Prix, salaires, profits : partie 4

lundi 17 juillet 2017.
 

En-dessous des apparences comptables du salaire, du profit et du prix, se dissimule la réalité vivante de l’exploitation de la force de travail.

Ce texte constitue la quatrième et dernière partie de notre étude : prix, salaires, profits. Les autres parties sont consultables aux adresses suivantes :

http://www.gauchemip.org/spip.php?a... partie 1

http://www.gauchemip.org/spip.php?a... partie 2

http://www.gauchemip.org/spip.php?a... partie 3

5 – Les taxes .

5.1 – La TVA

a) Historique

Le prix de vente d’une marchandise inclut le plus souvent une taxe, la plus courante étant la TVA (taxe sur la valeur ajoutée). C’est un impôt indirect sur la consommation. C’est un impôt institué en France par une loi du 10 avril 1954. Sa mise en place se fait à l’instigation de Maurice Lauré, haut fonctionnaire de la direction générale des Impôts. Le but était d’unifier les différentes taxations existant sur les produits.

b) Les différents taux de TVA.

Il existe plusieurs taux de TVA selon la nature des produits. Les taux réduits : 5,5 % et 7 %. Ce taux de 7 % prend effet à dater du 1er janvier 2012 et remplace le taux de 5,5 % pour un certain nombre de produits : la restauration y compris les fast-food et les cantines d’entreprise, l’hôtellerie y compris les campings, les transports dont les abonnements domicile-travail et les transports scolaires, les travaux du bâtiment, les produits culturels comme les musées, la télévision payante, les spectacles. (Les livres ont obtenu un délai jusqu’au 1er avril 2012), les sandwichs et les pizzas. Les produits alimentaires, les cantines scolaires, les abonnements au gaz et à l’électricité sont taxées à 5,5 %.

Il existe un taux spécifique de 2,10 % pour les médicaments remboursés, la contribution l’audiovisuel, certaines représentations théâtrales, la vente d’animaux vivants. Le taux normal pour les produits et services restant est de 19,6 %. Pour plus de détails, reporter à : http://www.net-iris.fr/indices-taux...

Le pourcentage indiqué s’applique toujours sur le prix hors taxe.

c) Calculs sur la TVA.

- Calculer le montant de la TVA à partir du prix hors taxes

Soit t le taux de TVA à appliquer. On exprime le pourcentage en nombre décimal. Par exemple pour un taux de 19,6 %, on écrit :t = 19,6/100 c’est-à-dire : t = 0,196.

Soient p le prix hors taxe ; P le prix taxe comprise et T le montant de la TVA. On a alors : T = t.p

Exemple : un produit coûte 25 € hors taxes. On lui applique une TVA de 19,6 %. Le montant de la TVA est : 0,196x 25 = 4,90 euros

- Calcul du prix de vente taxe comprise à partir du prix de vente hors taxe.

L’égalité : prix taxe comprise = prix hors taxes + TVA s’écrit donc : P = p + t.p , c’est-à-dire : P = (1 + t).p Le nombre 1 + t et le coefficient multiplicateur permettant de passer du prix hors taxe au prix taxe comprise. Ainsi : t= 19,6 % = 0,196 on a : P = (1 + 0,196). P = 1,196.p

De la même manière, avec les autres taux : Pour t = 2,10 % = 0,0 21, on obtient : P = 1,0 21.p Pour t = 5,5 % = 0,0 55, on obtient : P = 1,0 55.p Pour t = 7 % = 0,07 on obtient : P = 1,07.p Exemple : un produit coûte 25 € hors taxe. On lui applique une TVA de 19,6 %. Le prix taxe comprise est : 1,196x 25 = 29,90 euros.

- Calcul du prix hors taxes à partir du prix taxe comprise.

La formule : P = (1 + t).p donne : p= P/(1+t)

Ainsi : t= 19,6 %, p = P/1,196 Par exemple, si :P = 59,80 euros incluant une TVA de 19,6 %, le prix hors taxe sera : p= 59,80/1,196 = 50 € On remarque alors que le montant de la TVA est : 59,80 – 50 = 9,80 euros. Un produit taxé à 5,5 % à un prix marqué de 31,65 euros. Son prix hors taxe est : p = 31,65/1,0 55 = 30 € et la TVA est donc 1,65 euro.

- Calcul direct du montant de la TVA à partir du prix taxe comprise.

Dans la formule : T = t.p , on remplace p par P/(1+t), on obtient alors T = t.P/(1+t)

Reprenons l’exemple vu ci-dessus. Un produit coûte 31,65 euros comprenant une TVA de 5,5 %. Calculer directement longtemps la TVA. T = 0,055 x 31,65 / 1,0 55 = 1,65 euros, résultats déjà trouvé.

Remarquons que les formules littérales précédentes sont applicables en modifiant les taux.

d) Décaissement de la TVA .

En versant la TVA aux services des impôts, un commerçant est en quelque sorte un agent du fisc. Comment s’opère le calcul de la TVA qu’il restitue au fisc ? Prenons un exemple. Un magasin, achète un agenda 5,00 € HT à son fournisseur, au taux de 19,6 %. Le prix taxe comprise de cet agenda est donc : 1,196 x 5 = 5,98 euros incluant ainsi 0,98 euros de TVA. C’est la TVA déductible.

Le même magasin revend l’agenda à 8 € HT ; il applique une en TVA de 19,6 % sur le prix final soit 8€ x 1,196 = 9,57 € incluant ainsi 1,57 euros de TVA. C’est la TVA collectée. C’est alors qu’il retranche la TVA payée à son fournisseur soit 0,98 €. Ainsi Le magasin ne reverse réellement que 1,57 – 0,98 = 0,59 €, la différence entre la TVA due en raison de la vente de l’agenda, et celle payée au fournisseur lors de l’achat. C’est la TVA décaissée. Donc : TVA décaissée = TVA collectée – TVA déductible.

De la sorte, il ne verse réellement au fisc que la taxe due sur la partie de valeur qu’il a ajoutée au produit. C’est là la raison pour laquelle on peut voir les professionnels qui achètent des produits courants dans les magasins grand public, insister pour avoir une facture sur laquelle figure distinctement la TVA : afin de pouvoir la déduire de leurs paiements futurs de TVA. Voir par exemple : http://www.commentfaiton.com/fiche/...

e) Les taxes emboîtées ou en cascade.

