Rachida Dati : Comment un pouvoir politique manipule l’information

vendredi 17 novembre 2017.
 

En ce début de 21ème siècle, les pouvoirs politiques européens limitent leur rôle à celui de pompiers de la société, se réglant sur Washington pour la politique étrangère et sur le patronat pour les questions économiques. Que leur reste-t-il alors ? la communication. D’où l’importance des services chargés de celle-ci et des rapports avec la presse.

Une péripétie récente l’illustre parfaitement.

Un journaliste de l’Est Républicain nommé Laïd Samari s’était lancé dès l’été 2007 dans un travail d’enquête sur la nouvelle ministre Rachida Dati dans le but de publier un livre dont le nom seul représentait une bombe "La tricheuse".

Début septembre, il termine son manuscrit et prend contact avec des éditeurs pour sa sortie le plus rapidement possible.

Certains éditeurs en informent aussitôt les services de presse du pouvoir, probablement de l’Elysée. Ceux-ci comprennent le danger extrême de ce brûlot. Si la porte-parole de Nicolas Sarkozy lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 2007 est une tricheuse, pourquoi pas d’autres dans cette équipe ? Qu’y a-t-il de vrai dans leur baratin sur les écrans ? Pire, cette tricheuse serait magistrate et même ministre de la justice. Qu’est-ce donc qu’une Justice dont la ministre triche ?

De toute évidence, un plan de bataille est décidé dont l’objectif essentiel consiste à faire comprendre à ce journaliste se prenant au sérieux qu’il est bien faible pour se permettre d’enquêter sur une ministre, bien trop faible pour publier un ouvrage à son sujet.

La révélation essentielle avancée dans "La tricheuse" porte sur le fait qu’elle se prévaut d’une scolarité et de diplômes "arrangés".

Question centrale pour une Garde des Sceaux : Rachida Dati n’a jamais passé le concours d’entrée à l’Ecole de la Magistrature. Elle y est entrée sur intervention personnelle de Simone Veil et Albin Chalandon en se prévalant d’une maîtrise en droit public (mention passable) correspondant à la validation d’acquis professionnels (alors qu’elle n’avait pas travaillé dans cette branche).

Autre question : Elle a bien été inscrite dans un Institut dépendant d’HEC mais l’a quitté sans se présenter au diplôme.

Vu la difficulté de contester ces révélations, les communicants du pouvoir joue la carte d’une fuite maîtrisée pour dégonfler l’info. L’Express, prit cette responsabilité, bidouillant une explication confuse mais vraie : Rachida Dati n’est probablement pas titulaire de ce diplôme mais qu’elle y a droit...

Ce contre-feu étant trop faible, les communicants partent à la recherche d’un journaliste connu apte à sortir un best seller d’entretiens avec la ministre. Intérêts de la manoeuvre : dégonfler certaines informations... permettre à Rachida de faire le tour des plateaux télé et radio... occuper la scène pour bien montrer au petit journaliste de Nancy qu’il ne pèse pas lourd. Claude Askolovitch, du nouvel Obs, prend en charge ce travail qui réussit à merveille, complété par une Une de Match avec Rachida en star, style nouvelle Diana. Au moins, pendant ce temps, les auditeurs et lecteurs se disent que leurs petits problèmes de salaire, de retraite, de fatigue au travail n’ont pas grand intérêt pour la France, en comparaison de la biographie de la ministre de la Justice.

En novembre, aucun éditeur français n’a encore répondu positivement (parmi au moins une dizaine) pour sortir le bouquin de Laïd Samari alors que le succès est garanti. L’auteur se tourne alors vers un éditeur étranger qui accepte.

Que vont faire les communicants devant une évolution inattendue de l’affaire sur laquelle ils n’ont pas de moyen de pression ? Ils s’en remettent aux politiques dont le Grand méchant loup en personne, qui téléphone en personne au journaliste de l’Est républicain. Que lui dit-il ? Mystère. En tout cas, le bon journaliste préfère se reconnaître petit journaliste et annuler la sortie de son ouvrage. Mieux : Quelques temps plus tard, il assure n’avoir jamais écrit ce livre.

L’ensemble du scénario mériterait un bon film sur les arcanes du pouvoir, qu’il soit politique, économique ou médiatique. Cher ami lecteur, ne croit pas que cela se fera. Notre pays en est revenu à l’époque des petits nobliaux au dessus de toute règle. Les policiers et gendarmes s’occupent des contraventions et des vols de mobylette. Pendant ce temps, valsent les milliards et même les centaines de milliards souvent acquis frauduleusement, via les paradis fiscaux.

Jacques Serieys

Article rédigé à partir d’informations paru dans la presse, en particulier un excellent texte de Philippe Hervé dans Respublica.

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