Auschwitz, aboutissement du racisme

lundi 28 janvier 2019.
 

A) 70 ans après, notre mémoire d’Auschwitz – « Elle fait partie intégrante de la mémoire des opprimés »

Ce 27 janvier, c’est sans doute pour la dernière fois qu’un certain nombre de rescapés sont venus se recueillir devant les rails qui ne menaient nulle part, sous la neige d’Auschwitz. Avec eux un certain nombre de dignitaires de cet ordre mondial que nous refusons, cet ordre qui amène tant de souffrances pour les peuples. Les commentaires des grands médias ne retiendront certainement que cet aspect. Mais l’essentiel, ce sont avant tout ces rescapés de l’enfer nazi venus témoigner.

Car après eux, il nous faudra maintenir la mémoire d’Auschwitz. Même si elle est institutionnalisée aujourd’hui, elle demeure essentielle pour celles et ceux qui veulent changer le monde. Car pour le transformer, il faut d’abord savoir garder la mémoire des oppressions passées. La mémoire des bateaux chargés d’esclaves qui dépeuplèrent l’Afrique pour les profits d’une minorité. La mémoire des Arméniens massacrés par un nationalisme exacerbé, lors d’un génocide perpétré il y aura cent ans en avril prochain. Et tant d’autres mémoires…

Ce que représente à jamais Auschwitz, c’est la volonté de détruire, non pas dans un but économique, non pas dans un but politique. Détruire pour, comme le disait Himmler « faire disparaître ce peuple de la terre ». Pour réaliser cela, les nazis ont fait venir jusque dans ces quelques hectares de terre de Pologne des Juifs de tous les coins de l’Europe. Ils en ont même transporté en avion depuis la Tunisie ! Ils ont mis en place des moyens considérables, soustraits à leur effort de guerre, pour ce seul but : éliminer. Eliminer des êtres dangereux parce que différents. C’est cela la spécificité terrible du nazisme : détruire l’autre, parce qu’il est autre. Et le détruire totalement. C’est en cela que les chambres à gaz ont une signification essentielle : on ne ressort pas de la chambre à gaz… Le remarquable documentaire que diffuse la télévision, basé sur les travaux d’historiens, nous rappelle opportunément ce que fut le nazisme, alors que d’aucuns voudraient le comparer à contresens à d’autres événements, passés ou actuels.

Garder présente la mémoire d’Auschwitz, cela prend un sens particulier en ce début d’année où des fanatiques que nous ne pouvons désigner autrement que comme des fascistes ont massacré, après avoir tué nos amis de Charlie, 4 Juifs, coupables seulement d’être juifs. Comme trois ans auparavant un autre assassin avait pris la vie de 4 Juifs, dont 3 enfants. Sans que l’on s’émeuve et descende dans la rue. En 2014, les actes antisémites ont doublé, les violences physiques ont progressé de 130 %. La tuerie de Vincennes n’est pas qu’un acte isolé, elle repose sur un terreau antisémite inquiétant, alimenté par les délires de Dieudonné, les théorisations fascistes de Soral. Un terreau antisémite qui existe dans les quartiers populaires, y compris dans des milieux eux-mêmes victimes de discriminations. Sans oublier que, si l’extrême droite française s’est choisie pour le moment d’autres cibles, ses adeptes restent aux aguets pour alimenter l’antisémitisme. Plus que jamais, nous devons être vigilants et redire que rien ne justifie la haine des Juifs. Nous devons être à leurs côtés contre les menaces qui les visent.

Non, la mémoire d’Auschwitz n’est pas la « religion civile du monde occidentale ». Elle fait partie intégrante de la mémoire des opprimés, de la mémoire de celles et ceux qui continuent à croire en un avenir socialiste. Oui, elle peut continuer de protéger, non seulement les Juifs, mais aussi toutes les victimes du racisme. Dans la France d’aujourd’hui, nous devons la reprendre à notre compte pour affirmer notre refus des assassinats de la porte de Vincennes, notre refus des attentats contre les mosquées.

La leçon d’Auschwitz, ce devrait être le refus des discriminations, le « vivre ensemble » : nous savons maintenant que le vieux monde n’a pas réussi à l’imposer. A nous d’y réussir. Les rescapés qui étaient à Auschwitz ce 27 janvier nous le demandent. Répondons présent.e.s.

Robert Hirsch

Source : https://www.ensemble-fdg.org/conten...