Tout enseignant de mathématiques qui voudrait vinifier si ses élèves maîtrisent les calculs sur les pourcentages et sont capables de calculer des taxes dispose d’un moyen simple, à disposition de tous : vérifier les calculs d’une facture EDF.

L’abonnement du compteur est taxé à 5,5 %, la consommation électrique à 19,6 %, sur une assiette de 80 %, à cela s’ajoutent une taxe municipale de 8 %, une taxe départementale de 4 %, le tout sur une assiette de 80 %., et j’en passe … Voir le très beau document de Christophe Verdeau avec un bel organigramme et exemple de calcul détaillé que je ne ferai donc pas ici.

http://stielec.ac-aix-marseille.fr/...

En appelant C la consommation hors taxes et A le montant de l’abonnement du compteur, on pourrait demander à des élèves de classe de première de modéliser algébriquement une telle facture et de donner la formule qui permette en une ligne de calculs de vérifier le total de la facture. On peut observer sur cet exemple que la TVA peut s’exercer sur une taxe !

f) Aspect macro-économique.

En 2008, la TVA représente environ la moitié des recettes fiscales de l’État. Plus précisément : Impôts indirects : 59,8 %, dont : la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) :50,6 % ; taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP) : 4,5 % ; autres : notamment les droits de succession : 4,7 %

En 2009 la TVA rapporte à l’État 169,3 milliards d’euros sur les 325,9 milliards des recettes fiscales brutes et en 2010, la TVA rapporte 171 milliards sur 347,1 milliard d’euros de recettes fiscales brutes de la France. Source : INSEE http://www.insee.fr/fr/themes/table...

g) TVA : un impôt injuste.

- La TVA est un impôt par essence très injuste, parce qu’il touche dans les mêmes proportions toutes les catégories sociales de la population. Aucune progressivité dans la TVA. Du chômeur au rentier, tout le monde paie le taux normal, soit 19,6%. L’impôt est même plus dur pour les classes populaires, parce qu’il a été démontré qu’elles consomment souvent l’intégralité de leurs revenus, n’ayant pas la possibilité d’épargner. Dès lors, la totalité de leurs revenus est soumise à la TVA

Par exemple, pour un couple sans enfant, ayant un revenu annuel de 100 000 , la TVA représente 6,7 % de ce revenu, pour un couple avec deux enfants ayant un revenu de 25 000 € , la TVA représente 10,2 % et pour un célibataire sans enfant avec un revenu de 10 000 €, la TVA représente 11,1 % de son revenu." Source : INSEE et CGT http://www.justicefiscale.fr/spip.p...

- D’une manière générale, les impôts indirects frappent plus sévèrement les revenus les plus faibles que les revenus élevés.

Ainsi, selon l’INSEE "La fiscalité indirecte pèse davantage sur les ménages modestes : ces ménages consacrent en effet une part beaucoup plus grande de leur budget aux biens soumis aux accises que les ménages aisés. Le premier décile acquitte ainsi 4,3 % de son revenu en ces taxes, le dernier décile simplement 1,3 %." Indiquons ici qu’il s’agit des impôts indirects hors TVA http://www.insee.fr/fr/themes/docum...

Référons-nous maintenant à une étude technique plus précise intitulée : "Le caractère régressif des taxes indirectes…" par Nicolas Ruiz et Alain Trannoy Pour les 10 % des ménages les moins riches (premier décile), la TVA représente 11,5 % du revenu et la totalité des impôts indirects représente : 16,6 %. Pour le deuxième décile : la TVA représente 9,5 % et le total des impôts indirects : 14,1 %

Pour les 10 % des ménages les plus riches (dernier décile), la TVA représente 5,9 % du revenu et la totalité des impôts indirects 7,6 % soit moins de la moitié du taux de prélèvement appliqué aux revenus les plus modestes. Source :Tableau 4 Taux d’effort pour les différentes taxes indirectes par décile de niveau de vie P. 7/24 http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc...

- La TVA sociale.

L’assemblée nationale a adopté la loi sur la TVA sociale dans sa séance du 15 au 16 février 2012. Malgré l’opposition du Sénat, l’assemblée nationale confirme son vote le 29 février. La TVA doit ainsi passer de 19,6% à 21,2% à partir d’octobre si la droite reste majoritaire après les élections présidentielles. LaTVA est maintenue à 19,6% pour certaines ventes ou constructions immobilières Le taux de TVA normal sera en revanche maintenu à 19,6% pour les contrats de réservation et de vente d’immeubles à construire ainsi que pour les contrats de construction de maisons individuelles conclus avant le vote de la loi.

"Le terme de "TVA sociale" prête à confusion car il ne s’agit en aucun cas d’une mesure sociale, c’est-à-dire d’une mesure destinée à améliorer le sort des salariés ou des classes populaires. La TVA dite sociale consiste à augmenter le taux de TVA pour que cet impôt puisse financer les dépenses sociales.

Le principe de la TVA sociale est d’augmenter le taux de TVA pour financer la protection sociale et de diminuer les charges sociales payées par les entreprises. Il s’agit donc d’un transfert de fond : la baisse des charges pour les entreprises serait compensée par la hausse de la taxe sur les biens de consommation payés par tous. Toute la protection sociale serait alors financée par les consommateurs, donc potentiellement tout le monde, au lieu que ce soit les entreprises actuellement.

Pour réaliser ce transfert de fond, il faudrait augmenter la TVA de 5 points, un point de TVA rapportant en moyenne 7 milliards d’euros supplémentaires. Ainsi, le taux de TVA passerait de 19,6% à 24,6%." . Comme on l’a vu, le taux est légèrement moins élevé et le transfert n’est donc pas total. http://www.politique.net/tva-sociale.htm Il s’agit donc d’une TVA antisociale.

Comme toujours, les libéraux avancent le même argument : ce transfert de charges permettra aux entreprises d’être plus compétitives du fait de l’allégement des cotisations patronales. D’abord, l’histoire économique démontre que ces allégements fiscaux multiformes consentis depuis 30 ans aux entreprises a été d’une efficacité économique quasi nulle. D’autre part, l’augmentation de la TVA conduit à augmenter les prix donc à diminuer la vente et donc le chiffre d’affaires des entreprises. La rentabilité en termes économiques d’une telle mesure est totalement aléatoire. Il est donc clair qu’il ne s’agit ici que de la mise en œuvre de la feuille de route du Medef et d’une mesure politique clientéliste.

h) La TVA dans l’union européenne.

Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Taxe_s...

Une information est souvent totalement méconnue, les taux de TVA sont au sein de l’Union européenne les plus élevés du monde, pour la simple raison que l’Europe de Bruxelles interdit aux Etats membres d’appliquer des taux normaux de TVA inférieurs à 15%. Et oui, comme souvent, il y a ici aussi Europe sous roche. A titre de comparaison, le taux de TVA au Canada est de 12%, il tombe à 10% en Australie, à 7,6% en Suisse et même à 5% au Japon.

http://www.marianne2.fr/TVA-impot-i...

5.2 – Les taxes et redevances environnementales.

Les taxes et les redevances environnementales sont des mécanismes incitatifs qui se sont développés dans la plupart des pays de l’OCDE au cours des années 90, notamment dans les pays d’Europe du Nord dès les années 70 (Suède), et même dès 1964 en France avec la création des Agences de Bassin et de leurs redevances sur la pollution. Ces instruments économiques complètent l’ensemble des instruments classiques (réglementation, subventions (comme les crédits d’impôts), mesures de couverture des coûts) en se fondant sur les mécanismes de marché : les instruments tarifaires comme les contributions en amont sur les déchets, les phytosanitaires (TGAP) ou l’eau, les marchés de contrats négociables comme les quotas d’émission de CO2

Il existe 4 catégories de taxe environnementales :
- Taxe sur les énergie : ces taxes environnement comprennent les taxes sur les hydrocarbures, le gaz, le charbon, l’électricité et le CO2.
- Taxe sur les transports : ces taxes environnement comprennent les taxes sur les véhicules (achat ou détention), les péages, droits de stationnement, toutes celles qui s’y rapportent, à l’exclusion des taxes sur les carburants, classées dans la catégorie Énergie.
- Taxe sur la pollution : ce sont les taxes sur le bruit et les émissions de polluants dans l’air, l’eau, le sol, hormis l’imposition du CO2, considérée comme taxe énergétique.
- Taxe sur les ressources naturelles : elles visent l’eau, les ressources forestières et minières, exception faite des taxes sur l’extraction du gaz et du pétrole. (Source : ADEME 2007)

- Taxes rattachées : Taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM), Taxe Générale sur les Activités Polluantes (TGAP), Taxe Intérieure sur la Consommation de Gaz Naturel (TICGN), Taxe Intérieure sur les Produits Pétroliers (TIPP), Taxe sur le CO2, Taxe carbone, Ecotaxe

- Les recettes de la fiscalité environnementale en France se sont élevées à 41 milliards d’euros en 2008. Cela représente 2 % du PIB et 5 % de l’ensemble des prélèvements obligatoires. Ces niveaux étaient proches de la moyenne de l’Union européenne. Pour les pays de l’OCDE, elle représente en moyenne 7 % des recettes fiscales. Pour plus de détails voir : http://www.statistiques.developpeme...
-  "Tous les pays membres de l’OCDE appliquent plusieurs taxes liées à l’environnement. Une base de données gérée conjointement par l’OCDE et par l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) recense à l’heure actuelle environ 375 taxes de ce type dans les pays membres, à quoi s’ajoutent quelque 250 droits et redevances liés à l’environnement. Le produit de ces taxes représente 2-2.5 % du PIB. Environ 90 % des recettes proviennent des taxes sur les carburants et les véhicules à moteur, tandis que beaucoup d’autres taxes n’ont pas pour but principal de dégager des recettes…

L’un des principaux obstacles à la mise en oeuvre des taxes liées à l’environnement est souvent la crainte d’une érosion de la compétitivité internationale des secteurs les plus polluants, souvent très gourmands en énergie. Jusqu’ici, les taxes liées à l’environnement ne semblent pas avoir notablement érodé la compétitivité de tel ou tel secteur. Toutefois, ce constat s’explique en partie par le fait que les pays qui appliquent des taxes de ce type ont prévu des exonérations totales ou partielles pour les industries à forte intensité énergétique. La base de données OCDE/AEE révèle d’ailleurs que les taxes liées à l’environnement frappent presque exclusivement les ménages et le secteur des transports. Ces exemptions nuisent à l’efficience de la dépollution et vont à l’encontre du principe pollueur-payeur."

Source : OCDE http://www.oecd.org/dataoecd/11/25/...

5.3 – Les autres taxes sur les biens et services . Leur nombre et variétés sont considérables. Aux taxes françaises s’ajoutent les taxes européennes. Voir Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_...

La taxe globale en pourcentage du prix de vente peut varier d’un produit à l’autre. Par exemple, en se référant à une étude particulière, celle de la décomposition du prix du lait et des produits laitiers en 2006, la totalité des prélèvements fiscaux sur l’ensemble des produits laitiers vendus en grandes surfaces s’élèvait, en million d’euros, à 1977 sur un total des ventes de 173 303, soit un taux de prélèvement de 11,4 %. Le tableau page 28 du document : Commerce de détail en grande surface à prédominance alimentaire d’où est extrait cette donnée, permet de mettre en œuvre de nombreuses notions vues dans notre étude Prix, salaires, profits. http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/...

L’incidence des taxes sur le prix de l’essence est un exemple emblématique. Voir : http://www.lemonde.fr/election-pres...

L’exemple précédent concernant le coût de l’électricité 5.1 e) est aussi un bon exemple de taxes multiples frappant un même produit.

6 -Prix, salaire et profit selon la conception marxiste.

Les quelques citations qui suivent sont extraites de l’ouvrage de Marx : salaires, prix et profits disponible en ligne à : http://www.communisme-bolchevisme.n...

Tout repose sur la notion de valeur d’une marchandise. Une marchandise comprend deux pôles : une valeur d’usage qui correspond à son utilité concrète et une valeur d’échange (ou tout simplement valeur) qui permet à celle-ci d’être échangée avec d’autres ou avec un étalon monétaire. La valeur d’une marchandise se créer dans la sphère de la production et non de la circulation.

La valeur des marchandises.

