Prix, salaires, profits par Debonrivage. Partie 1

lundi 13 février 2017.
 

Pour ouvrir la porte à de vrais débats politiques, les citoyens doivent s’emparer du trousseau de clés de l’économie.

Dans un pays où domine l’économie libérale, la concurrence est souvent au centre des débats sans dire forcément son nom.

On invoque souvent la plus ou moins bonne compétitivité des entreprises françaises dans une économie ouverte, la consommation de produits importés . Cela fait resurgir sans cesse à la surface des discussions les notions de coût salarial , de "charges sociales", de profit, de prix.

Puis apparaît enfin, grâce aux meetings et aux multiples interventions médiatiques de Jean-Luc Mélenchon, le débat central du partage des richesses produites dans notre pays.

Mais comment définit-on la richesse produite par un pays ?

Malheureusement, les débats sont souvent des dialogues de sourds et reposent sur du sable car ces notions sont mal définies par ceux qui les utilisent. Cette étude donne les outils nécessaires pour préciser les termes du débat et pour pouvoir décrypter n’importe quelle étude statistique sur les salaires, prix et profits (presse générale , presse spécialisée, instituts de statistiques, études universitaires, bilans financiers d’entreprise, etc.).

Cette étude comprend plusieurs niveaux de lecture :

- un niveau "guide pratique" s’appuyant sur des notions comptables. Sont expliqués en détail la manière dont sont calculés les salaires dans le secteur privé et dans le secteur public, comment calculer une TVA, comment sont calculées les bénéfices d’entreprises, etc.

- un niveau micro et macro-économique. Cette étude permet d’analyser en détail ce qu’est un coût salarial, un profit. et de connaître toutes les stratégies économiques utilisées pour minimiser ou maximiser ceux-ci. De même pour les prix. De nombreuses références statistiques permettre de connaître le niveau de salaire et de profits dans les différents secteurs d’activité et d’appréhender leur évolution sur une longue durée.

- un niveau politique qui permet de relativiser la fiabilité des outils économiques officiels utilisés, de mettre en évidence les stratégies de "modération salariale", etc. Le recours à une approche d’inspiration marxiste permet de démystifier certaines apparences trompeuses.

- Un aspect didactique. Cette étude peut être utilisée comme outil pédagogique par des enseignants en mathématiques qui trouveront des applications intéressantes et par les enseignants de sciences économiques et sociales. Les techniques de calcul algébrique utilisées relèvent essentiellement de l’enseignement obligatoire jusqu’à 16 ans, c’est-à-dire d’un niveau de fin de troisième en mathématiques. Quelques aspects plus techniques ou relevant d’un niveau de calcul plus avancé sont traités en annexes. Les notions d’économie introduites (valeur ajoutée, PIB, taux de marge, seuil de rentabilité, retour sur investissement, etc.) sont le plus souvent enseignées dans les lycées en sciences économiques et sociales. La compréhension des définitions données sont accessibles à tous.

Cette étude s’inscrit donc dans un courant culturel de gauche souvent appelé "d’éducation populaire", de formation du citoyen. Jean-Luc Mélenchon, à chacun de ses meetings, renoue avec l’une des meilleures traditions de gauche en rappelant : nous ne sommes pas là uniquement pour convaincre nos concitoyens de la justesse de nos positions mais aussi pour les faire réfléchir et contribuer à ce qu’ils deviennent des acteurs informés aussi bien dans leur cité que dans leur entreprise. Le savoir économique et politique ne doit pas être réservé à des experts ou supposés l’être.

Et cette démarche repose sur les idées suivantes :

- nos concitoyens ne sont pas des imbéciles incapables de comprendre le moindre raisonnement ou la moindre abstraction.

- nos concitoyens constituent un peuple éduqué sachant non seulement lire, compter, écrire mais aussi capable d’apprendre même lorsque qu’ils ont quitté le système scolaire ou universitaire. Mais aussi capables d’avoir la motivation de se documenter, de se former en refusant à être réduits à des agents économiques de production et de consommation passifs et soumis.

Ce n’est évidemment pas le point de vue généralement adopté par les hommes politiques de droite et leurs médias qui considèrent que la majorité des gens ne fonctionnent essentiellement que par l’émotion, l’instinct, l’imitation et ne sont accessibles qu’à des idées simplistes et concrètes ne dépassant pas l’âge mental d’un enfant de huit ans. Leurs discours ne constituent donc que des successions de slogans, (enfilés comme des perles pour constituer le collier de leur propagande) qu’ils ne cessent de ressasser tels des vieillards au cerveau rigidifié par la sénilité. Le champ politique est alors complètement réduit à des observations de comportements des hommes politiques : attitudes, alliances, accords et désaccords, obéissance ou résistance, etc. La vie politique est transformée tantôt en série noire, en vaudeville, en drame sentimental, en comédie dramatique, etc. c’est la politique spectacle où la réflexion est réduite à néant. Il faut toute la force obstinée de Jean-Luc Mélenchon pour que le débat d’idées émerge sur la scène médiatique.

Bon, j’exagère : il existe quelques émissions et débats suscitant la réflexion mais celle-ci est rarement conduite jusqu’au bout. En outre, ces débats mettent rarement en présence des libéraux et des antiviraux. Ils sont animés par des libéraux qui représentent tout le spectre de la pensée économique libérale.

Cette étude s’inscrit à 100 % contre cette vision de la politique transformée en mascarade. La démocratie, pour bien fonctionner, nécessite un peuple instruit, disposant d’instruments d’analyse pour comprendre la société dans laquelle il vit et pour construire une société nouvelle. En raison de sa longueur,(environ 60 pages format A4) cette contribution est fragmentée en plus en plusieurs parties. En voici le plan, sans mention des sous -paragraphes.

Première partie : Introduction : quelques notions préalables (PIB, etc) : 7 pages 1- Qu’est-ce qu’un prix ? 6 pages 2 - Les matières premières. 3 pages

Deuxième partie : 3 - Les coûts salariaux. 19 pages

Troisième partie : 4 - Les profits. 17 pages 5 - Les taxes. 4 pages

Quatrième partie : 6 - L’approche marxienne : Salaire, prix, profit en XXIe siècle. 10 pages

Avant toute chose, il est indispensable, compte tenu de leur importance fondamentale en économie et dans les débats politiques, de préciser ce que sont la valeur ajoutée et le PIB.

