soeur Emmanuelle et Nicolas Hulot.

- quatre présidents de la 5ème République,

- des écrivains assez nombreux,

Les scientifiques (4) et artistes (2) sont presque oubliés.

4) Pour ceux qui veulent se faire une idée plus précise, voici la liste des 50 premiers (pour ne pas être trop long)

1) Charles de Gaulle

2) Louis Pasteur

3) Abbé Pierre

4) Marie Curie

5) Coluche

6) Victor Hugo

7) Bourvil

8) Molière

9) Commandant Cousteau

10) Édith Piaf

11) Marcel Pagnol

12) Georges Brassens

13) Fernandel

14) Jean de La Fontaine

15) Jules Verne

16) Napoléon Bonaparte

17) Louis De Funès

18) Jean Gabin

19) Daniel Balavoine

20) Serge Gainsbourg

21) Zinedine Zidane

22) Charlemagne

23) Lino Ventura

24) François Mitterrand

25) Gustave Eiffel

26) Émile Zola

27) Sœur Emmanuelle

28) Jean Moulin

29) Charles Aznavour

30) Yves Montand

31) Jeanne d’Arc

32) Maréchal Leclerc

33) Voltaire

34) Johnny Hallyday

35) Antoine de Saint-Exupéry

36) Claude François

37) Christian Cabrol

38) Jean-Paul Belmondo

39) Jules Ferry

40) Louis Lumière

41) Michel Platini

42) Jacques Chirac

43) Charles Trenet

44) Georges Pompidou

45) Michel Sardou

46) Simone Signoret

47 Haroun Tazieff

48 Jacques Prévert

49) Éric Tabarly

50) Louis XIV

Entre la 50ème et la 100 ème est-ce que Jean Jaurès (54ème) et Maximilien de Robespierre (72ème) sauvent l’honneur du panthéon oublié de la gauche ? J’en doute.

Jacques Serieys le 7 janvier 2007


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message