" Une marchandise a une valeur parce qu’elle est une cristallisation de travail social. La grandeur de sa valeur ou sa valeur relative dépend de la quantité plus ou moins grande de cette substance sociale qu’elle contient, c’est-à-dire de la quantité relative de travail nécessaire à sa production. Les valeurs relatives des marchandises sont donc déterminées par les quantités ou sommes respectives de travail qui sont employées, réalisées, fixées en elles." ( Page 32) La valeur d’une marchandise est le temps de travail social moyen nécessaire à sa production.

" L’expression « travail social » et que ce qualificatif « social » implique beaucoup de choses. Lorsque nous disons que la valeur d’une marchandise est déterminée par la quantité de travail incorporée ou cristallisée qu’elle contient, nous entendons la quantité de travail qu’il faut pour la produire dans un état social donné, dans certaines conditions sociales moyennes de production, et étant donné une intensité et une habileté sociales moyennes dans le travail employé"

Ainsi du point de vue qualitatif, la valeur du travail humain cristallisé : c’est ce qui fait la communauté de nature de toute marchandise ; du point de vue quantitatif, c’est un temps de travail. Deux marchandises ont la même valeur si elles cristallisent le même temps de travail pour les produire. La valeur ne dépende pas la forme physique ou intellectuelle de celle-ci. Une marchandise peut être un bien ou un service matériel ou immatériel.

Plus la quantité de travail cristallisé dans une marchandise est petite, plus sa valeur est petite. Ainsi, si le système productif produit une plus grande quantité de marchandises déterminées dans un temps donné, plus la quantité de travail cristallisé dans chacune d’elle est petite, c’est-à-dire que la valeur de chaque marchandise diminue.

Ce résultat est obtenu par la mécanisation du travail manuel et intellectuel, par la rationalisation de l’organisation du travail, par l’amélioration de l’habileté des travailleurs, par l’intensification du travail, bref par tout ce qui peut augmenter la productivité du travail.

"Les valeurs des marchandises sont directement proportionnelles au temps de travail employé à leur production et inversement proportionnelles à la force productive du travail employé" Une marchandise particulière, appelé par Marx, équivalent général, est l’étalon monétaire.

L’or et L’argent ont été longtemps utilisés comme étalons. Les accords de Bretton-Woods de 1944 instaurèrent le dollar comme devise internationale de référence lui-même indexé sur l’or (35 $ par once d’or). Le dollar ne fut plus convertible en or à partir de 1971. L’or constitue toujours une "valeur refuge" dont le cours s’envole depuis 2005. Fin janvier 2011, 1 g d’or coûtait 34 € , il coûte maintenant plus de 41,50 € (un lingot d’or pèse un kilo il vaut donc 1000 fois ce prix)

Voir : http://france-inflation.com/cours-d... Histoire de la monnaie : http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoi... Histoire de l’étalon or : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89... Chapitre XXXV du livre III du Capital de Marx : métaux précieux et cours du change.

La valeur de la force de travail.

Dans le système capitaliste, le travailleur salarié travaille un certain nombre d’heures par jour pour "gagner sa vie". La force de travail est la capacité physique et mentale d’un travailleur à fournir un travail manuel ou intellectuel, sachant évidemment que tout travail manuel contient une part plus ou moins grande de travail intellectuel. Le résultat de l’exercice de cette force constitue le travail.

Le salarié vend pour un temps déterminé sa force de travail à son patron. Cette force de travail constitue une marchandise dont la valeur se définit comme pour toute marchandise, c’est-à-dire par le temps social moyen nécessaire à sa production.

Mais comme une force de travail humaine ne se fabrique pas dans une usine qui produirait des machines humaines mais se développe dans l’environnement social et souvent la famille, la valeur de cette force se mesure pas l’équivalent des valeurs de toutes les marchandises nécessaires à sa vie et sa reproduction.

C’est donc la somme des valeurs de toutes les marchandises (biens et services) consommées par le travailleur et sa famille (conjoint ou conjointe, enfants si ces derniers sont à la charge du travailleur). Parmi tous ces biens et services on retrouve ceux concernant l’alimentation, le logement, les transports, les communications, la formation, les loisirs, etc.. Si le travailleur réalise une épargne, celle-ci constitue en réalité une consommation différée et est donc à inclure dans la valeur de la force de travail.

Les cotisations sociales qui n’existaient pas du temps de Marx, constituent, par redistribution, un salaire différé socialisé : ils font donc partie aussi de cette valeur de la force de travail.

Il semble en être de même des impôts directs et indirects payés par le salarié puisque ceux-ci, par distribution étatique, permettent l’accès à des biens et services gratuits. (Éducation, sécurité civile, subventions, utilisation des services publics, etc.). mais pour être plus précis, il faudrait plutôt dire une partie de ces impôts car une autre partie est redistribuée au patronat sous différentes formes (notamment les aides aux entreprises). Remarquons que le prix de ces services ne sont pas des prix soumis à la libre concurrence mais sont des prix administrés.

J’ai dit "il semble" car ce point particulier est l’objet d’un débat entre les économistes marxiens.

L’expression monétaire de la force de travail est le salaire.

Donc, dit autrement, la valeur de la force de travail correspond à l’équivalent en valeur de tous les biens et services consommés par le travailleur et sa famille.

L’exploitation de la force de travail : la plus-value.

Ce que l’entrepreneur achète au salarié ce n’est pas son travail mais sa force de travail.

"Ce que l’ouvrier vend, ce n’est pas directement son travail, mais sa force de travail dont il cède au capitaliste la disposition momentanée"

Il achète celle-ci à sa valeur qui correspond à un temps de travail t cristallisé mais il fait fonctionner celle-ci pendant un temps supérieur à t.

Le temps de travail T global se décompose donc en deux parties : d’une part le temps de travail nécessaire t pour reproduire la force de travail et un temps de surtravail Δt

On a donc : T = t + Δt

On appelle plus-value la valeur des marchandises crées pendant ce temps de surtravail Δt.

" En achetant la force de travail de l’ouvrier et en la payant à sa valeur, le capitaliste, comme tout autre acheteur, a acquis le droit de consommer la marchandise qu’il a achetée ou d’en user.