Introduction : quelques notions préalables.

A) La valeur ajoutée d’une entreprise est un solde du compte de production. Elle est égale à la valeur de la production diminuée de la consommation intermédiaire, selon la définition de l’INSEE.

a) Les consommations intermédiaires (CI) sont l’ensemble des biens et services (généralement achetés à d’autres entreprises), qui sont détruits ou transformés lors du processus de production ou incorporés au produit1. Elles sont très souvent nécessaires à la production. C’est ainsi qu’une entreprise produisant du mobilier aura besoin de bois (matière première incorporée dans le produit) mais aussi d’électricité pour assurer le fonctionnement des machines (dépenses d’énergie détruite au moment de la production) et des services comptables qui disparaîtront également. La valeur ajoutée de l’entreprise sera ainsi égale à la valeur de sa production moins la valeur de ses consommations intermédiaires. Une règle pratique consiste à inclure dans les consommations intermédiaires les biens qui durent moins d’un an, par opposition à l’investissement (formation brute de capital fixe) qui représente l’achat de biens d’équipement durables (plus d’un an). Mais le petit outillage est inclus, même s’il dure plus d’un an. Les dépenses de recherche et développement (R&D) peuvent être considérées à juste titre comme une forme d’investissement. Elles répondent d’ailleurs mal à la définition des CI donnée plus haut. L’usure des actifs fixes (machines, équipements), est exclue des CI ; elle est enregistrée dans la consommation de capital fixe (voir ci-dessous la définition)
- Si les CI excluent les acquisitions de biens d’équipement, elles incluent leur location (équipements, bureaux, terrains, etc.).
- Les logiciels achetés ou produits pour compte propre sont exclus des CI. Par curiosité : le matériel de guerre. Les dépenses en munitions sont clairement des CI de la production des services de défense ou de police. Les tanks, canons et autres porte-avions, sont, par contre, des investissements productifs4. En fait, des règles complexes ont été mises au point – par exemple, les achats d’armes de l’armée sont des CI, mais les achats d’armes ou de camions blindés de la police sont ... des investissements…

Voir : consommation intermédiaire http://fr.wikipedia.org/wiki/Consom... Indiquons qu’entre 8 % et 9,5 % des produits utilisés dans la consommation intermédiaire sont importés (entre 2000 et 2006 ). Les chiffres sont les mêmes pour l’Allemagne en ajoutant 1,5 % à 2 %. http://www.senat.fr/rap/r10-227/r10...

b) Valeur ajoutée brute = chiffre d’affaires - consommations intermédiaires. La valeur ajoutée est dite "brute" car on n’a pas enlevé du chiffre d’affaires le montant correspondant à l’usure du capital (ce que l’on appelle l’"amortissement" ou consommation de capital fixe).

c) Si on l’enlevait, on parlerait de valeur ajoutée "nette". Il faut bien dire que, très souvent, on oublie de préciser s’il s’agit de la valeur ajoutée brute ou nette. Valeur ajoutée nette = valeur ajoutée brute – consommation de capital fixe VAn = VAB – CCF (on n’a pas écrit : VAN car ce sigle signifie en comptabilité valeur actuelle nette ce qui est tout autre chose)

B) Le produit intérieur brut ou PIB

a) Définition : c’est la somme des valeurs ajoutées produites par toutes les entreprises du territoire français constitue le PIB. Il caractérise les richesses produites par un pays en un an. Les trois grandes sources de la formation du PIB sont : le travail, le capital et l’impôt dont les acteurs économiques sont : les travailleurs, les actionnaires et l’État.

Le produit intérieur brut aux prix du marché (PIB pm) représente le résultat final de l’activité de production des unités productrices résidentes.

Il peut se définir de trois manières :

- le PIB est égal à la somme des valeurs ajoutées brutes des différents secteurs institutionnels ou des différentes branches d’activité, augmentée des impôts moins les subventions sur les produits (lesquels ne sont pas affectés aux secteurs et aux branches d’activité). C’est aussi le solde du compte de production de l’économie totale.

- le PIB est égal à la somme des emplois (utilisations) finals de biens et de services par les unités institutionnelles résidentes (consommation finale effective, formation brute de capital), plus les exportations, moins les importations de biens et services ;

- le PIB est égal à la somme des emplois du compte d’exploitation de l’économie totale (rémunération des salariés, impôts sur la production et les importations moins subventions, excédent brut d’exploitation et revenu mixte de l’économie totale).

- Depuis 1995, le PIB est exprimé au prix de base. C’est le prix à la production diminué du montant des impôts sur les produits et augmenté des subventions sur les produits. http://www2.ulg.ac.be/crepp/profile...

Par exemple en 2010, le PIB au prix de production s’élevait en milliards d’euros à 1932,8 ; les impôts à : 210,3 et les subventions à : 15,5. Ainsi le PIB au prix de base s’élevait à : 1932,8 – 210,3 + 15,5 = 1738 milliards d’euros. C’est de cette manière que l’INSEE et l’Europe calculent la valeur ajoutée brute. . http://www.insee.fr/fr/themes/docum... http://www.insee.fr/fr/themes/table...

- L’évaluation du PIB au prix de marché dépend de l’augmentation des prix. Le déflateur du PIB est un indicateur qui permet de mesurer l’inflation. Il vaut en indice : 100 x (prix du PIB nominal/ prix du PIB réel) , le PIB nominal est exprimé au prix courant, le PIB réel et le prix du PIB évalué à une date de référence prise comme base 100.

- Depuis 1950, en France, la croissance du PIB s’est ralentie. Si l’on considère les taux de croissance annuelle moyens par période, on constate que : 1950-1974 : 5,4 % ; 1975 – 1989 : 2,5 % ; 1990 – 2007 : 1,9 % ; 1950 – 2007 : 3,6 % http://www.insee.fr/fr/themes/docum...

- Le revenu mixte dans le PIB.

Un cas particulier important est celui des entreprises individuelles (EI). Ces entreprises n’emploient aucun salarié. Elles sont nombreuses : 2 238 522 sur un total de 3 422 242 entreprises en janvier 2010. http://www.insee.fr/fr/themes/table...