B) Fin janvier 1945 2015 anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz Plus jamais ça ! (MRAP)

Ce 27 janvier 2015 marque le soixante-dixième anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz (Pologne) par les soldats soviétiques, à l’issue de la seconde guerre mondiale.

La libération d’Auschwitz, puis des autres camps de concentration, révélait au monde entier les indicibles souffrances endurées par dix millions d’enfants, de femmes, d’hommes, que le régime nazi, ses sbires de la Gestapo et leurs complices, avaient recensés, pourchassés, arrêtés, raflés, marqués, dépouillés de tous leurs biens, d’abord en Allemagne puis dans tous les pays de l’Europe occupée.

Juifs, Tsiganes, Francs-maçons, handicapés, malades mentaux, syndicalistes, militants politiques opposés au régime, communistes, socialistes, chrétiens, protestants, catholiques, témoins de Jéhovah, homosexuels, tous ont été livrés à l’esclavage et à la mort, broyés par la gigantesque machine à exploiter et à exterminer, mise au point par Hitler et le pouvoir nazi. Ce furent 203 camps au service d’une entreprise d’extermination scientifiquement organisée.

70 ans après l’indicible, la transmission de la mémoire de « ce qui a failli dominer le monde » mais aussi la résistance au prix de leur vie par ceux « qui refusaient de vivre à genoux » - comme le chantait Jean Ferrat - sont pour le MRAP une impérieuse nécessité.

Se souvenir des déportés, de leurs martyres dans les chambres à gaz, mais aussi - pour que l’histoire ne se répète pas - tenter de comprendre comment cette épouvantable machine à tuer a pu se mettre en place, pourquoi elle n’a pu être stoppée. Le monde connaissait pourtant les théories racistes, notamment antisémites, de « la race supérieure », développées par Hitler. Il connaissait aussi le slogan « 500 000 chômeurs, 500 000 Juifs, la solution est simple »

Le 19 avril 1945, 21.000 rescapés du camp de Buchenwald-Dora jurèrent que leur martyre ne serait jamais oublié et qu’ensemble les survivants combattraient le fascisme, l’antisémitisme, le racisme et la haine de l’autre.

Le 22 mai 1949, au Cirque d’Hiver à Paris, les fondateurs du MRAP, parmi lesquels des survivants des camps nazis - notamment juifs résistants - jurèrent de « ne jamais oublier les crimes commis par les assassins fascistes et leurs complices, collaborateurs et agents vichystes de la gestapo, de lutter contre l’antisémitisme et pour la paix et de n’accepter jamais de se trouver dans le même camp que les bourreaux nazis ».

Les tragiques événements de ce début de mois de Janvier 2015, qui ont bouleversé la France, démontrent hélas que la victoire des peuples sur l’horreur reste précaire et jamais acquise : le fascisme, nationaliste ou religieux, menace toujours l’humanité.

Si pas moins de 423 actes antisémites furent recensés en 2013, ce chiffre a pratiquement doublé en 2014. Les récents attentats de Créteil, Bruxelles et Toulouse, de la porte de Vincennes en ce début de 2015, sont là pour nous le rappeler douloureusement. A travers l’Europe, les partis d’extrême droite relaient un discours antisémite avec, en France, « le détail » de Le Pen ou des allégations antisémites à l’encontre du chanteur Patrick Bruel.

Actes et propos haineux racistes se propagent également à l’encontre des musulmans, des Roms....

La parole raciste se libère chaque jour sur internet. A côté des sites ouvertement néonazis ou des blogs de réseaux « sociaux » qui prônent ouvertement l’antisémitisme et/ou l’islamophobie, des sites mercantiles réhabilitent la notion de « race » en proposant par exemple aux visiteurs de déterminer leur origine juive par une analyse ADN.

En ce 70ème anniversaire de la libération des camps - qui est aussi celui des marches de la mort de quelques 50.000 hommes, femmes et enfants jetés sur les routes du Reich, le MRAP appelle plus que jamais

- à se mobiliser contre tout racisme, quels qu’en soient les auteurs ou les victimes,

- à œuvrer pour un monde plus juste et plus égalitaire

- à continuer à faire nôtre le "plus jamais ça" des survivants des camps

Leur volonté, leur avertissement exigent de nous une mémoire agissante qui se manifeste par une vigilance de tous les instants pour mettre à jour, comprendre, dénoncer, combattre toutes les paroles, tous les actes, toutes les décisions qui ouvrent la voie au mépris de tout ce qui est humain.


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