On consomme la force de travail d’un homme ou on l’utilise en le faisant travailler, tout comme on consomme une machine ou on l’utilise en la faisant fonctionner"

Abordons un exemple simple en reprenant ces notions : un salarié accomplit une journée de travail de 8 heures. Mais en réalité, sur ces 8 heures, il lui suffit de travailler 5 heures pour produire une valeur de marchandises équivalente à la valeur de sa force de travail. Ces 5 heures, exprimées monétaire ment en salaire , lui permet de se reproduire comme force de travail, c’est-à-dire d’acheter tous les biens et services nécessaires à son entretien. Il travaille en outre 3 heures, non pour lui-même, mais pour son patron. Cette quantité de travail supplémentaire s’appelle surtravail se concrétisant dans un surproduit et la valeur correspondante de ces 3 heures s’appelle la plus-value. Elle exprime pour Marx l’exploitation capitaliste de la force de travail du salarié.

La confusion entre travail et force de travail est le fondement même de la domination idéologique du système capitaliste.

Cette confusion rend en effet invisible cette exploitation sur le bulletin de salaire notamment.

En faisant croire que le salaire est le prix d’un travail de 8 heures, on dissimule le surtravail non payé réalisé pour le patron. "Comme il a vendu sa force de travail au capitaliste, la valeur totale, c’est-à-dire le produit qu’il a créé, appartient au capitaliste qui est, pour un temps déterminé, propriétaire de sa force de travail

Premièrement. La valeur ou le prix de la force de travail prend l’apparence extérieure du prix ou de la valeur du travail lui-même, bien que, rigoureusement parlant, le terme de valeur ou de prix du travail n’ait aucun sens.

Deuxièmement. Quoiqu’une partie seulement du travail journalier de l’ouvrier soit payée, tandis que l’autre partie reste impayée, et bien que ce soit précisément cette partie non payée ou surtravail qui constitue le fonds d’où se forme la plus-value ou profit, il semble que le travail tout entier soit du travail payé."

L’expression monétaire de la plus-value est le profit.

Marx fait remarquer que la visibilité de l’exploitation de la force de travail du serf sous un régime féodal est plus claire que celle d’un salarié. En effet, le serf cultive pendant un certain nombre de jours la terre pour son compte, à un endroit donné, puis cultive gratuitement pour son seigneur, pendant un autre temps, sur une surface différente, la terre qui lui est confiée. Dans le cas du servage, le temps de travail gratuit apparaît clairement, ce qui n’est pas le cas dans le cas du salariat. Remarquons que dans les deux cas, les moyens de production appartiennent au seigneur ou au patron.

La décomposition de la valeur d’une marchandise.

. Lors du processus de production, il y a transformation des matières premières utilisées par l’action de la force de travail qui, pour ce faire, utilise les moyen travail nécessaires (outils, machines, ordinateurs, etc.).

Les matières premières ont nécessité un travail passé (dit travail mort) et cristallisent une certaine valeur. Cette valeur est transférée aux produits créés par la transformation de ces matières premières. Pendant ce processus, il y a aussi usure des moyens de travail dont une partie de la valeur est ainsi consommée dans la production des produits fabriqués. De même pour l’énergie nécessaire à la production qui a elle-même une certaine valeur. Ainsi , ces moyens de production transfèrent une partie ou la totalité de leur valeur aux produits fabriqués. Il n’y a pas création de valeur nouvelle mais transfert.

Cette valeur s’appelle capital constant, notée C, qui est donc une cristallisation de travail mort.

En revanche le travail dépensé par le salarié dans la transformation des matières premières pour fabriquer les produits est créateur de valeur. Comme vu ci-dessus, cette valeur se décompose en deux parties : la valeur de la force de travail appelée capital variable, notée v, et la plus-value, que l’on note ici m. Le capital variable et la plus-value sont une cristallisation de travail vivant.

Le capital fixe, noté ici Cf, est la partie du capital constant qui correspond à la consommation productives de moyens de production s’étalant sur une durée largement supérieure à un cycle de production. Par exemple : l’usure de l’outillage, des machines à transformer la matière ou l’information, les logiciels, l’utilisation de bâtiments, de moyens de transport. Généralement ce type de capital s’amortit sur plusieurs années.

Ainsi ce capital fixe communique d’une manière discontinue, une partie de sa valeur à chaque cycle de production de marchandises déterminées.

Le capital circulant, noté ici Cc, correspond à la valeur des matières premières (dont l’énergie) et de la force de travail utilisée pendant un cycle de production de marchandises déterminées. Remarquons que :

C = Cf + Cc – v et donc

 : C + v = Cf + Cc

Cette quantité C + v , notée ici K, est le capital avancé par le capitaliste La valeur V d’une marchandise s’écrit donc :

V = C + v + m.

Ou encore : V = K + m

Remarquons que : Le temps T de travail vivant s’écrit donc, en valeur : T = v + m Le temps de surtravail s’exprime donc, en valeur : m = T – v qui est la valeur du surproduit.

Le taux de plus-value ou d’exploitation.

Le rapport entre la plus-value et le capital variable, noté ici e, est le taux de plus-value ou d’exploitation. e = m/v. Donc : m= ev

Avec les notations précédentes, on peut aussi écrire : e = (T – v)/v

Le capital variable permet aux travailleurs d’acheter des services et biens de consommation dont la valeur totale est notée ici D. On a donc, en valeur, v = D La quantité D/T , notée ici d, correspond la quantité de biens de consommation que le salarié gagne par heure de travail. Ainsi : e = (T – D)/D = ((T – D)/T) / (D/T)

e = (1 – d) / d

Dans l’exemple précédent : m = 3/8 = 0,375 = 37,5 % Supposons que le salarié, dans des conditions précédentes, fabrique en 8 heures 20 marchandises ayant utilisé une quantité de moyens de production dont la valeur correspond à 6 heures de travail. Ces marchandises contiennent donc 6 heures de travail mort et 8 heures de travail vivant. La valeur totale correspond donc à 14 heures de travail cristallisé. Et ainsi, chaque marchandise cristallise 14/20 = 0,7 heure = 42 minutes de travail. La valeur de chaque marchandise de 0,7 heure se décomposent comme suit : Capital constant : 6/20 = 0,3 h ; capital variable : 5/20 = 0,25 h ; plus-value : 3/20 = 0,15 h Une telle marchandise cristallise donc 0,3 heure de travail mort et 0,4 heure de travail vivant. Supposons que l’expression monétaire d’une heure de travail moyen s’élève à huit euros. Le coût d’une marchandise est alors : 0,7x8 = 5,60 euros. Ce prix de production se décompose comme suit : Le coût salarial : 0,25x8 = 2 euros , le coût des matières premières : 0,3x 8 = 2,40 euros ; profit : 0,15x8= 1,20 euro

Le taux de profit.