L’INSEE appelle revenu mixte le solde du compte d’exploitation pour ces entreprises Il contient deux éléments indissociables : la rémunération du travail effectué par le propriétaire et éventuellement les membres de sa famille, et son profit en tant qu’entrepreneur. Il existe plusieurs statuts juridiques possibles. On peut se reporter à wikipédia pour plus de détails : http://fr.wikipedia.org/wiki/Entrep... dehorsces

Depuis plusieurs années, le revenu mixte brut de toutes ces entreprises représente environ 7 % du PIB au prix de base. (6,9 % en 2009 et en 2010)

- L’importance relative du PIB de la France en Europe.

Par rapport au PIB global de l’ensemble des 17 pays de la zone euro, la France est classée deuxième avec un PIB qui représente19,5 % de ce PIB global, l’Allemagne arrive en tête avec un PIB représentant 26,9 % de ce PIB global, ce qui est considérable. Viennent ensuite l’Italie (17 %) et l’Espagne (12 9 %). Plus loin, la Grèce avec 2,8 % ; le Portugal avec 2,3 %. Ces chiffres sont de première importance pour comprendre les rapports de force ou de coopération économique et politique entre pays européens. http://www.insee.fr/fr/themes/table...

b) Le produit intérieur net.

En déduisant la consommation de capital fixe ( voir définition plus loin) du PIB, on obtient le produit intérieur net (PIN) aux prix du marché. Il s’élevait à 1666 milliards euros en 2010. En 2010, le montant de la consommation de capital fixe était donc : 1933 – 1666 = 267 milliards d’euros.

c) Le PIB par habitant.

Pour comparer le revenu par habitant de différents pays, on considère le PIB par tête : PIB/population . Mais cet indicateur ne reflète pas la puissance économique d’un pays. La France en 2010 était classée 18e, l’Allemagne 19e, le Luxembourg 1e ,, les Etats-Unis 9e. Pour consulter le classement complet voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_...)_par_habitant

Depuis 1990, on utilise l’indice de développement humain (IDH) pour comparer le niveau de développement économique et social des différent pays. En 2010, la France était classée 14e (et 20e en 2011), la Norvège est 1e , les USA sont 4e , Allemagne 10e , etc. Pour consulter le classement complet voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_...

Entre 2000 et 2008, la croissance du PIB par habitant a été plus modérée pour la France que pour l’Union européenne dans son ensemble : + 1,0% par an contre + 1,3% pour l’Union européenne à 15 et + 1,6% pour l’Union européenne à 27. http://www.cnis.fr/files/content/si...

d) Les limites de la mesure du PIB.

- Pour évaluer la production de services du secteur non marchand (par exemple enseignement public) on utilise la convention suivante : on prend en compte la rémunération (cotisations sociales comprises) des prestataires de services. On dit ainsi que la valeur de la production des administrations est évaluée au coût des facteurs.

- Mais, les activités du travail domestique (cuisine, ménage, jardinage, couture, etc.) qui correspond à environ 50 % du PIB n’est pas pris en compte. De même pour le travail bénévole quelle que soit sa forme (individuel, dans le cadre d’une association,…).

- Les services facturés inutiles ou non utilisés sont en revanche comptabilisés. De plus, le PIB n’intègre pas les aspects négatifs de la croissance. Les phénomènes de pollution, de gaspillage sont en fait totalement positifs pour le PIB. Il en va de même pour l’augmentation de la consommation de tabac ou d’alcool par exemple. Le PIB considère tout cela comme des richesses.

- En outre, le calcul technique du PIB peut poser multiples problèmes dans sa méthodologie même. Roland Vertille, du cercle des économistes du magazine les Échos, identifie trois types d’erreurs de calcul conduisant a comptabilisé deux fois certains agrégats et à surévaluer ainsi le PIB. Pour plus de détails voir article : PIB et commission Stiglitz : l’imposture http://lecercle.lesechos.fr/economi...

- Autre ombre au tableau : les paradis fiscaux . En 2008, selon l’avocat fiscaliste Edouard Chambost, spécialiste du sujet, "55% du commerce international ou 35% des flux financiers transitent par les paradis fiscaux, c’est bien la preuve qu’ils constituent aujourd’hui un rouage essentiel de notre économie" (La Tribune, 16/10/2008, p.32)

Les paradis fiscaux concentreraient, selon les estimations, environ 10 000 milliards de dollars d’actifs gérés, selon le quotidien économique français La Tribune, en 2008. Les deux-tiers des hedge funds seraient domiciliés dans des paradis fiscaux, selon Daniel Lebègue, président de Transparence internationale France (et ancien directeur du Trésor puis directeur général de la BNP), en 2008. Les paradis fiscaux recevraient, selon les estimations, un tiers des investissements directs étrangers des multinationales, vers 2008. http://fr.wikipedia.org/wiki/Paradi...

Alors quelle répercussion sur le PIB des pays ? "Quel est le montant de l’impôt non payé grâce aux paradis fiscaux ? La réponse la plus franche et la plus exacte est que personne ne le sait. Mais comme les Etats ont conscience qu’ils perdent de plus en plus de recettes fiscales, quelques chiffres ont été publiés. En Grande-Bretagne, selon les calculs de Richard Murphy, l’évasion annuelle serait d’environ 97 milliards de livres - 16,6% des recettes fiscales ou 6% du PIB. Les services fiscaux des Etats-Unis pensent qu’il manque de l’ordre de 330 milliards de dollars par an, soit 16% des impôts fédéraux et 2% du PIB. En France, l’Etat perd au minimum 40 à 50 milliards d’euros par an, soit en gros 3% du PIB. L’Union européenne estime que le manque à gagner pour l’ensemble des pays de l’Union est de 2 à 2,5% du PIB. Ce sont des chiffres très élevés." Source : dossier très documenté de la revue économie politique. http://www.leconomiepolitique.fr/ev...