Le taux de profit, noté ici r, est le rapport entre la plus-value m et le capital avancé K.

r = m /(C + v). On en déduit que : m = r (C + v)

La composition organique du capital.

Par définition, c’est le rapport entre le capital constant et re capital variable. On ne note ici : k = C/v

On remarque ainsi que si le capital constant augmente plus vite que le capital variable, alors ce rapport augmente. Ce phénomène se produit en raison de la mécanisation des tâches manuelles et intellectuelles qui nécessite un investissement croissant dans l’achat de machines en tous genres et qui peut se traduire par une diminution globale du nombre d’heures de travail humain.

Plus-value absolue et plus value relative.

Pour augmenter la plus-value, il y a deux possibilités :
- soit augmenter le temps de travail ,
- soit conserver le temps de travail inchangé mais modifier la répartition entre le temps de travail nécessaire et le temps de surtravail, autrement dit, modifier la répartition entre le capital variable et la plus-value à l’avantage de la plus-value (c’est-à-dire au détriment du capital variable)

Dans le premier cas, on parle de plu s-value absolue et dans le deuxième cas de plus-value relative. Obtenir de la plus-value relative revient à diminuer la valeur du capital variable, donc la valeur de la force de travail, et donc la valeur de l’ensemble des biens de consommation achetés par le salarié, et par conséquent la valeur unitaire moyenne de chaque marchandise, ou du moins de certaines d’entre elles consommées par le salarié. Ce qui revient donc à diminuer le temps de travail moyen cristallisé dans certaines de ses marchandises.

Ce résultat est obtenu par l’augmentation de productivité du travail dont le moyen principal utilisé est la mécanisation du travail. Or nous avons vu que dans ce cas , cette mécanisation impliquait une hausse de la composition organiques du capital k.

Le prix de marché.

Pour Marx, " En lui-même, le prix n’est autre chose que l’expression monétaire de la valeur" (p.17) Il faut distinguer la valeur individuelle d’une marchandise de sa valeur de marché. La valeur de marché est la valeur sociale à laquelle se réalise la valeur sur le marché lors de la vente et de l’achat de la marchandise. Cette valeur de marché dépend de la masse de marchandises de même type mise en circulation et de la loi de l’offre et de la demande. L’expression monétaire de la valeur de marché est le prix de marché

Si la valeur d’une marchandise est vendue au-dessous de sa valeur de marché, elle réalise une plus-value extra ou sur profit. En revanche, si la valeur est au-dessus de la valeur de marché, une partie de la plus-value ne se réalise pas. En fonction de l’offre et de la demande, le prix de marché varie mais sur le long terme, selon Marx, la valeur de marché oscille autour de son centre de gravité qui est le prix de production.

Pour plus d’explications, voir chapitre X du livre III du Capital intitulé : égalisation du taux général de profit par la concurrence. Prix de marché et valeurs de marché, surprofit.

Autre expression du taux de profit. Sa relation avec le taux de plus-value.

En divisant le numérateur et le dénominateur par v, on obtient : r = (m/v)/ (C + v)/v .

Or : m/v = e et (C + v)/v = C/v + v/v = k + 1 ;

r = e/(1 + k)

On constate donc que si le taux de plus-value plafonne et que la composition organique du capital augmente, alors le taux de profit a tendance à diminuer. C’est la contradiction fondamentale du capitalisme : en voulant diminuer la valeur de la force de travail on augmente certes la plus-value mais cela aboutit à une baisse tendancielle du taux moyen de profit.

Nouvelle expression du prix et de la valeur des marchandises.

On a vu que : V = C + v + m et aussi : m = r (C + v) . Donc, en expression monétaire, le prix la marchandise s’écrit :

P = C + v + r (C + v) et ainsi :

P = (1 + r )(C + v) = (1 + r ).K

La répartition du profit.

Marx explique comment le profit peut se réaliser sous différentes formes : profit d’entreprise (ou industriel), le profit bancaire (intérêts de prêt), le profit commercial, la rente foncière.

Par exemple, si un chef d’entreprise emprunte à une banque pour acheter des moyens de production, il utilise ainsi une partie de son profit. En consultant les statistiques sur le taux d’endettement des entreprises, on peut avoir une idée de de cette ponction sur ce que nous appelons en comptabilité classique l’EBE. Cette question est examinée par Marx au chapitre XXII et XXIII du livre III du Capital.

Le profit commercial se manifeste par l’achat et la revente d’une marchandise par un commerçant. Contrairement aux apparences, le profit commercial n’est pas créé dans la sphère de la circulation des marchandises mais n’est qu’une fraction du profit d’entreprise.

En effet, lorsque l’entrepreneur fabricant d’une marchandise la vend à son prix de production, il ne récupère pas par la vente la totalité du profit pr mais une partie, le profit industriel pi. L’autre partie du profit global pr, que Marx note pc constitue le profit commercial.

En supposant qu’il n’existe pas d’autre répartition du profit, il apparaît donc que : pr = pi + pc.

Le commerçant achète la marchandise à l’entreprise industrielle au prix K + pi ( rappelons que K et le coût de production ou capital avancé par l’entrepreneur) et la revend au prix K + pi +pc c’est-à-dire au prix K + pr qui n’est rien d’autre que le prix de marché de la marchandise fabriquée.

Pour plus d’explications voir : chapitre XVII du livre III du Capital : le profit commercial.

L’étude de la rente différentielle et de la rente foncière occupent toute la 6ème section du livre III du Capital.

Ces différentes réalisations du profit conduisent à définir dans la classe capitaliste dominante différents types de capitalistes : le capitaliste industriel, le capitaliste foncier ou rentier, le capitaliste marchand ou commerçant, le capitaliste financier.

Remarquons que le profit d’entreprise appelé aussi profit industriel est créé de nos jours, non seulement dans des usines industrielles, mais aussi dans des entreprises du secteur tertiaire où l’ordinateur et les moyens de communication sont les outils de travail de l’employé, de l’expert-comptable, de l’ingénieur en management.

Observations sur l’exposé précédent.

a)Pour avoir le plus de détails sur la notion de capital constant et capital variable, on peut se reporter au chapitre VIII du livre I , pour le taux de plus-value, au chapitre IX Pour le capital fixe et le capital circulant, aux chapitres VIII , XI et surtout XII du livre II. Pour la notion de taux moyen de profit aux chapitres IX et X du livre III

b) Nous avons évidemment limité notre champ ici autour de la notion de salaire, prix et de profit. L’exposé précédent est simplificateur et constitue plutôt un résumé ou une introduction à économie marxiste ou marxienne. En effet, l’exposé précédent est plutôt de type quantitativiste et donc incomplet.

En effet, la valeur des marchandises, la valeur de la force de travail, l’ampleur de la plus-value ne sont pas déterminées naturellement ou techniquement, mais par des rapports de force sociaux entre la classe dominante et la classe dominée, entre le salariat et le patronat. Le partage entre la plus-value et le capital variable , on dirait aujourd’hui d’une manière approximative entre la part salariale et la part de profit de la valeur ajoutée, est du point de vue marxiste, l’enjeu fondamental de la lutte de classes, lutte qui peut prendre des formes extrêmement diverses.

Nous n’avons pas parlé du fait que la valeur d’une marchandise est interdépendante de la valeur de tout un ensemble d’autres marchandises éventuellement fabriquées dans d’autres branches de l’appareil productif et que la valeur est effectivement une moyenne d’un travail abstrait résultant de péréquation multiples. Mais aborder dans le détail, comme le fait Marx, cet aspect nécessiterait un très grand nombre de pages. Même remarque pour le taux de profit qui résulte d’une égalisation inter branches et qui conduit à la transformation de la valeur en prix : on peut se reporter au chapitre IX du livre III du Capital intitulé : établissement d’un taux général de profit (taux de profit moyen) et transformation des valeurs des marchandises en prix de production. Le prix des marchandises particulières dépend donc de ce taux général de profit. Dans l’annexe 3 nous exposons une approche matricielle de la notion de valeur et de prix.

c) Une difficulté majeure de la compréhension de l’analyse économique de Marx est non pas d’ordre économique ou mathématique mais d’ordre philosophique. Marx utilise la dialectique hégélienne "qu’il a remise sur ses pieds" autrement dit développe sa pensée dans le corpus philosophique du matérialisme dialectique et historique.

D’où la dialectique concret/abstrait pour le travail ; forme/contenu ou substance pour la valeur : substance travail/forme monétaire ; partie/tout ou particulier/général pour la détermination de la valeur ou du prix d’une marchandise particulière par rapport à un taux de plus-values ou un taux de profit général moyen, dialectique quantité/qualité par exemple dans la mesure de la valeur et de sa qualité de nature sociale ; essence/phénomène dans le fétichisme de la marchandise ou de la distinction de la force de travail et du travail.

On retrouve aussi toutes les thématiques de la démarche dialectique : coexistence de phénomènes contraires, transformation d’un phénomène en son contraire éventuellement en séquences successives (métamorphoses du capital,…)

M. Rosenthal dans son livre "Problèmes de la dialectique dans le Capital" illustre comment le livre Le Capital constitue une sorte d’encyclopédie du matérialisme dialectique. "C’est dans l’analyse de 1a forme équivalent que Marx met en lumière ce caractère contradictoire des deux pôles d’expression de la valeur.

La première particularité en est que la valeur d’usage devient forme de manifestation de son contraire, 1a valeur d’échange. La marchandise, qui doit exprimer sa propre valeur, ne peut 1e faire elle même, mais seulement de façon relative, c’est-à-dire dans une autre marchandise, possédant une autre forme d’usage, une autre valeur d’usage. C’est en ce sens que la valeur d’usage devient la manifestation de son contraire : la valeur.

La seconde particularité de la forme équivalent est que 1e travail concret y devient la forme d’expression de en contraire, c’est-à-dire du travail humain abstrait. Du travail abstrait a été dépensé pour produire 1a marchandise qui revêt dans 1’échange 1a forme relative de 1a valeur. Or cette marchandise ne peut exprimer par elle même sa propre valeur, et mesurer 1a quantité de travail humain dépensée pour sa production. A cet .effet, elle a besoin d’être opposée à.son contraire, c’est-à-dire une autre marchandise. De plus, l’autre marchandise, qui sert d’équivalent à la première, doit être le fruit d’un autre travail concret pour la même raison qui fait que la valeur d’une marchandise ne peut se manifester que par sa confrontation avec la valeur d’usage d’une autre marchandise….

Enfin, la troisième particularité de la forme équivalent est que le travail privé y prend la forme de son contraire : il devient le travail sous sa forme directement sociale…. Tout en étant le produit du travail privé, l’équivalent sert donc de forme d’expression immédiate au travail social." (Page 183 – 84).

Ce petit exemple montre la manière dont il faut aussi lire le Capital : sous-jacent à l’exposé des concepts économiques, il y a le développement d’une pensée philosophique dont la formation économique scolaire et universitaire classique ne prépare pas à son déchiffrage. Et c’est ce qui fait tout l’intérêt des travaux du philosophe Jacques Bidet sur le Capital et plus généralement sur la pensée marxiste. De ce fait, l’exposé quelque peu quantitatif ci-dessus ne rend évidemment pas compte de cet aspect.

Quelques ressources :

Le Capital de Marx 3 volumes . Éditions sociales

Le Capital de Marx édition électronique : http://classiques.uqac.ca/classique...

Ouvrages marxistes disponibles sur Internet :

http://classiques.uqac.ca/inter/res...

http://www.marxists.org/francais/au...

http://www.meeus-d.be/marxisme/lien...

Les problèmes de la dialectique dans le Capital de Marx. M. Rosenthal (1959)

Théorie de la valeur, des prix et de l’accumulation. Gilbert Abraham-Frois ; Ed. Economica (1976)

De la valeur aux prix de production. Gérard Duménil. Ed. Economica (1980)

Que faire du Capital ? Jacques Bidet, PUF (1998)

Explications et reconstructions du Capital. Jacques Bidet PUF (2004)

Dictionnaire Marx contemporain. Jacques Bidet et Eustache Kouvélakis. PUF (2001)

et contextualisation intéressante de ce dictionnaire dans son époque : http://jacques.bidet.pagesperso-ora...