- Autre difficulté supplémentaire : l’internationalisation de la production au travers les multinationales et les échanges intragroupe. "De fait, le commerce extérieur français est largement un commerce intragroupe. Dans le secteur manufacturier, les multinationales contribuent à 75 % des échanges internationaux des entreprises françaises et, pour ces entreprises, le commerce intragroupe est majoritaire : il s’élevait à 70 % des échanges des filiales de groupes industriels situées en France. Or, plusieurs études montrent que les multinationales peuvent modifier les termes de leurs transactions internes à seule fin de localiser où elles le souhaitent leur valeur ajoutée (que ce soit pour des motifs fiscaux ou pour d’autres raisons)." Cela pose la question de la maximalisation de profit en jouant sur les prix de transfert, mais nous aborderons cette question dans le paragraphe concernant les profits. http://www.senat.fr/rap/r10-227/r10...

Voir aussi dans ce même rapport : valeur ajoutée et financiarisation de l’économie http://www.senat.fr/rap/r10-227/r10... Mais malgré ses défauts, le PIB reste un indicateur économique très couramment utilisé et incontournable pour la comptabilité nationale et tout responsable politique.

C) Autres indicateurs pour définir la richesse d’un pays.

a) Le produit national brut (PNB).

- Le PNB n’est plus utilisé depuis les années 1993. Pour information : PNB = PIB+ ( revenus des facteurs du travail et du capital en provenance de l’extérieur - revenus des facteurs du capital et du travail versés à l’extérieur ) PNB = PIB + revenus nets des facteurs versés au reste du monde

b) Le revenu national brut.(RNB)

Le revenu national brut RNB est la somme des revenus (salaires et revenus financiers) perçus, pendant une période donnée, par les agents économiques résidant sur le territoire. Il faut retrancher au PNB la valeur de la dépréciation des actifs pour obtenir le RNB. On dit aussi que le RNB est la somme des revenus primaires des différents secteurs institutionnels dont les ménages. Encore faut-il savoir que les revenus primaires comprennent les revenus directement liés à une participation des ménages au processus de production. La majeure partie des revenus primaires des ménages est constituée de la rémunération des salariés, laquelle comprend les salaires et les cotisations sociales. Ces revenus comprennent aussi des revenus de la propriété résultant du prêt ou de la location d’actifs financiers ou de terrains (intérêts, dividendes, revenus fonciers...).

- Le revenu national brut (RNB) est aussi égal au PIB, diminué des impôts (moins les subventions) sur la production et les importations, de la rémunération des salariés, et des revenus de la propriété à verser au reste du monde, et augmenté des rubriques correspondantes à recevoir du reste du monde (en d’autres termes, le PIB moins les revenus primaires à verser aux unités non résidentes plus les revenus primaires à recevoir des unités non résidentes). http://www.lyc-arsonval-brive.ac-li...
- En 2010, le RNB de la France s’élevait à : 1968 milliards d’euros. http://www.insee.fr/fr/themes/compt...

Le RNB sert notamment à calculer les contributions des Etats membres de l’Union européenne au budget communautaire (ce budget étant lui même plafonné à un certain part du RNB de l’UE).

c) Le revenu national net.

Le revenu national n’est pas un concept de production, mais un concept de revenu, qu’il est plus significatif d’exprimer en termes nets, c’est-à-dire après déduction de la consommation de capital fixe (CCF). Donc : RNN = RNB – CCF

Entre 2000 et 2010, la croissance économique mesurée par le revenu national net réel par habitant croît en moyenne de 0,3 % par an. A l’aune du produit intérieur brut (PIB) par habitant, indicateur plus facilement mobilisable pour les comparaisons internationales, la croissance entre 2000 et 2010 est plus modérée en France (0,5 %) que pour l’ensemble de l’Union européenne à 27 (0,9 %). Pour accéder au taux de croissance annuel du revenu national net et du PIB réels par habitant en % , voir INSEE : http://www.insee.fr/fr/publications...

d) Le revenu national disponible.

Le revenu national disponible brut (ou net) est égal à la somme des revenus disponibles bruts (ou nets) des secteurs institutionnels. Le revenu national disponible brut (ou net) est égal au revenu national brut (ou net) (aux prix du marché) diminué des transferts courants (impôts courants sur le revenu, le patrimoine, etc., cotisations sociales, prestations sociales, autres transferts courants) versés à des unités non résidentes, et augmenté des transferts courants Source : http://www.comptanat.fr/general/def...

1 - Qu’est-ce qu’un prix ?

1.1 – Le prix versant production.

Indiquons en préalable que les notions de prix, salaire et profit seront abordés sous un angle marxiste au paragraphe 6. Mais d’ores et déjà, il est possible de se référer à l’ouvrage de Marx : salaire, prix et profit http://www.communisme-bolchevisme.n...

- Le prix P de toute marchandise se décompose de la manière suivante : P = M + S + B + T où : M est le coût de la matière première (dont le coût de l’énergie, l’amortissement des machines) ; S : le montant des salaires (dont les cotisations sociales) ; B : le bénéfice réalisé lors de la vente ; T : le montant des taxes.

- Causes possibles des variations d’un prix. Il peut donc exister quatre grandes raisons qui peuvent faire augmenter ou baisser le prix des marchandises : M, S, B et T.

Or, pour connaître l’impact de l’augmentation des salaires ou des profits, par exemple, il faut savoir quel pourcentage représentent ces agrégats dans le prix global. Sans cette connaissance, ne serait-ce qu’approximative, les discussions sur cette question ne relèvent que de l’idéologie partisane. Cette méconnaissance ,fondée en bonne partie sur une opacité comptable, permet toutes les manipulations et mystifications des petits renards de la politique.

Prenons un exemple : si les salaires représentent 40 % du prix global d’une marchandise déterminée, une augmentation de 10 % de ces salaires fera augmenter le prix de 4 %. Un calcul relativement élémentaire, montre que l’augmentation du prix global d’une marchandise en pourcentage, est la moyenne arithmétique pondérée des augmentations en pourcentages de chacun des agrégats, les poids de pondération étant les pourcentages que représentent ces agrégats dans le prix global. Il faut donc relativiser l’importance relative de chaque agrégat.

Donc des imprécations du genre : "les coûts salariaux sont trop élevés " ne sont que du verbiage idéologique si l’on n’indique pas d’une manière précise quels pourcentages représente ces coûts salariaux et les profits dans le prix global. Et cela varie évidemment avec le type de bien ou service produit. Il est courant d’entendre justifier certaines délocalisations par un salaire relativement trop élevé dans le coût de fabrication. Alors, prenons un exemple concret.