Site Actuel Marx http://actuelmarx.u-paris10.fr

Site Espaces Marx http://www.espaces-marx.net/spip.ph...

Des prix de production au circuit monétaire de Jean-Marie Harribey. http://harribey.u-bordeaux4.fr/trav...

Réhabilitation d’une prétendue erreur de Marx par Michel Rosier http://gesd.free.fr/rosier04.pdf

Actualité de la théorie de la valeur de Marx. Contretemps . http://www.contretemps.eu/lectures/...

Annexe 3 : une approche matricielle de la valeur et du prix de la théorie marxiste.

Avant de considérer une un système productif comprenant plusieurs branches, on se réduit au départ à une situation simple ou n’existerait que deux types de marchandises : du blé (marchandise 1) et de l’engrais (marchandise 2). On appelle v1 la valeur d’une unité de blé (un kilo, 1 hl, peu importe l’unité) et v2 la valeur d’une unité d’engrais.

- On note a11 la quantité de blé (semences) pour produire une unité de blé, a12 la quantité d’engrais pour produire une unité de blé , l1 la quantité de travail direct consommée pour produire une unité de blé (pour semer et récolter). La quantité de travail social moyen nécessaire pour produire une unité de blé peut s’écrire :

v1 = a11.v1 + a12.v2 + l1 (1)

- On note a21 la quantité de blé (semences) pour produire une unité d’engrais, a22 la quantité d’engrais pour produire une unité d’engrais , l2 la quantité de travail direct consommée pour produire une unité d’engrais.

La quantité de travail social moyen nécessaire pour produire une unité d’engrais peut s’écrire :

v2 = a21.v1 + a22.v2 + l2 (2)

à partir des égalités (1) et (2) , il est possible de déterminer les valeurs respectives de chacune des marchandises produites en fonction des coefficients aij et li. On constate sur cet exemple que l’expression de la valeur d’une marchandise ne peut être isolée est considérée comme indépendante de la valeur des autres.

On peut ensuite généraliser cette démarche à un nombre quelconque n de secteurs. On appelle alors aij la quantité de biens j pour produire une unité de bien i et li le temps de travail social moyen direct pour produire une unité de bien i.

La valeur unitaire vi de chacune des marchandises produites s’exprime comme une combinaison linéaire de la valeur unitaire de chacune des autres augmentée de la quantité de travail direct pour produire chaque marchandise. On obtient alors un système de la forme :

v1 = a11.v1 + a12.v2 + …+ a1i.vi + … + a1n.vn + l1

v2 = a21.v1 + a22.v2 + …+ a2i.vi + … + a2n.vn + l2 … … … … … … … … … vn = an1.v1 + an2.v2 + …+ ani.vi + … + ann.vn + ln

On un appelle V la matrice colonne des valeurs d’échange des marchandises.

On nomme A la matrice carrée des coefficients aij indiquant les quantités de produits et appelée matrice technologique (ou technique) ;

On appelle L la matrice colonne des quantités d’heures de travail direct li. Le système précédent peut s’écrire matriciellement :

V = AV + L (3)

On note I la matrice unitée. On calcule ensuite V.

V - AV = L ; donc : (I – A)V = L

Notons inv(I – A) la matrice inverse de la matrice I – A. On obtient alors l’expression matricielle de la valeur :

V = (inv(I – A))L

On constate que l’égalité (3) correspond à l’équation fondamentale de l’Analyse Entrées-Sorties (ou input – output) en termes physiques :X = AX + Y

On remarque que inv(I – A) n’est rien d’autre que la matrice inverse de Léontief Voir par exemple :

http://math.unice.fr/ brunov/Cours/... http://www.insee.fr/fr/themes/docum...

Expression de la valeur de la force de travail.

Le travailleur consomme chaque jour un certain nombre n de biens et services de quantités respectives :D1, D2, D3,…,Di,…Dn.

Chacune de ces marchandises a une valeur d’échange respective de : v1, v2, v3,…,vi,…,vn

La somme des valeurs des marchandises consommées par jour par le travailleur est donc : ΣDi.vi = D1.v1 + D2.v2 + D3.v3 +…+ Di.vi +… + Dn.vn = F

Ce n’est autre que la valeur de la force de travail journalière moyenne, que l’on note ici F.

Cette expression peut se noter synthétiquement comme produit de la matrice-ligne contenant les quantités Di et de la matrice colonne V des valeurs.

Ainsi : F = DV.

Expression de la plus-value .

Appelons T le temps journalier moyen du salarié. Appelons m la plus-value journalière et e le taux de plus-value.

On a donc : m = T – DV et e = (T – DV)/DV

Notons di le quotient Di/T qui correspond à la quantité et fraction de marchandise(s) i le salarié reçoit pour chaque heure de travail.

On note d la matrice ligne (d1, d2, d3,…,di,…dn) des quantités de marchandises produits par heure pour reproduire la force de travail.

Ainsi : d = D/T .

De sorte que dV la valeur horaire de marchandises produites pour reproduire la force de travail. En divisant le numérateur le dénominateur du taux de plus-value e ci-dessus, on obtient après calcul :

e = (1 – dV)/dV

Expression du capital constant. Soit q = (q1, q2,…,qn)la matrice ligne des quantités de chacune des marchandises produites. Alors qV désigne la valeur de l’ensemble des marchandises produites.

La matrice du capital constant des marchandises s’écrit : C = AV La valeur globale de l’ensemble des moyens de production s’écrit alors : C = qAV

Expression du capital variable.

La matrice du capital variable des marchandises s’écrit : v = LdV Et qLdV est le capital variable total.

Expression de la plus-value.

On a vu que la plus-value s’écrit : m = e.v. Donc la matrice de la plus-value des marchandise est donc : m = eLdV. La plus-value totale s’écrit : qeLdV.

Expression du taux général de profit

r = plus-value totale/(capital constant total + plus-value totale)

r = qeLdV/( qAV + qLdV) = e/(1 + k )

Avec k = qAV/ qLdV qui est la composition organique du capital.

La matrice des prix de production s’écrit donc :

P = (1 + r) (AV + LdV)

Remarquons que pour une marchandise quelconque, on a :

vi = ci + vi + mi = aiV + lidV + elidV en valeur

avec : ai = (ai1,ai2,…,ain)

pi = (1 + r) (aiV + lidV) en prix de production

Fin de l’étude.

Hervé Debonrivage


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