Pour que le lecteur puisse vérifier notre référence, nous avons choisi un cas relaté par le journal le Monde diplomatique dont l’article concerné est encore en ligne, par chance. Il s’agissait de la délocalisation d’une entreprise de fabrication se de costumes Kenzo (à proximité de Valenciennes, dans le nord de la France) vers la Pologne. Voici des extraits de l’article : "Insolite face-à-face entre ouvrières et actionnaires".

"Dans leur usine près de Valenciennes, Marie-Hélène et ses cent quarante-six collègues fabriquent, notamment, les costumes pour hommes de Kenzo qui sont vendus environ 1 000 euros pièce, soit leur salaire mensuel, à peu près, à ces dames. Mais elles gagnent encore trop, apparemment : Kenzo veut délocaliser sa production en Pologne, de quoi ramener le « coût de la main-d’œuvre de 100 euros à 40 euros dans le produit fini »." Source : http://www.monde-diplomatique.fr/20...

Cela signifie donc, pour cette entreprise, en France, que le coût de la main-d’œuvre représente 10 % du prix d’un tel costume. le passage de 100 euros à 40 euros de ce coût correspond à une diminution de 60 % du coût de la main-d’œuvre, mais au regard du prix global initial, à une baisse de 6 %. Ce genre de calcul permet de relativiser les hurlements des petits loups libéraux, qui se vautrent dans les fauteuils des studios de radio et de télévision, contre le soi-disant coût exorbitant de la main-d’œuvre française qui contraindrait certains chefs d’entreprise exsangues et en pleurs à délocaliser. L’exemple précédent montre bien que la motivation de cette délocalisation est la maximalisation du profit.

- La course aux profits : comment maximiser les bénéfices ?

L’objectif principal de tout chef d’entreprise capitaliste est de maximiser son profit B. Pour ce faire, il utilise les stratégies suivantes :

- augmenter le prix unitaire mais encore faut-il que la demande soit suffisante.

- augmenter la masse globale de produits fabriqués en augmentant la productivité ou en diversifiant la production. Dans ce par le prix unitaire peut être abaissé.

- modifier la répartition des quatre agrégats en privilégiant le profit B, et pour cela, les capitalistes utilisent les actions suivantes :

- diminuer le coût des matières premières

- bloquer la croissance des salaires S : c’est la modération salariale

Pour atteindre ce but, les capitalistes et leurs alliés politiques disposent des possibilitéssuivantes :

•bloquer le salaire net,

•diminuer les cotisations sociales patronales en instituant des exonérations diverses.

•diminuer les taxes : taxe professionnelle, taxe sur les salaires, etc.

•utiliser tous les moyens pour minimiser ces prélèvements fiscaux sur les profits.

•transférer une partie des cotisations sociales vers l’impôt direct ou indirect (TVA)

On comprend alors la logique des délocalisations diminuant ainsi le coût de la main-d’œuvre, de la fiscalité qui sont beaucoup plus faibles dans les pays émergents. On comprend aussi le recours aux paradis fiscaux et à toutes les techniques légales de contournement pour diminuer l’impôt. Le transfert vers l’impôt consiste à accroître le financement de la protection sociale par l’État et à alléger ainsi la contribution sociale des entreprises avec comme éternel alibi : l’augmentation de la compétitivité. Il est plus facile pour chaque entreprise d’échapper à l’impôt que d’échapper aux cotisations sociales.

On constate ainsi, que l’on ne peut comprendre clairement cette course aux profits sans avoir une vision globale claire, ne serait-ce qu’élémentaire, de la notion de prix.

1.2 - Le prix versant marché.

a) La loi de l’offre et de la demande.

La description précédente aborde essentiellement le prix sous l’angle du prix de production. Mais le montant d’un prix est aussi déterminé par la loi dite de l’offre de la demande. Plus la demande augmente ou l’offre diminue, plus le prix augmente. Plus la demande diminue ou l’offre augmente, plus le prix diminue. On parle alors de prix de marché.

Comment les capitalistes agissent-ils sur le prix de marché ?
- Le bénéfice B réalisé par la vente massive d’un bien ou service déterminé est défini par la formule : B = q.b = quantité de produits vendus x bénéfice moyen réalisé sur chaque marchandise

Donc pour maximiser le bénéfice global B, soit on augmente le nombre q de produits vendus en gardant une marge serrée, soit on restreint q mais l’on augmente la marge unitaire b.

- Conséquences sur l’action possible de la loi offre/demande.

Si le capitaliste a choisi d’agir sur q, il prend toutes dispositions pour augmenter la demande. Dans ce cas, il utilisera toutes les techniques du marketing et notamment la publicité pour solliciter la demande. Cela contribue aussi à augmenter les prix. Des besoins nouveaux peuvent même être créés en développant notamment l’innovation.

Si le capitaliste a choisi d’agir sur b, la demande étant modérée, il prend les dispositions pour restreindre l’offre, provoquant ainsi une augmentation des prix. C’est le cas depuis plusieurs années en France, par exemple, des biens immobiliers. Il s’agit ici d’une approche intuitive que l’on peut affiner mathématiquement (voir annexe 2) grâce à la notion d’élasticité.

- L’élasticité-prix est le rapport entre la variation relative de la demande d’un bien et la variation relative du prix de ce bien. Ce rapport est généralement négatif car lorsque le prix augmente, la quantité demandée diminue et réciproquement. (voir annexe 2)

b) Le problème de la régulation des prix.

Un problème constant qui se pose est évidemment celui de la régulation de ces prix pour éviter de trop grandes fluctuations mettant en difficulté non seulement les consommateurs mais aussi les entreprises elles-mêmes.

- Deux exemples parmi des milliers : Volatilité des prix agricoles : quelle régulation en Europe et dans le monde ? http://www.touteleurope.eu/fr/actio...

Régulation des marchés des matières premières : quel cadre envisager ? http://www.amf-france.org/documents... Ce deuxième exemple montre que la loi de l’offre de la demande est elle-même compliquée par des activités financières spéculatives comme l’analyse le document précédent.

- Dans certains secteurs des sociétés de libre concurrence ou dans une économie planifiée, sont utilisés les prix administrés. Les prix administrés correspondent à ma mise en oeuvre d’une politique économique visant à fixer des prix planchers ou des prix plafonds différents d’un prix de marché.

Le but des prix planchers est de favoriser les producteurs d’un secteur particulier. Par exemple des prix planchers ont été fixés pour des produits agricoles dans le cadre de la Politique Agricole Commune. Le Smic, correspond au prix plancher de marché de la force de travail

A contrario les prix plafonds visent à aider les consommateurs d’un certain type de biens ou de services.. http://www.jobintree.com/dictionnai...

- Les prix de monopole.

Certaines firmes peuvent contrôler de 50 % à 100 % de parts de marché pour la vente d’un bien ou service. Par exemple EDF et, dans une certaine mesure, Microsoft Ces groupes dominants ont donc un pouvoir particulièrement important pour fixer les prix de marché dans les secteurs qui les concernent. Le prix du marché de monopole peut donc se révéler supérieur au prix du marché de concurrence ; le monopole est dit alors “price maker” , c’est-à-dire qu’il décide du prix du marché . En revanche, lorsqu’une entreprise est contrainte de subir le prix du marché, on dit qu’elle est “price taker”.

Par exemple, les grands groupes de la distribution comme Carrefour ou autre ont un pouvoir considérable pour négocier les prix de leurs fournisseurs dont la force de frappe financière n’est pas comparable. D’un point de vue technique, que l’on ne développera pas ici, le pouvoir de marché du monopole est inversement proportionnel à l’élasticité-prix de la demande qui fait face `a la firme.

Voir : Le monopole, la régulation du monopole, la discrimination par les prix. de Marc Bourreau Marianne Verdier (Telecom Paris Tech & Université Paris Ouest) http://ses.telecom-paristech.fr/bou... (Voir annexe 2 où je donne des éléments de précision de calcul pour ce document.)

c) Les prix de transfert.

Les délocalisation de la production par les multinationales fait intervenir une nouvelle notion : celle de prix de transfert.
- Selon la définition de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), les prix de transfert sont "les prix auxquels une entreprise transfère des biens corporels, des actifs incorporels, ou rend des services à des entreprises associées".

Ils se définissent plus simplement comme étant les prix des transactions entre sociétés d’un même groupe et résidentes d’États différents : ils supposent des transactions intragroupes et le passage d’une frontière. Il s’agit finalement d’une opération d’import-export au sein d’un même groupe, ce qui exclut toute transaction à l’international avec des sociétés indépendantes ainsi que toute transaction intragroupe sans passage de frontière.

Les entreprises sont concernées non seulement pour les ventes de biens et de marchandises, mais également pour toutes les prestations de services intragroupes : partage de certains frais communs entre plusieurs entreprises du groupe (frais d’administration générale ou de siège), mise à disposition de personnes ou de biens, redevances de concession de brevets ou de marques, relations financières, services rendus par une entreprise du groupe aux autres entreprises. http://www2.impots.gouv.fr/document...
-  Ces prix de cession entre une maison-mère et sa filiale étrangère, n’étant pas des prix de marché et n’obéissant donc pas à la loi de l’offre et de la demande, permettent « à une entreprise de jouer sur la localisation de ses profits, et à l’occasion de tirer profit des différences de fiscalité d’une région ou d’un pays à un autre. »1. En effet le prix de transfert entre un centre de profit d’une multinationale située dans un paradis fiscal (ou dans un pays imposant plus faiblement les bénéfices) et un autre centre de profit sera fixé arbitrairement, puis enregistré en comptabilité, de manière à maximiser le bénéfice réalisé dans le paradis fiscal. Ainsi le montant total des impôts payés par la multinationale sera réduit. Toutefois dans les pays concernés par cette minoration de bénéfice, les administrations fiscales ont édicté des circulaires dans leur code des impôts s’appuyant sur le « principe de pleine concurrence »2,3 défini par l’OCDE, entraînant une correction de bénéfice entre entreprises liées. http://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_d...

d) L’indice des prix à la consommation (IPC)

Il mesure l’évolution du niveau moyen des prix des biens et services consommés par les ménages, pondérés par leur part dans la consommation moyenne des ménages. L’indice (105 par exemple) permet de mesurer l’inflation (ou la déflation en cas de baisse des prix) sur une période (ici + 5 % de hausse des prix) et donc l’évolution de la valeur de la monnaie (la valeur de la monnaie diminue lorsque les prix augmentent).

Le taux (annuel) d’inflation désigne généralement, lorsque l’indice n’est pas précisé, le pourcentage d’augmentation de cet indice (IPC) particulier sur une année. En Europe, afin de permettre des comparaisons internationales, les indices de prix nationaux ont été harmonisés. On parle alors d’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH). L’IPC n’est pas un indicateur du coût de la vie. http://fr.wikipedia.org/wiki/Indice...

L’indice des prix est calculé à partir d’un "panier" contenant un certain nombre d’articles et de services au prorata de la quantité moyenne consommée par les ménages. Pour voir la structure de ce panier : http://france-inflation.com/panier.php http://inflation.free.fr/2007_panier.php

Pour avoir des détails sur les techniques de calcul de l’indice des prix on peut se reporter à : http://www.insee.fr/fr/methodes/sou... mais cette étude demande sans doute à être actualisée. Compte tenu des modifications dans les habitudes de consommation, de la mise sur le marché de produits sans cesse nouveaux (exemple : l’informatique nomade), la mise au point d’un indice scientifiquement très fiable est quasi impossible.

D’autre part, l’INSEE ne publie plus, pour des raisons officielles d’indépendance par rapport aux milieux politiques et commerciaux, la composition exacte du panier. http://www.rue89.com/2009/03/16/com...

L’indice de l’INSEE étant contesté, les organisations syndicales les plus importantes publient leurs indices. Il est donc possible de faire la moyenne annuelle de ces indices.

Au moment de la déclaration de l’impôt sur le revenu, il suffit de calculer l’augmentation relative en pourcentages de son revenu annuel par rapport à cette moyenne des indices pour savoir si votre les pouvoir d’achat a augmenté ou a diminué. Mais ce calcul n’a qu’une valeur indicative, car chaque ménage a des postes de consommation dont l’importance quantitative ne reflète pas forcément la moyenne nationale. Même les syndicats de l’INSEE contestent la fiabilité de cet indice pour servir à la réévélation de certains minima sociaux et du SMIC. Voir l’article du journal Libération : http://www.liberation.fr/economie/0...

Pour avoir les variations annuelles des prix depuis 2000- 2010, voir : http://www.insee.fr/fr/themes/table... Et pour la période 1901-2012 : http://france-inflation.com/inflati...

Un autre indice des prix important est celui du coût de la construction qui sert à réévaluer les prix des logements et des loyers. Pour avoir l’évolution de ce coût depuis 1991 : http://www.lexisnexis.fr/services_g...

Après ces considérations globales sur les variations du prix, examinons chacun des agrégats constituant le prix.

Nous allons donc successivement examiner les différentes composantes d’un prix : matières premières, coûts salariaux, profits, taxes.

2 – Le coût des matières premières. Le capital fixe.

a) Cet agrégat dépend évidemment de la nature du produit (et du cours des matières premières) qui le constituent. Remarquons que la notion de matière première est relative à un cycle de production : conformément à sa définition encyclopédique, c’est un produit tel qu’il se présente avant d’être transformé.

Ainsi, le bois d’un arbre constitue une matière première dans une scierie dont la transformation donnera des planches. À leur tour ces planches peuvent constituer une matière première pour la fabrication d’une charpente ou d’un meuble. De sorte qu’une matière première peut-être le résultat d’une transformation d’un produit qui possède lui-même un prix composé des agrégats vus précédemment. Ce prix peut donc être l’objet de variations, comme nous l’avons vu.

Indiquons au passage que l’on appelle matière première secondaire (MPS) une matière première qui est obtenue après recyclage de déchets.

Du point de vue de l’investissement en capital, ce coût peut se décomposer en deux : - le prix des matières premières consommées mais aussi l’énergie utilisée pendant un cycle de production (capital circulant. Ceci rejoint l’idée de consommations intermédiaires vue précédemment)

- et l’amortissement des machines à traiter la matière ou l’information(machines-outils, ordinateurs,…), l’amortissement des logiciels (capital fixe). D’un point de vue comptable, c’est l’ensemble des actifs corporels et incorporels utilisés dans la production.

b) Le capital fixe productif comprend les moyens de production relativement durables (dépassant la durée du cycle de production) et participant directement à la fabrication des biens ou à la réalisation de la prestation de service. C’est le cas en particulier des biens d’équipement : machines, outils, bâtiments, matériels de transport,...

En comptabilité, le capital fixe est l’ensemble des actifs corporels ou incorporels destinés à être utilisés dans le processus de production pendant au moins un an (ce sont des biens durables).

Le capital fixe productif se distingue du capital productif circulant, en particulier, par sa durée d’utilisation, ou encore son délai d’immobilisation ou bien encore sa durée de vie par rapport à celle du processus de production.

Un autre critère permet d’affiner cette distinction : le rôle « actif » (en tant que moyen de production) ou « passif » du capital. Il faut aussi se rappeler que le capital peut comprendre des éléments immatériels, comme les logiciels ou les dépenses de recherche. La tendance actuelle est au développement rapide des investissements immatériels comparé à celui des investissements matériels.

La mécanisation, la robotisation dont le rôle principal est d’accroître la productivité du travail engendre une croissance de l’investissement en capital fixe.

c) L’indicateur que l’on utilise en règle générale est la FBCF (formation brute de capital fixe) qui intègre pour l’essentiel uniquement l’investissement matériel (à l’exception notable des logiciels) réalisé par les différents agents économiques résidents.

La FBCF des entreprises et des administrations publiques (État et autres collectivités), consiste en l’achat : • d’actifs fixes (biens d’équipement, logements, bâtiments) acquis pour être utilisés au moins un an dans le processus de production1, • de biens et services incorporés au capital acquis, aux terrains, et aux actifs incorporels.

La notion de formation brute de capital fixe existe aussi pour les ménages, et ne comprend que l’achat de logement ou des réparations importantes d’un logement, les autres biens étant traités en consommation finale.

C’est depuis1999 que la mesure de la FBCF inclut également certains investissements immatériels comme les dépenses de logiciels, auparavant considérées comme des consommations intermédiaires. Ces investissements immatériels sont ceux qui connaissent la croissance la plus rapide de nos jours, et ne sont pourtant que peu pris en compte dans le calcul.

Une partie de la FBCF inclut le renouvellement des équipements usés ou obsolètes. Si l’on retire de la formation brute de capital fixe cet investissement de remplacement qui sert à pallier l’usure et l’obsolescence (ou amortissement), on obtient la Formation nette de capital fixe (FNCF, ou investissement nouveau), une mesure assez peu utilisée.

La FBCF représente les deux tiers des investissements des entreprises. En 2010, en France, la FBCF. s’élevait à 373,3 milliards d’euros, oit 21,5 % du PIB au prix de base. Pour plus d’informations techniques : voir SEC (système européen des comptes nationaux et régionaux) http://circa.europa.eu/irc/dsis/nfa...

d) Un autre indicateur important est le taux d’investissement  : selon l’INSEE, c’est le rapport entre la valeur ajoutée brute et la formation brute de capital fixe : TI = VAB/FBCF

Remarquons qu’un service peut nécessiter une matière première pour être produit. Par exemple, un coiffeur pour réaliser un shampooing et une coiffure utilise des produits divers dont de l’eau et différents outils (paire de ciseaux, etc.) Un transport en car ou en taxi nécessite évidemment le moyen de transport lui-même, la consommation de carburant et en capital, l’amortissement des véhicules et de leurs coûts d’utilisation (dont les frais de réparation, d’entretien, l’assurance, etc.) Le lien suivant de l’INSEE donne l’évolution du PIB, du taux de marge (voir plus loin) et du taux d’investissement en France de 1950 à 2010. http://www.insee.fr/fr/themes/docum...

e) La consommation de capital fixe (CCF)

Selon l’INSEE, la consommation de capital fixe mesure, pour une période donnée, la perte de valeur (dépréciation) du stock de capital fixe utilisé par un producteur, du fait du temps, de l’usure physique, de l’obsolescence ordinaire ou des dommages accidentels courants. La consommation de capital fixe est un coût de production.

Le capital fixe net est égal au capital fixe brut diminué du cumul de la consommation de capital fixe. C’est aussi la valeur qui figure dans les comptes de patrimoine. Une consommation de capital fixe doit être calculée pour tous les actifs fixes (à l’exception des animaux), tant corporels qu’incorporels (par exemple, la prospection minière et pétrolière ou les logiciels), pour les améliorations majeures apportées à des actifs non produits et pour les coûts du transfert de la propriété d’actifs non produits.

La consommation de capital fixe est calculée selon la méthode de l’amortissement linéaire, c’est-à-dire en répartissant la valeur à amortir de manière égale sur toute la durée d’utilisation du bien. Pour avoir une application concrète dans le domaine de l’agriculture voir : http://agreste.agriculture.gouv.fr/...

Indiquons que la productivité du capital est le rapport : production / capital fixe utilisé. On compare ici la valeur ajoutée au stock de capital utilisé pour produire cette valeur ajoutée.

f) Variations du prix des matières premières.

- Alors que le prix moyen des matières premières de l’aliment, le prix moyen global et celui du pétrole étaient du même ordre et relativement stables de 1970 à 1999, les prix de l’alimentation ont augmenté de 98%, le global de 286 % et celui du pétrole de 547 % entre 1999 et 2008. Source : http://www.3trois3.com/en-cherchant...

- La demande accrue des pays émergents est un facteur de hausse Source : http://www.imf.org/external/pubs/ft... "Dans sa communication de janvier 2011 pour « relever le défi posé par le marché des produits de base et les matières premières » la Commission européenne reconnaît le lien entre la volatilité des prix sur les marchés alimentaires et énergétiques et la financiarisation des marchés. Elle indique que la spéculation accentue la volatilité des prix des matières premières mais estime que son ampleur reste à mesurer" source : http://www.normandie.chambagri.fr/c...

- Une matière première devenue particulièrement stratégique ces 10 dernières années sont les terres rares dont sont issus certains métaux rares nécessaires à la fabrication des produits de haute technologie (informatique nomade, écrans plats, guidage des missiles, etc.). Il se trouve que la Chine produit 97 % de la production mondiale et consomme 57 % de la consommation mondiale.. On peut se reporter à une vidéo intéressant à ce sujet : http://www.lesechostv.fr/video-l-en...

- Plus généralement, un bon nombre de matières premières sont en voie d’épuisement à brève échéance. Voir la liste à : http://www.ecoinfo.cnrs.fr/spip.php... Uranium : 2040 , pétrole : 2050 , or et du zinc : 2025 , argent : 2021, etc. http://nousleshumains.over-blog.org... Un rapport d’information de l’Assemblée nationale (No 3880) sur la gestion durable des matières premières minérales du 26/10/2011 fait un état des lieux complet sur la question des matières premières minérales. http://www.assemblee-nationale.fr/1...

- Prenant le relais des politiques économique coloniales, les multinationales mettent tout en œuvre pour minimiser le coût des matières premières importées des pays du Sud. Les États du nord fabriquent des produits manufacturés, dont la technicité et les prix s’accroissent alors que les États du sud fournissent au nord des matières premières dont les prix baissent progressivement. On appelle cela la détérioration ou dégradation des termes de l’échange. Voir Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A...’%C3%A9change

- L’extraction des différents minerais et du pétrole brut constitue un enjeu non seulement économique considérable mais aussi géostratégique. L’opacité est quasi totale sur les conditions économico –politiques dans lesquelles sont signés les contrats d’implantation et d’extraction entre les gouvernements et les multinationales : protection de dictatures, ventes d’armes, soutiens politiques, etc. se profilent dans la brume …

Annexes L’annexe 1 concerne les salaires (2ème partie) L’annexe 2 concerne les prix et les profits (parties 1 et 3)

Annexe 2 Soit q la quantité de produits demandés, soit p le prix du produit ; D(p) désigne la demande en fonction du prix. La quantité q vendue dépend du prix p . Donc : q = D (p) Soit D’ la fonction dérivée de D, on a ainsi : q’(p) = D ’(p) La demande décroît si le prix p augmente. Ainsi D est une fonction décroissante du prix. D’(p) = dq/dp<0 Notons C (q) le coût total de production en fonction du nombre q de produits fabriqués et vendus. Ce coût augmente avec la quantité q de produits fabriqués. Si C’ la fonction dérivée, on a donc : C’ (q)>0. On appelle coût marginal le nombre C’ (q). Mais comme la quantité vendue q dépend de la demande, le coût de production total s’écrit : C(D(p)). Le prix de vente total s’écrit : p.q = p. D (p), de sorte que le profit ou bénéfice B réalisé est : B (p) = p. D (p) - C(D(p)). (c’est-à-dire :prix de vente – coût de production) Calculons les conditions d’obtention d’un profit maximum. La dérivée de cette expression doit donc s’annuler, c’est-à-dire : B’(p) = 0 D’où : D (p) + p.D’(p) – C’(D(p)).D’(p) = 0 (Dérivé d’un produit et dérivé d’une fonction composée) Donc : (p - C’(D(p)). D’(p) = - D (p) , et en divisant par D’(p) : p - C’(D(p) = - D (p) / D’(p) (1)

On introduit ici l’élasticité e de la demande : e = (dq/q) / (dp/p) = (dq/q). (p/dp) = = (dq/dp). (p/q) ce qui s’écrit aussi : e = D’(p).(p/D (p)) = p.D’(p)/D (p) , ce qui donne : 1/e = D(p)/p.D’(p)) L’égalité (1) s’écrit alors : p - C’(D(p) = - p/e ; d’où : (p - C’(D(p))) / p = - 1/e formule de maximalisation du profit. La partie gauche de la règle L = (p - C’(D(p))) / p est l’indice de Lerner. Il mesure le pouvoir de marché. Le pouvoir de marché est la capacité à fixer le prix au dessus du prix de concurrence, de manière profitable.

Le pouvoir de monopole est inversement proportionnel à l’élasticité-prix de la demande qui fait face la firme.

Fin de la première partie

Hervé Debonrivage


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